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Séance du 31. — Le conseil a de nouveau suspendu la représentation du drame intitulé : L'Ami des lois. .

Le procureur dfc la Commune requiert qu'il soit fait une adresse à la Convention nationale, pour obtenir un décret qui ordonnée à son comité d'instruction publique de se faire représenter le répertoire des théâtres, à l'effet de les purger de toutes les pièces propres à corrompre l'esprit républicain; que par la même adresse, la Convention soit invitée à s'occuper des moyens d'établir un spectacle destiné à l'instruction du peuple. — Ce réquisitoire est converti en arrêté.

Le conseil a arrêté que dans la délivrance des passe-ports pour les villes maritimes du côté du Nord, l'on prendra les mêmes précautions qui ont été précédemment arrêtées pour celle de Calais.

La section des Gravilliers envoie une députation pour témoigner sa surprise de ce que le maire a invité les sections à retirer la garde des barrières, et demander que les corps-de-garde y soient rétablis. •

Le vice-président répond que la lettre du maire était motivée sur le décret rendu à ce sujet par la Convention.

La section du Luxembourg fait la même demande. Le conseil envoie des commissaires au comité de sûreté générale de la Convention , pour lui représenter la nécessité de continuer la garde des barrières.

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• OÉPARTEHENS. .

.Nous avons fait connaître la situation morale de la République et la manière dont elle s'était manifestée au sein de la capitale et dans la Convention. Nous avons vu la majorité conventionnelle,' forcée par les accidens de la guerre et par les démarches des sections., suivre la Montagne dans des mesures rigoureuses, sans cesser pour céla d'appartenir à la Gironde. Ainsi, au moment où elle décrétait la terreur, Gensonné était élu président, et le comité nouveau de salut public était presque entièrement composé de Girondins. Ces combinaisons diminuaient de beaucoup si elles ne réduisaient pas à une simple apparence les décrets révolutionnaires; aussi avons-nous remarqué qu'ils étaient approuvés par les journaux girondins, tandis que ceux de la Montagne se plaignaient amèrement de ce que la forme, selon laquelle ces décrets étaient exécutés, en dénaturât et en détruisit complétement le fond.' .

La lutte qui se résoudra par l'insurrection du 31 mai divisait donc Paris en deux pouvoirs rivaux; l'un, organe du peuple, c'étaient les quarante-huit sections; l'autre, cherchant à placer les sentimens populaires et les exigences qui en émanaient sons la direction des Girondins, c'était la majorité conventionnelle. Il est évident que l'organe direct et sincère de la volonté des masses devait l'emporter, sur le système mixte que la majorité conventionnelle avait adopté. Voilà en peu de mots la ligne politique de la Commune, celle de la Convention, et les conjectures certaines qui naissent de ce rapprochement.

La Gironde était condamnée à Paris, et elle le savait depuis long-temps. Elle avait une autre opinion à l'égard des départemens, où sa cause n'était cependant pas meilleure. Il est vrai que cette ressource, l'objet de tous ses soins, se trouvait alors son unique et dernière espérance; de telle sorte qu'il lui était difficile de la juger et de l'apprécier sans se faire illusion. Il suffisait néanmoins d'un simple calcul basé sur l'importance révolutionnaire de diverses contrées de la France pour se convaincre que les Jacobins triompheraient dans les départemens comme ils triomphaient àParis. Voyons ce que les Girondins avaient jfait pour s'assurer la province,,et ce qui y déterminait la supériorité de leurs adversaires. • . ,

Depuis les vjsites domiciliaires faites après le IX) août, jusqu'à la conspiration du 10 mars, dernier thème de leur polémique, les Girondins avaient mis tout en œuvre pour insurger les départemens contre Paris. Il nous suffira de rappeler qu'ils signalaient continuellement leurs adversaires comme des forcenés qui voulaient se baigner dans le sang et se gorger de rapines, pendant

qu'ils affectaient eux-mêmes le zèle de l'ordre et de la modération. Tant que dura le ministère Roland, ils eurent à leur disposition la puissance administrative, et ils purent par le moyen des directoires et des districts faire donner partout une grande publicité à leurs pamphlets et à leurs journaux. Il me faut pas oublier que les membres de l'administration étaient nommés par les électeurs, tandis que ceux des municipalités étaient choisis

· par les assemblées primaires. Ce double degré pour l'élection

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des corps administratifs en faisait les représentants de la classe. . qui, soit par son aisance, soit par les lumières qu'elle avait Puisées dans ce que renfermait de plus superficiel et de plus anti

national l'enseignement du dix-huitième siècle, était à portée de

saisir les dépouilles de l'ancien pouvoir, et bornait à cela son patriotisme. Les manœuvres des Girondins réussirent dans les pays où, les dangers de la guerre n'étant pas immédiats, l'énergie, déployée par les sections et par les clubs de la capitale ne paraissait pas justifiée. Encore leur succès ne fut-il complet que dans le petit nombre des départemens dont la députation appartenait entièrement à la Gironde. Grace aux sections et aux

