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autre pouvoir, celui de l'Eglise, car la société chrétienne était alors puissamment organisée. Elle se défendit par la seule influence de sa supériorité morale contre les conquêtes de la force, et parvint bientôt à exercer dans l'état l autorité de la discipline sur le désordre ct de l'esprit sur la barbarie. Les évêques, dans ces temps primitifs, étaient ordinairement élus par le corps des prêtres, et les abbés par les moines : les chefs du clergé étaient donc les représentans légitimes de cet ordre nombreux et respecté. Dès le temps des Visigoths, on voit les prélats composer presque à eux seuls les assemblées générales de la nation, et ce privilége était dû à leur rang, à leur importance dans l opinion, à l'éclat de leurs lumières et à la signification sociale de l'élection ecclésiastique. Du sixième au dixième siècle, l'Aquitaine et la France furent tantôt réunies sous la même domination, tantôt séparées. Les deux nations se mêlèrent par leurs luttes mêmes : un peu de la féodalité du Nord parvint à s'implanter dans le Midi, pendant qu'un souvenir des villes municipales de la province romaine allait déposer dans la France proprement dite le germe fécond des communes. L indépendance de la race méridionale se releva enfin par les rois d'Arles, les comtes de Toulouse, les vicomtes de Narbonne et de Béziers; mais l'organisation militaire que Charles Martel avait imposée à toutes les parties de son vaste empire se perpétua en Aquitaine comme ailleurs par l'hérédité des fiefs, et l'on vit figurer un nouvel ordre, celui des seigneurs, dans les

assemblées publiques, ou plaids, du pays. Ces assem

llées ne furent jamais interrompues, quelle que fût l'intensité de la barbarie; seulement, du sixième au dixième siècle, la liberté des villes subit quelques obscurcissement, et il ne paraît pas qu'elles aient été représentées durant cette période. Mais l histoire nous a conservé le souvenir d'une assemblée tenue à Narbonne en 1080, où assistèrent des évêques, des seigneurs, avec tous les citoyens de Narbonne, beaucoup d'autres citoyens de la province et un nombre infini de peuple. Depuis ce moment nous retrouvons toujours les bourgeois des villes au nombre des ordres ou états de la contrée. Quand une horrible extermination, masquée du nom pieux de croisade contre les Albigeois, vint détruire pour jamais la nationalité méridionale, Toulouse, Montpellier, Narbonne, et les autres villes du Midi, jouissaient à la fois d'une grande puissance et d'une glorieuse liberté. Les négociations achevèrent ce que les armes avaient commencé: le comté de Toulouse fut réuni à la couronne de France; mais sa représentation nationale lui fut conservée comme une compensation de ce qui lui était ravi, Son dernier comte, Raymond, reconnut dans son testament, par une clause spéciale, ces précieuses libertés; mais le premier législateur qui régularisa sur ce point l'antique usage fut saint Louis, dans des ordonnances datées de Saint-Gilles en juillet et août 1254 , et dont tous les historiens du temps ont soigneusement reproduit le texte. Ce fut alors que la nouvelle province annexée au royaume reçut le nom de Langue d'Oc, par opposition à la langue d'Ouy ou du Nord, car la différence des idiomes avait surtout frappé les conquérans. Telle fut l origine des Etats-Généraux du Languedoc, ainsi nommés parce que les trois ordres ou états

du pays, le clergé la noblesse et la bourgeoisie, y étaient représentés. Etablis par les Romains, conservée par les Visigoths, modifiée par les progrès de l'Eglise et de la féodalité, cette institution ne reçut une forme stable et définitive que de la législation de saint LouisElle servit, sans contredit, de modèle aux Etats que Philippe-le-Bel convoqua pour toute la nation au commencement du quatorzième siècle. Ainsi, après avoir probablement déterminé par l'exemple de § municipales le grand mouvement de l'émancipation des communes, le Midi dota encore la France entière de ces grandes assemblées nationales qui ont été l'origine de nos libertés actuelles. Le Languedoc était divisé en trois sénéchaussées, celle de Beaucaire, celle de Carcassonne, et celle de Toulouse; les trois sénéchaux étaient les représentans de l'autorité royale auprès des Etats. Le roi ne pouvait imposer sur la province aucune rente, taille, subside, ou autres charges, sans l'exprès consentement ties Etats; les Etats devaient aussi être consultés pour toutes les questions commerciales, comme par exemple l'importation ou l'exportation des grains; enfin, leurs attributions étaient essentiellement financières : et , en effet, qu'est-ce que les droits, sinon la sauve-garde des intérêts ? Tous les rois de France confirmèrent les priviléges reconnus par saint Louis; il en vint même plusieurs en Languedoc pour ouvrir eux-mêmes les Etats-Généraux. La malheureuse prison du roi Jean, et la paix encore plus déplorable de Bretigny, fournirent à cette assemblée l'occasion de montrer par de grands sacrifices son