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lisant l'adresse : A mademoiselle Clorinde de Jonzac, à Cognac. — Quelle inspiration du ciel ! se dit-il à voix basse... M. Balzac enverra cette lettre à Clorinde.... Il se hâta de l'ouvrir, et d'une main rapide il écrivit au bas : « Ma bien-aimée Clorinde, je vous attendrai ven» dredi soir à la chapelle de Saint-Cybard. GoURvILLE. » Il referma la lettre, ouvrit un volume des lettres de Voiture, et fit semblant de lire en attendant le duc de Larochefoucauld. Balzac rentra le premier; le duc gesticulait en parlant : — M. Balzac, vous êtes donc inflexible.... vous ne voulez pas.... — J'attendrai, monseigneur; nous verrons plus tard. J'ai eu à me plaindre de Richelieu; je n'aime pas Mazarin; maisje ne puis inconsidérément vouer ma plume aux héros de la Fronde. — Que direz-vous, Balzac, lorsque le prince de Condé entrera dans la ville d'Angoulême, enseignes déployées ? — Je dirai que les Frondeurs sont plus courageux ou plus adroits que les royalistes. — Ah ! ah ! je vous comprends, ajouta Larochefoucauld avec un sourire ironique; vous faites comme le sage; vous crierez, s'il le faut : vive le roi / vive la ligue ! — Non, monseigneur ; mais j'attends ; je veux imiter Fabius, le vainqueur d'Annibal. Le duc de la Rochefoucauld répondit par une légère inclination, et sortit assez mécontent de son entrevue avec Balzac. La plume venait de triompher de l'épée.

III.

LE RoI ET LA REINE-MÈRE A ANGoULÊME.

Anne d'Autriche, effrayée des nouvelles qu'elle recevait chaque jour des royalistes de la province de Guienne, résolut de faire un voyage dans le midi de la France, espérant calmer la révolte par la présence de son fils. Elle partit accompagnée du duc d'Anjou et des principaux seigneurs. On connut bientôt à Angoulême l'itinéraire du roi, qui recommanda aux habitans de ne point faire de préparatifs pour le recevoir. Mais le maire Jean Guymard, dont l'attachement à la cause royale s'était changé en dévouement depuis qu'il avait assisté à l'assemblée des Frondeurs, fit pullier à son de trompe : — « Que pour recevoir dignement le roi de France » et la reine-mère, on décorerait la porte du Palet, » par laquelle il devait faire sa principale entrée. » Ses ordres furent fidèlement exécutés par la population d'Angoulême, qui détestait les frondeurs, parce qu'ils commençaient déjà à ravager les campagnes voisines. Au jour marqué, Jean Guymard, accompagné des échevins, se rendit à la porte du Palet. Le maire, un genou en terre, adressa au jeune monarque une longue harangue, et lui renoit les clés de la cité. Le roi les donna à sa mère, qui les rendit à Jean Guymard : — « Monsieur, lui dit-elle, le roi et moi vous re» mercions, et pour vous témoigner la confiance que » nous avons en votre fidélité, nous vous remettons vos

