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J'ai pu pénétrer pour la première fois, en 1804 , dans le vaste cloître de Saint-Etienne. J'étais bien jeune encore, mais le sentiment que jéprouvai est encore présent à ma pensée. Des colonnes et des arcs abattus jonchaient la terre et se mêlaient à de tristes restes arrachés à des sépulcres entr'ouverts. Les images de la destruction et de la mort se multipliaient devant moi, et je n'eus pas d'abord assez de résolution pour esquisser l'étrange spectacle qui s'offrait à mes regards attristés.

L'aspect de ces vastes ruines était à la fois mélancolique et majestueux ; les toitures n'existaient plus, des fleurs brillaient sur les chapiteaux mutilés, ainsi que sur les arcs à plem-ceintre, ornés d'oves, de perles et de symboles religieux; leurs teintes variées contrastaient avec les teintes sombres imprimées par le temps sur les feuilles monumentales de l'achante et

(1) On lisait sur ce monument : Ecce Saturninus quem miserat ordo latinus, Cùm docet Antonium , non timet exitium. (2) Ces différentes sculptures ont été rétablies en leur état primitif dans l'une des galeries du Musée de Toulouse, d'après les dessins de l'auteur de ce Mémoire. MosAiQUE DU MIDI. — 5° Année.

sur les saintes images. Des excavations, pratiquées en 1794 dans les quatre galeries, en avaient ébranlé les élégantes colonnades. On avait alors troublé la paix des tombeaux, pour y rechercher les cercueils en plomb que l'on y croyait déposés, et que le génie révolutionnaire voulait transformer en projectiles meurtriers. A l'heure même où je parcourais cette enceinte désolée, on enlevait les terres voisines de la surface. Soumises à une opération chimique, on allait en retirer le salpêtre qui devait lancer la mort dans les rangs ennemis. Et les ossemens? oh! jamais l'atroce oubli de ce que l'homme vivant doit à l'homme qui n'est plus, n'a autant affligé mon cœur; et néanmoins j'ai vu, pendant trente années, briser les sépulcres et disperser au loin les derniers restes des générations éteintes. Tout le sol du préau qui, autrefois, reçut aussi d'innombrables sépultures, était couvert d'ossemens. Ils formaient des monticules; et, semblables à je ne sais quels fossoyeurs introduits dans l'une des compositions de Shakespeare, les ouvriers employés aux fouilles des galeries, chantaient d'horribles refrains, en jetant des crânes desséchés sur ces autres débris, que pendant huit siècles la religion avait confiés à la terre consaCTCe. Une longue suite de tableaux, curieux pour l'histoire de l'art , étaient peints sur les murs et environnés de larges cadres en pierre ou en briques. La plu† représentaient des scènes tirées des livres saints. ci c'était le Sauveur trahi par l'un de ses apôtres, qu'environnait dans le Jardin des oliviers une troupe de guerriers dont les armures rappelaient celles des chevaliers du quinzième siècle. Plus loin Jésus-Christ terminait son douloureux sacrifice : sa mère et le disciple bien-aimé étaient au pied de la croix; au loin on voyait le mont de Sion, les tours et les palais de la cité déicide; le soleil se voilait, et les témoins du supplice du juste revenaient vers leurs demeures, en frappant leurs poitrines et en disant comme le Centenier : « En vérité, celui-là était le fils de Dieu (1). » Sur le mur, au-dessus duquel s'élève la Bibliothèque du Clergé, on remarquait surtout deux vastes tableaux. Le premier avait déja beaucoup souffert ; il représentait un choc de cavalerie ; les combattans portaient aussi les armes en usage au 15° siècle : les enseignes de l'un des deux partis étaient blanches et chargées d'un aigle noir surmonté d'une croix d'or. Sur les étendards de couleur de pourpre de l'autre parti, était peinte une louve. Une rivière traversait le champ de bataille, un pont joignait les deux rives; mais ce pont s'écroulait sous les pieds des fuyards. Au loin, sur des montagnes, était une ville. ll n'était pas difficile de reconnaître dans ce tableau le combat de Constantin contre Maxence. L'aigle surmonté de la croix, qui était apparue au premier empereur chrétien environnée des mots : In hoc signo vinces, indiquait parfaitement l'armée du fils de Constance Chlore; la louve , dessinée sur les autres drapeaux, annonçait celle de Maxence. Le fleuve qui traversait le champ de bataille était le Tibre; le pont brisé sous les pieds des vaincus,

