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Je demande aussi que l'accusateur public vienne ici vous rendre compte de sa conduite, et vous apprenne pourquoi il n'a pas mis le tribunal en état de juger les auteurs et les chefs de la conspiration du 10, au mépris du décret en vertu duquel la poursuite des auteurs de cette conjuration devait occuper les premiers momens de ce tribunal. N'en doutez pas, citoyens, la République est perdue si vous continuez l'indulgence avec laquelle vous avezjusqu'ici traité ceux qui, sourdement, qui, dis-je, publiquement provoquent la dissolution de la Convention nationale. Et ne sentez-vous pas que les despotes s'avancentau milieu du désordre etdel'anarchie?ne sentez-vous pas que ceux-là rendent un roi nécessairé au peuple, qui provoquent sans cesse l'anarchie? Les hommes ne sont rien ; la liberté est tout : c'est elle qu'il faut préserver ; c'est elle que la patrie à genoux vous conjure de sauver. Oh! vous ne la sauverez pas tant que vous souffrirez que des scélérats, que l'on jnvestit cependant du nom sacré de peuple, viennent vous dire que la majorité d'entre vous est corrompue ; qu'il n'y a dans cette assemblée que quelques hommes qui puissent sauver la République, et qui, doutant encore qu'ils le puissent faire, sont là, disent-ils, pour la sauver eux-mêmes. On vous a proposé des mesures partielles comme celle adoptée relativement à l'adresse de Marseille : mais dans cette dernière adresse on ne prétendait pas que la majorité de l'assemblée était corrompue; elle se contentait de nommer mauvais citoyens ceux qui n'étaient pas à la hauteur de son patriotisme ardent, et cette différence doit être sentie par tout homme impartial. Je demande que mes propositions soient mises aux voix. , Robespierre. Citoyens, celui qui dit que la majorité de la Convention est corrompue est insensé; mais celui qui nierait que la Convention nationale peut être quelquefois égarée par une coalition composée de quelques hommes profondément corrompus serait un imposteur. On vous a parlé souvent de conspiration, et tout en parlant on feint de ne pas en connaître les auteurs ; elles

- " • . . " • ' J. -, " éclatent cependant sous vos yeux ; les conspirations nous envi

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ronnent, tout le monde en aperçoit la nature et l'étendue ; c'est une chaîne qui circule dans tous les cabinets de l'Europe, et dont l'anneau aboutit dans cette enceinte sacrée. Non, la majorité de la Convention n'est pas corrompue, sans cela la patrie serait perdue; sans cela comment aurions-nous résisté aux traîtres, aux ennemis de tous les genres? mais celui qui cherche les conspirations dans des événemens, dans des individus isolés, veut dissimuler les véritables; celle-ci est tramée par les ennemis intérieurs et extérieurs. Ses chefs sont à la fois Dumourier, lesinvidus qui pourraient prétendre au trône par le droit antique de leur naissance, et tous les amis de Dumourier. (On applaudit.' Quand on veut connaître la conspiration, il faut embrasser l'ensemble des événemens, l'objet et les moyens des conspirateurs.

Il y a quelque temps que je m'occupe de cet objet, et que, sans faire des lieux communs sur la liberté, je cherche avec douleur les causes qui la compromettent. (Plusieurs voix. Parlez.) Si vous voulez, je vais lever une partie du voile.... (Plusieurs voix. Tout entier.)

N..... Je demande que si Robespierre ne combat pas les propositions qui ont été faites p Ji- Pétion, elles soient mises sur-lechamp à la délibération.

Robespierre. Je parle sur l'ensemble des mesures à prendre.

Vergniaud. Il importe de ne pas distraire l'attention de l'assemblée jjar de nouvelles dénonciations; je demande que Robespierre ne parle qu'après que vous aurez pris les mesures urgentes qui vous ont été proposées, et qu'il soit décrété que ct-ux que va accuser Robespierre, soient entendus après pour le confondre.

Robespierre. Les propositions soumises à votre délibération ne peuvent être séparées de l'objet que j'ai à traiter. (Plusieurs voix. Déclarez si vous voulez les combattre.)

Fergniaud. Je demande qu'il parle; quoique nous n'ayons pas de discours artificieusement préparés, nous saurons répondreet confondre les scélérats.

Lakanal. Je demande le renvoi de la dénonciation au comité; ces dénonciations perdent la République.

Robespierre. Si votre attention est fatignée, je demande à parler dans un autre moment. ( Un grand nombre de voix: Non, non.) Eh bien! si l'assemblée veut décréter auparavant les propositions qui lui sont faites par Pétion et Guadet, comme je déclare que ce que je veux dire doit influer sur ces propositions...

Lecointre, de Versailles. On prend nos villes, et nous nous dénonçons.

Lasource. Il faut que tout s'éclaircisse, je demande que Robespierre soit entendu, et qu'ensuite toutes les propositions soient décrétées séance tenante.

