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excellent moyen de polémique entre les mains des Jacobins.

Il nous reste à f cluircir l'espèce d'alliance monstrueuse entre les deux complots à la séance du 12. Le fait qui servit de prétexte à ce soupçon nous avait d'abord étonnés. Ce drapeau aux cravates blanches et aux fleurs de lis était pour nous un véritable problème. Nous avons consulté les procès - verbaux de la section Poissonnière, et nous avons acquis la preuve que ce drapeau était bien celui de la section. Le procès-verbal du 16 mars renferme ces mois : « Un membre demande que le citoyen Charpentier soit invité à se trouver à l'assemblée générale pour y constater le prix que peut coûter un drapeau conforme au nouveau régime.—L'assemblée l'arrête. » Cette phrase est peut-être la seule trace d'un commentaire contemporain sur le fait en question , mais elle est décisive. En effet, la législation sur les drapeaux ne concernait que l'armée, et le décret qui, en 1790, ordonna qu'ils auraient des cravates tricolores, ne parlait que de ceux des régimens. Plusieurs sections conservaient encore, après la mort de Louis XVI, leur vieille bannière de 1789, et celle du quartier Poissonnière était dans ce cas. Au reste, ce n'étaient pas !à les seuls emblèmes de la monarchie constitutionnelle qui eussent survécu à Louis XVI. Pendant les mois de février et de mars, nous voyons de fréquentes mesures de police municipale pour la destruction d'enseignes et d'écussons aux armes de France.

Il résulte de là que le drapeau porté le 15 mars dans l'enceinte de la Convention par les volontaires de la section Poisonnière u'était pas un s gne royaliste. Il n'y a pas au contraire une seule partie de l'adresse prononcée par l'orateur de la députation qui n'ait été votée par l'assemblée générale de la section. Les membres nommée pour la présenter furent : Pinard, Pelletier, Faro, Renard , Masse, Lanté, Catin, Lucas et Pion. Le lendemain, une faible minorité essaya de faire revenir sur quelques expressions de l'adresse, celles qui avaient excité tant de tumulte dans la Convention ; elles furent maintenues. Seulement le président Tochon et le secrétaire proiestèrent contre un arrêté dont ls ne partageaient pas, disaient-ils, l'esprit. Le surlendemain, on reprit la discussion, et, parce que la Montagne elle-même avait donné l'exemple de ne pas attaquer Dumourier, la section consentit alors à retirer de son adresse la demande de mise en accusation de ce général. Ce qui décida la victoire en faveur des Jacobins, c'est qu'ils poursuivirent obstinément l'exécution des grandes mesures révolutionnaires demandées par le vœu des masses, sans que leurs adversaires pussent les détourner à l'examen et à la discussion des complots qu'ils d énonçaient. S'ils s'y arrêtèrent un instant, ce fut pour tourner habi'ement contre les Girondins les armes dont ils se servaient. Marat accusa la faction des hommes d'état de chercher par d'indignes pantalonnades à faire croire à une prétendue conspiration, « afin de retarder l'organisation du tribunal révolutionnaire, le recrutement de l'armée et surtout le départ des commissaires patriotes pour les départemens. » (Le Publiciste de la république française, ou Observations aux Français, par Marat, l'Ami du peuple, député à la Convention nationale, n. MCCCXXXIV (1).) Nous terminerons cet exposé en faisant la remarque que la faction dite d'Orléans commence à être mise en scène; nous rapporterons très-exactement les faits dans lesquels on en signalait l'influence. 8ans rien préjuger làdessus, nous appelans l'att ntion de nos lecteurs sur la coïncidence de cette rumeur naissante avec les projets de Dumourier. Il sera prouvé que ce gém rul, lors de son sejour à Paris pendant

le mois de janvier, eut un long entretien avec le duc d'Orléans.

(1) Ceci est le titre imaginé par Marat afin d'éluder le décret qui ordonnait à tout député d'opter entre les fonctions de représentant du peuple et celles de journaliste. Marat s'opposa au décret, et lorsqu'il eut été porté, il imprima la note suivante : « Qnelque irreflechie que cette loi me paraisse, je ne veux pas donner l'exemple de la désobéissance : je supprime donc de ma feuille le titre de journal, et, par cette suppression, la Convention sentira peut-être qu'elle doit revenir sur un décret dérisoire, qui ne servira qu'à faire douter de sa sagesse s'il ne compromettait son autorité; car elle n'a pas plus le droit d'enlever aux mandataires du peuple leur plume que leur qualité de député. » (Le Publiciste, etc., n. CXXXIII ). (Note des auteurs.)

CONVENTION NATIONALE. — SÉANCE DU 10 MARS.

[Gamon. Citoyens, ils sont bien criminels sans doute ceux qui prêchent le meurtre, le pillage et la guerre civile, au moment où les citoyens de Paris, où le peuple des dépariemens, font les plus grands sacrifices et se précipitent en foule aux frontières pour la défense de la liberté. Hier matin, plusieurs personnes se sont présentées à la porte de la Convention et ont dit aux sentinelles de ne laisser entrer aucune femme dans les tribunes. Les sentinelles n'ont pas obéi à l'espèce d'ordre de ces individus. Alors ils sont allés engager les femmes à se retirer. Celles-ci effrayées se sont retirées, et aucune ne s'est montrée dans cette enceinte. (On murmure. — Duhem. Elles s'occupent dans leur domicile à faire les chemises et les guêtres des défenseurs de la patrie. ) Le comité d'inspection de la salle a entendu plusieurs témoins. Jean-Baptiste Lefranc a déposé qu'à dix heures du matin il a entendu un particulier dire, qu'on ne voulait pas faire entrer de femmes, parce qu'on voulait faire un coup contre la Convention. (Nouveaux murmures.)