» clés, sachant bien qu'elles ne pourraient être en de » meilleures mains. Continuez comme vous avez com» mencé. » Le cortége royal fit ensuite son entrée solennelle dans la ville d'Angoulême, et Louis XlV logea chez M. de Villoutreys, dans cette même maison où, quelques jours auparavant, les frondeurs avaient tenu une assemblée. La reine Anne d'Autriche trouva dans son appartement une écharpe brodée aux armes de la princesse de Condé. — M. de Villoutreys est donc un frondeur, s'écria-telle, en regardant fièrement le vieux gentilhomme. — Un frondeur, madame ! — D'ou vient cette écharpe ? — Que cette écharpe ne vous allarme point, madame, répondit Jean Guymard présent à ce terrible interrogatoire : M. de Villoutreys qui ne connaît pas les perfides desseins de M. le duc de la Rochefoucauld, lui avait permis de réunir dans sa maison quelques gentilshommes de l'Angoumois... — Les frondeurs avaient choisi votre maison, M. de Villoutreys, pour y former des conspirations contre la puissance royale, s'écria Anne d'Autriche... —Si votre majesté doute de mon sincère dévouement.... —Non, M. de Villoutreys; mais je vous croyais assez expérimenté pour ne pas vous laisser tromper par les roués de la fronde. A ces mots, la reine témoigna par un geste le désir de rester seule, et passa le reste de la journée à s'entretenir avec son fils et le duc d'Anjou. Le lendemain, au point du jour, une foule innombrable se pressait autour de la maison de M. de Villoutreys; Anne d'Autriche en entendant les cris mille fois répétés de vive le roi, vive la reine, ne put cacher sa joie. —Nous pouvons compter sur le dévouement des habitans de notre bonne ville d'Angoulême, dit-elle à son fils; pour leur témoigner votre satisfaction royale, vous traverserez la ville à pied, en vous rendant à la cathédrale où vous devez entendre la messe (1). — Il sera fait comme vous dites, madame la reine, répondit Louis XIV. Une heure après, un cortége magnifique parcourait les rues d'Angoulême au son d'une musique guerrière. L'évêque Péricard officia devant le roi et la reine; depuis long-temps, on n'avait vu une cérémonie plus brillante, et la pompe de cette fête à la fois religieuse et chevaleresque porta, à son plus haut point l'enthousiasme des seigneurs et du peuple qui s'étaient rendus à Angoulême pour voir le jeune roi Louis XlV. Anne d'Autriche n'avait entrepris un si long voyage

(1) En l'année 570, eut lieu la dédicace de l'église cathédrale d'Angoulême : selon quelqucs chroniques, cette église avait été commencée par Clovis, et termince par un de ces enfans. Une vieille tradition dit que sur le même endroit était un temple consacré à Jupiter, qui changea de destination , quand saint Martial vint dans cette ville prêcher la foi chrétienne. Saint Anzorme la consacra à saint Saturnin ; et ce n'était probablement que les restes d'un temple païen , sur lesquels Clovis fit bâtir l'église dont il reste la façade. Suivant la chronique du moine de Saint Cybard, cette basilique fut mise sous l'invocation de saint Priou, par Germain , évêque de Paris, et par Grégoire de Tours.

( Etudes historiques sur l'Angoumois ; par M. Marvaud. ) que pour enlever au prince de Condé les partisans que le duc de la Rochefoucauld gagnait chaque jour à la Fronde. Pour venir plus sûrement à bout de son dessein, elle fit appeler les hommes influens de l'Angoumois et s'entretint long-temps avec eux. Balzac ne fut pas oublié. La reine-mêre connaissait trop bien la puissance intellectuelle d'un homme qui s'était vu recherché par Richelieu, par Mazarin et le prince de Condé ! Dans une de ses entrevues, Anne d'Autriche fit au littérateur les offres les plus brillantes pour qu'il devînt l'ennemi des frondeurs.

CATHÈDRALE DANGOULEME.

—Votre majesté fait trop de cas d'un pauvre littérateur qui depuis vingt ans s'est retiré du monde, répondit Balzac, presque vaincu par les instances de la reine.

—Demandez et vous obtiendrez; je n'exige qu'une seule chose de vous : luttez contre les frondeurs avec la plume, pendant que l'armée royale les combattra avec l'épée.

—Votre majesté ne sait pas que le duc de la Rochefoucauld m'a déja fait les mêmes offres.... —Le duc de la Rochefoucauld n'est que l'émissaire du prince de Condé, répondit fièrement Anne d'Autriche, et je suis reine de France. — Et il est bien difficile de résister à une reine, dit Balzac, en s'inclinant devant sa souveraine. Dès ce moment l'entretien devint si secret, que les courtisans ne purent entendre une seule parole : tout porte à croire que l'homme de lettres se laissa séduire par les promesses royales; quelques jours après, Girard, archidiacre d'Angoulême écrivit à Conrart que l'incorruptible Balzac avait déserté la fronde. Cette conquête n'était pas si importante qu'on le croyait : le voyage et les intrigues de la reine furent d'un faible résultat pour la province, et au commencement de l'année suivante, toute la noblesse de Guienne se trouva réunie sous la bannière du prince de Condé. — La Fronde est une fièvre intermittente, dit le duc d'Anjou en quittant Angoulême; les crises recommenceront bientôt. Le duc de la Rochefoucauld, les princes de Condé, de Conti, de Marcillac attendent impatiemment le départ du roi et de la reine pour agiter dans tous les châteaux de l'Angoumois, les torches de la guerre civile.