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était le pont Milvius, et la ville dont les tours et les temples paraissaient à l'horizon, était Rome. ll y avait du grandiose dans cette composition : les têtes étaient peintes avec soin, les détails d'un fini précieux (1). L'autre tableau, du même côté, avait encore plus souffert des mutilations modernes que des outrages du temps : des parties entières étaient effacées. On y voyait aussi des guerriers à cheval, et dans le lointain une ville dont l'enceinte était défendue par de hautes tours. De nombreuses épitaphes formaient une zône funèbre autour des murs du cloître. Les unes, et c'étaient en général les plus anciennes, étaient gravées sur de ,etites tablettes de marbre, et d'autres sur de simples l§ Celles qui appartenaient au 15°, 16° et 17° siècles avaient des cadres élégans; les dernières étaient, † toutes, inscrites sur de larges dalles de marl'e Il0lT. L'une de celles qui devait le plus exciter la curiosité était dédiée à la mémoire de Raymond Scriptor, prêtre et chanoine de la cathédrale de Toulouse. On disait qu'avant d'entrer dans l'ordre des frères prêcheurs, ii était connu sous le nom de Costiran, qu'il avait fait des vers en langue romane et que c'était à cause de ses écrits que dans la suite il fut nommé Scriptor. Etant allé à Avignonet, suivi de trois autres Inquisiteurs et de quelques particuliers, il fut assailli, dans le château du Comte, par le bailli du lieu, nommé Raymond d'Alfaro, qui l'égorgea, ainsi que ceux qui l'avaient accompagné. Ce meurtre fut commis en 1212. Le corps de Raymond Scriptor, porté à Toulouse avec ceux des autres martyrs, fut enseveli avec honneur. On mit Bernard, clerc de Raymond, dans le tombeau de celui-ci (2). Parmi les plus curieux monumens des ecclésiastiques qui avaient reçu la sépulture dans ce cloître, je pus distinguer l'épitaphe du chanoine Bernard, mort en 1117 (3), et le petit bas-relief inscrit d'Aymeric, chanoine, chancelier et maître de l'œuvre, ou Operarius de l'église de Toulouse, décédé le 14 des kalendes d'août 1282. Sur ce dernier marbre (4) on a représenté

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le Christ placé dans une gloire et tenant le globe du monde. A sa gauche est Aymeric, accompagné de son ange gardien ; à droite l'âme d'Aymeric, sous la forme d'un enfant, est offerte au Seigneur par le même ange ; dans la partie inférieure du monument, Aymeric est étendu dans l'attitude de la mort. Ce bas-relief est l'un des mieux conservés qui nous restent du xII.° siècle. Un tombeau en pierre, chargé d'une longue inscription, et qui renfermait les restes de Bertrand du Clusel, chanoine de St.-Etienne et prieur de Sauvimont, était placé près du petit monument d'Aymeric : il datait du 15° siècle, et le style emphatique de l'inscription indique à peu près la même époque où l'on donnait aussi, dans une épitaphe, le titre de Prince des poètes à l'évêque de Toulouse, Pierre du Moulin (1). Ici du Clusel est nommé Prince ou Monarque dans le droit civil et le droit canon (2). C'était alors une manière d'exprimer le vrai talent ou les grandes connaissances de ceux dont on voulait célébrer les louanges. On crut d'ailleurs ne pas avoir assez fait pour ce savant , et un cénotaphe lui fut élevé dans la chapelle de la Sainte Croix. L'inscription gravée sur le tombeau l'avait été aussi sur ce cénotaphe que l'on a caché, il y a environ deux années, sous de nouvelles constructions. Des mausolées recouverts de grandes figures en pierre apparaissaient encore çà et là. Dans la galerie de droite un chevalier, armé de toutes pièces, était couché sur un sépulcre en marbre des Pyrénées. Sur sa cotte d'armes était sculpté un écu de gueules, bordé d'azur à l'épée croisée d'or, en bande. C'était l'un de ces Villeneuve, si connus dès les temps les plus reculés du moyen-âge : preux chevaliers dans les guerres saintes, serviteurs dévoués des comtes de Toulouse , et dont la race, perpétuée jusqu'à nos jours , a dcnné tant de preuves de fidélité à la foi promise. Déja, en 1147, un Pons de Villeneuve était en même temps Sénéchal du souverain de Toulouse et Capitoul. Plus loin était une autre statue sépulcrale représentant Raymond de Puibusque, armé de toutes pièces. Il était sorti de cette ancienne famille qui subsiste honorablement encore, et qui est entrée 49 fois dans le Capitoulat. Comme les Villeneuve, les Roaix , les Isalguier, elle montra tout le cas que l'on faisait au moyen âge de la magistrature municipale, destinée à défendre les droits du peuple

