Images de page
PDF
ePub

Les mesures que nous vous offronTM ont déjà force de loi dans l'opinion publique. Il s'agit de la classe indigente, pour laquelle le législateur n'a rien fait quand il n'a pas tout fait.Qu'on n'objecte pas le droit de propriété; le droit de propriété ne peut être le droit d'affamer ses concitoyens. Les fruits de la terre, comme l'air, appartiennent à tous les hommes. Nous avons consulté les cultivateurs ; tous ont assuré que la France a dans son sein plus de grains qu'il ne lui en faut pour sa consommation. Nous venons demander : 1° la fixation du maximum du prix du blé dans toute la République; il pourrait être, pour l'année prochaine, de 25 à 30 livres le setier ; 2° l'anéantissement du commerce des grains ; 5° la suppression de tout intermédiaire entre le cultivateur et le consommateur; 4° et un recensement général de tout le blé après chaque récolte. >

Vergniaud fait renvoyer cette pétition au comité d'agriculture. — Mathieu et Génissieu annoncent avoir des faits contre le général Kellermann. Ils sont invités à les communiquer au comité de salut public. — On lit les pièces apportées par les députations de la Gironde : ce sont pour la plupart des adresses de la société des Jacobins à Paris et des lettres de plusieurs de ses membres, J.-B. Lacoste, Blanchard, Delpech, Desfieux, etc. — Lettre du général Dampierre, rétractant la nouvelle qu'il avait donnée que le 10* régiment de chasseurs à pied avait passé à l'ennemi. — Après quelques débats, où Robespierre, Duroy et Vergniaud ont parlé, toutes les pièces apportées par la députation de la Gironde sont renvoyées aux comités.

Séance du I8 au soir. — Lasource est nommé président; Doulcet, Lehardy et Chambon sont nommés secrétaires. — La séance n'eut lieu que pou_r l'appel nominal, dont cette élection fut le résultat. Le Patriote français, n. MCCCXLVI, se contenta de faire remarquer que le bureau de la Convention nommé le 18 se composait de quatre des vingt-deux proscrits.

Presse. Le journal de Marat, n. CLXXVI, parle ainsi du nouveau bureau de la Convention:

« Delmas a cédé le fauteuil à Lasource; c'est un homme de bien remplacé par un scélérat. Delmas est probe, franc, loyal ; mais il manque quelquefois d'énergie, et l'envie qu'il a d'obtempérer, pour ne pas recourir aux mesures rigoureuses contre les ennemis de la chose publique,lui donne alors l'air de la partialité, et même de la connivence, aux yeux des patriotes austères qui ne le connaissent pas. Un homme public, et surtout un représentant de la nation, doit être inflexible, jamais il ne doit balancer de se prononcer fortement pour la vérité, la justice, la patrie, contre la cabale des intrigans, des fripons et des ennemis du peuple: petit avis que je donne en passant aux hommes à considération. Quant à Lasource, c'est le tartufe le plus infâme qu'ait vomi l'enfer: le lâche vous caresse, pour mieux vous surprendre; il vous flatte, pour mieux vous trahir; il vous caresse, pour mieux vous enfoncer le poignard.

^ Quand l'hypocrisie sera bannie de la terre, elle se réfugiera dans son cœur.si toutefois Rabaud de Saint-Étienne n'est plus. On ne tarit pas sur les vices des prêtres catholiques, et avec raison; qui aurait cru cependant que deux jésuites huguenots effaceraient en scélératesse ce que le cloitre renferma jamais de plus perfide.

» Avec ce vénérable président de la Convention, les hommes d'état qui la mènent ont porté au bureau Lehardy, Pontécoulant et Chambon, c'est-à-dire la lie de leur clique. Si Reveillère-Lepeaux et Puyravaux sont restés avec eux, patriotes, redoublez de vigilance, et craignez de voir écarter tous les bons décrets à rendre, et retenir ou tronquer tous les bons décrets rendus. >

Commune. Séance du 18 avril.

Le conseil a arrêté que tous ses membres, ù l'exception des administrateurs, feraient tour à tour leur service au Temple. Le procureur de la Commune annonce au conseil qu'en conséquence de la convocation faite par le département de Paris de toutes les communes de son arrondissement, le maire, les officiers municipaux et lui, se sont transportés au lieu du rassemblement indiqué dans la salle des Jacobins; que là des commissaires ont été nommés pour la rédaciion d'une adresse à la Convention nationale relativement aux subsistances ; que la principale disposition de cette adresse portait l'invitation à la Convention de fixer annuellement le maximum du prix dfS grains, en prenant le quintal pour mesure. Il donne ensuite le détail des débats et discussions qu'a occasionnés à lu Convention la lecture de cette adresse, qui a été renvoyée au comité d'agriculture et de commerce. 11 invite tous les membres du conseil à se réunir pour sauver le peuple, en répondant à la confiance qu'il leur a accordée. Il leur rappelle ce qu'à fait le conseil-général au 10 août, et le serment sublime qui fut à cette époque prononcé dans cette enceinte. « Le temps est arrivé, ajoute le procureur de la Commune, de renouveler ce serment sacré, d'être unis et de mourir tous à notre poste avant qu'on ait porté la moindre atteinte aux droits du peuple. Jurons-le donc; jurons union, fraternité et protection mutuelle avec les sections, les sociétés populaires et tout le peuple de Paris. »