attachement à la royauté. Mais l usage d'envoyer des gouverneurs généraux dans la province s'étant plus tard établi, et cette charge ayant été successivement donnée au duc d'Anjou, frère de Charles V, et au duc de Berry, oncle de Charles VI, ces princes s'y arrogèrent un pouvoir presqu'absolu, et leurs horribles exactions exaspérèrent le peuple qui se révolta plusieurs fois et ne put être contenu que par la force. La constitution des Etats fut même altérée durant le règne désastreux de Charles VI : la noblesse et le clergé s'en étaient retirés, et le tiers-état seul y figurait le plus souvent, sans doute pour que l'avidité du gouverneur pût s'exercer sans obstacle sur le plus faible et le plus méprisé des trois ordres. Mais en rétablissant son royaume, Charles VII rétablit aussi les Etats du Languedoc sur l'ancien pied; seulement, comme pour se racheter d'avance des déprédations à venir, on adopta le scandaleux usage d'accorder des gratifications considérables aux gouverneurs , aux commissaires du roi, aux princes du sang et aux grands officiers de la couronne, essayant ainsi de prévenir par une concession honteuse le plus criant des abus. Mais le voisinage de la corruption est contagieux : les principaux membres des Etats imitèrent bientôt l'exemple † officiers de la couronne, et ce fut à qui se ferait la meilleure part dans la dilapidation des deniers de la province. Le système de finances publiques se transformait à à cette époque. Parmi les commissaires de Charles VII aux Etats, on remarque souvent le nom de ce fameux Jacques Cœur, dont l'immense fortune attesta l'habileté dans la nouvelle science économique. Malgré l'accroissement constant des impôts sous Louis XI, le

quinzième siècle fut une époque de prospérité pour le Languedoc, grace à la bonne organisation de Charles VII et aux immunités accordées par Charles VllI. L'importance des Etats s'accroissait de plus en plus; ils s'habituaient à porter dans toutes les affaires la plus grande vigilance, à défendre les droits et les intérêts du pays; les traités de paix leur étaient soumis pur être ratifiés. En 1522, ils adressèrent au roi l§ I" des griefs et remontrances qui furent trèsbien reçus par ce prince, et qui déterminerent en leur faveur un édit perpétuel qu'on appela depuis la grande Charte du Languedoc. Le désastre de François I" à Pavie excita un deuil général dans la province, les Etats s'imposèrent volontairement de grands sacrifices, et le roi, reconnaissant, les récompensa par de nouvelles faveurs. Mais le temps était venu où le fléau des guerres civiles et religieuses devait s'abattre sur la France entière et particulièrement sur le Languedoc. L'hérésie fesait de rapides progrès dans la province, et tout en multipliant leur doléance sur la vénalité des charges, la non-résidence des évêques et la pesanteur des impôts, les Etats supplièrent souvent le roi de sévir contre les religionnaires. Ces imprudentes demandes ne furent que trop exaucées. La persécution commença sous Charles IX; ceux de la religion prirent les armes pour se défendre; la guerre fut sanglante, et la paix fut plus sanglante encore : c'est pendant la paix qu'eut lieu le massacre de la Saint-Berthélemi. Sous Henri III , le désordre fut porté à son comble : il y eut à la fois deux geuvernemens et deux assemblées d Etats dans la province, les uns pour la ligue, les autre pour le roi; le Languedoc se déchira de ses propres mains, et tous les fléaux à la fois, la guerre, la famine et la peste désolèrent ce malheureux pays. Enfin, à l'avènement d'Henri IV, l'épuisement des partis ramena l'ordre et la tranquillité. Ce ne fut pas pour long-temps. Au commencement du règne de Louis XlIl, de nouveaux troubles religieux amenèrent le roi dans la province : il y parut les armes à la main, s'empara de plusieurs villes, et repartit en laissant après lui le cardinal de Richelieu. Ce ministre, dit un historien, augmenta par sa présence le nombre des fléaux dont Dieu voulait affliger le Languedoc. Il avait fait rendre par le roi un édit qui établissait dans chacun des vingt-deux diocèses de la province un bureau ou siége d'élection : on appelait ainsi dans les pays sans Etats les offices établis pour la répartition et le recouvrement des impôts. C'était bouleverser d'un seul coup tous les usages établis en Languedoc pour la levée des deniers royaux, et détruire au profit du pouvoir absolu l'antique liberté. A cette violation inouie de leurs priviléges, les Etats assemblés à Pézenas, répondirent par une protestation vigoureuse. Le cardinal leur fit enjoindre de se séparer incontinent; ils obéirent, après avoir reçu, dit le procès-verbal, la bénédiction de l'archevêque de Narbonne, mais sans céder un seul de leurs droits. Cette généreuse soumission, au milieu même d'une invincible résistance, ouvrit les yeux au roi : il révoqua, deux ans après, l'édit des élus et rétablit les Etats du Languedoc. Mais l'implacable Richelieu eut soin d'y mettre des restrictions qui rendaient cette concession à peu près illusoire.

