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tous prononces en demandant qu'on mît à l'instant ces propositions aux voix, et à la violence avec laquelle les hommes d'état s'y sont opposés , on a vu clairement de quel côté sont les suppôts des Capets fugitifs, les conspirateurs, les complices de d'Orléans , les amis de la royauté. Désespérés et furieux d'avoir été réduits de la sorte à se démasquer eux-mêmes, les meneurs et les suppôts de la faction royaliste, se sont flattés de faire tomber mes propositions et d'en imposer au peuple en me poursuivant comme un écrivain incendiaire.

» Pour toute réponse, j'ai continué à dévoiler le charlatanisme des meneurs de la faction, et à les rappeler à la même épreuye; ils se sont uniquement attachés à ma poursuite, et, n'osant pas prononcer contre moi un décret d'accusation sans rapport préalable, ils ont décrété que je serais mis en état d'arrestation à l'Abbaye. Et quoi ! des dilapidateurs, Malus et d'Espagnac, ont été simplement détenus chez eux; Sillery lui-même, suspect de connivence avec le traître Dumourier, est simplement gardé à vue; et moi, le défenseur incorruptible de la liberté, je serai incarcéré par mes féroces ennemis pour les avoir dénoncés comme machinateurs, et les avoir forcés à s'avouer des traîtres, d'infâmes suppôts de la royauté ! Non, il n'en sera rien. Comme ils mènent aujourd'hui le sénat; comme ils ont blessé à mon égard les principes de la justice et de la liberté; comme rien au monde n'a pu les ramener aia devoir; comme ils sont déterminés à consommer la contre-révolution et à rétablir le despotisme; comme je suis leur accusateur, ,et qu'ils sont les vrais coupables; comme ils travaillent à perdre les patriotes énergiques pour n'être pas perdus eux-mêmes, ils veulent, à quelque prix que ce soit, se débarrasser de moi, dont ils redoutent la surveillance. S'ils réussissaient à consommer à mon égard leurs projets criminels , bientôt ils en viendraient à Robespierre, puis à Danton, puis à tous les députés qui ont montré de l'énergie, du caractère. D'accusateur je ne serai pas seul réduit au rôle d'accusé. Je ne veux ni être égorgé par leurs émissaires, ni empoisonné dans une prison.

» Ainsi, tant que Salles, qui a cherché à soulever son département pour attenter à la liberté des commissaires de la Convention, et qui a cherché à avilir la Convention elle-même en la déclarant du parti de d'Orléans ; tant que Barbaroux, qui a donné l'ordre à un bataillon de Marseillais de s'emparer des avenues de la Convention pour faire passer l'appel au peuple; tant que Gensonné, qui a entretenu une correspondance suivie avec le traître Dumourier; tant que Lasource, parasite de Sillery et auteur de l'élévation de Valence; tant que Brissot, Guadet, Buzot, Vergniaud, etc., qui ont tenu des conciliabules nocturnes avec Dumourier, et qui le disculpaient encore, il y a quelques jours, au comité de défense générale, n'auront pas été mis en état d'arrestation , je regarderai comme l'effet d'une conjuration liberticide le décret qui m'a ôté la liberté, le décret qui n'a pour but que d'ouvrir les portes de l'Abbaye aux généraux traîtres à la patrie, aux rebelles de la ville d'Orléans, qui ont fait massacrer les députés patriotes, et aux machinateurs détenus, dans l'espoir que le peuple s'y porterait pour me meure en liberté.

> Avant d'appartenir à la nation, j'appartenais à la patrie; je me dois au peuple dont je suis l'œil; je vais donc me mettre à couvert des attentats des scélérats soudoyés, pour pouvoir continuer à démasquer les traîtres et déjouer leurs complots, jusqu'à ce que la nation ait connu leurs trames perfides, et en ait fait justice.

» Déjà quarante-sept départemens ont demandé l'expulsion des députés qui ont voté l'appel au peuple et la détention du tyran; les autres sont prêts à émettre le même vœu. Un peu de patience encore, et la nation en fera jusiiee. Je ne veux pas que la Convention soit dissoute, je demande qu'elle soit purgée des traîtres qui s'efforcent de perdre la nation en rétablissant le despotisme. Signé, Marat. »

Cette lettre n'a pas de suite.

Robespierre, .le demande à faire une addition au décret que vous venez de rendre sur la proposition de Danton. Je demande que la disposition no préjudicic point aux pays ennemis.

Lacroix. Je demande l'ordre du jour, motivé sur ce que ces

pays font partie de la République. Plusieurs autres membres réclament l'ordre du jour pur et

simple.

Ducos. Vous ne pouvez pas passer à l'ordre du jour pur et simple; vous avez engagé la foi de la nation française à ces peuples, et vous ne pouvez pas rendre la nation parjure. Je demande l'ordre du jour, motivé sur ce que les pays réunis font partie de la république française.

L'assemblée adopte l'ordre du jour, ainsi motivé. |

Du 15 avril, à dix heures du soir.

[Robespierre l'aîné. On vous a dénoncé une grande conspiration; tous les jours on vous dénonce des crimes particuliers qui en sont la conséquence, et tous les jours se passent sans que vous preniez aucune mesure.