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IV. LA CHAPELLE DE SAINT-CYBARD.

L'évêque Péricard, dit l'auteur des Études histori# sur l'Angoumois, convertit en chapelle la grotte de aint-Cybard, que le peuple n'avait pas discontinué de visiter; puissante influence de la religion que l'homme ne renie jamais entièrement, et à laquelle il recourt dans le malheur ! Il agrandit cet asile de la pénitence et de la prière, fit tailler dans le rocher un autel, audessus duquel on voit un bas-relief, représentant le saint solitaire du moyen-âge, appuyé sur le bras gauche, les yeux fixés sur un Christ, et, derrière lui, un ange qui, du sein d'un nuage, prononce ces mots : Eparchi, hic mane ! Eparche, demeure ici ! Souvenir de cette voix de la conscience qui engagea le noble fugitif des grandeurs humaines à faire sa demeure sous ce rocher désert. Cette grotte, qu'on ne visite plus, où l'historien retrouve cependant les souvenirs d'un autre temps et des noms fameux dans l histoire, a été respectée par les révolutions dos hommes : l autel est intact, beau par sa simplicité, mais veuf des cérémonies du culte (1). Vers cette chapelle, alors visitée par de nombreux pélerins, un homme, caché sous les plis d'un large manteau, se dirigeait à pas précipités, par une des belles nuits du mois de Juillet. Gourville tremblait de ne pas arriver le premier au rendez-vous. —Clorinde est dejà dans la chapelle de Saint-Cybard, se disait-il; Clorinde m'attend ! Je vais donc être heureux une fois dans la vie. Une demi-heure après, il aperçut à quelques pas de lui la grotte vénérée. Arrivé sur le seuil, il s'arrêta saisi d'un trouble involontaire; il était sur le point de voir sa bien-aimée, de la presser dans ses bras. — Saint Cybard, s'écria-t-il en levant les yeux vers le ciel, pardonne si je viens profaner par un amour terrestre, cette grotte où tu vécus pendant un demisiècle dans les larmes et le repentir. ll franchit le seuil, et d'une voix que l'émotion rendait tremblante, il cria par trois fois :

— Clorinde !

On ne répondit pas.

— Elle n'est pas encore arrivée, se dit-il en s'asseyant à l'entrée de la grotte.... Mais elle viendra, j'en suis sûr, elle viendra bientôt.

Un bruit se sit entendre au même instant ; Gourville aperçut le levrier blanc du comte de Jonzac; il caressa le bel animal qui devançait sa jeune maîtresse ; Clorinde parut presque en même temps au détoUr de la grotte, et cria à son tour :

— Gourville ! Gourville !

