Images de page
PDF
ePub

nous trahissent. Si l'on ose nier ces faits, j'en donnerai des preuves plus authentiques.

A son retour de la Gtteldre , Dumourier se plaint-il d'avoir été trahi? Non. Il jette au contraire un voile sur tous les faits ; il fait l'éloge des généraux; il loue Miranda et Lanoue, généraux trèsconnus par leur incivisme; il impute tous nos malheurs aux soldats ; il veut persuader à la France que ses armées ne sont composées que de lâches et de voleurs. Nos revers se succèdent. Il donne une bataille, il la perd; il en accuse l'aile gauche de son armée qui, dit-il, a plié : mais cette aile gauche était commandée par'Miranda , par son ami, et l'on doit se rappeler que Dumourier disait à son armée : ne vous découragez pas; surtout ayez confiance en vos généraux : ils sont mes élèves, ils sont mes amis.

Dumourier avait établi l'aristocratie dans la Belgique, en réintégrant les officiers municipaux destitués par vos commissaires: Dumourier avait fuit des emprunts énormes : Dumourier s'était emparé du trésor public, après en avoir fait emprisonner lesgardiens : Dumourier avait assuré sa fortune et sa trahison ; ensuite il déclare la guerre à la Convention nationale; il distingue deux partis qui la composent: l'un qui est subjugué, et Brissot doit se ranger dans ce parti; et l'autre qui domine.

Dumourier dit qu'il vient protégfr ce parti, qu'il dit être opprimé; il dit que Paris donne la loi à• la nation, et qu'il faut anéantir Paris : et c'est d^ns ce moment que nous délibérons ; et que l'on me fait un crime de penser que Dumourier a ici des partisans, et que ces partisans sont les hommes qu'il veut protéger. On m'en fait un crime, lorsqu'ils tinrent toujours unlan^age qui devrait les faire reconnaître; on m'en fait un crime, lorsqu'ils firent tout pour se partager la puissance ; on m'en fait un crime, lorsque les Anglais, accusés d'avoir des partisans dans cette enceinte, menacent noscôti s ; enfin , l'on m'en fait un crime lorsque Dumourier s'efforce de décourager la nation, en lui disant que les troubles qui nous agitent, nous mettent dans l'impossibilité de résister aux ennemis extérieurs, en même temps que nous réduirons les révoltés de l'intérieur; lorsque Dumourier méprise la nation, au point de dire qu'elle n'a plus d'autre parti à prendre que de transiger avec les ennemis; et il se propose pour médiateur, lorsqu'il propose de diviser son armée et de marcher avec une partie sur Paris. Voilà une partie de mes doutes ; voila la source dans laquelle nous devons puiser les moyens de sauver la liberté. Sauver la liberté !.... Mais la liberté peut-elle se sauver, lorsque les amis du roi, lorsque ceux qui ont pleuré la perte du tyran, et qui ont cherché à réveiller le royalisme, paraissent nos protecteurs, paraissent les ennemis de Dumourier, lorsqu'il est évident à mes yeux qu'ils sont ses complices? Voilà mes faits; ils ne convaincront que les hommes de bonne foi ; mais je déclare que lorsque Dumourier est d'intelligence avec l'homme que j'ai nommé, et avec tous ceux..... (Quelques voix : Nomme-les donc !) Je ne veux point convaincre les conspirateurs ni les ennemis de la France; je ne veux que dire la vérité, et quand les hommes que j'ai désignés auront assassiné la liberté et ses défenseurs, on dira qu'au moment où ils allaient exécuter leur complot liberocide, je disais la vérité, et que je démasquais les traîtres. - - Je déclare que la première mesure de salut à prendre c'est de décréter d'accusation tous ceux qui sont prévenus de complicité avec Dumourier, et notamment Brissot. (Applaudissemens des tribunes.) Le président. Brissot a la parole; mais j'annonce à l'assemblée qu'une députation de la Commune de Paris demande à être entendue. Plusieurs voix. Admise. Les commissaires de la Commune sont introduits. L'orateur annonce que les membres du conseil-général qui ne sont pas renommés à la nouvelle municipalité ne se rendent plus à leur poste; et que le conseil étant obligé de se diviser pour des objets importans, les délibérations qui sont prises par la Commune le sont par un très-petit nombre d'individus. Il demande, au nom de la municipalité, d'être autorisé à requérir les citoyens

,

qui doivent composer le nouveau conseil-général, de se rendre

sur-le-champ à leur poste. Cette autorisation est accordée. Brissot. Citoyens, si je me suis abstenu jusqu'à présent de pronQncer mon opinion sur les crimes de Dumourier, c'était pour ne pas paraître céder à la crainte, sentiment indigne de moi. J'attendais que je fusse provoqué, je le suis, je vais m'expliquer. ( Quelques rumeurs dans la partie gauche.) Le président. Vous avez entendu l'accusateur, entendez l'accusé. Panis. Nous sommes tous ses accusateurs. (Oui, oui, s'écrient en se levant une grande partie des membres du côté gauche. — Ce cri est plusieurs fois répété. ) Poultier. Il est convaincu ; je demande qu'il lise le numéro du 2 avril de son journal ( le Patriote français), vous en verrez la preuve. Brissot. Citoyens, je n'avais pas attendu cette provocation pour donner au comité, le jour même des nouvelles de l'attentat de Dumourier, des renseignemens sur plusieurs de ses complices qu'il était instant d'arrêter. · Je ne suivrai point Robespierre dans ses divagations, je répondrai simplement au reproche qu'il m'a fait d'être le complice de Dumourier. Robespierre a acquis la preuve de cette prétendue complicité dans le rapprochement qu'il a fait de mes opinions avec celles de Dumourier, et il a cité, à l'appui de ce qu'il avançait, l'histoire de Dumourier depuis son entrée au ministère jusqu'à ce moment ; je vais la parcourir aussi cette histoire. D'abord, je déclare que je n'ai eu aucune part à la nomination de Dumourier au ministère. Qui est-ce qui, dans ce tempslà, disposait de ces places? C'était la reine; et, certes, Robespierre ne m'accusera pas de complicité avec cette femme. La nomination de Dumourier au ministère est le résultat d'une intrigue de Bonnecarrère. Robespierre a prétendu que j'étais le complice de Dumourier,

