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lui consièrent la chaire de rhétorique dans leur collége de Narbonne. Sous le beau ciel du midi qui l'avait vu naître, il fit le premier essai du beau talent qui devait le porter plus tard aux plus hautes dignités de l église. A la mort de Claude de Rébé, archevêque de Narbonne, Fléchier fut chargé de prononcer l'oraison funèbre du prélat. Ce genre d'éloquence connu depuis long-temps, n'avait encore rien produit de remarquable ; la tâche était d'autant plus difficile pour le jeune professeur, que la vie obscure d'un archevêque n'était pas un sujet propre à exalter l'imagination. Cependant, confiant en lui-même, peut-être par obéissance, il se mit à l'œuvre; dix jours lui suffirent pour composer et apprendre son oraison funèbre , et de nombreux ecclésiastiques réunis dans la cathédrale de Narbonne prédirent à l orateur de plus brillans succès dans la carrière où il venait d'entrer : le succès fut complet, et les oratoriens n'eurent qu'à se féliciter de la nouvelle acquisition qui donnait de si belles espérances pour la gloire de leur ordre. Fléchier resta membre de la congrégation de la doctrine chrétienne tant que son oncle vécut; il devait au vieillard cette marque de reconnaissance. Mais à la mort du père Audiffret, poussé à bout par les exigences du supérieur général qui voulait assujettir ses confrères à des règlemens plus rigoureux, il quitta définitivement la congrégation et se rendit à Paris. Dans le xvII° siècle, tout prêtre, tout militaire qui n'était pas né de famille noble éprouvait es plus grandes difficultés pour parvenir, quel que fût d ailleurs son mérite personnel. Si Fléchier, en partant pour la capitale, eût emporté quelques vieux parche1nins, de vains titres, nul doute qu'on se serait empressé d'accueillir le jeune orateur qui jouissait déja d'une brillante renommée dans la province de Languedoc; mais il avait pour père un modeste artisan : quelle barrière à franchir avant d'arriver jusqu'à la cour! Néanmoins Fléchier ne se laissa pas rebuter par les obstacles. Déterminé à lutter avec force et courage, sans protecteur, sans fortune, il s'estima très heureux d'obtenir l'emploi de cathéchiste dans une paroisse de Paris. Les études qu'il avait faites sous la direction du père Audiffret son oncle, le mettaient à même de remplir dignement ces modestes fonctions; en effet, de nombreux auditeurs se pressèrent bientôt autour de sa chaire. Mais les occupations ne suffirent pas à l'ardente imagination, à l'infatigable activité de Fléchier. Un penchant irrésistible l'entraînait vers les belleslettres, et, dans ses momens de loisir, il composait des pièces de vers latins qui obtinrent un succès de circonstance. C'était l'époque où la jeunesse licencieuse de Louis XIV courait de plaisirs en plaisirs, de fêtes en fêtes; pour charmer les ennuis du grand roi, les artistes, les courtisans, les hommes d'état, mettaient leur esprit à la torture. En 1662, fut célébré le fameux carrousel, dans lequel Louis XIV parut devant toute sa cour dans l'appareil d'une magnificence toute royale Les beaux esprits s'évertuêrent à chanter ces ré. jouissances chevaleresques. Fléchier, déja connu comme poète latin, composa une description du fameux carrousel, et devint presque en même temps précepteur de Louis-Urbain Lefèvre de Caumartin, qui fut nommé quelques années après intendant des finances et con

