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FONTAINE DE LECTOURE (Gers).

Les Romains n'eurent pas plutôt établi leur domination sur les belles régions de la Gaule méridionale, qu'ils s'empressèrent d'enrichir leur nouvelle conquête de toute la magnificence de leur architecture. La Vasconie était alors habitée par les Elusates, les Auscii, les Mitiobriges, les Lectorates et les Convenœ, peuples intrépides qui luttèrent long-temps contre les proconsuls de Rome. Forcés à courber la tête sous le joug du vainqueur, ils se consolèrent bientôt de la perte de leur liberté. Les Romains les traitèrent avec la bienveillance et la prédilection qu'ils témoignaient dans les moindres circonstances aux peuples vaincus.

Lectoure, capitale des Lectorates, fut élevée au rang de colonie de la république (1), et plusieurs monumens, dignes de la magnificence des maîtres du monde, embellirent bientôt après la nouvelle cité. Quelques-uns de ces édifices existent encore, et les antiquaires admirent les débris d'un autel taurobolique, que les Lectorates élevèrent pour offrir aux Dieux un pompeux sacrifice, et obtenir ainsi le rétablissement de la santé de tiratien. Mais de tous les monumens construits par les Romains ( ' r l 'fosaiquc , 1"° année.

dans la vieille Lectora, le plus authentique et sans con

tredit une fontaine, qui, selon plusieurs archéologues, était consacrée à Diane chasseresse : on l'appelait primitivement fons déliá; plus tard, son premier nom s'est changé en celui de fontaine Fondelia, et les paysans du ays ne la connaissent plus aujourd'hui que sous le nom de Hondelia. Elle est située au pied de la colline, sur laquelle est bâtie la ville de Lectoure; la source est abondante, et l'eau, d'unc rare limpidité, coule encore sous le monument romain qu'on a maladroitement défiguré en voulant le restaurer. L'arceau ressemble au porche d'une chapelle gothique, et la voûte est couverte de vieilles peintures à fresque, presque entièrement cachées d'une mousse légère qui croît dans tous les lieux humides. Ce petit momument est empreint de la majesté de l'architecture antique; mais de jour en jour on oublie sa destination première. Les vierges consacrées au culte de Diane, ne viennent plus célébrer leurs chastes mystères à la clarté de la lune; les poètes de la vieille Vasconie ne chantent plus leurs hymnes enl'honneur de la déesse protectrice des Lectorates, et on n'entend plus sur le soir que les chansons des jeunes paysannes qui viennent remplir leurs cruches à Fondelia. - L. MoUNIÉ.

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A SAINT-SERNIN DE TOULOUSE. — 1196.

I. CONSÉCRATION DE SAINT-sERNIN.

Saint-Sernin, la basilique monumentale de Toulouse, avait été démolie et rebâtie plusieurs fois pendant les guerres désastreuses que les peuples de la Langue d'Oc avaient soutenues contre les Barbares. Cette église qui n'était primitivement qu'un simple oratoire, élevé par saint Exupère sous l'invocation du premier évêque et martyr de Toulouse, avait subi tant de modifications, qu'il eût été difficile d'affirmer combien de générations avaient travaillé à sa construction; en 1195, les matériaux qu'on avait rassemblés pour terminer enfin la basilique furent bénis par le pape Urbain Il, qui parcourait alors les provinces méridionales pour engager les principaux seigneurs à se rendre au concile qu'il avait convoqué à Clermont. Saint-Sernin était encore inachevé. « Et bien qu'en ladite année, dit Catel, dans son IIistoire des comtes de Toulouse, l'église de Saint-Sernin ait été consacrée par le pape Urbain, je crois néanmoins qu'elle n'était pas achevée de bâtir; car, outre que quel† années après sa consécration, le comte Raymond e Saint-Gilles donna Blagnac pour la bâtir, j'ai remarqué dans une chronique écrite à la main, qu'en l'an 1119 et le 16 juillet, le pape Caliste consacra un autel en ladite église. — L'an § et le dix-septième jour des calendes du mois d'août, notre Saint-Père le pape Caliste II, de concert avec Raymond de Rabastens, évêque, consacra dans l'église de Saint-Sernin un autel en l'honneur de saint Augustin; il plaça sur le même autel les reliques des saints apôtres Simon et Jude. « L'église de Saint-Sernin de Tolose, ajoute le même historien, a été commencée de bâtir par Silvius, évêque, de Tolose, et depuis démolie du temps de Pierre Roger, évêque de Tolose, et réédifiée par ledit Pierre Roger et saint IRaymond, chanoine de Saint-Sernin, aidés par les bienfaits de Guillaume, comte de Poitiers et de Tolose : elle fut consacrée par le pape Urbain II; et depuis encore y fut consacré, par Calixte II, l'autel de SaintAugustin. Il reste encore à savoir s'il est vrai ce que l'on dit (1) et qu'on tient pour assuré, que l'église SaintSernin a été bâtie sur un lac et fondée sur pilotis. Il me souvient que, durant mon jeune âge, il yavait une porte à un coin du cloître par laquelle on disait que l'on descendait, et que par § pouvait voir le lac. A quoi se pourrait rapporter un ancien privilége accordé auxGoths par Charles-le-Chauve étant dans Tolose, dans le mo