Un grand nombre des membres. C'est un tissu d'impostures.

On demande que la parole ne soit pas continuée à Gamon.

Danton. Entendons le dénonciateur. Les femmes aiment la vigueur, et les patriotes n'en manquent pas.

Barrère. Ce n'est point de mourir qu'il s'agit pour sauver la patrie, comme vient de le dire un de nos collègues; mais de vivre pour démasquer tous les traîtres et déjouer tous les complots liberticides. Je suis peu ému des passions qui s'exaspèrent dans cette enceinte; c'est ici le foyer naturel de toutes les passions les plus généreuses et les plus viles. Je suis peu ému des orages fréquens qui s'élèvent dans la Convention, parce que je sais que c'est du sein des orages que sort la liberté ; mais bientôt nous verrons à découvert si les passions, si ces orages prennent tous leur source dans le bonheur de la République, et ont pour but son affermissement. Nous saurons dans peu de jours s'il a existé vraiment des projets d'assassiner la liberté. Le moment n'est pas encore venu où il faudra rassembler sous les yeux de la Convention les divers traits qui peuvent appartenir à une trame profonde, mais qui aura le sort de toutes les autres.

On s'est plaint qu'il n'y avait que des hommes dans les tribunes de la Convention ; où est donc le grand inconvénient quedans les alarmes publiques les citoyens viennent prendre toutes les places? ils venaient sans doute pendant que les femmes travaillent aux objets d'équipement pour les volontaires; ils venaient sans doute apprendre ici leurs devoirs civiques, et voler ensuite aux frontières. On s'est plaint de ce qu'il n'y avait que des hommes dans les tribunes ; eh bien ! je voudrais qu'il n'y eût que des hommes à la Convention... (On applaudit.) Oui, des hommes; car c'est le courage et le mépris de la mort qui gagnent les batailles et qui font les révolutions. C'est avec le courage calme que vous dévoilerez tout ce que vous croyez qu'on trame contre la liberté publique. C'est avec ce courage constant que nous interrogerons ces hommes qu'on soupçonne de vues ambitieuses sur la République; nous interrogerons ceux que tant de défiances environnent dans tous les côtés, dans tous les partis, quoiqu'il m'en coûte de prononcer ce mot. Nous leur demanderons enfin: où voulez-vous nous mener; est-ce à la royauté? Il y a ici plus de sept cents députés qui auront chacun un pistolet ou un poignard pour détruire l'ambitieux ou le tyran qui aura oublié le 21 janvier. Est-ce à l'oligarchie? les départemens sont forts et libres; ils ne le souffriront pas. (On applaudit.) Nous demanderons à tous les partis, à toutes les opinions : voulez-vous une anarchie permanente? ouvrez l'histoire; elle prouve que cela est impossible. L'anarchie dévorante ne peut durer un an ou quelques mois. Son existence est bornée par les fléaux même qu'elle traîne à sa suite; et tout citoyen sent aujourd'hui le besoin pressant d'un gouvernement et des lois. Voudrait-on relever cet imbécile et singulier échafaudage municipe dont l'orgueil de Rome abusa si long-temps, et qui périt par les vices mêmes de cette institution insuffisante et anarchique? Je dis que c'est une chose impossible dans un pays où il y a des imprimeurs et des citoyens armés, dans un pays où tous les hommes sages et éclairés sentent que Paris, cette tète difforme quia fait périr le despotisme, pourrait aussi usurper tout le gouvernement et le pouvoir. Loin de nous et le gouvernement municipe et les gouvernemens aristocratiques ! Les Français ne doivent plus désirer, ne peuvent plus vouloir qu'un gouvernement entièrement démocratique.

Loin de nous toutes les aristocraties! je n'aime pas davantage celle des ambitieux que celle des tyrans, celle des gens audacieux que celle des hommes populaires. On a voulu jeter de la défaveur sur la séance d'hier ; celle du matin m'a paru belle, parce qu'on s'y est occupé des objets d'intérêt national et de sûreté générale : je n'en dirai pas autant de lu séance qui l'a suivie. Je sais bien qu'à côté de nous des hommes de sang prêchaient le meurtre, comme ils ont prêché le pillage; je les ai entendus; eh bien, je déclare que si j'étais au milieu d'eux, si j'étais dans les prisons, je leur dirais : je suis libre au milieu des fers : vous êtes des scélérats, et vous ne pouvez rien sur mon opinion et ma pensée : vous arrachez la vie, mais l'honneur d'un citoyen n'est pas en votre puissance. — On a parlé à cette tribune des projets qu'on a hautement énoncés hier aux environs de la salle, de couper la téteà quelques députés. Citoyens, les têtes des députés sont bien assurées ; les têtes des députés reposent sur l'existence de tous les citoyens ; les têtes des députés sont posées sur chaque département de la République. (Ou appliiudit à plusieurs reprises. ) Qui donc oserait y toucher? — Le jour de ce crime impossible la République serait dissoute, et Paris anéanti.

On a opposé très-souvent à l'assemblée, qu'elle n'était pas libre. ll est possible que ceux qui le répètent ne le soient pas. La liberté tient à la force du caractère et à la chaleur brûlante du cœur. L'homme est toujours libre quand il veut l'être: et ici le représentant du peuple u toujours obtenu, quand il ne s'y est pas opposé lui-même, les égards et les respects dus à la représentation nationale. J'ai montré, quand vous m'avez honoré de la présidence, qu'un homme libre peut rappeler les tribunes à

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