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» Le moment de la vengeance nationale est arrivé ; il n'y a pins à balancer. Il faut que le peuple se lève dans toute la République. Nous venons d'envoyer une adresse à la Convention pour demander le rappel de tous les députés patriotes qui sont dans les départemens, et qui courent les risques d'être assassinés. Des commissaires partent en poste pour se rendre dans les départemens , afin d'éléctriser le peuple et de l'engager à se sauver lui-même. Que Paris se lève donc, qu'il imite Marseille, et la République est sauvée. »

Un memiire propose d'envoyer une adresse aux départemens pour leur apprendre que Paris se lève et se charge seul de sauver la République.

2V.... t La mesure qu'on vient de proposer est dangereuse. Nous avons besoin des départemens ; il faut qu'ils nous secondent. Je demande qu'on dise à tous les départemens : Levez-vous tel jour, ou c'en est fait de la République. Alors le tocsin sonnera sur tous les points de la République, et le génie de la liberté renversera tous les trônes.

» Il faut envoyer sur-le-champ des courriers aux départemeos cmi avoisinent les endroits où Dumourier dirige sa marche. Ce scélérat se fait des partisans en répandant le bruit que Paris est à feu et à sang, que la Convention est dissoute. Il importe donc d'apprendre aux départemens que Dumourier est un naître, . qu'il est décrété d'accusation. >

N. « Il faut que la société écrive à toutes les sociétés populaires, qu'elle lui peigne fidèlement l'état des choses, qu'elle déclare que Paris sera toujours sur pied, toujours disposé à seconder les départemens; mais il faut une réunion de tous les citoyens. Eclairons nos frères des départemens; présentous-leur avec- énergie l'abîme ouvert sous nos pas. Il faut commencer par raisonner, ensuite nous frapperons; alors nos coups seront plus sûrs et mieux dirigés. »

N.... « J'appuie la proposition de l'adresse ; niais je veux qu'on déclare que Paris est le quartier général de la République. >

Desfieux. « Nous examinerons dans les comités les différentes

mesures qu'on vous propose; nous arrêterons ensuite la mesure qui nous paraîtra la plus efficace, mais sans la rendre publique; car alors nos ennemis la rendraient nulle et illusoire. » N.... « Je demande que tous les citoyens qui seront convaincus d'être traîtres à la patrie soient fusillés à l'instant. Tant que nous n'agirons pas, nous ne serons rien ; il faut des mesures fermes; la tête des nobles nous est à charge ainsi que celle des calotins. » - Dubuisson. « Le fait est que l'ennemi est à quarante-trois lieues de Paris, le fait est que les commissaires ont été arrêtés par Dumourier. Nous n'avons pas été arrêtés, et cependant nous n'avions pas le même caractère qu'eux. » Dumourier a l'insolence d'écrire qu'il garde les commissaires en otage, et qu'il marche sur Paris pour y rétablir l'ordre. » J'ai à vous proposer une mesure infaillible pour ôter l'armée à Dumourier; Beurnonville ne l'avait pas, et je l'ai, moi : je demande que quatre commissaires m'accompagnent au comité de sûreté générale; j'indiquerai cette mesure, et, si l'on ne l'adopte pas, je la rendrai publique demain. Ce moyen de détacher l'armée de Dumourier demande toutle temps du pouvoir exécutif. » Robespierre. « Le préopinant vous a annoncé des faits; cela suppose que la société n'est pas instruite des dangers qui nous . menacent : il faut savoir que Dumourier est le général de tous les contre-révolutionnaires de France, de tous les royalistes, de tousles Feuillans; il faut savoir qu'il est d'intelligence avec les puissances étrangères; il faut savoir qu'il veut nous forcer de transi-ger sur notre liberté, et qu'il s'offre pour médiateur; il faut sa-voir qu'on veut rétablir le despotisme.A qui persuadera-t-on que Beurnonville ait été sérieusement arrêté par Dumourier? Beurnonville est le premier complice de Dumourier. « Dumourier n'a pas sérieusement blâmé Brissot, et ce passage du rapport où il reproche à Brissot de nous avoir suscité la guerre est un piége qu'il a tendu aux commissaires. Dumourier feint d'être l'ennemi de Brissot, pour faire croire qu'il n'est pas d'intelligence avec la faction Brissot; mais il y a dans ce rapport plusieurs passages qui sont faits pour détourner l'attention des vrais complices de Dumourier.

» On a proposé d'envoyer des courriers. Qui les enverra? La Convention? Alors ces courriers seront dévoués à nos ennemis. On nous propose d'écrire aux sociétés affiliées; croyez-vous que cette mesure puisse être exécutée? Je vous ai dit que le premier plan de contre-révolution était dans le directoire de la poste; tant que la poste sera dans la main de nos ennemis, il est impossible que nous ayons aucune correspondance.

» Tandis que nous délibérons, nos ennemis correspondent sans cesse; il faut voir si la Convention n'a pas un bandeau sur les yeux, et si les mesures proposées pour arrêter Dumourier ne sont pas un piége de la cabale qui veut endormir le peuple sur le bord de l'abîme. C'est contre les députés patriotes, contre les députés énergiques, contre les Jacobins, contre le peuple de Paris. Quant aux royalistes, aux Feuillans, c'est de concert avec eux que Dumourier vient pour écraser la liberté.