(1) Catel , Histoire des Comtes de Toulouse, page 179. MosAïQUE DU MInI. — 5° Année,

nastère Saint-Sernin sur la rivière. J'ajouterai encore, qu'il y a une maison, laquelle est au devant ou bien près de la porte de Saint-Sernin, qui répond à l'hôpital Saint-Jacques, assez ancienne, y ayant deux ou trois voûtes, l'une sur l'autre, dans une grande tour, laquelle maison dépend de Saint-Sernin, et de laquelle il est dit dans les anciennes reconnaissances, qu'elle est située dans le port de Saint-Sermin. Seulement qu'il semble vrai que l'église de Saint-Sernin soit fondée sur un lac ou sur le bord de la rivière. Toutefois, il faut avouer qu'il n'y a aucune marque pour témoigner qu'elle soit bâtie sur un lac ; elle est d'ailleurs assez loin de la rivière, et, selon toutes les apparences, la Garonne n'a jamais passé si près de ladite église. Quant à ce qu'on dit , qu'on voyait entrer de l'eau par la porte qui était dans le cloître de Saint-Sernin, je m'en suis informé, il y a vingt ans, avec les plus anciens chanoines de Saint-Sernin, et tous m'ont dit que par cette porte on ne trouvait qu'un puits, qui avait été creusé dans cet endroit pour la commodité des maçons qui bâtissaient l'église. D'ailleurs, il est certain que le lieu de SaintSernin est fort haut, que le terrain est assez aride, seulement que nous ne pouvons reconnaître qu'il y ait jamais eu un lac. L'église est bâtie de telle façon, que nous y voyons des caves et des chapelles souterraines que les anciens ont appelées cripta ou martyria, où l'on mettait les reliques des martyrs comme elles y reposent encore aujourd'hui. Seulement qu'il eût fallu qu'ils eussent enterré les reliques des martys dans un lac, et il n'y a aucune apparence qu'ils eussent voulu se mettre en cette grande dépense, attendu qu'ils pouvaient choisir le lieu qui leur plairait, puisque c'était hors la ville et en la liberté de la campagne. L'acte de la fondation ou commencement du bâtiment fait par Sylvius, n'eut pas oublié de mettre que les fondemens reposaient sur un lac. » Ainsi parlait le judicieux Catel, l'historien des comtes de Toulouse, dont la domination si féconde en gloire, en beaux faits d'armes, fut une époque debonheur pour les peuples des provinces méridionales. Si je suivais ma première impulsion, je citerais mot pour mot le récit à la fois si naïf, si clair et si profond du premier chroniqueur qui sut débarrasser nos belles annales des poétiques mensonges des écrivains du moyen âge ; mais je ne veux pas remplir les colonnes de la Mosaique du Midi de citations hérissées de latin et de gaulois ; les dissertations archéologiques sont trop froides, trop inanimées, pour trouver place dans un recueil spécialement consacré aux épisodes de l'histoire de nos belles provinces. On me pardonnerad'avoir transcrit quelques lignes d'un des premiers historiens de Toulouse; je n'avais d'autre intention que de détruire une erreur d'autant plus invétérée, qu'elle devient de jour en jour plus populaire, et je ne sais pas s'il est permis de réfuter les vieilles croyances de nos pères; par le temps qui court, la poésie devient si rare, l'enthousiasme s'éteint si vîte, que ce serait mal à moi de détacher une fleur de la brillante guirlande tressée par