A l'instant tous les membres du conseil se lèvent et s'écrient: « Nous le jurons! » Je demande, ajoute Chaumet, que le conseil général déclare qu'il sera en état de révolution, tant que les subsistances ne seront pas assurées ; que le conseil-général déclare qu'il se croira frappé, lorsqu'un de ses membres sera frappé pour ses opinions; qu'il se croira frappé, lorsqu'un président ou un secrétaire de société patriotique, d'assemblées de sections, ou, en un mot, un simple citoyen, sera frappé pour ses opinions. »

Le conseil général ailopte à l'unanimité toutes les dispositions énoncées dans le réquisitoire du procureur de la Commune.

D'après un autre réquisitoire, le conseil a arrêté que le procès-verbal de celle séance serait porté demain à la Convention pour servir de réponse aux ca'omniateurs; que le comité de correspondance avec les quarante-quatre mille municipalités serait mis au plus tôt en activité, et composé de neuf membres au lieu de cinq, nombre auquel l'ont porté les précédens arrêtés ; que l'on enverra à toutes les commissions du conseil l'arrêté qui invite tous les membres à signer la pétition présentée, le 15 de ce mois, à la Convention nationale par la majorité des sections; enfin que l'imprimeur sera tenu de remettre, dès demain, au comité de correspondance avec les municipalités, douze mille exemplaires de cette pétition.

Club Des Jacobins.Séance extraordinaire du 18 avril. Présidence de Marat.

Le citoyen Dubuisson, vice-président, occupe le fauteuil.

Bentabolle obtient la parole pour une motion d'ordre. Il y a, dit-il, quelques mois que la société a établi un comité de constitution pour examiner avec maturité, et dans le calme, le projet de la Convention. Aujourd'hui cette constitution va être discutée et organisée au milieu des orages et des dissensions. Quand la nation est environnée d'ennemis, quand elle est assaillie par les puissances étrangères et déchirée par les ennemis intérieurs; dans un moment, enfin, où les patriotes sont éloignés. Les membres du côté droit de la Convention ont imaginé pour sauver leurs personnes, de faire la constitution en quinze jours. Pour remplir ce but, ils emploient des raisons spécieuses. Ils disent que pour faire cesser l'anarchie, il importe d'établir les bases constitutionnelles. On peut répondre à cet argument qu'il faut préalablement rappeler cent treize ou cent quatorze députés patriotes; la nation ayant envoyé sept cent quarante-cinq membres, a droit de demander que sept cent quarante-cinq membres coopèrent à l'acte constitutionnel ; la majorité de la Convention n'est pas du côté de la Montagne, la Montagne est découragée, est discréditée, je le soutiens; qu'en résultera-t-il ? c'est que la parti des inti igans fera la loi et nous donnera une constitution liberticide. Son projet est de profiter de l'absence des députés patriotes. Pour déjouer ce complot, je demande que la société mette la constitution à l'ordre du jour.

iV « Je viens dans votre sein déposer la déclaration des

droits de l'homme et les bases fondamentales d'une constitution républicaine, où la responsabilité soit sévère et où la démocratie fasse trembler les despotes. Le projet de Condorcet est infâme et généralement méprisé.

Lavaux. « Il serait très-impolilique, très-dangereux de traiter les articles constitutionnels pendant l'absence des patriotes. Bentabolle s'est trompé en vous disant que la Montagne est discréditée. Jamais la Montagne n'a joui d'une plus grande vénération. Nos ennemis veulent faire croire que la Montagne ne veut pas de constitution et qu'elle désire perpétuer le règne de l'anarchie. Il importe pour détruire cette calomnie et confondre les scélérats, tels que Vergniaud et Gensonné, de poser les bases d'une constitution populaire.

JV. Je vais vous proposer deux mesures qui déjoueront les

trames des ennemis de la liberté. Il faut 1° que toutes les sections de Paris protestent formellement contre tous les articles de la Constitution qui seraient décrétés pendant l'absence des patriotes; 2° Qu'elles invitent les départemens et les députés absens à faire les mêmes protestations.

Terranson. « L'astuce du marais de la Convention est plus perfid J tjue vous nu I iiuayiut z. Vous savi z qu'il a eu l'art de gagner les departemens; il faut donc commencer par éclairer nos frères des départemens, et sut tout vous opposer à ce qu'on décrète aucun article constitutionnel pendant l'absence des Montagnards. Je ne serais cependant pas d'avis que les sections de Paris se montrassent à cet égard, ce serait encore une raison de-les calomnier. Il suffit que nous demandions la suspension de la discussion relative à la Constitution, jusqu'à ce que la représentation nationale soit complète. Je demande que le comité de correspondance soit chargé de faire une adresse aux départemens, pour qu'ils émettent leur vœu à cet égard. » Dufourny. « J'appuie la motion du préopinant, et j'ajouterai

« PrécédentContinuer »