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tous les individus de la classe ci-devant privilégiée; 2 que les lois ne soient présentées à la sanction du peuple qu'après la guerre ; 5° que vous établissiez un tribunal révolutionnaire pour juger les contre-révolutionnaires, et notamment les officiers-généraux qui n'étaient pas à leur poste lorsque l'ennemi a attaqué les cantonnemens qui étaient à Aix-la Chapelle. » Les pétitionnaires sont admis aux honneurs de la séance. — A la section de la Halle-aux-Draps succède la section des Piques et cellé du Marais. Le président.Je reçois à l'instant une lettre dont je crois de voir donner connaissance à l'assemhlée. Un secrétaire lit ce qui suit : « Saisi d'un sentiment involontaire de terreur que vient de me faire éprouver une horde de deux cents hommes, armés de sabres et de pistolets, je vous écris ces mots à la hâte. Ces hommes se sont introduits chez le citoyen Gorsas, à sept heures du soir, où i's ont brisé son imprimerie et ses effets : quant à lui, il s'est échappé, un pistolet à la main, des bras de son épouse. Signé, BoURsIAUX.

On demande l'ordre du jour. — Les membres siégeant dâns la partie droite s'élèvent avec chaleur contre cette proposition. Mazuyer. Ce serait une abomination... (Les cris : A l'ordré du jour ! interrompent l'orateur.) Coupé. Abordons franchement la question...(On interrompt.) Je vois encore plus la patrie en danger, lorsqu'on témoigne de la haine à des collègues. (On murmure.) Ceux qui veulent perpétuer cette haine sont ennemis de la patrie. (Mêmes murmures.) Nous convenons tous que le danger de la patrie est augmenté par la désunion des membres de la § Je soutiens que ceux qui défendent facte arbitraire (Violens murmures.); je le répète, ceux qui mettent la désunion dans l'assemblée véhlént perdre la patrie. Lacroix.Je vois avec peine que des rèpréséhtâns du peuple, qui sont envoyés ici pour faire de bonnes lois, pour s'y occuper

des intérêts du peuple, s'amusent à faire des journaux, à gangrener l'esprit des départemens (On applaudit.), à critiquer avec trop d'amertume les opinions de la Convention, qui ne sont pas les leurs. (On applaudit.) Je vois deux caractères dans Gorsas, celui de représentant de la nation, et le peuple l'honore, et celui de journaliste que le peuple méprise. (On applaudit.) Je demande que cette lettre soit renvoyée au maire pour vérifier les faits. Car tout ceci pourrait n'être qu'un jeu ; car dans la nuit du 9 août, lorsqu'on tramait le complot de transférer la cour et le corps législatif à Rouen, on venait vous dire que les jours des députés n'étaient pas en sûreté. Je demande donc que la lettre soit renvoyée au maire de Paris pour vérifier les faits, et en rendre compte séance tenante.

Billaud- Varennes. Je dis que Gorsas est d'autant plus coupable , que les presses qu'il réclame sont celles de l'abbé Royou, qui lui ont été données le 10 août, et qu'il a prostituées comme ce royaliste.

On réclame l'ordre du jour.

Thuriot. Il parait difficile de prendre un parti sur cette lettre qui est signée d'un homme que nous ne connaissons pas; ainsi il me paraît cfcir qu'il faut renvoyer au maire pour rendre compte des faits. Lacroix a posé une vérité qui sera à jamais inaltérable, c'est qu'un représentant de la nation doit tous ses momens à la République ; de plus, en faisant un journal, il vole l'indemnité qu'il reçoit de la nation ; il faut rétablir la nation dans ses droits. Je demande donc que tous les membres de la Convention qui font des journaux, soient tenus de rendre l'indemnité qu'ils ont reçue. (On applaudit.)

Lacroix. Moi je demande qu'ils soient tenus d'opter entre la qualité de folliculaires et celle de représentan s du peuple.

Carpentier. Je demande l'ordre du jour sur la lettre de Gorsas.

L'assemblée est deux fois consultée, et deux fois l'ordre du jour est rejeté.

Le renvoi de la lettre au maire de Paris est mis au voix et adopté.

On demande que l'autre proposition faite par Lacroix soit mise aux voix.

L'assemblée consultée sur cette proposition, décrète que les membres de la Convention qui font des journaux seront tenus d'opter entre la qualité de journaliste et celle de représentant du peuple.

La séance est levée à une heure après minuit. ]

Dans les articles du Patriote français, que nous avons déjà transcrits, on a dû remarquer que les Girondins, bien loin de partager les alarmes communes, s'efforçaient d'en amoindrir les causes, soit directement, soit indirectement; directement, en affectant une sécurité complète à l'égard de l'armée, et une grande confiance envers les généraux; indirectement, en accusant les Jacobins d'exagérer le mal dans des intentions criminelles. Le parti que dirigeait Brissot commit en cela une faute capitale , car ce desaccord avec les sentimens du peuple, en d'aussi graves circonstances, ne pouvait manquer de lui être bientôt imputé comme une preuve qu'il connaissait et approuvait les vues de Dumourier; de plus, il était impossible que ce parti, ne voyant que des conspirations dans des n ouvemens tout-à-fait nationaux, ne finit par se tromper entièrement sur la situation morale de la République, et ne fût renversé. Le journal du chef de la Gironde continue à s'enfoncer dans cette double erreur. Voici son article principal du 9 mars; il fut écrit avant que la mesure contré les députés journalistes, votée vers la fin de la séance du soir, fût connue du rédacteur.

