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Cette défense sera imprimée dans les deux langues, publiée et affichée.

» A Bruxelles, le 11 mars 1795, l'an II de la République. Le général en chef, Dlmourier. >

Lettre du général Dumontier, commandant en chef l'armée du Nord, à la Convention nationale (1). Louvain, le 12 mars.

« Citoyen président, le salut du peuple est lu loi suprême; je viens de lui sacrifier une conquête presque assurée, en quittant la portion victorieuse de l'armée prête à entrer dans le cœur de la Hollande, pour venir au secours de celle qui vient d'essuyer un revers qu'on doit à des causes physiques et morales que je vais vous développer avec cette franchise qui est plus nécessaire que jamais, et qui eût toujours opéré le salut de la République si tous les agens qui la servent l'eussent employée dans les comptes qu'ils rendaient, et si elle eût toujours été écoutée avec plus de complaisance que la flatterie mensongère.

» Vous savez, citoyens représentons, dans quel état de désorganisation et de souffrance les armées de la Belgique ont été mises par un ministre et par des bureaux qui ont conduit la France sur le penchant de sa ruine. Ce ministre et ces bureaux ont été changés; mais bien loin de les punir, Pache, Hassenfratzsont passés à la place importante de la mairie de Paris, et dès lors la capitale a vu se renouveler dans la rue des Lombards des scènes de sang et de carnage.

» Je vous ai présenté, au mois de décembre, dans quatre mémoires, les griefs qu'il fallait redresser; je vous ai indiqué les seuls moyens qui pouvaient faire cesser le mal et rendre à nos armées toutes leurs forces, ainsi qu'à la cause de la nation toute la justice qui doit être son caractère. Ces mémoires ont été écar

(l; Cette lettre ne fui poiot lue à la Convention ; elle vint à la connaismnce du public parce qu'elle avait été imprimée et répandue en Belgique. Nous l'empruntons au Moniteur du 25,mars. Le lendemain, le Patriote français l'iuséra tout entière avec cett- noie: « On a ccmloté l'aihhenlicité de ce te letxe; nous sommet autorisés à l'affirmer. » Elle ue fut officiellement reconnue comme (elle que le 1 «r avril, dans un rapport de Cambacérès. ( Note, des a u leurs. )

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tés; vous Bc les connaissez pas : faites-vous-les représenter, vous

y trouverez la prédiction de tout ce qui nous arrive ; vous y trouverez aussi le remède aux autres dangers qui nous environnent et qui menacent notre République naissante. Les armées de la Belgique, réunies dans le pays d'Aix-la-Chapelle et de Liége, y ont souffert tous les genres de besoins sans murmurer, mais en perdant continuellement par les maladies et les escarmouches contre l'ennemi, par l'abandon de quantité d'officiers et de soldats , plus de la moitié de leur force.

> Ce n'est que depuis l'entrée du général Beurnonville dans le ministère qu'on commence à s'occuper de son recrutement et de ses besoins. Mais il y a si peu de temps, que nous éprouvons encore tout le fléau désorganisateur dont nous avons été les victimes. Telle était notre situation , lorsque le 1er février vous avez cru devoir à Chômeur de la nation la déclaration de guerre coutre l'Angleterre et la Hollande. Dès lors j'ai sacrifié tous mes chagrins ; je n'ai plus pensé à ma démission, que vous trouverez consignée dans mes quatre mémoires; je ne me suis occupé que des énormes dangers et du salut de ma partie. J'ai cherché à prévenir les ennemis, et cette armée souffrante a oublié tous ses maux pour attaquer la Hollande. Pendant qu'avec de nouvelles troupes arrivées de France je prenais Breda, Klunder et Gertruydenberg, me préparant à pousser plus loin ces conquêtes, l'armée de la Belgique, conduite par des généraux remplis de courage et de civisme, entreprenait le bombardement de Maestricht.

> Tout manquait pour cette expédition; le nouveau régime d'administration n'était pas encore établi; l'ancien était vicieux et criminel; on regorgeait de numéraire, mais les formes nouvelles qu'on avait mises à la trésorerie nationale empêchaient qu'aucune partie du service ne reçût d'argent. Je ne puis pas encore détailler les causes de l'échec qu'ont reçu nos armées, puisque je ne fais que d'arriver : non-seulement elles ont abandonné l'espoir de prendre Maestricht, mais elles ont reculé avec confusion et avec perte ; les magasins de toute espèce qu'on coraà ramasser à Liége sont devenus la proie de l'ennemi, ainsi qu'une partie de l'artillerie de campagne et des bataillons. Cette retraite nous a attiré de nouveaux ennemis, et c'est ici que je vais développer les causes de nos maux.

i Il a existé de tout temps dans les événemens humains une récompense des vertus et une punition des vices. Les particuliers peuvent échappera cette providence, qu'on appellera comme on voudra, parce que ce sont des points imperceptibles; mais parcourez l'histoire, vous y verrez que les peuples n'y échappent jamais. Tant que notre cause a été juste, nous avons vaincu l'ennemi; dès que l'avarice et l'injustice ont guidé nos pas, nous nous sommes détruits nous-mêmes, et nos ennemis en profitent.