Depuis François I.", le gouvernement de Languedoc était dans la maison de Montmorency. Henri de Montmorency, fils du grand connétable de ce nom, fut irrité des nouvelles entraves que le cardinal opposait tous les jours à l'exercice des libertés de la province. Les Etats avaient pris le 22 Juillet 1632 une seconde délibération qui déclarait insupportable la servitude des élus, et vexatoires les conditions qu'on avait mises à leur suppression. Montmorency souscrivit à cette délibération fameuse, et prit les armes pour la soutenir. Lâchement abandonné par le frère du roi, qui était venu le trouver en Languedoc, au premier bruit de sa révolte, il fut pris au combat de Castelnaudary, jugé et décapité à Toulouse. Le roi fit en personne l'ouverture des Etats à Béziers. Le garde-des-sceaux Châteauneuf, prononça un long discours en l'honneur de Richelieu, et sans prendre l'avis des Etats, le roi fit lire et publier en leur présence un édit qui exigeait pour la suppression des élus, une somme de 5 millions, et qui augmentait démésurément pour l'avenir les charges de la province. Dès ce moment, le projet de l'ambitieux ministre fut accompli, les franchises du Languedoc avaient été abattues avec la tête de Montmorency.

L'édit despotique de Béziers ne fut pas même exécuté dans ses dispositions principales. Tous les ans, c'étaient des exactions nouvelles : en 1633, une imposition extraordinaire de 100,000 livres, levée de la pleine autorité du roi pour la fortification de Narbonne; en 1635, la création arbitraire de nouveaux offices, dont les Etats ne purent se racheter qu'au moyen de grosses sommes d'argent; en 1638, 1639, 1640, 1641 , des impositions exorbitantes pour la subsistance des gens de guerre; en 1642, des dépenses pour la continuation du port d'Agde, afin de faire plaisir au cardinal de Richelieu; et tous les ans, les gouverneurs avaient soin de déclarer que c'était là leur dernière infraction aux priviléges de la province, et les Etats adressaient au roi des remontrances inutiles contre la levée de toute imposition non consentie ainsi que sur l'énormité des charges dont on les accablait. Enfin, dit le baron Trouvé, historien des Etats de Languedoc, la province se trouvait tellement épuisée de dettes et de subsides, que des communes entières désertaient le pays après avoir fait abandon de leurs biens.