les générations qui nous ont précédés. D'ailleurs la basilique Saint-Sernin rappelle tant de glorieux souvenirs, qu'on doit la regarder comme l'arche sainte du pays Toulousain. Sous ces voûtes se sont accomplis les principaux actes de la nationalité méridionale, et on ne doit pas s'étonner que le peuple environne ce saint monument d'une vénération presque superstitieuse. Qui ne sait que l'origine de toutes les grandes choses se perd au milieu des ténèbres mystérieuses du merveilleux. Laissons donc au peuple les traditions du passé, et gardonsnous d'effacer nos poétiques légendes du grand livre de notre histoire languedocienne; ne détruisons pas le prestige : on ne cueille plus les roses quand elles ont perdu leurs parfums. # Bons habitans de l'antique cité de Toulouse, croyez, si vous le voulez, que votre basilique Saint-Sernin repose sur les fanges d'un lac; il n'en est pas moins vrai que votre église monumentale est consacrée par les reliques des saints martyrs, et que les siècles ont laissé sur ses murailles l'empreinte de la gloire de vos pères. J'ai hâte de fermer mes vieux volumes; et, l'esprit exalté par de brillans souvenirs, j'arrive aux siècles poétiques de notre histoire méridionale. Jetons-nous au milieu des grands événemens qui précédèrent la première croisade; nous sommes à une époque de régénération. L'Europe occidentale, après avoir long-temps sommeillé dans l'inaction, va se réveiller, et les puissans seigneurs prendront le glaive pour marcher à la délivrance du tombeau du Christ. La dévotion d'aller à Jérusalem et dans la TerreSainte, le saint Sépulcre et les autres lieux sanctifiés par la vie, la passion et la mort de Jésus-Christ, était en usage depuis long-temps, lorsqu'un ermite, nommé Pierre, qui entreprit ce pélerinage vers la fin du xr° siècle, fut touché de voir les saints lieux au pouvoir des Mahométans, et les chrétiens du pays gémir sous la tyrannie des infidèles; il résolut aussitôt de travailler de toutes ses forces à les en délivrer ; dans ce dessein, ilalla trouver Siméon, patriarche de Jérusalem, et dans une conférence qu'ils eurent ensemble, ils projetèrent d'engager les chrétiens d'Occident dans cette entreprise. Ce patriarche écrivit sur ce sujet au pape et aux princes de l'Europe diverses lettres, que l'ermite rendit à son retour. Urbain II reçut en 1094, celle qui lui était adressée, et il se détermina d'autant plus volontiers à solliciter cette expédition (1), qu'Alexis Commène, empereur de Constantinople, le pressait de lui procurer du secours contre les infidèles qui fesaient tous les jours de nouveaux progrès dans son empire. Le pape résolut donc de venir en France, et d'y prendre, dans un concile de, justes mesures pour l'exécution de ce projet, tandis que Pierre l'ermite parcourait différentes cours, et tâchait d'engager les princes à prendre les armes. » Ce saint apôtre, l'imagination exaltée par tout ce

(1) IIistoire de languedoc, tom. II, p. 286 - 287. '

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qu il avait vu dans son pélerinage à la Terre-Sainte, allait de ville en ville , le bâton à la main, la ceinture aux reins; comme les premiers disciples du Christ, il prêchait devant les grands de la terre et le menu

