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nos principes se propagent avec tant de lenteur chez les nations étrangères, c'est que leur éclat est obscurci par des sophismes anarchiques, des mouvemens tumultueux, et surtout par un crêpe ensanglanté.

Lorsque les peuples se prosternèrent pour la première fois devant le soleil pour l'appeler père de la nature, pensez-vous qu'il fût voilé par les nuages destructeurs qui portent les tempêtes? non sans doute: brillant de gloire, il s'avançait alors dans l'immensité de l'espace, et répandait sur l'univers la fécondité et la lumière.

Eh bien, dissipons par notre fermeté ces nuages qui enveloppent notre horizon politique; foudroyons l'anarchie non moins ennemie de la liberté que le despotisme; fondons la liberté sur les lois et une sage Constitution. Bientôt vous verrez les trônes s'écrouler, |es sceptres se briser, et les peuples, étendant leurs bras vers vous, proclamer par des cris dft joie la fraternité universelle.

Je demande : 1° que le conseil exécutif soit tenu de rendre compte des renseigne mens qu'il peut avoir sur le comité révolutionnaire et sur les éyénemens des 9,10 et 11 de ce mois;

2° Qu'il soit tenu de faire mettre en état d'arrestation les membres du comité d'insurrection, principalement Deslieux et Lajouski;

5° Que les sections de Paris et le club des Cordeliers soient tenus de donner communication de leurs registres;

4° Qu'il soii fait une adresse au peuple pour l'éclairer sur les manœuvres des contre-révolutionnaires.

5° Que le ministre de la justice soit tenu de rendre compte, tous les trois jours, de la procédure qui, suivant votre décret d'hier, sera faite contre les auteurs de la conspiration.

Vergniaud descend de la tribune couvert d'applaudisse

mens. On demande l'impression de ce discours. — Saint-André paraît à la tribune. — Marat obtient la parole.

Marat. Je ne me présente point avec des discours fleuris, avec des phrases parasites pour mendier des applaudissemens ; je me présente avec quelques idées lumineuses faites pour dissiper tout le vain batelage que vous venez d'entendre. Personne n'est plus que moi pénétré des scènes scandaleuses qui ont eu lieu parmi nous, et des dissensions funestes qui ont éclaté dans cette assemblée. Personne plus que moi n'a été affligé de voir ici deux partis, dont l'un ne voulait pas sauver la patrie, et l'autre ne savait pas la sauver. (De vifs applaudissemens éclatent dans une extrémité de la salle et dans les tribunes. — Des murmures s'élèvent dans les autres parties de la salle.) Je ne prétends pas blesser personne ; la vérité toute nue ne doit offenser que les hommes qui s'y reconnaissent. Dans ce côté (en désignant la partie de la salle à la droite de la tribune) sont les hommes d'état; je ne fais pas à tous un crime de leur égarement, mais je n'en veux qu'à leurs meneurs; mais il est prouvé que les hommes qui ont voté l'appel au peuple voulaient la guerre civile, et que ceux qui ont voté pour la conservation du tyran votaient la conservation de la tyrannie. Ce n'est pas moi d'ailleurs qui les poursuis, c'est l'indignation publique. Je ne viens point jeter une pomme de discorde ; ceux qui m'entendent savent que j'ai parcouru moimême les sociétés populaires, que je leur ai prêché la modération et l'obéissance aux lois, et que je les ai engagées moi-même à faire un rempart de leurs corps à la Convention nationale si elle venait à être menacée. En cela, je n'ai suivi que le sentiment de mon cœur. Et vous (s'adressant à la partie droite), si la sincerité, l'amour du bien public, sont dans vos cœurs, je vous engage à vous montrer toujours d'accord avec les patriotes; voilà le seul vœu que je forme, voilà la seule action qui puisse sauver la République. Je m'oppose à l'impres ion d'un discours qui porterait dans les départemens nos alarmes et le tableau de nos divisions. Je vote pour qu'à l'instant nous nous occupions du recrutement et de l'organisation du ministère. (On applaudit.) Guadet occupe le fauteuil. Le président. Puisque l'assemblée veut connaître des faits, il est de mon devoir de lui donner lecture d'une lettre que je viens

de recevoir. La voici :

« Citoyen président, l'inté^ôt-que tout bon républicain doit prendre à la conservation des représentans de la nation, défenseurs de notre liberté, m'impose le devoir de vous avertir qu'une conjuration est forméecontre la vie de plusieurs de nos meilleurs députés. Je suis instruit et dans la confidence de vils scélérats payés par l'aristocratie; ils doivent sous peu se présenter en armes devant l'assemblée, et lui demander la permission de défiler devant elle; c'est alors qu'ils doivent exécuter leur horrible projet. Je serai assez récompensé si cet avis peut garantir ma patrie d'un pareil malheur. Signé, Jourdain. » ]

— Une vive discussion s'engage sur cette lettre. Guadet est soupçonné de l'avoir supposée. ll crie à la calomnie, et assure qu'elle vient de lui être remise par nn député du côté gauche. Celui-ci soutient que la lettre communiquée par lui est de la citoyenne Lavergne, dont le mari, en prison à Arras, demande à être transféré dans une autre ville. L'un des secrétaires-commis de la présidence parait à la tribune et déclare que cette lettre , adressée au président, et timbrée de la petite poste, a été remise par lui. — L'assemblée décide que Jourdain sera traduit à la barre.