seiller d'état. Fléchier, en entrant dans cette maison, fit un grand pas vers l'avenir; il ne lui manquait qu'un théâtre, et l'hôtel de M. de Caumartin était alors le rendez-vous de plusieurs grands seigneurs. Le père de son élève nommé par le roi pour la tenue des grands jours, en Auvergne, emmena le précepteur, qui ne tarda pas à se faire remarquer par son amabilité, son esprit et sa douceur. De retour à Paris, M. de Caumartin le présenta aux membres du cercle de l'hôtel Rambouillet. Fléchier, fier de se trouver au milieu des grands littérateurs de l'époque, eut l habileté de s'y faire des amis nombreux et puissans. Le duc de Montausier, dont le rigorisme sévère n'avait pu d'abord se faire aux manières trop flatteuses du jeune abbé, lui accorda plus tard sa confiance, et se déclara son protecteur. Cependant les plaisirs du monde, la fréquentation des beaux esprits, ne le détournaient pas de ses occupations ordinaires; il se livrait sans relâche aux travaux de la prédication : il ne songeait pas que les oraisons funèbres seraient un jour le plus beau fleuron de sa gloire. Une occasion des plus favorables pour commencer par un coup d'éclat se présenta fortuitement. La célebre Julie d'Angennes, pour laquelle les littérateurs avaient composé la guirlande de Julie, mourut en 1672. Fléchier était alors âgé de quarante ans ; il fut chargé de prononcer l'oraison funèbre de l'épouse de son bienfaiteur ; son génie et la reconnaissance ne lui firent point défaut dans cette circonstance solennelle, et le grave Montausier félicita sincèrement le panégyriste d'une femme qui lui avait été si chère. Le premier pas était fait, la carrière se trouvait ouverte : Fléchier sut la parcourir avec rapidité. En 1675, il prononça l'oraison funèbre de la duchesse d'Aiguillon, et les critiques les plus sévères ne purent s'empêcher de reconnaître en lui un rare talent pour embellir de tous les charmes de l'éloquence les sujets en apparence les plus stériles. Ce succès fit grand bruit dans Paris; de grands seigneurs ouvrirent leurs hôtels à l'abbé Fléchier, qui entra à l'Académie française quelques mois après avoir prononcé l'oraison funèbre de la duchesse d'Aiguillon. L'orateur succédait au savant Godeau, évêque de Vence : la séance fut des plus brillantes; l'Académie reçut le même jour Esprit Fléchier et Jean Racine. L'abbé parla le premier, obtint de grands applaudissemens, et l'emporta sur l'immortel auteur d'Andromaque, dont le discours fut à peine écouté. Fléchier débita ses périodes brillantes et sonores avec la grâce et l'aisance d'un prédicateur habitué à parler en public, et Racine parla avec la timidité d'un homme habitué au silence du cabinet. De l'académie à la cour, il n'y avait qu'un pas ; Fléchier le franchit sans nul obstacle , et le fils d'un marchand de chandelles du comtat Vénaissain se vit fêté par les grands du siècle; il répondit un jour à un orgueilleux prélat qui lui reprochait sa basse extraction : « A votre manière de penser, Monseigneur, je crains que si vous étiez né ce que je suis, vous n'eussiez toute votre vie vendu des chandelles. » L'estime des notabilités littéraires le consolèrent de ces affronts, qui ne se renouvelèrent pas souvent, parce que les médisans avaient à craindre la verve caustique, les heureuses réparties de l'abbé Fléchier.

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Un funeste événement qui plongea la France dans le deuil, fournit à l orateur une grande occasion pour poser enfin la pierre angulaire de sa célébrité. Le bruit du canon qui venait de tuer le maréchal de Turenne retentit jusqu'au fond du palais de Versailles; les restes inanimés du grand homme furent déposés dans le caveau royal de Saint-Denys, et Fléchier reçut ordre de travailler à l'oraison funèbre du moderne Duguesclin.

Ce discours, dit M. Durosoir, fut prononcé à Paris dans l'église Saint-Eustache le 10 janvier 1676. Là, Fléchier s'éleva pour la première fois à toute la hauteur de la parole évangélique, et pour la première fois il put étre mis en parallèle avec Bossuet. L'exorde de cette oraison est un des morceaux les plus sublimes qui aient été écrits en notre langue; il a surtout l avantage de convenir au sujet, et d y entrer de la manière la plus heureuse. Quelle grande idée, en effet, de présenter sous le nom d'un héros de l'écriture-sainte, le tableau allégorique et fidèle du héros de ce discours, à le faire reconnaître avant de l'avoir nommé, dans chacun des traits de cette peinture. Mais pour mieux faire voir quel puissant effet produisit cet exorde sur ceux qui l'entendirent , il faut se rappeler les souvenirs et les allusions qui frappaient les auditeurs. Cet homme, qui donnait à des rois ligués contre lui des déplaisirs mortels, fesait souvenir de

