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veillance, enfin qui se voyait environné des poignards de la calomnie: l'on en jugera par quelques bruits que l'imposture avait médités et répandus, sans doute dans des desseins bien criminels, comme on le verra tout à l'heure.

t A midi, toutes les sections étaient sous les armes, toutes les barrières, toutes les rues, tous les ponts, tous les passages étaient interceptés, aucun citoyen, quel qu'il fût, ne pouvait plus circuler s'il n'avait sa carte ou son certificat de civisme; enfin plusieurs maisons ont été investies, grand nombre d'individus arrêtés, et l'on préjuge que le nombre devait être bien considérable , puisqu'il suffisait qu'on eût oublié le signe exigé pour être mis sur-le-champ en charte privée. Te( était l'état extérieur des choses.

» La scélératesse, toujours aux aguets, profite de tout ; et cet événement subit lui a offert des moyens de terreur: dès le matin les bruits les plus étranges s'étaient répandus; mais quels étaient ces bruits que l'on soufflait à l'oreille du peuple?... « Les deux > pu trois cents députés, disait-on, qui ont voté l'appel ont dé» serté leur poste; quelques-uns ont été arrêtés aux barrières; • de là les cris à la trahison. > D'un autre côté l'on assurait que la société des Jacobins devait se porter avec ses tribunes et un grand nombre de citoyens au Cbamp-de-Mars.

» I^a calomnie dirigée contre une partie de la Convention pouvait acquérir l'apparence de la vérité, quoiqu'elle fût sans fondement ; l'on en jugera par un fait très-constant, c'est que pendant la nuit on avait marqué les portes d'un très-grand nombre de ces députés; l'on espérait sans doute les épouvanter, et les empêcher de se rendre où leur devoir les appelait. Cette mesure bizarre, déjà employée en 1789, a produit un effet tout contraire: de sorte que cette assertion qui aurait eu les couleurs de la vraisemblance si l'on fût venu à bout d'écarter certains députés, ne tarda pas de perdre son crédit par la présence de ces mêmes députés. <

Si les Girondins ne furent pas aussi mécontens qu'ils l'auraient été en tout autre circonstance de ces rigueurs inquisitoriales,

cela tient sans doute à la nécessité où les jetaient de donner des gages révolutionnaires, et leur conduite pendant le procès de Louis XVI, et les suspicions encourues par Dumourier; mais ils avaient encore d'autres motifs, et Marat va nous les apprendre. s Vendredi matin, plusieurs députés de la Montagne, arrêtés par des patrouilles aristocrates, ont été outragés d'une manière révoltante, et conduits indécemment aux sections.Je me borne ici aux outrages commis envers le citoyen Guillemardet, député, par une patrouille composée des sieurs Le Comte, ex-procureur ; Favelas, employé aux affaires étrangères; Baudry, collègue de Favelas ; Curvilier, ancien laquais de l'ex-ministre d'Angivilier, etc. Ils lui demandent sa carte; il présente celles de député et de Jacobin.-Nous nous f...... de ces cartes, répondent-ils insolemment, et ils le conduisent à la section. Les commissaires de service lui font des excuses, et l'engagent à oublier l'outrage. Le député a eu la faiblesse de garder le silence au lieu de porter sa plainte, et de faire punir rigoureusement des scélérats qui l'auraient égorgé s'ils l'avaient osé. » J'apprends que d'autres patrouilles aristocrates ont désarmé plusieurs patriotes. Sur la section des Feuillans, plusieurs patriotes qui voulaient faire arrêter une trentaine d'aristocrates, qui tenaient des discours criminels contre la Convention, ont été mis eux-mêmes en état d'arrestation. » - Marat termine son journal par les observations suivantes : « La mesure prise de désarmer dans Paris les ex-nobles, les prêtres réfractaires, et d'arrêter les sujets suspects, en vertu d'un décret de la Convention, a été absolument manquée; on a saisi assez peu d'armes; et cela ne pouvait être autrement,.car cette mesure ayant été prise au sein de l'assemblée nationale, en présence d'un public nombreux, elle ne pouvait avoir d'autre effet que d'avertir les prévenus de cacher leurs armes , de se cacher enx-mêmes. Qui ne sent que pour réussir cette mesure devait être prise dans le secret par la police, et exécutée avec célérité, pendant la nuit, et au moment même dans toute la ville ? » Mais faites entendre à la Convention, ou plutôt à la faction

des hommes d'état, de s'en rapporter là-dessus aux soins d'un maire patriote, c'est vouloir prendre la lune avec les dents; car, alors comment parviendrait-elle à sauver les machinateurs, les émissaires et les espions des Capets émigrés et des puissances ennemies?'

> Ce qui me désole, c'est que la Convention ne prend jamais de décrets révolutionnaires qui ne soient complétement illusoires, je dis mieux, dérisoires. On croirait que les députés du peuple n'ont pas les premières notions de politique; car il est absurde que le législateur dirige une opération de police pour la faire échouer.

> Je ne cesserai de répéter, pour le salut public, et pour faire cesser les sarcasmes moqueurs de nos ennemis, qu'il est indispensable que la Convention établisse un comité de six bons patriotes , et qu'elle l'investisse du pouvoir et des moyens de faire arrêter tous les ennemis publics, saisir leurs papiers, et de les livrer au tribunal révolutionnaire. » ( Le Publiciste, etc., n: CLVII.)

Club des Jacobins.