L'impression du discours de Vergniaud et de celui de Marat est mise aux voix et adoptée. Il s'élève des réclamations; on demande le rapport du décret ; le président le met aux voix et prononce qu'il n'y a pas lieu à délibérer. De vives rumeurs éclatent dans l'extrémité gauche.

[ Julien, de Toulouse. Je réclame un article de réglement ainsi conçu : « En cas d'absence du président, l'ex-président doit occuper le fauteuil. > Je réclame que Dubois - Crancé remplace Guadet au fauteuil. ( De vifs applaudissemens s'élèvent dans les tribunes et dans l'extrémité gauche de la salle.—Plusieurs membres placés près de Dubois-Crancé l'entraînent au fauteuil.)

Guadet demande la parole. — Des murmures violens et des cris répétés à bas du fauteuil couvrent sa voix. — Présides, la majorité vous soutiendra, s'écrie-t-on dans une partie de la salle. ( Un tumulte agite l'assemblée. )

Gensonné, président, remonte au fauteuil au bruit des applaudissemens de la grande majorité.] Sur les observations de Barrère, le décret qui ordonnait l'impression du discours de Vergniaud et de celui de Marat est rapporté, attendu qu'ils ont été prononcés d'abondance, et qu'ils contiennent des choses dont l'envoi ne serait pas sans inconvénient. On reprend le débat sur le comité d'insurrection. Lamarque s'oppose à l'arrestation de Lajouski, qu'il croit bon citoyen. Boyer-Fonfrède s'étonne du peu d'énergie de l'assemblée, quand elle ne peut douter qu'on l'ait conduite au bord du précipice ; il interpelle Danton de déclarer s'il ne lui a pas dit qu'il pensait qu'un mouvement contre-révolutionnaire avait été préparé; que l'étranger avait un parti à Paris, et qu'il devait, lui Danton, proposer une grande mesure à l'assemblée. Danton dit que cela est vrai. Boyer-Fonfrède vote l'arrestation de tous les membres du comité insurrecteur. Décrété. [Le ministre de la justice. Quelles qu'aient éte mes recherches, je n'ai rien appris qui pût constater l'existence de ce comité, si ce n'est la tenue d'une assemblée dans une salle de l'Hôtelde-Ville, par des citoyens qui avaient pour but les subsistances de Paris, mais dont l'un avoua à un commis de mes bureaux qu'ils devaient préparer une insurrection. Depuis quelque temps le conseil exécutif entendait parler de mouvemens qu'on préparait; il cherchait partout des renseignemens, et en obtenait peu ; car il a peu de moyens pour en obtenir. Dimanche 10, entre sept et huit heures, on entendit des cris aux environs de la Convention nationale : c'étaient des fédérés répandus dans les rues qui criaient et chantaient.Je craignis que ce désordre n'eût des suites plus graves. Les ministres se rassemblèrent; celui des affaires étrangères nous communiquait divers bruits incertains, quand un de ses employés arriva : il venait du club des Jacobins, et nous annonça qu'on venait d'y faire la motion de se diviser en deux bandes ; que l'une se porterait sur la Convention nationale, pour y couper les têtes de ceux qui avaient refusé de voter la mort du roi ; que l'autre irait égorger les ministres et ferait maison nette. Cet employé ajouta qu'un autre motionnaire avait déclaré que pour faire prospérer la République il fallait employer des moyens plus modérés, et qu'il était d'avis qu'on mit en état d'arrestaiion les membres du côté droit de la Convention nationale et les ministres. A l'instant arriva aux Jacobins Dubois-Crancé ; il leur dit : Vous perdez la République si vous employez de telles mesures, car toutes sont horribles. Le discours de Dubois-Crancé aurait dû faire impression, car il contenait une grande vérité; cependant un moment après il sortit des Jacobins une foule de fédérés qui, passant par les Tuileries , se grossit de quelques groupes et se rendit aux Cordeliers.

Tout ce que nous entendions augmentait nos alarmes; trois avis s'ouvraient parmi nous. Le premier voulait que, comme ministre de l'intérieur, je fisse buitre la générale; je ne crus point en avoir le droit. Le second fut de nous rendre au lieu de nos séances, et d'appeler au conseil le maire et le commandant de la force armée, afin d'avoir dans notre sein les fonctionnaires qui pouvaient la requérir. Nous primes le parti, le ministre des affaires étrangères et moi, d'aller à la mairie; nous demandâmes au maire quelle était la situation de Paris : il nous répondit qu'on avait voulu se porter sur les barrières pour les fermer, mais que le commandant-général l'avait empêché; il nous annonça que la Commune avait pris uu arrêté pour rappeler aux sections que la loi punissait de mort ceux qui fermeraient les barrières, et les inviter à se tenir en permanence pour prévenir les troubles. J'avoue que, malgré les mesures prises pour prévenir les malheurs , je le crus difficile, parce que leur cause semblait être puissante.

Retourné chez le ministre des affaires étrangères, je crus entendre sonner le tocsin; l'aide-de-camp du ministre de la guerre entra ; il paraissait ému ; il nous assura qu'il venait de l'entendre sonner; il nous invita à prendre de promptes mesures ; car, ajouta-t-il, on en veut à vos têtes, et notamment à celles de Beurnonville et de Clavière. Le ministre des affaires étrangères

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