ce mot du roi d'Espagne : « M. de Turenne m'a fait passer de bien mauvaises nuits; cet homme que Dieu arait mis autour d'Israèl comme un mur d'airain, n'était-ce pas celui qui tout récemment avait calmé les alarmes de la France en dissipant, avec 20,000 hommes, 60,000 impériaux qui inondaient les frontières de l'Alsace, et menaçaient d'envahir nos provinces ? Tous les autres traits de conformité ne sont pas moins frappans. Qu'importe, que Fléchier ait emprunté cette belle similitude au prédicateur l'Ingendes, fougueux ligueur qui prononça l'oraison funèbre du duc de Savoie ? Les critiques qui, comme Laharpe, lui ont reproché cet emprunt, ignoraient sans doute que Fromentières évêque d'Aire, avait déja imité ce beau parallèle dans l'oraison funèbre du duc de Beaufort, qui fut tué au siège de Candie. Le reste de l éloge de Turenne se soutient à cette hauteur; on n'y remarque rien de cette afféterie qui, dans les éloges de madame de Montausier et de madame d'Aiguillon, rappelle le fou de l'hôtel de Rambouillet.

Fléchier avait déja reçu de Louis XIV les récompenses que ce fier monarque allouait aux hommes de talent. ll obtint d'abord l'abbaye de saint Severin dans le diocèse de Poitiers, puis il fut nommé aumônier de la Dauphine et évêque de Lavaur en 1685.

« Je vous ai fait un peu attendre, M. l'abbé Fléchier, lui dit Louis XlV, une place que vous méritiez depuis long-temps; mais je ne voulais pas me priver sitôt du plaisir de vous entendre.

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Deux ans plus tard, Fléchier fut transféré de l'évêché de Lavaur à celui de Nîmes. On eut beaucoup de peine à vaincre sa répugnance. « Sire, écrivait-il à Louis XlV, laissez-moi achever l'ouvrage que j'ai commencé, en entretenant et en augmentant les bonnes dispositions où je vois les nouveaux convertis de mon diocèse. Cédant enfin à de pressantes sollicitations, il accepta l'évêché de Nîmes, dans l'espoir qu'il parviendrait à convertir les hérétiques de son nouveau diocèse. Les brillans témoignages de la faveur royale, lui suscitèrent des envieux ; le maréchal de la Feuillade, le rencontra un jour à Versailles et lui dit avec sa fatuité de courtisan : « — Avouez, M. Fléchier, que votre père serait bien étonné de vous voir ce que vous êtes... » —- Peut-être moins qu'il ne vous semble, répondit ce prélat; car ce n'est pas le fils de mon père, c'est moi qu'on a fait évêque ». « Naturellement porté à la douceur et à la modestie, M. Fléchier, dit d'Alembert, dans un éloge académique de ce prélat, répondait avec hardiesse et fermeté aux grands seigneurs de la cour. La modestie est comme la vraie bravoure qui n'outrage personne, mais qui sait repousser les outrages. » Les vertus épiscopales de l'évêque de Nîmes se déployèrent avec une ardeur, un zèle, digne des temps de la primitive église. La révocation de l'édit de Nantes porta la désolation dans plusieurs provinces méridionnales, dont les populations appartenaient en grande partie à la religion réformée. Poursuivis, mutilés, par le fer de la persécution, les protestans portèrent le fanatisme jusqu'à l'exaltation la plus dangereuse, et il était bien difficile de faire entendre les dogmes du catholicisme à ces hommes aigris par les dragonnades. Fléchier pouvait seul venir à bout de cette tâche, et sa modération lui gagna en peu de temps de nombreux prosélytes. Ses mandemens , ses lettres pastorales , ajoute un des biographes de Fléchier, sont empreints de la sensibilité, de l'indulgence , qui dirigeaient le rertueux prélat dans la conduite de ce malheureux diocèse. Dans ses écrits, on ne retrouve plus cette élégance compassée, qu'on a reprochée aux autres productions de l'auteur. C'est un père qui parle avec tendresse à des enfans égarés, qui les exhorte sans les aigrir. Sa conduite à leur égard est bien méritoire; car il vivait dans un siècle où la tolérance était condamnée comme de la tiédeur, et presque comme une hérésie. ll avait même la conviction comme presque tous les catholiques d'alors, que l'instruction n'était pas toujours le seul moyen de vaincre l'hérésie, et qu'on pouvait employer des motifs de crainte pour ramener les protestans au sein de l'église. » Cependant, dit le philosophe d'Alembert, il ne se permettait d'essayer de tels moyens que dans les cas ou le succès était assuré ; où les motifs de cruauté devaient servir de prétexte à la conversion des prosélytes déjà persuadés, et où l'autorité pouvait venir esficacement au secours de la grâce. § caractère plein de douceur, cédait pour ainsi dire, le moins de terrain possible à son zèle pour l extirpation du calvinisme. » Il existait une grande ressemblance entre l'évêque de Nîmes et l'immortel Fénélon. Comme l'archevêque