Heureusement, les liens du pouvoir se relâchèrent pendant la minorité de Louis XIV. Il y eut des séditions dans le Languedoc; les Etats enhardis refusèrent les nouveaux sacrifices qu'on leur demandait ; le sang coula dans une émeute à Montpellier. Le gouvernement de la régente céda, comme tous les gouvernemens faibles, et, en 1649, l'édit de Béziers fut révoqué : les Etats reconnaissans accordèrent au roi un million. La province fut si heureuse de se retrouver en possession de ses priviléges, que les troubles de la Fronde n'y eurent aucun retentissement. Les Etats luttèrent avec énergie contre les ambitieuses prétentions du parlement de Toulouse, qui voulaient s'arroger la souveraineté en matière de finances, car c'était alors l'époque des plus grandes prétentions des parlemens ; mais ces dissensions pacifiques furent les seules qui agitèrent momentanément le Languedoc. Au milieu de la France en feu, ce pays demeura toujours fidèle à l'autorité royale. Aussi, en 1659, Louis XlV majeur confirma-t-il par une déclaration célèbre la révocation de l'édit de Béziers. La plus parfaite harmonie régna dès-lors entre ce grand monarque et les Etats du Languedoc. Ce qui caractérise entre toutes les dominations, la domination absolue de Louis XIV, c'est qu'elle fut consentie par l'amour et l'admiration de la France. La nation était si fière de son roi, si profondément convaincue de la supériorité de son gouvernement, qu'elle trouvait à la fois bonheur et gloire à s'identifier avec lui. Chez les hommes de génie du temps, ce sentiment devint un culte. Les Etats de la province cédèrent à toutes les volontés de Louis, et leur obéissance n'avait rien que de libre et de spontané : comment résister à un prince qui savait donner à la fois à son peuple tant de puissance et de prospérité? Le Languedoc prit sa part, comme toute la France, des bienfaits inouis qui marquèrent le commencement de ce règne; mais l'excellence de l'administration des Etats y donna un plus grand essor aux travaux publics que partout ailleurs ; la grande province et le grand roi s'entendirent dans tous leurs projets de bien public, et le canal des DeuxMers ne fut pas le seul produit de cette heureuse intelligence. Des revers et des fautes remplirent les dernières années de Louis XIV. Le Languedoc fit des efforts extraordinaires pour soutenir la monarchie, et ces efefforts l'épuisèrent de nouveau. Lorsqu'en 1749, Louis XV rendit un édit portant établissement dans tout le royaume d'un nouvel impôt appelé vingtième, le contrôleur-général des finances donna directement des ordres pour en assurer la levée dans le Languedoc. L'archevêque de Narbonne s'opposa au recouvrement, déclarant que les priviléges des Etats avaient été violés. Ceux-ci s'assemblèrent à Montpellier, au mois de janvier 1750, et une députation présidée par l'archevêque de Toulouse fut envoyée au roi pour lui présenter les réclamations de la province. Le roi, mécontent, suspendit les Etats, et ordonna la perception du vingtième d'après les rôles qui seraient dressés par l'intendant. Cette § deux ans, et ne cessa que lorsque les Etats eurent consenti à l'établissement du nouvel impôt sous la condition néanmoins qu'ils en dirigeraient la répartition. De 1750 à 1789, rien ne marque dans l'histoire des Etats du Languedoc, sinon les grands ouvrages commencés et quelquefois achevés par eux. L'ouverture de nouvelles routes et le perfectionnement des anciennes; la construction des ponts de Lavaur et Gignac ; les canaux de Beaucaire, de Cette et de Narbonne, le canal dit de Brienne et tout un système pour améliorer la navigation de la Garonne ; les ouvrages des ports de Cette, Agde et la Nouvelle; et, dans un autre ordre de travaux, les quais de Toulouse, l'entrée de cette ville du côté de la Guienne et la place du Peyrou de Montpellier : tels sont les grandes entreprises que les Etats poursuivaient avec ardeur, quand la révolution vint changer les destinées de la France. Le Languedoc offrait à cette époque, dans sa composition même, une image du désordre général de la monarchie. Formée de deux mille huit cents communes et de près de deux millions d'habitans, cette province