« Le mystère de cette exagération des dangers de la patrie se dévoile; on veut inspirer la terreur, on veut dominer par la terreur, on veut une reprise des scènes de septembre, on veut compléter ces scènes auxquelles les Jacobins n'ont pu faire d'autre reproche que celui de n'avoir pas été assez complètes. Sentinelles de la liberté, écrivains aussi inaccessibles à la terreur qu'à la corruption, incertains sur le succès des trames qu'on ourdit autour de nous, nous allons déposer contre elles au tribunal des départemens et de la postérité ; nous remplirons jusqu'à la fin des devoirs sacrés. Nous allons recueillir plusieurs traits qui pourront éclairer les patriotes sur l'horrible conspiration des ennemis de la République. » Hier, parmi les députés qui se sont rendus dans les sections, l'humanité a eu à gémir de rencontrer plusieurs chefs d'anarchistes. — Robespierre et Biilaud-Varennes étaient commissaires pour la section de Bonne-Nouvelle. Robespierre y a parlé en véritable Mazaniel ; il a engagé le petiple à se lever contre ce qu'il appelle les intrigans et les modérés ; et le sens de ses paroles a été si bien saisi, qu'un canonnier qui l'accompagnait a fait la motion d'égorger les signataires des pétitions des huit et des vingt mite. Une indignation générale a éclaté; le canonnier s'est enfui ; il a été blessé au milieu du tumulte, et Robespierre a fait l'eloge de cet exceilent citoyen. — Chabot, Panis et quelques autres se sont rendus dans des sections dont ils n'étaient pas commissaires, et y ont parlé dans le même sens. » Aujourd'hui, dès le matin, les avenues de la Convention, et surtout la terrasse des Feuillans, étaient couvertes de dictateurs de massacres. Le journal de Marat, qu'on proclamait avec ce titre : Grande trahison de nos généraux, était le texte des harangues. On ne parlait que de couper la tête au ministre de la guerre, aux généraux, à une partie des représentans du peuple, aux journalistes qui ne sont pas dans le sens de Marat; et il faut avouer que la motion de Duhen avait singulièrement préparé les esprits. — Pétion, qui a le plus contribué à la révolution du 10 août, en luttant avec courage contre la perfidie de la cour, le républicain, le populaire Pétion (1) a été poursuivi par plus de deux cents scélérats. — Beurnonville a été insulté, mefiacé. (1) Pétion avait été rayé, le 28 février, de la liste des Jacobins. La radiation de son ami Maindouze, qui avait voulu prendre sa défense, fut ajournée. Nous

empruntons ces faits au journal de Gorsas, numéro du 1" mars.
(Note des auteurs.)

» Ces fatales dispositions étaient secondées par les fausses nouvelles qu'on répandait partout avec affectation. C'était peu d'annoncer, comme la municipalité, la prise de Liége et de Bruxelles, on semait le bruit de la désertion de Dumourier, de la plupart des généraux, et le siége de Valenciennes. On annonçait ( et le projet en a été réellement formé) qu'on allait battre la générale, sonner le tocsin, et tirer le canon d'alarme. » Quelle sera la suite de ces symptômes horribles? Républicains, elle dépend de vous. Quand connaîtrez-vous donc vos propres forces ? Quand déploierez-vous votre courage ? Quand voulez-vous sauver la patrie, et la liberté sans laquelle il n'est point de patrie ? — Pour nous, du moins, nous attendons les événemens avec sollicitude pour la chose publique, sans alarme pour nous-mêmes. Quel est le bon citoyen qui pourrait redouter le sort des Barneveld ou des Sidney ? » (Patriote français,

n. MCCCVI.) Après en avoir appelé au tribunal des départemens pour sau

ver Louis XVI, les Girondins commencèrent, ainsi qu'on vient de le lire, à se tourner vers ce tribunal pour se sauver euxmêmes. La manière dont Girey-Dupré finit cet article, l'apostrophe par laquelle il cherche à exciter son parti, nous rappelle les exhortations d'André Chénier aux Feuillans pour leur faire retenir la révolution en-deçà du 20 juin 1792. L'un et l'autre s'adressaieiit à une classe peu disposée à de grands sacrifices, et qui, par cela même qu'elle ne désirait que la sécurité dans la richesse ou l'aisance, pouvait bien éprouver la crainte de perdre ces avantages, mais ne pouvait nullement se résoudre à les défendre au péril de la vie. Il y a en effet contradiction entre le sentiment qui nous porte à nous aimer nons-mêmes, et par conséquent à vivre heureux, et le sentiment qui nous impose l'obligation de lutter ou de mourir. Le numéro de Marat, dont parle le Patriote français, est ainsi intitulé : Échec des troupes de la République devant Maestricht. Trahison des généraux Stengel, Lanoue et Miaczinscki. Leur justification stupide et dérisoire par Beurnonville, Obser

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