de Cambrai, Fléchier avait compris que la mission

d'un prélat devait s'accomplir par la persuasion et non par la persécution. Aussi pendant que les malheureux habitans des Cevennes expiaient leurs erreurs sous le sabre des dragons de Louis XIV, la population de Nîmes avait beaucoup moins à souffrir sous la protection de son évêque. Les protestans du Languedoc bénissent encore la mémoire du prélat qui se montrait si pénétré du véritable esprit de l'évangile, qui s'opposait aux mesures coercitives de l'intendant Basville, qui voulait la conversion et non la mort de ses diocésains; il parvint même à exercer une si grande influence sur le féroce intendant, qu'il s'écria dans une discussion : « — M. Fléchier, vous m'avez fait changer du blanc au noir. »-Dites, du noir au blanc, répondit le spirituel évêque. » Ses grandes occupations ne l'empêchaient pas de s'assurer par lui-même des moindres détails de l'administration de scn diocèse. Il visitait les couvens et les maisons religieuses pour se convaincre si les statuts étaient bien observés. Dans une de ces visites pastorales, il apprit qu'une infortunée religieuse avait été condamnée à passer le reste de ses jours dans une espèce de tombeau en punition d'une faute grave : il demanda les clés de la prison; s'entretint long-temps avec la jeune récluse et lui pardonna, après avoir sévêrement blâmé la sévérité de l'abbesse. Cette aventure vraie ou supposée, a fourni au poète Chevrier le sujet de sa belle tragédie intitulée : Fénélon ou la religieuse de Cambrai. On se souvient encore du terrible hiver de 1709, qui réduisit à la mendicité la plus grande partie de nos populations méridionales. Le diocèse de Nîmes fut le théâtre où le fléau exerça ses plus cruels ravages. Fléchier , dans cette malheureuse circonstance, fit revivre l'inépuisable charité des pasteurs de la primitive église; il distribua des sommes immenses ; les catholiques et les protestans eurent indistinctement part à ses bienfaits; pour subvenir à la disette publique, il refusa d'employer à la construction d'une église, une somme considérable qui fut consacrée à des aumônes. « Quels cantiques valent les bénédictions du pauvre ? répondit-il à ceux qui blâmaient son excessive charité... Sommes-nous évêque pour rien ? Les lettres étaient le seul délassement qu'il se permit au milieu de ces occupations épiscopales. Il devint le protecteur de l'académie de Nîmes, et obtint de l'académie française qu'elle voulût bien s'associer cette modeste sœur de la province. Cette cérémonie si extraordinaire dans les fastes de la littérature française , fut célébrée le 30 octobre 1692. Fléchier, déja courbé sous le poids de ses travaux et de la vieillesse, redoublait de zele pour consolider sur des bases solides l'heureuse impulsion qu'il avait donnée à l'administration si irituelle et temporelle de son diocèse. La mort le surprit avant qu'il eût terminé cette œuvre si digne d'un prélat dont la gloire littéraire fut rehaussée par l'éclat des vertus sacerdotales. sprit Fléchier mourut à Montpellier le 16 février 1720, âgé de 78 ans. Nos littérateurs ont jugé si diversement le panégyriste de Turenne, qu'il serait trop long de chercher à former un faisceau de leurs opinions presque toujours diamétralement opposées. Cependant tous se sont accordés à reconnaître dans Fléchier un rare talent pour la construction de la phrase et l'arrangement des mots; la langue française lui doit beaucoup sous ce rapport : avant lui, les formes du langage n avaient ni cette régularité ni cette douceur, ni cette harmonie qu'il sut leur imprimer; il est sans contredit le premier de nos rhéteurs, et c'est avec raison qu'on la surnommé l'Isocrate français : il a les défauts et les qualités de l'orateur athénien : il abuse de l antithèse, il joue sur les mots. « L'amour de la politesse, dit le père La Rue, l'a» vait saisi dès ses premières études; il ne sortait rien » de sa plume, de sa bouche, même en conversation » qui ne fût travaillé. Ses lettres et ses moindres bil» lets avaient du nombre et de l'art. Il s'était fait une » habitude, presque une nécessité de composer toutes » ses paroles et de les lier en cadence. » En un mot Fléchier était né pour perfectionner les