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« Partez, s'écriait-il, partez, nobles chevaliers ; n'entendez-vous pas un cri de détresse qui retentit au fond de l'Orient? Les infidèles oppriment vos frères; le tombeau du Christ est profané; Jérusalem, la cité sainte, est dans l'esclavage, comme au temps des rois de Babylone. Le peuple s'attroupait autour de Pierre l'ermite, et bientôt l'enthousiasme devint général dans toute l'étendue du royaume de France; chacun promit avec serment de marcher à la conquête des saints lieux, et les chevaliers trouvèrent dans cette expédition avantureuse une occasion d'acquérir de la gloire et des pardons. Le souverain pontife, instruit du succès qu'avaient obtenu ses prédications, passa les Alpes au mois de juillet 1095, arriva au commencement du mois d'août suivant à Valence, sur le Rhône, se rendit au Puy, où il célébra la fête de l'Assomption, et parcourut la province en attendant le jour marqué pour l'ouverture du concile de Clermont. Les plus puissans seigneurs de la Langue-d'Oc s'y trouvèrent réunis. Le comte de Toulouse, que de pressantes affaires retenaient en Provence, ne put y assister. Mais avant que la croisade fut publiée, il envoya des ambassadeurs pour annoncer aux pères du concile qu'il avait pris la croix, et que tous ses vassaux étaient prêts à partir pour la Terre-Sainte. « Raymond de Saint-Gilles, notre seigneur, dirent les ambassadeurs, est prêt à faire part de ses richesses à ceux qui n'ont pas de bien, et il ne refusera ni son secours ni son conseil à ceux qui voudront s'engager dans cette sainte expédition. » Urbain II, avant de congédier les pères du concile de Clermont, chargea les évêques de prêcher la croisade aux peuples de leurs diocèses. On ne saurait comprendre, dit Baldric dans son Histoire de Jérusalem, combien grand fut le nombre de ceux qui sacrifièrent leur repos et leur vie à la délivrance des lieux saints. L'empressement fut tel, que plusieursdames voulurent suivre leurs maris dans cette expédition. Elvire, comtesse de Toulouse, fut de ce nombre. ll y eut même plusieurs religieuses qui, par une dévotion malentendue, quittèrent leurs cloîtres et s'exposèrent à tous les dangers d'un si long voyage. Le souverain pontife, après le concile de Clermont, qui finit le 28 novembre 1695, résolut de parcourir les provinces voisines pour ranimer encore par sa présence i'enthousiasme des nouveaux soldats du Christ. De toutes les villes du Midi, Toulouse était alors la plus importante, et par le nombre de ses habitans, et par l'influence qu'elle exerçait sur les pays de la Langue-d'Oc. Urbain il n'eut pas plutôt visité les diocèses du Limousin, du Poitou et de la Guienne, qu'il partit de Bordeaux vers la fin d'avril, et se mit en marche vers la capitale des Raymond. Le sixième jour du mois de mai 1096, plusieurs chevaliers et hommes d'église arrivèrent à Toulouse et se rendirent au Château Narbonnais où Raymond de Saint-Gilles tenait alors sa cour. Seigneur, dit Raimbaud, comte d'Orange, demain

