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Calon. Il est de la justice, il est de la dignité de l'assemblée de punir l'insolent qui a tiré son épée.

Calon continue de parler dans le tumulte. — Le président le rappelle à l'ordre; il persiste à vouloir parler, et s'avance dans le milieu de la salle au milieu des rumeurs et de l'agitation. — Le président se couvre encore; le calme renaît.

Le président. J'invite Lecointre à simplifier ses idées... (David, Pan», Marat, Bentabolle : Il ne s'agit pas de cela; envoyez à l'Abbaye le scélérat qui a tiré son épée.)

Le tumulte et l'agitation recommencent et se prolongent.

Duperrès. Je demande la parole. (.4/'.466aî/e/s'écrie-t-on dans l'extrémité gauche. )

Marat. Je demande la parole contre vous, président. ( Les citoyens des tribunes applaudissent. ) La représentation nationale est perdue d'aujourd'hui. Je demande vengeance... (Des cris s'élèvent de tous les côtés : A l'ordre! vous n'avez pas la parole.)

Marat. Président, de la justice et de l'impartialité.

Le président. Marat, vous n'avez pas la parole.

Marat. Je vous la demande.

Le préMent. Je ne veux pas vous l'accorder.

Marat. Vous me la donnerez ; je la prendrai.

Le président. Marat, je vous rappelle pour la vingtième fois à l'ordre.

Marat quitte la tribune.

Massieu. Je demande à faire une motion d'ordre ; consultez l'assemblée pour savoir si je serai entendu.

L'assemblée refuse la parole à Massieu.

Plusieurs voix dans l'extrémité gauche. A l'Abbaye celui qui a voulu nous assassiner!

Garan-Coulon. Et moi aussi, je demande que de pareils excès ne restent point impunis.

Le président. On insiste sur l'explication des faits qui se sont passés dans l'assemblée. Le membre inculpé demande à parler, je lui accorde la parole.

Duperrès. La grace que je demande à la Convention nationale et aux tribunes elles-mêmes... (il selève de violentes rumeurs dans plusieurs parties de la salle. )

Duperrès. Je répète ce que j'ai dit ; je demande à la Convention et aux tribunes... (On entend les mêmes rumeurs.)

Plusieurs voix. Vous avilissez la représentation nationale.

Duperrès. Si je suis coupable, je ne veux pas me soustraire à la peine, je suis soumis à la loi ; mais je demande qu'on m'entende : et je demande cette grace aux tribunes, parce que depuis long-temps un membre ne peut parler ici s'il n'en a obtenu la permission des tribunes. (Murmures dans une grande pariie de la salle. — Des applaudissemens s'élèvent à la droite.) Si je suis coupable, punissez-moi; mais accordez-moi ce qui u'est pas refusé au dernier des criminels, d'être entendu avant d'être condamné. Citoyens, il y a dix-neuf mois que, dans l'assemblée législative, j'ai commencé à lutter contre la cour, contre les Feuillans et contre toutes les espèces d'aristocraties. Depuis la Convention , je lutte contre une horde des scélérats qui travaillent à perdre la chose publique. Je voyais que depuis deux jours on s'opposait à ce que les véritables coupables fussent recherchés; je voyais que depuis deux heures un membre faisait de vains efforts pour obtenir du silence. Je vous l'avoue, citoyens, cela m'indignait. Une partie de l'assemblée, partageant cette indignation, a fait un mouvement vers le côté d'où venaient les interruptions: j'ai suivi ce mouvement. Lorsque j'ai été au milieu de la salle, j'ai vu qu'un membre avait un pistolet à la main. (Murmures à gauche.) Écoutez-moi jusqu'au bout, je vous en prie. Beaucoup de membres peuvent croire que c'est une défaite; mais... ^ Mêmes rumeurs. ) On ne demande dans cette partie que des coupables, autrement on écouterait. J'avoue que dans un moment où je me voyais menacé, dans ce moment de délire de celui qui se permettait contre moi... (Violens murmures dans les tribunes.)

Louvet, Grangeneuve, B-irbaroux et plusieurs autres membres s'avancent vers le président, et demandent avec chaleur vengeance de l'insulte des tribunes. — Quelques membres désignent un citoyen pour avoir fait des gestes menaçans. — L« président donne ordre de l'arrêter. — Le calme se rétablit.

Le président. C'est violer tous les principes que de ne pas vouloir entendre un accusé. Je vous déclare qu'il n'y a que des mauvais citoyens qui puissent se permettre d'interrompre. Duperrès, je vous maintiendrai la parole.

Duperrès. Je dis, citoyens, que, provoqué par ce mouvement menaçant, j'ai tiré l'épée; mais dans ce moment je n'étais pas à moi, j'étais animé d'une sainte fureur, si l'on peut s'exprimer ainsi ; et je vous jure que si je m'étais permis, dans mon excès de fureur, de porter la main sur un représentant du peuple, il me restait une arme, je me serais brûlé la cervelle. Voilà ce que j'avais à dire.