La proposition de Lasource est adoptée. {

Robespierre. Une faction puissante conspire avec les tyrans de l'Europe pour nous donner un roi, avec une espèce de constitution aristocratique. Elle espère nous amener à cette transaction honteuse par la force des armées étrangères, et par les troubles du dedans. Ce système convient au gouvernement anglais, il convient à Pitt, l'ame de toute cette ligue, il convient à tous les ambitieux; il plaît à tous les aristocrates bourgeois, qui ont horreur de l'égalité, à qui l'on a fait peur, même pour leurs propriétés; il plaît même aux nobles, trop heureux de retrouver dans la représentation aristocratique et dans la cour d'un nouveau roi, les distinctions orgueilleuse qui leur échappaient. La République ne convient qu'au peuple, aux hommes de toutes les conditions, qui . ont uneame pure et élevée, aux philosophes amis de l'humanité, aux sans-culottes qui se sont en France parés avec fierté de ce titre dont La Fayette et l'ancienne cour voulaient les flétrir, comme les républicains de Hollande s'emparèrent de celui de gueux, que le duc d'Albe leur avait donné.

Le système aristocratique dont je parle, était celui de La Fayette et de tous ses pareils, connus sous le nom de Fueillans et de modérés ; il a été continué par ceux qui ont succédé à sa puissance. Quelques personnages ont changé; mais le but est semblable; les moyens sont les mêmes, avec cette différence, que les T. xxV. 22

continuateurs ont augmenté leurs ressources et accru le nombre de leurs partisans.

Tous les ambitieux qui ont paru jusqu'ici sur le théâtre de la révolution, ont eu cela de commun, qu'ils ont défendu les droits du peuple aussi long-temps qu'ils ont cru en avoir besoin. Tous l'ont regardé comme un stupide troupeau, destiné à être conduit par le plus habile ou par le plus fort. Tous ont regardé les assemblées représentative:; comme des corps composés d'hommes ou cupides , ou crédules, qu'il faut corrompre ou tromper pour les faire servir à leurs projets criminels. Tous se sont servis des sociétés populaires contre la cour , et dès le moment où ils eurent fait leur pacte avec elle, ou qu'ils l'eurent remplacée, ils ont travaillé à les détruire. Tous ont successivement combattu pour oa contre les Jacobins, selon le temps et les circonstances.

Comme leurs devanciers, les dominateurs actuels ont caché leur ambition sous le masque de la modération et de l'amour de l'ordre ; comme leurs devanciers, ils ont cherché à décréditer les principes de liberté.

& Pour mieux y réussir, ils ont même cherché à en faire quelquefois de ridicules applications. Ils ont appelé tous les amis de la patrie des agitateurs, des anarchistes; quelquefois même ils en ont suscité de véritables, pour mieux réaliser cette calomnie. Ils se sont montrés habiles dans l'art, de couvrir leurs forfaits, en les imputant au peuple. Ils ont de bonne heure épouvanté les citoyens du fantôme d'une loi agraire; ils ont séparé les intérêts des riches de ceux des pauvres; ils se sont présentés aux premiers comme leurs protecteurs, contre les sans-culottes; ils ont attiré à leur parti tous les ennemis de l'égalité. Maîtres du gouvernement et de toutes les places, dominant dans les tribunaux et dans les corps administratifs, dépositaires du trésor public, ils ont employé toute leur puissance à arrêter les progrès de l'esprit public, à réveiller le royalisme et à ressusciter l'aristocratie; ils ont opprimé les patriotes énergiques, protégé les modéres hypocrites ; ils ont corrompu successivement les défenseurs do peuple; et persécuté ceux qu'ils n'ont pu séduire. Comment h République pourrait-elle subsister, quand toute la puissance publique s'épuisait pour décourager la vertu, et pour récompenser l'incivisme et la perfidie?' .

La faction dominante aujourd'hui était formée long-temps avant la Convention nationale. A la fin de juillet dernier, il existait avec la cour, un traité pour obtenir le rappel des ministres qu'ils avaient fait nommer au mois de janvier précédent. Une autre condition du traité était la nomination d'uf! gouverneur du prince royal; il n'est pas nécessaire de dire que le choix devait tomber sur l'un d'entre eux. A la même époque, ils s'opposaient de tout leur pouvoir à la déchéance de Louis, demandée par le peuple et par les fédérés, ils firent décréter un message et des représentations au roi. Us n'ont rien négligé pour empêcher la révolution du 10août; dès le lendemain, ils travaillaient efficacement à en arrêter le cours. Le jour même du 10, ils firent tout ce qui était en eux pour empêcher que le ci-devant roi ne fût renfermé au Temple. Ils tâchèrent de nous rattacher à la royauté, en faisant décréter par l'assemblée législative qu'il serait nommé un gouverneur au prince royal. A ces faits , consignés dans les actes publics et dans l'histoire de notre révolution , vous connaissez déjà les Brissot, les Guadet, les Vergniaud, les Gensonné, et d'autres agens hypocrites de la même coalition.

En même temps ils n'oublièrent rien pour déshonorer la révolution qui venait d'enfanter la République. Dès le lendemain du 10 août, ils calomniaient le conseil de la commnne, qui dans la nuit précédente venait de se dévouer pour la liberté, en même temps qu'ils entravaient toutes ses opérations par leurs intrigues et par les décrets qu'ils dictaient à l'assemblée législative.

Eux seuls recueillirent les fruits de la victoire du peuple; ils s'en attribuèrent même tout l'honneur. Leur premier soin, après l'acte conservatoire du prince royal et de la royauté, fut de rappeler au ministère leurs créatures Servan, Clavière et Roland. Ils s'appliquèrent surtout à s'emparer de l'opinion publique. Us avaient eu soin de faire remettre entre les mains de Roland des sommes énormes pour la façonner à leur gré; auteurs ou payeurs

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