petites choses, plutôt que pour la création des gran

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des; chez lui, il y avait plus d'art que de génie ; beaucoup de grâce et de souplesse, peu d énergie; quand il montait en chaire, il ne savait pas oublier que la tribune évangélique différait essentiellement des salons parfumés de l'hôtel Rambouillet. Néanmoins, l'évêque de Nîmes occupera toujours une première place parmi nos orateurs sacrés : émule de Bossuet, il se trouva deux fois en concurrence avec l'aigle de Meaux : il succomba dans la lutte, mais il combattit honorablement, et composa des sermons que Laharpe met au-dessus de ceux de son immortel rival. Le nom de Fléchier est une de nos belles gloires méridionales, et il est à regretter que la ville de Nîmes n'ait pas élevé un monument à son évêque. L'exemble des habitans de Meaux et de Cambrai, sera-t-il imité plus tard? nous le désirons; la statue de Fléchier serait un juste tribut payé par la reconnaissance à celui qui protégea Nîmes contre les dragonnades, et fit long-temps rejaillir sur sa ville épiscopale l'éclat de sa gloire littéraire.

Charles CoMPAN.

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Le connétable Bertrand Duguesclin venait d'assurer la couronne de Castille au célebre Henri de Transtamare Le front encore ceint des lauriers qu'il avait cueillis dans de glorieux combats, il se hâta de retourner en France pour défendre sa patrie contre les Anglais. Les insulaires se croyaient invincibles denuis la funeste bataille de Poitiers, où ils avaient lait le roi Jean prisonnier. Au connétable Duguesclin était réservée la gloire d'enlever une à une nos provinces à l'oppression des étrangers ; se fiant à sa bonne fortune qui ne l'avait pas encore trahi une seule fois, le héros, sauveur de la France, réunit l'élite de ses braves aux pieds des Pyrénées.

— Mes cousins et amis, leur dit-il, la noble fleurde-lys brille d'un éclat immortel par delà les monts ; les preux de France ont brisé comme verre les longues piques des soudards de Pierre-le-Cruel : nous pourrions rentrer dans nos manoirs, enseignes déployées, au son des fifres et des trompettes, parce que nous revenons d'Espagne avec bonne renommée; mais nous devons auparavant parachever ce que nous avons si glorieusement commencé, avec l'aide de la bonne Vierge et de monseigneur saint Denys, patron du royaume de France. Les Anglais occupent encore plusieurs de nos

provinces : repcussons-les jusque dans leur île; et

puis nous irons à Pâques-Fleuries, raconter nos exploits à notre bien-aimé sire Charles, cinquième de nom. L'élite de la noblesse de France qui voyait dans le fier connétable un héros suscité par le ciel pour sauver la patrie, répondit à ses nobles paroles par de bruyantes acclamations. On partit le jour même ; Duguesclin traversa le pays de la Langue-d'Oc pour ne pas tomber entre les mains des bandes d'Angleterre qui tenaient le Bordelais sous leur domination. Le nom du connétable vola de bouche en bouche ; gentilshommes et manans accoururent de toutes les provinces pour grossir l'armée destinée à combattre les étrangers. Victorieux dans plusieurs combats, les Anglais ne purent tenir tête au puissa:,: génie de l auxiliaire de Henri Transtamare ; Duguesclin se précipita dans le Maine et l'Anjou, chassa devant lui les troupes Anglaises et prit de sa main leur général Grandson. ll poussa ses conquêtes jusqu'aux confins du Poitou et de la Saintonge. Dans tous ces combats qu'on regarderait aujourd'hui comme des escarmouches et qui décidaient alors du succès d'une campagne, les Français triomphèrent presque sans coup férir. Une terreur panique s'était emparée des soldats étrangers ; la garnison de Bressuire opposa seule quelque résistance aux armes victorieuses du connétable.

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