· clubs, il fut,ou contesté, ou douteux, ou nul, même dans ceux

qui étaient éloignés du theâtre de la guerre, lorsque leurs députés se trouvaient dans les rangs de la Montagne. Ce n'était pas cependant sans effroi que les Jacobins voyaient leurs ennemis maîtresabsolus de la presse, et pourvus d'un instrument de propagande qui n'était rien moins que le pouvoir exécutif lui-même avec toutes ses ramifications. Comment pouvaient-ils lutter?Tous les journaux un peu répandus, sans en excepter les Révolutions de Paris, de Prudhomme, étaient maintenant girondins.Des fonds considérables avaient été mis à la disposition

. de Roland pour former l'esprit public. Nous avons sous les yeux

l'emploi détaillé d'une somme de 52915 liv. consacrée par l'exministre à la publication des discours de Brissot, à payer le rédacteur de la Sentinelle, à acheter des tirages extraordinaires de certains numéros du Patriote français, du Courrier, de Gorsas,

du Thermomètre du jour, de Dulaure, etc., etc. Les Jacobins ne

se dissimulaient pas que des correspondances privées et la filiation irrégulière et désordonnée des clubs étaient des moyens bien précaires. Le sentiment d'un désavantage si marqué, et la conviction qu'il fallait renverser les Girondins pour sauver la nation, nous expliquent les haines, l'opiniâtreté et les violences du parti opposé. Il était témoin que ses antagonistes, même sous le coup des désastres de l'armée du Nord, au lieu de s'occuper de la France, n'avaient songé qu'à eux-mêmes.Il n'était pas dupe de la manœuvre par laquelle la mesure destinée à hâter le recrutement venait d'être exploitée dans les intérêts du côté droit. Tous les commissaires en effet avaient été tirés des rangs de la Montagne, et ce faux-semblant d'une concession de la part des Girondins cachait le double but de rester les paisibles directeurs de la Convention, pendant que les membres les plus exaltés du côté gauche iraient subir dans les départemens les dangers de la réputation odieuse qu'on leur y avait faite. Les lettres nombreu

ses qui les précédèrent dans les lieux où ils étaient envoyés, et

qui donnaient le mot d'ordre pour leur courir sus, ne laissèrent -
aucun doute dans l'esprit des Montagnards sur les piéges ten- " .
dus pour les perdre. . ' : / • : •. " . .
Mais ces habiletés politiques furent sans résultat. La gravité ·
des circonstances et le sentiment national qu'elles excitaient par-
tout où elles étaient présentes, rangèrent du parti des Jacobins
- toutes les populations du nord et de l'est. Le pays du centre
étant lui-même devenu frontière par rinsurrection de la Ven-
dée, l'influence des Girondins y fut bientôt annulée. Dès le mois
d'avril, ils ne pouvaient compter que sur Bordeaux, car dans
le Calvados et dans les Bouches-du-Rhône, où ils avaient aussi
des partisans, les clubs et les sections tenaient pour les Jacobins
, et luttaient avec avantage contre les directoires et les districts. .
Nous ne parlons ici, ni de Rouen, ni de Lyon, parce que ces
deux villes étaient au fond royalistes et ennemies des républi-
cains, sans dist nction de doctrine. -
L'histoire des départemens, pendant le mois de Mars, com-
prend la tentative d'assassinat contre Léonard-Bourdon, à Or-

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léans, l'émeute de Montargis contre Manuel, la suite des événemens de Lyon et l'origine de la guerre civile dans la Vendée.

Assassinai de Léonard Bourdon. — Les commissaires de la Convention, Bernard et Guimbettot, adressent à la Convention la lettre suivante lue à la séance du 18 mars.

i Orléans, le 16 mari, i Citoyens, nos collègues, un grand attentat vient d'être commis sous nos yeux. La représentation nationale a été violée par ceux-là mêmes qui sont chargés de la défendre. En passant devant la maison commune, nous avons vu une forte garde postée dans la cour; on a dit : Voilà ces scélérats qui passent; et crié : Tues, tuez! Léonard Bourdon s'est trouvé enveloppé dans l'attroupement. En vain nous avons réclamé notre collègue, en vain nous avons annoncé notre caractère; on nous a répondu que ce n'était pas à nous qu'on en voulait. Pendant ce temps-là, on massacrait Léonard Bourdon ( Il s'élève dans l'assemblée de longs frémissemens d'horreur. ) dans l'ami chambre de l'Hôtelde-Ville à coups de baïonnette. La municipalité en séance n'est pas sortie malgré le bruit qui se faisait à sa porte. Nous devons dire que cet assassinat était prémédité, que la municipalité a procédé devant nous à une information partiale en entendant en témoignage sa garde, c'est-à-dire les assassins. Il faut dire encore que cette municipalité ne donne des armes qu'aux aristocrates. Tout ici est en contre-révolution. Le petit nombre de patriotes n'ose élever la voix. »

On fait ensuite lecture d'une lettre de Léonard Bourdon, ainsi conçue:

« Orléans, le 17 mars. » Et moi aussi, j'ai payé mon tribut à ma patrie; et moi aussi, j'ai versé mon sang pour elle. De nouveaux Paris, au nombre de trente, armés de baïonnettes et de pistolets, m'ont frappé sur tout le corps dans l'antichambre de la maison commune en criant: Va rejoindre Lepelletier. Aucune de mes blessures n'est dangereuse. Ma redingote sur mon habit, et mon chapeau enfoncé sur ma tête, n'ont pas permis aux baïonnettes de s'enfon* T. xxv. 12

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