Il y a déjà long-temps que Beurnonville est convaincu de conspiration. Il l'était lorsque, trompés vous-mêmes, vous l'envoyâtes à Dumourier. Il n'était pas moins coupable que ce général perfide , c'était lui qui était le centre de toutes les trames. Il n'était parvenu au ministère que pour en favoriser le développement. Il n'est pas douteux qu'il ne se soit entouré de conspirateurs tels que lui ; car, certes, un conspirateur ne pouvait s'environner de bons citoyens. Je demande donc que la Convention purge toute l'administration de la guerre, et les armées de toutes les créatures de Beurnonville; que sa téte soit mise à prix comme celle du général avec lequel il conspirait. Je demande en outre que cette mesure soit étendue à tous les traîtres, comme une preuve que vous voulez ôter tout moyen de transiger avec eux.

La Convention charge son comité de sûreté générale d'examiner la conduite des adjoints du ministre de la guerre.

Dubois-Crancé. Je demande que le comité du salut public soit chargé de toutes les autres propositions, et qu'il vérifie un fait que je vais vous dénoncer. Un courrier vint au ci-devant comité

de défense générale ; nous y étions seuls alors avec Gensonné. Il T. xxv. 29

nous déclara qu'il revenait de l'armée, où Beurnonville Tarait envoyé à Dumourier, six heures avant le départ de vos commissaires.

Delaunay jeune, au nom du comité de législation. Citoyens, vous avez décrété hier que Marat, l'un des membres de la Convention nationale, serait mis en état d'arrestation ; vous avez ordonné à votre comité de législation de vous faire un rapport sur tous les délits imputés à ce représentant du peuple. Je viens, organe de ce comité, vous faire ce rapport. Depuis long-temps, cette enceinte retentissait de plaintes portées contre Marat; depuis long-temps, des corps administratifs, des sociétés populaires provoquaient sur sa tête.... (De violens murmures interrompent le rapporteur.)

Bentabolle. Je demande que le rapport ne soit pas fait parles ennemis de Marat.

Delaunay jeune. Je préviens la Convention que le rapport a été lu en entier au comité, et qu'il l'a approuvé unanimement

Thirion. Je demande qu'on déclare que Dumourier a eu raison.

Albitte. Je demande que le rapport soit entendu ; on y verra le nom des traîtres que Marat a dénoncés.

Delaunay jeune. Une circulaire adressée, au nom de la société des Amis de la liberté et de l'égalité, à leurs frères des départemens, signée Marat, président, etc., a excité votre indignation.

Plusieurs membres réclament la lecture de l'adresse entière. — Cette proposition est décrétée.

(N.-B. Le commencement de cette adresse est rapporté dans la précédente séance à la suite du discours de Guadet. En voici la suite : )

« Levons-nous, oui, levons-nous tous, mettons en état d'arrestation tous les ennemis de la révolution et toutes les personnes suspectes; exterminons sans pitié tous les conspirateurs, si nous ne voulons pas être exterminés nous-mêmes. Pour rendre à la Convention nationale, qui seule peut nous sauver, sa force et son énergie, que les députés patriotes qui sont en mission dans les quatre-vingt-trois départemens, soient renvoyés à leur poste ; et qu'ils y reviennent le plus promptement possible; et, à l'exemple des généreux Marseillais, que de nouveaux apôtres de la liberté, choisis parmi vous, au milieu de vous, remplacent ces commissaires; qu'ils soient envoyés dans les villes, dans les campagnes, soit pour faciliter de plus prompts recrutemens, soit pour échauffer le civisme et signaler les traîtres. Que les départemens, les districts, les municipalités, que toutes les sociétés populaires s'unissent et s'accordent à réclamer auprès de la Convention , à y envoyer, à y faire pleuvoir des pétitions qui manifestent le vœu formel du rappel instant de tous les membres infidèles qui ont trahi leurs devoirs, en ne voulaient pas la mort du tyran ; et surtout contre ceux qui ont égaré un si grand nombre de leurs collègues. De tels délégués sont des traîtres, des royalistes ou des hommes ineptes. La République réprouve les amis des rois, ce sont eux qui la morcellent et la ruinent.

> Oui, citoyens, ce sont eux qui ont tramé cette faction criminelle et désastreuse ; avec eux, c'en est fait de votre liberté; et par leur expulsion la République est sauvée: que tous s'unissent également pour demander que le tonnerre des décreis d'accusation soit lancé, et sur les généraux traîtres à la République, et sur les ministres prévaricateurs, et sur les administrateurs despotes , et sur tous les agens infidèles du gouvernement ; voilà nos plus salutaires moyens de défense. Mais repoussons les traîtres et les tyrans; le foyer de leur conspiration est à Paris : c'est à Paris que nos perfides ennemis veulent consommer leurs crimes. Paris, le berceau, le boulevart de la liberté, est, n'en doutez pas, le lieu où ils ont juré d'anéantir, sous les cadavres des patriotes, la cause sainte de l'humanité. C'est sur Paris que Dumourier dirige ses vengeances, en ralliant à son parti tous les royalistes, les Feuillans, les modérés, et tous les lâches ennemis de la liberté. C'est donc à Paris que nous devons tous la défendre; et pénétrez-vous bien de cette vérité, que Paris sans vous ne peut pas sauver la République. Déjà les intrépides Marseillais

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