On demande l'ordre du jour.

Plusieurs vuix de l'extrémité gauche. Non, non.

L'assemblée consultée décide de passer à l'ordre du jour.

Les mêmes voix. C'est un déni de justice... A l'Abbaye Duperrès!...

Le président. Lecointre a la parole.

Robert. Duperrès a dit qu'un membre l'avait menacé avec un pistolet. Je le somme de nommer ce membre.

Robespierre jeune et Fabre d'Églantine font la même sommation.

Le président. Je déclare que je ne puis pas tenir contre une pareille tyrannie. Je quitte le fauteuil.

Tburiot descend du fauteuil, Delmas va l'occuper.

N... J'insiste pour que Duperrès désigne le membre qui a tiré le pistolet contre lui.

Ou réclame l'ordre du jour.

Le président. Le moyen de nous tirer de là, c'est de consulter l'assemblée. Je vais mettre aux voix l'ordre du jour. L'assemblée passe à l'ordre du jour.

Plusieurs voix de l'extrémité. Duperrès est un assassin et un calomniateur. Duperrès parait à la tribune. Le président. Vous n'avez pas la parole.

On commence l'appel nominal pour la nomination des quatre commissaires qui doivent aller dans le départementde l'Orne térifier les faits relatifs à Égalité.

Marcii. Mettez aux voix les propositions que j'ai faites.

On demande la priorité pour l'appel nominal. Elle est accordée.

Marat. On reconnaît maintenant les complices des Capets. La séance est suspendue à minuit.]

Commune.Séance du H avril.

En vertu d'un arrêté du corps municipal, les passeports seront délivrés, comme par le passé, aux négociansqui justifieront de leur besoin de voyager, et qui exhiberont d'ailleurs toutes les pièces exigées par la loi.

Le conseil a approuvé cet arrêté, et en a arrêté l'envoi à sa commission des passeports, chargée de le mettre à exécution.

Santerre présente au conseil quelques observations sur divers arrêtés précédemment pris ; il pense qu'il vaudrait mieux nourrir la garde du Temple que de payer une indemnité de 3 livres aux citoyens de garde qui voudraient l'accepter. Cet objet est ajourné.

Il demande que le conseil nomme des commissaires chargés de s'entendre avec lui, à l'effet d'indiquer pour dépôt des poudres un local moins dangereuxque le pavillon isolé du ci-devant PalaisBourbon, et d'autres commissaires pour examiner les inconvéniens et les avantages qui pourraient résulter du départ de la légion dite Kosental, et faire leur rapport au conseil. Ces deux propositions sont adoptées.

Sur les observations d'un de ses membres, le conseil a rapporté la dernière disposition de son arrêté du 3I mars dernier, portant que les citoyens requérant certificats de civisme seront tenus d'être présens au conseil, pour y passer à la censure lorsque la commission fera son rapport à leur sujet.

Le conseil a ordonné la consignation sur ses registres du décret du 10 de ce mois, qui, en maintenant les précédens décrets sur les passeports, supprime l'usage des laissez-passer établis par un de ses arrêtés.

Le conseil a ajourné à demain la discussion sur le rapport fait par le corps municipal relativement à la distribution dans les sections de tous les canons qui sont dans les parcs d'artillerie.

Dans l'ordre de ce jour , le commandant général rend justice à la bonté des principes des canonniers casernes à la Sorbonne.

Ils ont pris un arrêté par lequel i|s témoignent qu'ils sont satisfaits qu'un mauvais citoyen (Nicolas Luthier, qui a été exécuté ]ell au matin, pour avoir demandé un roi), qui s'est trouvé parmi eux, ait été puni. S'il s'en trouvait encore, ajoutent-ils, ils les livreraient eux-mêmes à la justice. Ils jurent de vivre républicains, ou de mourir en défendant la République.

CONVENTION. — SÉANCE PERMANENTE DU 3 AvrIL.

Du 12 avril, à 10 heures du matin. Thuriot occupe le fauteuil.

Le conseil exécutif instruit l'assemblée de la translation des Bourbons à Marseille.—Une députation de militaires redemande Westermann , qui est détenu, « S'il est innocent, dit le prési» dent, il vous sera rendu ; s'il est coupable, sa tête tombera. > — Lettre du général Custine, annonçant qu'un de ses aides-decamp perdit la tête, croyant que, d'accord avec Dumourier, il voulait livrer l'armée, et qu'il se brûla la cervelle. — Le même général écrit que l'armée qu'il commande a failli être victime de l'ordre donné par Beurnonville pour l'évacuation du poste des Vosges; il reproche à l'assemblée d'avoir applaudi le général Kellermann, qui, dit-il, avait trahi les intérêts de la patrie; il se plaint des délibérations scandaleuses des représentans du peuple; il ne voit qu'un moyen de sauver la République, et il en fait passer le développement aux comités j il insiste sur sa démission.

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