(1) Le monument sur lequel cet évêque est représenté a été arraché par nos soins à la destruction , et est conservé dans le Musée : on y lit cette inscription :

Hoc quiescit tumulo urbis Tolosae dignissimus archiprasul Petrus de Molendino, nobilis genere, artium magister , utroque jure licentiatus.... ac Lingue Occitanae Regis vice cancellarius et Poétarum monarcha , qui , anno Doinini CCCC. LI. Dominus in X P O ( Christo) tertia octobris beato fine quievit.

(2) Voici l'inscription de Bertrand du Clusel :

Clauditur astricto. Doctor Bertrandus in antro.
Salvimonte prior.Sedis canonicus hujus,
Religione sacer. Cluselli clara propago.
Cujus fama viget scriptis. Legum ille monarcha,
Canonis et sacri. Sed pape auditor et annis
Bis denis fulsit. Studii decus ille legendo.
Canonis edocuit seriem preclara suorum
Nobilitas et fama manet celebranda per orbcm.

contre les invasions du pouvoir. La cotte daroos de Raymond de Puibusque était chargée d un écu, de gueules au lévrier passant, d'argent, accolé de sable. Sa lance avait été long-temps attachée à la muraille, derrière le tombeau : en 1705 elle n'y paraissait plus. Mais d'autres illustrations réclamaient aussi le respect et le culte des souvenirs dans ce cloître où les grandeurs de la terre recevaient la consécration de la religion et du temps. Du côté où l'on avait peint limage de Saint-Etienne, était l'épitaphe du savant commentateur de Vitruve, de ce Guillaume Philander qui, par ses profondes connaissances et ses écrits, a tant contribué à cette révolution artistique, qui nous a donné, par l'étude et l'imitation heureuse et libre des anciens , ie style gracieux que l'on remarque dans tous les monumens de la Renaissance. Protégé par George d'Armagnac, évêque de Rhodez, et depuis cardinal , il le suivit dans son ambassade à Venise. Il mourut à Toulouse en 1565. près de son Mécène, et le cardinal lui fit élever un monument que nous avons sauvé de.la destruction (1). Là étaient aussi l'historien de Henri II, l'ierre Paschal, mort dans nos murs la même année ou I'hilander cessa de vivre (2), et l historiographe de IIenri IV et de Louis XIII , Pierre Mathieu, qui avait, en 1621 , accompagné son prince au siége de Montauban (3). Un autre monument, placé dans le mur du côté de la bibliothèque, près de la porte du cloître et non loin

(1) Voici l'épitaphe placée sur ce monument :

Guillelmo Philandro Castilonaeo, civi Romano eximià ,
Eruditione, ac doctrinâ singulari. Virtute nobili. Scientià
Claro, pietate insigni. Religione non alicnâ. Morum
Suavitate facili. Animi candore conspicuo. Sensu et
Omnes probo.Antiquitatis et architectura peritiss
Famaeq. celebritate etiam exteris moto Quin in studiis
Litterarum multis annis consumptis. Dum antiquorum
Monumenta evolveret. Ac se anagnosten illust.
Card. Armeniaco praeberet. Tandem attritis virib.
Corporis leni suspirio vitam cfllavit. Georg.
Card. Armeniaco fideliss. anagnosta suà spe futurae
Resurrectionis hoc monumentuIn IIIœstiss. P. C.

Vix 1l Il Il0S LX.
Fato vero suo functus X. kl. Mar. An. Do. M. D. LXV.

(2 On lisait sur son tombeau :

Petro Paschalio rerum gestarum ab Henrico II Galliaruuu Rege Scriptori politissimo antiquae Virtutis, et Romanae eloquent. AEmulatori praestentiss amici M! œrcntes B. M. P. Vixit annos XLV. Obiit X1I1I l.l. Mar. An. Post Christum natum Mi. DLXV.