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notre saint père le pape Urbain II arrivera dans votre bonne ville de Toulouse. — Béni soit celui qui vient au nom du seigneur, pondit Raymond. Il trouvera ici l'élite des seigneurs de la Langue-d'Oc qui attendent impatiamment le jour du départ pour la Terre-Sainte. — Quels sont les noms des nobles paladins qui se sont enrolés dans la milice de Jésus-Christ? dit Isarn, évêque de Toulouse. Raymond de Saint-Gilles se tourna vers un jeune homme revêtu d'une robe de clerc, et qui tenait entre ses mains des parchemins armoiriés. — Raymond des Agiles, mon chapelain, lui dit-il, lisez les noms de nos bons vassaux qui ont prêté serment de suivre notre bannière. Le chapelain déroule le large vélin et lut à haute voix : — Ont juré de suivre en Palestine Raymond de Saint-Gilles leur souverain, nobles et puissans seigneurs, Isarn, eomte de Die; Raymond de Pelet; Guillaume, comte de Forêts; Guillaume, comte de Clermont, fils du noble Robert, comte d'Auvergne; Gérard, fils de Guillaubert, comte de Roussillon ; Gaston, vicomte de Béarn, et Centulle son fils; Guillaume Amanjen d'Albret; Raymond I, vicomte de Turenne, Raymond, vicomte de Castillon.... — Assez , assez, s'écria l'évêque Isarn ; je vois maintenant que la voix du souverain pontife a trouvé des échos dans nos provinces méridionnales. Demain, lorsqu'il entrera dans la ville de Toulouse, je lui dirai : Très saint père, la bannière de Raymond de Saint-Gilles flottera bientôt sur les murailles de Jérusalem. — Oui, mon père, s'écria Raymond qui ne pouvait plus maîtriser l'élan de son enthousiasme : je jure par les plaies du Christ de mourir à la peine, si je ne puis chasser les infidèles de Jérusalem. Les chevaliers qui s'étaient rangés autour de Raymond pour entendre les paroles de Guillaume d'Orange, messager du souverain pontife, prêtèrent tous le même serment, et passèrent la nuit à deviser sur la glorieuse expédition qu'on allait entreprendre. Le lendemain, Raymond de Castelnau, viguier de la ville de Toulouse, le vicomte Adémar, à la tête des principaux seigneurs du pays toulousain, l'évêque Isarno suivi des hauts dignitaires de son église, se dirigèrent

vers la porte d'Arnaud-Bernard pour recevoir le souve- !

rain pontife qui venait de Bordeaux.Vers le milieu du jour, on entendit de grands cris, et on vit une multitude innombrable qui se prosternait pour recevoir la bénédiction du vicaire de Jésus-Christ. Urbain II fut harangué à la porte par l'évêque de Toulouse qui le conduisit à la cathédrale, où on chanta des hymnes d'allégresse pour remercier le ciel de ce que le saint-père avait daigné visiter le capitale de la Langue-d'Oc. Raymond de Saint-Gilles le reçut dans son palais avec de grandes démonstrations de respect et de joie; pendant toute la nuit, le souverain pontife et le comte s'entretinrent sur la croisade, et se communiquèrent les nouvelles qu'ils avaient reçues d'Orient. Urbain II, touché de l'enthousiasme de Raymond de Saint-Gilles, lui promit de consacrer, avant son départ, l'église Saint-Sernin qui n'était pas encore terminée.

Trois jours suffirent à peine pour les préparatifs de cette auguste cérémonie à laquelle Raymond de SaintGilles invita ses vassaux. Le vingt-troisième jour du mois de mai 1196, le saint-père était de retour de l'abbaye de Moissac où il avait passé quelques jours. Le lendemain il fit publier par les consuls de la ville de Toulouse qu'à dix heures du matin, commencerait la cérémonie de la consécration de la basilique Saint-Sernin. Bien grande fut la multitude de chevaliers et de nobles dames, de bourgeois et de menu peuple. Les habitans des villes voisines étaient accourus pour recevoir la bénédiction du souverain pontife et vénérer les reliques de Saint-Saturnin. Aujourd'hui les cérémonies religieuses n'ont pas encore perdu toute leur magnificence, tout leur prestige céleste, et les grandes fêtes du culte catholique sont encore les plus belles de nos solennités. Mais au xII° siècle, lorsque la foi était dans la fleur de la jeunesse, la consécration d'une basilique était un événement que les habitans d'une ville consignaient dans leurs annales. La diversité de costumes, les robes moirées des cardinaux et des évêques, les chasubles des prêtres, l'armure étincelante des hauts-barons et des chevaliers, les robes fleur de lysées des grandes dames, en un mot, tous les signes distinctifs qui établissaient une barrière entre les diverses classes de la société, contribuaient puissamment à donner aux fêtes de la religion une variété que nous chercherions en vain de nos jours. Aussi la consécration de la basilique Saint-Sernin par Urbain II fut environnée de toute la pompe du catholicisme. De grand matin le foule encombrait la rue du Taur, et le souverain pontife eut beaucoup de peine à se faire jour à travers la multitude qui se jetait à ses pieds, et baisait les pans de sa robe. Il consacra solennellement l'église de Saint-Sernin nouvellement rebattie; il fut assisté dans cette cérémonie par les archevêques ou évêques, entre autres Bernard, archevêque de Tolède, et Gautier, évêque d'Albi. On avait élevé depuis peu de temps un autel et une chapelle en l'honneur du premier apôtre de Toulouse. Urbain II consacra lui-même cet autel, et y mit une partie de la tête du saint martyr. Raymond de Saint-Gilles, présent à cette cérémonie, déclara publiquement qu'à l'avenir l'église de Saint-Sernin serait entièrement libre, et par un acte authentique, il renonca au droit qu'il avait sur une partie de la cire qu'on y offrait, avec recommandation expresse à ses successeurs de ne jamais exiger ce tribut. « Dans le nouveau bâtiment de l'église, disent les religieux de Saint-Maur (1), on laissa le corps de saint Sernin dans le même tombeau de marbre ou saint Exupère, évêque de Toulouse, l'avait inhumé au commencement du v° siècle, lorsqu'il le transfera de l'oratoire du Taur dans l'ancienne église dédiée sous son invocation, et qu'il avait fait achever. Ce corps demeura ainsi sous terre, dans le chevet de l'église, devant le chœur des chanoines, avec plusieurs autres corps saints jusqu'en 1258; alors on le transféra avec le tombeau où il était renfermé, dans une chapelle voûtée et isolée qu'on avait fait construire en forme de mausolée der