(1) Etudes historiques sur l'Angoumois , par M. MarVaud , pag 3,0,

- Viens dans mes bras, répondit le jeune homme ; je t'attendais en priant. - Je n'ai pu venir plutôt répondit, Clorinde ; j'ai eu beaucoup de peine à me soustraire à la vigilance de mon père; mais je te revois; je ne doute plus de ton amour, je suis heureuse. - Oui, je t'aime, Clorinde, je t'aime plus que Ima VIe. - Mon père t'abhorre; il ne consentira jamais à notre union. — Qu'importe sa haine ! la fronde est à la veille de triompher, et le prince de Condé saura vaincre la répugnance du comte de Jonzac. - Mon Dieu ! mon Dieu ! dans quel abîme me suis-je précipitée, s'écria Clorinde. — Tais-toi, ma bien-aimée. Un prêtre gravissait en ce moment une des collines qui avoisinent la chapelle de Saint-Cybard; il passa devant Gourville et Clorinde sans les apercevoir, et entra dans la grotte pour prier. C'est le ciel qui envoie, ce prêtre, dit Gourville à voix basse ; si tu veux, dans quelques instans nous serons unis par des liens sacrés et indissolubles. Et sans attendre la réponse de Clorinde, il entra dans la chapelle; le prêtre, en entendant le bruit de ses pas, se leva saisi de frayeur. — Ne craignez rien, mon père, dit Gourville ; Je viens vous prier à deux genoux de ne pas vous refuser à faire le bonheur d'un homme et d'une femme. — Que voulez-vous de moi ? jeune homme.... — Vous êtes prêtre : cette chapelle est sainte et vénérée, le lieu est propice ; vous allez prononcer sur nous les paroles sacramentelles du mariage. — Qui êtes-vous ? Gourville. — Quel est le nom de votre fiancée ? — Clorinde de Jonzac. Non, non, jamais....... je ne puis préter à cette union, le secours de mon ministère. — Prêtre du Seigneur, n'hésitez pas, dit Gourville en grinçant des dents. Et, à la lueur d'une lampe qui brûlait aux pieds de la statue de saint Cybard, le prêtre vit une épée déguénée; il baissa la tête, et dit en poussant un profond soupir : Où est votre victime ? — Clorinde, s'écria Gourville, viens te prosterner devant la statue de saint Cybard ; l'homme de Dieu consent à nous unir. Le prêtre tint pendant quelques instans ses deux mains immobiles au-dessus de la tête du jeune homme et de la demoiselle : — Au nom du Christ je vous unis, s'écria-t-il d'une voix que le silence de la grotte rendait solennelle ; jeune homme, protège ton épouse, et toi jeune fille, que le Dieu qui féconda la vieillesse de Sara, te comble de bénédictions ! Il se prosterna de nouveau pour appeler la miséricorde du ciel sur les deux époux qu'il venait d'unir ; mais sa prière ne fut pas longue ; on entendit le son de plusieurs trompettes à un quart de lieue de la grotte. — Fuyons, s'écria Clorinde : c'est mon père ; dans l'excès de mon amour, j'ai oublié qu'il doit avoir un entretien avec le duc de la Rochefoucauld dans la chapelle de Saint-Cybard. — Sois sans crainte, ma bien-aimée, dit Gourville ; et vous, mon père, ajouta-t-il en entraînant le prêtre hors de la chapelle, éloignez-vous. — Où nous cacher ? s'écria Clorinde..... — Derrière l'autel, ma bien-aimée. Gourville éteignit la petite lampe qui brûlait encore aux pieds du saint, et la grotte rentra dans l'obscurité la plus profonde. Clorinde ne tarda pas à reconnaître au milieu du bruit, la voix du comte de Jonzac son père ; Gourville reconnut aussi le duc de la Rochefoucauld son maître. — Ne trembles pas, dit-il à voix basse à Clorinde ; ils ne pourront nous découvrir. — Que saint Cybard nous protège, fit la demoiselle. Les deux époux prétèrent une oreille attentive ; , mais ils n'entendirent plus que le piétinement des chevaux gardés par les écuyers du comte de Jonzac et du duc de Larochefoucauld ; une heure s'écoula sans qu'aucun incident vint alarmer la craintive Clorinde. — Nous sommes sauvés , ma bien-aimée, disait Gourville..... Au moment où il prononçait ces paroles, le comte et le duc entrèrent dans la grotte. - Qu'on allume une torche, s'écria le comte.... —Signez, lui dit la Rochefoucauld en lui présentant un parchemin scellé aux armes du prince de Condé. — Sur l'autel de saint Cybard, répondit le comte ; le traité n'en sera que plus inviolable. En se courbant vers la pierre sacrée, le lieutenant du roi aperçut un pan du manteau de Gourville. - On nous trahit, s'écria-t-il en reculant..... un homme est caché derrière l'autel de saint Cybard. — Nous n'avons rien à craindre, comte de Jonzac, répondit la Rochefoucauld; je reconnais Gourville; je ne le croyais pas dévot, et je parie qu'il n'est pas venu à Saint-Cybard pour prier.... mais si je ne me trompe, il n'est pas seul. — Non, monseigneur, s'écria Gourville, mais n'approchez pas; ne cherchez pas à découvrir ce terrible mystère qui doit décider du bonheur ou du malheur de ma vie. Grand Dieu ! c'est ma fille ! s'écria en même temps le comte de Jonzac..... Gourville, un affreux soupçon s'élève dans mon âme. — Tu es venu ici pour déshonorer Clorinde ! - Non, je suis venu pour l'épouser, et, devant Dieu, votre fille est mon épouse légitime. - Clorinde serait l'épouse du fils d'un paysan ! — M. le comte, répondit Gourville, quand on a du cœur on est plus que gentilhomme. — Je vais laver dans ton sang le déshonneur de ma fille. — Ne m'irritez pas, M. le comte, dit Gourville en détournant plusieurs fois l'épée du lieutenant du roi. Cette lutte eût duré long-temps, et se fût, sans doute, terminée par la mort de l'un des deux adver· saires ; mais le duc de la Rochefoucauld s'empara des bras du comte, et ordonna à quelques gentilshommes de sa suite d'emmener Gourville.