(3) L'épitaphe de Pierre Mathieu était placée entre les deux précédentes :

Hospites acque galli, atque externi
En vobis adest Petrus ille Mathaeus
IIistoriae Gallicae decus, scriptorum suavissimus,
Jurisconsultorum prudentiss, vir tanta pietate
Ac mentis integritate quanta vix concipi possit.
Qui res observandi studio Ludovici XII.
Castra secutus ad Montalbanam expeditionem
Pestifera febre extinstecus hic terreo deposito
Corpore ; immortalis transfert animum
Supra sidera ann. LVII. aet. id. oetob. M. DC. XX.
Jo. Baptista fil Inoestiss. P.

du tombeau de Raymond Scriptor, avait été élevé ptr les Toulousains au célèbre prédicateur Jean Albin de Seres, « auquel, après Dieu, est deuë, dit Catel (1), la conservation de la 1eligion catholicque dans Tolose , s'estant il tousiours opposé, par ses doctes et pieuses prédications, à l'effort de l hérésie qui commençoit pour lors à ietter son venin dans la ville. Sa réputation estoit si grande par toute la France, que j'ay ouy dire à feu M. Genebrard, lorsqu'il m instituoit aux bonnes lettres, durant ma jeunesse, dans sa maison à l'aris, que tant luy que messire Arnaud de Pontac, qui fust depuis evesque de Bazas, deux des grands hommes de leur siècle, ayant entendu la grande réputation de ce vénérable personnage, ils vindrent exprès en la ville de Tolose pour le voir, sans qu'ils y eussent autres affaires, et aduint qu'ils le treuuerent et virent mort. Tellement que s'en estant retournés à Paris, ils firent imprimer son tombeau tant en vers latins, grecs, que hébraïques.... Ledit feu sieur de Seres, avant que mourir, fist imprimer un livre en françois du Saint-Saerement contre les Luthériens et les Calvinistes, qui fust bien reçeu de tous les hommes doctes. ll donna aussi au public quelques épistres escrites à des dames pour les confirmer en la religion cathulicque, qui feurent si bien reçues dans Paris que j'ay ouy dire à Guillaume Chaudière, marchand-libraire, de Paris, qu ils les avoict faict imprimer huict diverses fois dans un an, ce qui ne lui estoit jamais arrivé en aucune autre sorte de livres. »

Ce fut dans une chapelle de ce cloître, nommée do sainte Magdelaine, ou de Catel de la Campane, bâtie

| par ses aïeux, que le savant historien dont je viens de

rapporter quelques lignes, fut enseveli en 1626. J'ai vu son épitaphe encore placée au-dessus de son tombeau ; mais en 1812, à mon retour d'au-delà des monts , jo ne trouvai plus que les ruines de ce sacellum. L'épi

taphe seule avait été portée au Musée où on la voit encore (2).

(1) Voici l'inscription gravée sur ce monument :

Joanni Albino de Sere nobiliss. Valsergorum familia
Orto viro integerrimo, pauperum , aegrorumque
Po:ri pientiss. canoni o et archidiacono ac ( cclesiastac
Tolosano sanctiss. qui Tolosanae cathcdrae turbulentis
Temporibus prœfectus hacreticorum errores facunda
Praedicatione scriptisque inmortalibus convincens,
Catholicos confirmans periclitantem Tectosagum Rempub.
Sartam tectum conservavit septies septeno vitae anno
Cum omnium bonorum mioerore, cunctorumq. ordinum
Luctu vivis ercpto pii Civcs suac hoc in illum
Pictatis ct observantiae monumentum P. C.
Obiit XIII. cal. septem. M. D. LXVI.

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(2) Guil. de Catell, senator. Virtute, eruditione justa cx Genere nobilis justus maluit esse quàm videri in Deum , side In regem. Obsequio in summos honore, bcnignitatc in infimos Pietate in patriam, charitate in suos , comitate in Extcros, dignus longiori vita indignior sempiterna, Occitaniae in qua lucem acceperat historia lucem dedit. Vixit ann. LXVI sine invidia, meritis cœlo quam atate Maturior, vivcre desiit nonis octobr Quibus et pater Longa de stirpe, senator X L. Ab hinc. annis tain mei memor Que fatum. Sic extinctum est luInen patriae lucet virTutis exemplum totaIn gentem capit unicus tumuLus in aversa muri parte sub fornicibus a dis abea opuLente dotatae. Ilic ille jacet in pace. Iloc monuIncntum posuere contra votam pio admodum Parenti, pia liliac, Jac. ct Marg, de Catel. Vale,