parce que j'avais sur la guerre avec l'Autriche la même opinion que lui. Je déclare que je ne connaissais point Dumourier avant son entrée au ministère, et que, quatre mois avant qu'il y entrât, j'avais fait part de mon opinion aux Jacobins, et j'avais prouvé que la guerre était le seul moyen de dévoiler les perfidies de Louis XVI. L'événement a justifié mon opinion. Robespierre croyait parvenir plus sûrement au républicanisme en ôtant à La Fayette son commandement, et au roi son pouvoir. J'avais senti que dans les circonstances cette opinion était impolitique, parce qu'on nous opposait toujours la Constitution, et que la Constitution ne pouvait tomber qu'en ayant la guerre. Voilà le sentiment qui m'a dirigé, et encore une fois mon opinion était à moi. Dumourier, entré au ministère, vit que cette opinion prévalait dans l'assemblée législative; il l'adopta, et la guerre fut décrétée à l'unanimité et sans discussion. "

Ainsi, citoyens, quand pour faire peser sur ma tête une eff oyable responsabilité, quand pour me faire regarder comme l'auteur des maux qui affligent la France, on me calomnie, on calomnie !'assemb'ée législative; car ce fut elleseule qui, guidee par un principe de républicanisme, déclara la guerre à l'Autriche.

Je viens à la guerre avec l'Angleterre, et l'on ne m'accusera pas de l'avoir provoquée, ni d'être le complice de Dumourier, car il traite cette guerre d'ouvrage perfide de Brissot. Cependant il devait savoir qu'elle était l'ouvrage du comité et de la nécessité : car, quand votre ambassadeur, chassé de Londres d'une manière honteuse, quand le gouvernement britannique arrêtait les blés qui vous étaient destinés, quand par toutes ces démarches il prouvait qu'il était en état d'hostilités avec vous, je vous le demande, était-il de la dignité française de laisser toutes ces injures impunies? - :

J'ai un autre moyen à faire valoir, c'est lorsque j'ai prononcé mon opinion sur le ci-devant roi, j'ai prédit que l'Angleterre et la Hollande profiteraient de ce jugement pour vous déclarer la guerre. L'événement a prouvé que j'avais eu raison : on ne doit donc pas m'accuserd'avoir provoqué la guerre contre l'Angleterre,

Murai. Je demande que les pièces qui ont été trouvées chez Bonnecarrère, et qui accusent Biïssot, soient lues. Brissot. Je le demande aussi.

Citoyens, tac troisième opinion sur laquelle on me prête une complicité avec Dumourier, c'ett celle qu'il a développée dans ses proclamations. Il calomnie Paris, dit-on, et l'on soutient que j'ai calomnié Paris. ( Un grand nombre de voix : Oui, oui. ) Dumourier a calomnié les habitans de la ville de Paris ; mais dans les opinions que j'ai énoncées, soit dans cette tribune, soit dans mes écrits, j'ai constamment distingué les habitans de cette ville des brigands qui infestent Paris, qui multiplient les soulèvemens et les dissensions, afin de donner plus de prise aux ennemis. Je défie qu'on me cite un seul écrit qui ne soit pas dans ce sens ; et, si je me suis élevé contre les agitateurs, c'est que le seul moyen de propager la révolution française était de faire régner l'ordre, et, s'il eût régné, vous eussiez vu les peuples s'empresser d'adopter votre constitution, tandis que les tableaux qu'on faisait dans l'Angleterre et dans la Belgique de votre anarchie (Une voix : C'est toi qui les faisais) sont les véritables causes qui ont empêché les peuples de vous imiter dans votre révolution.

Si vous prenez garde, citoyens, aux pillages qui ont eu lieu dans la Be'gique, vous verrez...

Sergent. J'observe à Brissot que les pillages n'ont encore été prouvés que par Dumourier, et que Dumourier est un scélérat et un traître, aux rapports duquel on ne doit ajouter aucune foi.

Brissot. Enfin, citoyens, Dumourier a énoncé une opinion exécrable dans sa proclamation, c'est l'opinion par laquelle il annonce qu'il veut rétablir l'ancienne Constitution, et à cet égard je fais le serment, ou plutôt je le répète, de ne jamais transiger. (Quelques murmures de l'extrémité gauche.) Je le répète, citoyens , peut-on accuser, d'aimer les rois, un homme qui s'est consacré au républicanisme bien long-temps avant son accusateur; un homme qui, en 1782, fut enfermé à la Bastille pour avoir ('mis des principes alors reprouvés; un homme qui, i-n l788, quitta son pays pour aller dans les États-Unis respi

« PrécédentContinuer »