était en disproportion avec la plupart des autres gouvernemens de France. Elle n'avait pas d'ailleurs entre toutes ses parties cette puissance de cohésion, qui a fait et qui fait encore la vivace unité de quelques autres provinces. Bornée au Midi par les petits pays de Foix et de Nébousan, qui avaient leurs Etats particuliers, elle s'étendait démésurément vers le nord-est, aux bords du Rhône et jusqu'aux portes de Lyon. Des montagnes du Puy aux plages de Narbonne, ce nom collectif de Languedoc n'était en réalité qu'une création administrative, une circonscription purement gouvernementale, assez semblable à celle de la Prusse d'aujourd'hui, où, sans tenir nul compte du génie des populations et des divisions naturelles du territoire, la conquête et la politique avaient seules formé de plusieurs pays différens un tout sans ensemble et sans harmonie. Aussi, quand l'Assemblée Constituante vint briser le lien factice qui réunissait toutes ces unités en une seule, chaque fraction suivit librement son attraction particulière, et la décomposition fut prompte et décisive. Il y a encore une Bretagne, une Normandie, une Champagne, une Bourgogne, une Alsace, une Lorraine, un Dauphiné, une Provence : il n'y a plus de Languedoc. Toulouse était la première ville de la province, et Montpellier la seconde. Les universités des deux villes étaient également célèbres, mais l'une pour la jurisprudence et l'autre pour la médecine. A Toulouse résidaient le parlement et le gouvernement militaire ; à Montpellier, l administration financière et la Cour des Comptes. Narbonne était le principal archevêché. Dans l'origine, les Etats se réunissaient indifféremment dans toutes les villes de la province, et principalement à Toulouse, Montpellier, Carcassonne, Béziers et Pézenas; mais dans les derniers temps de leur existence, il se tenaient habituellement à Montpellier, dans la grand'salle de l'Hôtel-de-Ville. La province portait pour armes de gueule, avec une croix vidée, clechée et alésée d'or, que l'on nommait aussi croix de Toulouse; pour ornemens extérieurs de l'écu une couronne de comte : cet écu était accolé de deux palmes de sinople attachées avec un lien de gueule. La division de la province en trois sénéchaussées s'était conservée depuis le treizième siècle, mais elle avait perdu de son importance. Les sénéchaussées se subdivisaient elles-mêmes en diocèses, et les diocèses en communes ou municipalités. La commune était formée par l'association des propriétaires taillables d'une localité, c'est-à-dire des habitans possédant des biens ruraux compris au cadastre, sans distinction d'ordres : les impositions étant réelles et non personnelles en Languedoc, tout possesseur d'un bien rural, qu'il appartînt à la noblesse, au clergé, ou au tiers-état, était assujetti à la taille. Les communes étaient administrées par un conseil politique et des consuls. Le conseil politique se renouvelait lui-même, et par moitié, tous les deux ans. C'était à lui qu'appartenait le choix des consuls, sauf certaines conditions de taillabilité. Dans les grandes villes, le conseil politique était lui-même électif. La circonscription des diocèses était tout économique : ils n'avaient de commun que le nom avec les circonscriptions ecclésiastiques. Ils étaient administrés par des assemblées diocésaines, autrement appelécs Assiettes, et des syndics. La distinction des trois ordres reparaissait dans ces assemblées : le clergé y était représenté par l'évêque, la noblesse par des barons, et le tiers-état par les députés des municipalités qui avaient le droit d'envoyer à l'Assiette. La constitution des diocèses de Mende, du Vivarais et du Puy était différente de toutes les autres : ces diocèses avaient leurs Etats particuliers. Dans quelques autres, il n'y avait l† de baronnies; tout dépendait des coutumes locales. es syndics étaient choisis par les assemblées diocésaines. Leur mission était de surveiller l'exécution des délibérations de l'assemblée. La réunion des vingt-quatre diocèses formait la province. Elle était administrée par les Etats-Généraux et les syndics-généraux. Ces syndics étaient au nombre de trois, un pour chaque sénéchaussée ; institués par les Etats, leur charge était à vie; ils ne pouvaient la perdre que par mort, démission volontaire, forfaiture ou incompatibilité. Ces officiers représentaient la province en l'absence des Etats, veillaient à la conservation de ses priviléges, préparaient les matières dont l'assemblée avait à s'occuper, etc. Cette institution des syndics est fort remarquable ; c'était sans contredit l'établissement le plus libéral de l'ancien régime. Voici maintenant quelle était la composition des EtatsGénéraux : Pour le clergé, les archevêques de Narbonne, de Toulouse et d'Albi; les évêques de Lodève , Agde, Montauban, Alet, Comminges, Montpellier, Castres, Mende, Mirepoix, Saint - Pons , Lavaur, Rieux, Béziers, Carcassonne, le Puy, Nîmes, Saint-Papoul, Viviers, Uzès et Alais : en tout trois archevêques et vingt évêques ; Pour la noblesse , le comte d'Alais, le vicomte de Polignac, un baron du Vivarais, un baron du Gévaudan, les barons d'Avéjan, d'Ambres, d'Hautpoui, de