Séance du 20 mars. — Un citoyen gendarme annoncé qu'il a fait la conduite de quatre émigrés au comité de surveillance; il a témoigné sa vive indignation d'avoir vu venir à ce comité deux ex-constituaus, députés à la Convention, et s'offrir pour défenseurs officieux de ces quatre émigrés, qui sont le ci-devant duc de Lévis, sa femme, leur domestique et celui de sa belle-mère.

Anacharsis Clootz parle sur les conférences qui ont eu lieu ces jours derniers au comité de sûreté générale. Marat s'en expliquait ainsi dans son journal du 21 mars: « Il s'est fait, dans les conférences au comité de sûreté générale, quelques aveux bien précieux, qui démontrent clair comme le jour que les meneurs de la clique étaient l'ame desmouvemens anarchiques qui viennent d'avoir lieu dans Paris. Pétion a déclaré que le 10 de ce mois plusieurs commandans de bataillons sont venus le trouver pour lui proposer d'en finir avec les factieux de la Montagne; ce qui

prouve qu'il a des relations intimes avec les chefs de la forcearmée, et qu'ils sont à ses ordres. - Buzot à son tour a déclaré que ce jour-là ils'était absenté de l'assemblée, lui et ses acolytes, pour conférer avec quatre cents militaires armés, munis de quatre pièces de canon, et prêts à marcher contre leurs adversaires de la Convention.Ces messieurss'étaient doncconcertés pour faire massacrer lés patriotes en cas de besoin; et les scélérats crient . sans cesse aux assassins. » ... * . • . - • Séance du 22 mars. -On lit une adresse de la société de Marseille, avec adhésion des sections de · cette ville, aux sociétés populaires, aux sections, aux faubourgs Saint-Antoine et SaintMarceau de Paris. Cette adresse, conçue en termes très-énergiques, a pour but de faire appuyer la pétition des appelans, présentée la veille à la Convention nationale au nom de la même société.De vifs applaudissemens interrompent et suivent ces différentes pièces. • . , " • - · -- : - • _ ' Robespierre fait à cet égard des observations auxquelles la so- ciété adhère après de très légers débats. Il pense que les mesures · de prudence, quand il s'agit snrtout du salut public, sont toujours préférables à'cel'es que précipiterait un zèle, louable à la vérité, mais prématuré dans les moyens d'exécution. Il désire en , " conséquence qu'avant toute démarche on attende que le vote des départemens soit généralement formé, afin que la mesure que dicterait le salut public soit plus unanime, plus imposante, et par là plus efficace. Il faut donc , ajoute-t-il, éclairer les départemens, leur ouvrir les yeux sur les calomnies dont on accable les Parisiens ; calomnies qui prendraient un caractère plus apparent si Paris se déterminait à une démarche partielle. — Adopté. . · Séance du 27 mars.'- Un membre remarque que les émigrés réfugiés à Paris, ne sachrant plus où coucher, sortent le soir des barrières, au - delà desquelles ils trouvent des retraites. Quand - ils passent à côté de quelque citoyen de Paris, on les voit d'abord porter les yeux sur le bouton du chapeau pour distinguer s'il est ou non national. Des domestiques d'émigrés s'insinuent dans les séances des sections pour y jeter le trouble et la o# et y T, XXV. - 1

réussissent au point que souventil eSt impossible de rien délibérer. Il invite à la plus grande surveillance, et exhorte les sections à nommer chacune un comité ad hoc. | . - , o . Un membre pense qu'il est temps que le peuple se lève tout en| tier. « Laristocratie, dit il, nOt1S déclare ouvertement laguerre ; déjà elle secoue le flambeau de la guerre civile. » - o " , Desfieux lit une lettre de Marseille, dont le passage suivant est · beaucoup applaudi : « Paris 61 Marseille ont sauvé la patrié; Paris et Marseille la sauveront encore, Les Marseillais marchent vers Paris. » | . ;- o - · · · | . " : - , : • • . · Châles propose de solliciter l'organisation et les exécutions d'une taxe de guerre, qui lui paraît être de la plus grande ur- . · gence. Bentabolle appuie fortement ceue mesure; il voudrait que cette taxe fût portée en totalité à 150 millions . " Robespierre parle sur les moyens de salut. Il est convaincu · que le premier de tous doit être celui d'expulser de Paris les traîtres de toute forme qu'il rénferme dans son sein, et à qui S3l vaste étendue offre des ressources qu'ils ne trouveraient pas ail-

- o, » o " • leurs. Il invite en conséquence les sections à exercer à cet égard

· une infatigable surveillance, et à prendre tous les moyens que leur zèle leur inspirera pour délivrer Paris de cette horde contre- révolutionnaire; mais il s'oppose à ce qu'elles viennent deman- . der à la Convention si elle peut sauver la patrie, et prouve l'inu- . tilité et le danger de cette démarche. • · • · .. · · Dufourny fait observer à cette occasion qu'à la Chine on oblige chaque propriétaire à exposer sur le seuil de sa porte un écriteau portant les noms de tous les individus habitant sa maison. La so

· • , . , , , , . -, - - -, · ciété arrête qu'elle informera les sections de ces differentes me

sures. - . . • . . . " Albitte invite la société à former un comité de sûreté générale composé de vingt-quatre membres, correspondant ayec les comités de surveillance des sections. Sa proposition est adoptée 'avec réduction du nombre des membres de ce comité. · Châles dit avoir appris du portier de l'hôtel qu'il habite que les poteaux de la porte avaient été marqués avec de la craie, et

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