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rentra chez lui, et Clavière m'invita à le conduire dans un endroit de Paris, qu'il m'indiqua. Je croyais, traversant Paris, trouver les rues pleines d'un peuple en fureur; je croyais entendre retentir tous les tocsins; mais non, nous ne trouvâmes que la solitude et le silence. Nous passâmes autour de la Convention nationale; là surtout régnait le calme le plus profond. Pendant ce jour d'orage, le maire m'a toujours dit qu'il existait une grande cause d'inquiétude dans le peuple ; que beaucoup d'ennemis de la révolution youlaient profiter de ses passions pour les tourner contre la liberté; il ne m'a pas dissimulé que nos têtes étaient menacées; mais il m'a toujours inspiré un sentiment de sécurité, car les précautions prises pour prévenir ces attentats étaient très-étendues. Le ministre de la guerre a toujours reçu du général Santerre les mêmes assurances. # Voilà le récit naïf de tout ce qui est parvenu à ma connaissance. Dubois-Crancé. Je dois ajouter au compte qu'on vient de vous rendre un fait important : c'est que la section de la Halle-auxBlés ayant demandé à faire defiler devant la société des Jacobins ses volontaires, il en entra plus de mille. C'est dans cette foule que s'introduisirent des malintentionnés qui firent les motions les plus odieuses; et si quelques-unes de ces motions ont été en partie exécutées, c'est encore par ces mêmes hommes; cela est si vrai, qu'après leur départ la société resta en séance pour prouver qu'aucun de ses membres me prenait aucune part à ces désordres.] — Fournier paraît à la barre; il nie le propos que lui a attribué Bourdon de l'Oise, et se justifie des faits qu'on lui a imputés. L'assemblée rapporte le décret d'accusation rendu contre lui, et le renvoie par-devant le tribunal révolutionnaire pour y être entendu comme témoin. - L'on procède à la nomination des juges et jurés de ce tribunal; les juges sont : Lieubotte, du Doubs : Pesson, de Verdun ; Montalais, Desfougères, Remy Foucault, Deliège, d'Alençon; l'accusateur public est le citoyen Faure; ses substituts, Fouquier-Thinville, Verteuil et Fleuriot.

Les noms des jurés sont: Duinont, Brisson, Coppens, Lagrange, Langlier, Feuquière, ex-constituant; Cabanis, Jourdeuil, Fallût, Moulins, Gaunet, Laroche et Fournier.

SÉANCE DU 14 MARS.

Une députation du Panthéon-Français est admise à la barre. [L'orateur de la députation. La section du 'Panthéon-Français nous envoie pour vous donner lecture de l'arrêté suivant:

Section du Panthéon-Français. Extrait du registre des délibérations du I5 mars 1793, fan II de la République.

« Dans le moment où l'assemblée était nombreuse, un citoyen a dit:

« Citoyens,on nous menace d'un dictateur! A l'instant l'assemblée» se lève tout entière saisie d'horreur; elle a juré à l'unanimité de poignarder tout dictateur (on applaudit à plusieurs reprises dans toutes les parties de la salle), protecteur, tribun, triumvir, régulateur, ou tous autres, sous quelque dénomination que ce soit, qui tendraient à détruire la souveraineté du peuple; et l'assemblée a ajouté : Qu'ils paraissent, le poignard est aiguisé. (Les applaudissemens recommencent avec plus de force.) L'assemblée arrête de plus que pendant huit jours le serment sera renouvelé dans son sein, et que le procès-verbal de cette séance sera communiqué à la Convention nationale et aux quarante-sept autres«ections. » (On applaudit.)

Le président répond à la députation. On demande l'impression de l'arrêté de la section du"Pamhéon, et de la réponse du président, et l'envoi aux départemens et aux armées. Ces propositions sont adoptées.

On procède à l'appel nominal pour l'élection des ministres de la guerre et de l'intérieur.

Sur 530 votans, Beurnonville ol tient 536 suffrages pour le ministère de la guerre.Sur 520, Garat, ministre actuel de la justice, obtient 500 suffrages pour le ministère de l'intérieur. — Le s concurrens étaient Boucliotte et Loyseau.]

Lasource communique à l'assemblée la liaison des troubles de Paris avec ceux des départemens. Il annonce que le comité de sûreté générale a fait arrêter vingt-huit conspirateurs dans différentes villes. Boyer-Fonfrède rapporte que des mouvemens semblables à ceux de Paris se sont manifestés à Bordeaux, mais que les auteurs en sont arrêtés. Lettre des administrateurs du district de Beortne, portant qu'ils ont arrêté les chefs d'un complot qui tendait à empêcher le recrutement de l'armée. Fauchet et Bancal annoncent que des tentaiives du même genre ont eu lieu dans les départemens du Calvados et du Puy-de-Dôme.

[iV.... Vous avez mis en état d'arrestation le citoyen Lujouski. Je dois dire à l'assemblée que c'est un excellent patriote, et que, le 10 août, il commandait trois batteries de canon. Plusieurs voix. L'ordre du jour.

Marat. J'invoque la justice de l'assemblée pour un brave citoyen, excellent patriote, qui, dans ce moment, est la victime des intrigues deBarl arcuxet de la faction.... (De violensmurmures et des cris à l'ordre couvrent la voix de l'orateur.)