Barjac, de Bram, de Cailus, de Calvisson, de PierreBourg, de Castelnau-d'Estrétefonds, de Castries, de Florensac, de Ganges, de Lanta, de Mérinville, de Mirepoix, de Murviel, de Saint-Félix, de Tornac, de Villeneuve : en tout un comte, un vicomte et vingt et un barons ; Pour le tiers-état, soixante-huit votans et quarantesix voix, ainsi qu'il suit : 1° Les capitouls, premiers consuls, maires, seconds consuls, lieutenans de maires, et députés des villes épiscopales; 2° les députés des diocèses; 3° les syndics des diocèses de Toulouse, Narbonne, Vélay, Albi, Gévaudan et Saint-Papoul. Le clergé tenait le premier rang, la noblesse le second , et le tiers-état le troisième. L'archevêque de Narbonne était le président-né des Etats; en son absence, l'archevêque de Toulouse; en l'absence de celuici, l'archevêque d'Albi, et en l'absence de tous deux, le plus ancien des évêques. Pour les prélats et les barons, le droit d'entrée aux Etats formait un privilége attaché à leurs titres et à leurs terres. Pour les prélats, ce droit était considéré comme provenant en quelque sorte de Dieu ; pour les barons, c'était une émanation de la puissance royale qui l'affectait par lettres spéciales scellées du grand sceau, à une seigneurie située dans la province. La dignité de baron des Etats faisait partie de la propriété du sol: elle était susceptible comme lui de vente, donation ou

legs, et constituait une valeur particulière de 80 à 100 mille livres. Les évêques et les barons, comme personnellement appelés, pouvaient se faire représenter, les uns par leurs vicaires-généraux, les autres par des gentilshommes prouvant six degrés de noblesse. Mais les membres du tiers, représentans eux-mêmes, ne pouvaient pas être représentés. Dans le Vivarais douze baronnies, et dans le Gévaudan huit, entraient aux Etats chacune à leur tour. Il en était de même des villes du second ordre dans les diocèses; elles envoyaient chacune un député par tour, à l'exception de Gignac, Pézenas, Clermont, Marvéjols, Castelnaudary , Valentine et Fanjeaux, qui nommaient tous les ans les députés des diocèses de Béziers, Agde, Lodève, Mende, Saint-Papoul, Comminges et Mirepoix. Le diocèse du Puy n'envoyait pas de députés; les villes de Comminges et de Montauban n'en envoyaient pas non plus. Ce gothique édifice ne put pas résister en 1789 à l'examen sévère porté par la nation sur toutes les formes de son gouvernement. Même en admettant la distinction féodale des trois ordres, aucun de ces ordres n'était réellement représenté. Les vingt-trois évêques formaient bien le corps épiscopal de la province; mais tout le clergé n'était pas dans le corps épiscopal, et d'ailleurs, si l'on voulait faire représenter cet ordre par ses chefs, il aurait fallu, comme dans l'origine, admettre les abbés et les prieurs des principaux monastères. Le clergé séculier l'avait emporté, il est vrai, dans le développement de la société française du moyenâge, sur le clergé régulier; mais les ordres religieux n'étaient pas encore détruits. Les vingt-trois baronnies ne formaient pas non plus toute la noblesse; les barons titulaires n'étaient même pas les chefs réels de l'ordre. Ils se disaient les héritiers des premiers feudataires de la province, mais depuis huit siècles tout avait bien changé, et leur importance relative avait nécessairement subi de grandes révolutions. Il y avait d'ailleurs quelque chose qui choquait la raison dans cette dignité déterminée qui se transmettait, non plus par le sang, mais par le sol, c'est-à-dire, par ce qu'il y a de plus étranger à la personne. Sans doute la propriété en général est un grand élément d'influence sociale; mais non telle ou telle propriété. Quant au tiers-état, c'était bien pis : les maires et consuls des villes épiscopales entraient aux Etats par le seul fait de leur charge, et cette disposition eût été certes fort louable si les charges elles-mêmes avaient été conférées par les citoyens; mais dans la plupart des villes, les évêques et les seigneurs nommaient aux offices municipaux, et dans les autres le système d'élection était combiné de maniere à ne produire que des nobles ou des créatures des nobles. Ensuite la plus grande inégalité régnait dans des droits qui auraient dû être égaux, ou du moins distribués suivant le nombre et l'importance des populations. Telle ville qui députait aux Etats était beaucoup moins considérable que telle autre qui n'y députait pas. Les unes envoyaient deux représentans, les autres un seul, sans que rien, sinon l'antique usage, vînt justifier cette différence. La très-grande partie des localités était sans repré

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