(1) Histoire générale de Languedoc.

RAYMOND DE SAINT-GILLES ET SES BARONS.

rière le grand autel, sur un plan hexagone. On mit le tombeau au milieu de la chapelle, et on en tira, en 1284, les sacrés ossemens du saint, pour les enfermer dans une châsse d'argent qu'on plaça au-dessus (1). On montait à ce mausolée par deux degrés de chaque côté des collatéraux qui étaient autour du chœur. Les six côtés étaient fermés en dehors par une grille de fer et avaient chacun une toise de longueur. La châsse représentait en reliefl'extérieur et le clocher de l'église SaintSernin. II.

RAYMOND DE SAINT-GILLES SET ES BARONS.

Urbain II ne séjourna pas long-temps à Toulouse après la consécration de l'église Saint-Sernin; sa présence était nécessaire pour ranimer le courage des chevaliers languedociens, et les exciter à marcher à la conquête de la cité sainte sous la bannière de Raymond de Saint-Gilles. Le 11 juin, le souverain pontise était à Carcassonne , où il officia solennellement le

(1) Voir dans la Mosaïque du Midi, 1o année, page 5 : le tombcau de Saint-Sernin.

lendemain dans la cathédrale, et bénit les matériaux qu'on avait rassemblés pour la construction commencée depuis long-temps. Pendant qu'Urbain continuait ainsi sa route dans la province, Raymond de Saint-Gilles sa préparait à son voyage en Orient par divers actes de piété et de religion. Peu de temps avant son départ, est-il dit dans les actes de l'ordre de Saint-Benoît, le noble comte se rendit en pélerinage à l'abbaye de la Chaise-Dieu, en Auvergne, pour implorer le secours de saint Robert, son protecteur. La dévotion singulière qu'il avait envers ce saint le porta à demander la tasse dont il s'était servi pendant sa vie; après l'avoir obtenue, il la porta toujours sur lui, ainsi que plusieurs autres reliques qu'il conservait dans la chapelle. Raymond de Saint-Gilles alla ensuite au pays; et, s'étant prosterné devant la statue de la Vierge, il déclara en présence de tout le clergé que, pour réparer les torts qu'il avait faits à l'abbaye de Saint-Gilles, il donnait à l'église du Puy plusieurs villages voisins, à condition qu'on célébrerait tous les ans la fête de saint Robert, et qu'on ferait brûler continuellement dans l'église du Puy un cierge devant l'image de la Vierge,

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