Le président. Je vous rappelle à l'ordre. Émettez votre opinion, mais point de personnalités; il est temps de les bannir de nos discussions.

Marat. Dites-moi donc comment on inculpe un individu sans Je nommer. Je dis que c'est Barbaroux qui a passé la dénonciation à Vergniaud ; je dis que Lajouski est un patriote très-révolutionnaire, qui, ayant frondé Roland et Beurnonville, est maintenant leur victime. Il a des faits à révéler; je vous demande, au nom de la justiceéternelle, qu'il soit entendu à la barre.

Le président. Lajouski est ici ; il demande d'être traité comme Fournier, et que vous lui permettiez de se présenter à la barre.

Plusieurs voix. Oui, oui.

Il est introduit.

Lajouski. Citoyens, c'est avec surprise que j'ai vu mon nom inscrit sur les journaux comme conspirateur, je suis ici fort de ma conscience ; j'attendrai que vous m'interrogiez. ,'

Thuriot. C'est par eireur que le décret a été expédié au ministre de h justice; il n'y en a point eu de particulier pour Desfieux et Lajouski; l'assemblée a seulement chargé le conseil exécutif de poursuivre les membres du comité d'insurrection. Je demande l'ordre du jour, motivé sur ce qu'il n'y a point de décret particulier à Lajouski.

Un grand nombre de membres. C'est vrai; aux voix. — La proposition de Tburiot est adoptée.] *

Suites de la journée du 10 mars. Tentative de réconciliation entre les (Girondins et les Montagnards. Danton. Morat. Dumourier. Séances de la Convention du 14 au 19 mars.

Du 12 au 26 mars, il y eut une assez grande tranquillité dans le peuple de Paris. Les feuilles girondines sont les premières à en faire lu remarque. Elles emploient les instans de cette trêve passagère à récriminer contre les anarchistes, et à colérer jes amis de l'ordre. A mesure qu'il arrive des nouvelles des départemer s, plus elles sont fâcheuses, plus les journalistes dont il s'agit se donnent de mal afin de les rattacher à la grande conspiration. A les en croire, le même fil a fait jouer à la fois Paris gt toute la province. Si les émigrés et les prêtres agitent la Bretagne , si Léonard Bourdon a manqué d'être assassiné à Orléans, i t Manuel à Montargis; si les troubles de Lyon se sont accrus, il n'en faut pas douter, le comité insurrecteur a préparé ces désordres et en a donné le signal.

Nous allons transcrire, du Patriote français, l'article dans lequel il annonce la fin de la crise, tout en augurant un avenir meilleur:

Paris, le 14 mars. Nos Cutilina nous laissent assez de repos depuis (rois jours; mais il est aisé de voir que ce calme n'est que l'intervalle d'une tempête à une autre. Cependant, en pilotes habiles, les républicains doivent profiier de ce calme pour se préparer à lutter contre l'orage. Il faut qu'ils se rallient partout, à la Convention nationale, à la Commune, et dans les sections, même

dans les clubs Dans la Convention nationale l'absence des têtes les plus effervescentes permettra de delibérer avec plus de tranquillité, et par conséquent avec plus de vigueur. A la Commune, le renouvellement du conseil-général doit faire espérer un changement favorable aux principes; d'ailleurs il paraît que les chefs ont fait quelques réflexions sur l'issue du mouvement que l'on voulait opérer ; ils se sont peut-être convaincus qu'il n'y aurait eu rien à gagner pour eux.

» Dans les sections, même dans celles qui étaient le plus profondément aveuglées, les esprits sages commencèrent à prendre le dessus; on s'y défit des prêcheurs d'insurrection, on s'y persuada qu'ils pourraient bien n'être que les émissaires de Pitt ou de Brunswick. Dans les clubs, il y a encore un grand nombre de patriotes, auxquels on ne peut reprocher qu'une exagération de principes, qu'une excessive chaleur de tête; plusieurs d'entre eux ont déjà réfléchi sur la conduite de leurs meneurs ; ils ont vu que ces messieurs avaient beaucoup plus d'ambition que de patriotisme, qu'ils voulaient une révolution nouvelle, mais pour en être les chefs, et qu'après cette révolution il en faudrait encore une autre pour élever d'autres ambitieux.

» Telle est la situation actuelle des esprits; elle est rassurante. Si l'on y joint la difficulté d'opérer une insurrection sérieuse, à cause de la diversité des opinions et des vues, et la facilité d'en imposer à des brigands aussi lâches qu'effrontés, on se convaincra qu'il n'y aura rien à craindre qu'autant qu'on le voudra bien, et on désirera beaucoup plus qu'on ne redoutera un mouvement qui ne serait funeste qu'à ses auteurs. » (Patriote français, n. MCCCII.)

On voit, par le dernier paragraphe de cet article, que si la peur avait d'abord persuadé les Girondins de l'existence d'un complot, tous leurs efforts de tribune pour le rendre vraisemblable, et en exagérer l'étendue, ne furent autre chose que de la tactique parlementaire. Girey-Dupré devinait alors et mettait en œuvre le système par lequel tous les pouvoirs qui se sont succédé depuis le 9 thermidor, et qui tous ont été plus ou ii.oins

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