» Je suis fondé à croire que je suis un de ceux contre lesquels marche Dumourier. Que m'importe que Paris ait été calomnié; Paris est le boulevart de la liberté. Comme député de Paris, mon devoir est de l'avertir du complot. Toutes les autorités constituées doivent veiller à la conservation de Paris. Il faut que les sections, que la municipalité, que le département, soient dans la plus activ« surveillance.

» Il faut lever une armée révolutionnaire; il faut que cette armée soit composée de tous les patriotes, de tous les sans-culottes; il faut que les faubourgs fassent la force et le noyau de cette armée. Je ne dirai pas qu'il faut aiguiser nos sabres pour tuer les calotins; ce sont des ennemis trop méprisables, et les fanatiques ne demanderaient pas mieux pour avoir un prétexte de crier.

» Il faut chasser impitoyablement de nos sections tous ceux qui se sont signalés par un caractère de modérantisme; il faut désarmer, non pas les nobles et les calotins, mais tous les citoyens douteux, tous les intrigans, tous ceux qui ont donné des preuves d'incivisme; on a pris ces mesures à Marseille. Dumourier doit arriver à Paris avant les bataillons de Marseille; voilà pourquoi il précipite ses pas. Paris menacé doit se défendre. Il n'y a personne qui puisse s'opposer à ces mesures sans se déclarer mauvais citoyen.

« Le moment est venu de transiger avec les despotes ou de mourir pour la liberté. J'ai pris mon parti ; que tous les citoyens m'imitent. (Applaudi.) Que tout Paris s'arme, que les sections et le peuple veillent, que la Convention se déclare peuple. Je déclare que tant que la poste sera entre les mains des contre-révolutionnaires; que tant que des journaux perfides, qui font l'éloge de Dumourier, corrompront l'opinion publique, il n'y aura aucun espoir de salut. Mai3 le génie de lu liberté triomphera; le patriotisme et le peuple doivent dominer et dominer partout. » ( Applaudissemens. ) (Joum. du club des Jacobins, n. CCCLXXXVIII.)

CONVENTION. — SUITE DE LA SÉANCE PERMANENTE COMMENCÉE LE MERCREDI 3 AvrIL , AU MATIN.

Du jeudi 4 avril, à minuit.

[Isnard, au nom du comité de défense générale. Citoyens, votre comité de défense générale s'occupe à déterminer les grandes mesures de salut public que nécessitent les circonstances. Mais il a pensé qu'il devait à l'instant même vous en proposer une qui doit tout précéder, et sans laquelle peut-être toutes les autres seraient vaines.

Votre comité a reconnu que, dans un moment où les revers se succèdent, où un vaste plan de contre-révolution couvre la France, où des trahisons de tous genres se manifestent, il fallait donner aux ressorts du gouvernement plus d'action, plus d'énergie, plus d'unité, une discussion approfondie; les méfiances qui environnent le pouvoir exécutif et vos comités, la publicité des délibérations de ces comités, l'abus qui peut résulter de cette publicité, l'aveu des ministres eux-mêmes, tout a concouru à déterminer le comité à la mesure qui va vous être soumise.

T. xxV. 18

Il a pensé qu'il fallait nommer un comité d'exécution, compose de neuf membres choisis dans le sein de cette assemblée, chargé de remplir les fonctions qui étaient attribuées au conseil exécutif, et de prendre toutes les mesures de défense générale que nécessitent les circonstances. Vous pouvez et vous devez adopter ce que le comité vous propose: vous le pouvez, parce que la nation , en nommant une Convention nationale, lui a délégué l'exercice de la souveraineté et tous les pouvoirs; vous le devez, parce que, dans un moment où tout ce qui n'est pas vous semble vous trahir, il est prudent de ne vous fier qu'à vous-mêmes. C'est à vous que le peuple a remis le dépôt de la liberté; c'est à vous qu'il en demandera compte: c'est donc vous qui devez exclusivement veillera sa garde. Saisissons enfin d'une main hardie, ferme et pure, les rênes du gouvernement. Il n'est plus question de disputer sur les formes, il s'agit de défendre la patrie. Avant de déterminer le culte que l'on doit à la liberté, il faut assurer son triomphe.

Je ne me livre pas à de plus longs développemens, car il faut dans ce moment des actions, et non pas des discours.

—A la suite de ce rapport, Isnard présente un projet de décret dont les di spositions sont de créer dans le sein de la Convention un comité d'exécution, composé de neuf membres, qui ait le pouvoir de destituer tous les agens du pouvoir exécutif.

Thuriot etEuzot combattent ce projet de décret.—Il est appuyé par Cambon. (Dubois-Crancé occupe le fauteuil.)

Marat. Depuis six mois vous combattez en vain contre les abus; vous n'avez pas encore porté la cognée à la racine; il ne faut que du sens commun pour sauver la patrie. Tant que vous prendrez publiquement des mesures de salut public, vous ne ferez rien. Dumourier est un traître : eh bien ! je dois dire qu'une partie de la Convention ne mérite pas notre confiance, puisque Dumourier vient pour en protéger ce qu'il appelle la saine partie contre celle qui doit sauver la République. (Des applaudissemens s'élèvent dans la partie gauche et se mêlent aux acclamations des ribunes.) Il est impossible que la Montagne (désignant l'extré

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