» On vous flatte, on vous trompe; je vais achever de déchirer le bandeau. On a fait éprouver aux Belges tous les genres de vexations ; on a violé à leur égard les droits sacrés de la liberté; on a insulté avec impudence leurs opinions religieuses; on a profané par un brigandage très-peu lucratif les instrumens de leur culte ; on vous a menti sur leur caractère et sur leurs intentions; on a opéré la réunion du Hainault à coups de sabre et à coups de fusil; celle de Bruxelles a été faite par une vingtaine d'hommes qui ne pouvaient trouver d'existence que dans le trouble, et par quelques hommes de sang qu'on a rassemblés pour intimider Ies citoyens. Parcourez l'histoire des Pays-Bas, vous trouverez que le peuple de la Belgique est bon, franc, brave et impatient du joug. Le duc d'Albe, te plus cruel des satellites de Philippe II, en a fait périr dix-huit mille par la main des bourreaux. Les Belges se sont vengés par trente ans de guerres civiles , et leur attachement à la religion de leurs pères a pu seul les faire rentrer sous le joug espagnol.

» Vos finances étaient épuisées lorsque nous sommes entrés dans la Belgique; votre numéraire avait disparu ou s'achetait au poids de l'or. Cambon, qui peut être un honnête citoyen, mais qui certainement est au-dessous de la confiance que vous lui avez donnée pour la partie financière, n'a plus vu de remède que dans la possession des richesses de cette fertile contrée. Il vous a proposé le faial décret du 15 décembre; vous l'avez accepté unanimement, et cependant chacun de ceux d'entre vous avec qui j'en ai parlé m'a dit qu'il le désapprouvait et que le décret était injuste. Un de mes quatre mémoires était dirigé contre ce décret; on ne l'a pas lu à l'assemblée; le même Cambon a cherché à rendre mes remontrances odieuses et criminelles en disant à la tribune que j'opposais un veto sur le décret de l'assemblée : vous avez confirmé ce décret par celui du 30 décembre; vous avez chargé vos commissaires de tenir la main à son exécution. D'après vos ordres, le conseil exécutif a envoyé au moins trente commissaires; le choix est très-mauvais, et, à l'exception de quelques gens, honnêtes qui sont peut-être regardés comme des citoyens douteux, parce qu'ils cherchent à mitiger l'odieux de leurs fonctions , la plupart sont ou des insensés, ou des tyrans, ou des hommes sans réflexion, qu'un zèle brutal et insolent a conduits toujours au-delà de leurs fonctions.

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» Les agens de la tyrannie ont été répandus sur la surface entière de la Belgique; les commandans militaires, par obéissance au décret, ont été obligés d'employer, sur leur réquisition, les forces qui leur étaient confiées ; ces exacteurs ont achevé d'exaspérer l'ame des Belges. Dès lors la terreur et peut-être la haine ont remplacé cette douce fraternité qui a accompagné nos premiers pas dans la Belgique; c'est au moment de nos revers que nos agens ont déployé te plus d'injustice et de violence.

» Vous avez été trompés sur la réunion à la France de plusieurs parties de la Belgique. Vous l'avez crue volontaire, parce ce qu'on vous a menti. Dès lors vous avez cru pouvoir enlever le superflu de l'argenterie des églises pour subvenir sans doute aux frais de la guerre. Vous regardiez dès lors les Belges comme Français; mais , quand même ils l'eussent été, il eût encore fallu attendre que l'abandon de cette argenterie eût été un sacrifice volontaire, sans quoi, l'enlever par force devenait à leurs yeux un sacrilége. C'est ce qui vient d'arriver. Les prêtres et les moines ont profité de cet acte impudent, et ils nous ont regardés comme des brigands qui fuient, et partout les communautés des villages s'arment contre nous. Ce n'est point ici une guerre d'aristocratie , car notre révolution favorise les habitans des campagnes , et cependant ce sont les habitans des campagnes qui s'arment contre nous, et le tocsin sonne de toutes paris. C'est pour eux une guerre sacrée; c'est pour eux une guerre criminelle. Nous sommes en ce moment environnés d'ennemis: vous le verrez par les rapports que j'envoie au ministre de la guerre ; vous verrez en même temps toutes les premières mesures que la nécessité m'a forcé de prendre pour sauver l'armée française, ('bonheur de la nation, de la République elle-même.

» Représentans de la nation, j'invoque votre probité et vos devoirs ; j'invoque les principes sacrés expliqués dans la déclaration des droits de l'homme, et j aitends avec impatience votre décision. En ce moment vous tenez dans vos mains le sort de l'empire, et je suis persuadé que la vérité et la vertu conduiront vos décisions, et que vous ne souffrirez pas que vos armées soient souillées par le crime, et en deviennent les victimes. Le général en chef, Dumourier. >

Du 15 au 19 mars, les séances de la Convention ne présentent qu'un faible intérêt. Nous allons en extraire en peu de mois les détails importans.

Le la, Beurnonville et Carat déclarèrent accepter, l'un le ministère de la guerre, l'autre le ministère de l'intérieur.

Le 16, sur la motion de Cambacérès, Ducruix, ancien sousofficier des gardes françaises, dont il a été plusieurs fois question dans notre histoire, et qui était maintenant détenu comme séditieux à Perpignan, fut rendu à la liberté. Ma rat avait entamé et chaudement poursuivi cetie affaire. La dernière discussion à ce sujet fut extrêmement orageuse; Barbaroux proposa et fit décréter que, malgré l'élargissement de Ducruix, la procédure commencée contre lui sérait continuée.

Le 17 et le l8 on reçut des nouvelles positives de l'insurrection de la Bretagne (voir plus bas le chapitre des départemens). Le

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