Aujourd'hui la place qu'occupait le vieux cloître de Saint-Etienne, rétrécie d'un côté par une nouvelle rue, envahie en partie par une construction moderne , a perdu tout son aspect monumental Pendant 800 années, une notable portion des habitans de Toulouse a été ensevelie dans cette enceinte. On y retrouvait encore, vers la fin du xvIII° siècle, les souvenirs de la fervente piété de nos pères, et une importante série de monumens de l'histoire et des arts. insensibles à tout ce qui fait palpiter les cœurs généreux , à tout ce qui entretient l'amour du vrai beau , à tout ce qui donne à l ame l'instinct de sa grandeur et les poétiques inspira1ions , de nouveaux barbares ont paru. Ils ont souillé le sanctuaire par leurs délirantes orgies; ils ont bu le : ang de ceux qu'ils égorgaient, dans les crânes arra hés par eux au repos de la tombe; ils ont brisé les saintes

LITTERATURE

images , abattu les arcs légers, les colonnes sveltes et élégantes, et effacé les moniteurs funéraires qui redisaient si bien le passé. Nous n'avons plus le droit d'accabler de nos mépris les fanatiques sectaires de l'lslam qui, pour défendre les Dardanelles, transformaient autrefois en projectiles les marbres sculptés de la Grèce antique. Ils ne faisaient disparaître du sol ou ils étaient campés, que les monumens d'un culte qu ils n'avaient point professé et d'une histoire qui n'était point celle de leurs pères. On a plus fait en France , et les rares sculptures que conservent encore nos musées ne sont que des témoins authentiques de ce que nous avons perdu, de ce qui a été mutilé sous nos yeux, de ce que nous n'avons pu arracher aux iconoclastes de notre âge. Chever Alexandre DU MÈGE.

MÉRIDIONALE.

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Le 10 juin 1632, année célèbre dans le midi de la France par la mort de Montmorency décapité à Toulouse, Fléchier, qu'on a surnommé depuis l'Isocrate français, naquit à Perney, petite ville du comtat Vénaissin. Sa famille, noble et distinguée, avait joué un grand rôle dans les guerres de Provence; mais le bis: ieul de l'orateur dont nous allons tracer succinctement la biographie, se mit à la tête des catholiques pendant les troubles cccasionés par les guerres de religion : il combattit long-temps avec succès contre les protestans. Les frais de la guerre absorbèrent sa fortune; il se ruina complètement, et ses enfans, de gentilshommes qu'ils étaient, se virent réduits à faire un petit commerce pour subsister. Le père de Fléchier, sinple artisan, fils d'un marchand de chandelles, ne put suffire long-temps aux frais d'éducation de son cher Esprit qui dans une simple école de village donnait déja les plus belles espérances. Heureusement, son beau-frère le père Hercule Audiffret, supérieur général de la doctrine chrétienne appela auprès de lui son neveu, et ne négligea rien pour développer les grandes dispositions du ieune Flécl ier. Il lui donna pour maître le célèbre rhéteur Richesource, homme de mérite, mais si présomptueux qu il se qualifiait : « Modérateur de l'académie des philosophes rhéteurs. )) Cet homme ridiculisé par ses contemporains, appelé par La Serre professeur de galimathias et de bus§esse de style, jouissait pourtant d'une grande réputation. « Son cours d'éloquence, dit un écrivain du temps,

durait trois mois, pendant lesquels il donnait chaque semaine trois leçons de deux heures chacune, à de nombreux auditeurs; il se faisait payer trois louis. Fléchier ne tarda pas à se faire distinguer parmi ses élèves, et il s'établit entre lui et le maître un commerce d'estime et d'amitié qui ne fut jamais interrompu. Le futur panégyriste du grand Turenne, composa en l'honneur de son professeur plusieurs petites pièces de vers; j'ai trouvé le madrigal suivant dans un recueil d'anecdotes.

» Cctte éloquence non pareille Que ton livre fait voir avec tant d'appareil, Donne aux prédicateurs un secret sans pareil,

De gagner les cœurs par l'oreille. »

Assurément, si le jeune Fléchier s'était bornéaux leçons du pédant Richesource, il n'aurait jamais conquis une place parmi les orateurs français. Doué des plus précieux dons de la nature, il se laissa bientôt guider par son propre instinct; l'éloquence de la chaire, n'avait encore rien produit, car on ne peut mettre au rang de nos célébres prédicateurs, les auteurs des anciens sermons dont l'éloquence burlesque porte la malhcureuse empreinte des siècles de barbarie. La route n'était pas encore frayée; Fléchier y entra le premier, il devança les Bossuet , les Bourdaloue et les Massillon.

Entré à l'âge de seize ans dans la congrégation de la doctrine chrétienne, Fléchier fut d'abord employé à l'enseignement. Le jeune professeur ne tarda pas à acquérir des droits à la confiance de ses supérieurs, qui

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