— C'est mal à vous ! s'écria le comte, quand il vit

que sa victime échappait à ses coups... Vous ne deviez pas soustraire à ma vengeance le plus lâche des raV1SS0{lI'S. — J'ai voulu vous épargner un crime, monsieur le cOmte. — Allez, monsieur le duc; il n'y a plus de traité possible entre nous. Et il déchira le parchemin qui était encore sur l'autel de Saint-Cybard. Clorinde ne prit aucune part à ce drame déchirant ; elle s'était évanouie dès l'instant où elle avait reconnu la voix de son père. Quand elle recouvra ses sens, elle se vit au milieu de plusieurs gentilshommes qui se dirigeaient vers Cognac au galop de leurs chevaux.

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Gourville, poussé par la vengeance, le duc de la Rochefoucauld pressé par les instances du prince de Condé, recommencèrent bientôt leurs courses pour gagner à la Fronde le reste de la noblesse de l'Angoumois ; ils y réussirent au-delà de leurs espérances, et, en moins d'un an, la Guienne fut en proie aux fureurs de la guerre civile. Le comte de Jonzac, ne pouvant plus résister en pleine campagne aux bandes de Condé, de Conti, de Marcillac, et autres chefs aussi heureux qu'intrépides, se retira dans la citadelle de Cognac, déterminé à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Chacun se mit à l'ouvrage avec une ardeur infatigable, et le 1" novembre 1651, les habitans et les gentilshommes se réunirent sur la place publique au nombre de huit cents hommes en état de porter les armes. - Habitans de Cognac, et vous gentilshommes , s'écria le maire Cyvadier, jurez-vous de mourir plutôt que de vous soumettre aux Frondeurs ? —Nous le jurons! s'écrièrent les habitans.Viveleroi ! Le comte de Jonzac entra le lendemain dans Cognac; il s'attendait à prendre le commandement de la place ; mais les royalistes se méfiaient du lieutenant du roi en Saintonge, et confièrent le commandement au sieur de Fontenelles, qui le céda deux jours après au sieur de Bellesond, maréchal de camp, envoyé de Poitiers par Louis XlV. Les préparatifs de défense étaient à peine terminés, lorsqu'on apprit que le duc de la Rochefoucauld était logé au petit village de l'Eclopart, à une demi-lieue de Cognac. La journée du lendemain se passa en escarmouches; le duc de la Rochefoucauld, à la tête de deux cents chevaux, se contenta de reconnaître la place, et se retira avant la nuit, après avoir fait tirer douze volées de pièces de campagne sur quelques maisons voisines des remparts. Les Frondeurs comptaient encore sur les promesses que le comte de Jonzac avait faites au prince de Condé; mais ils ne tardèrent pas à se convaincre que les habitans de Cognac se défendraient jusqu'à la dernière extrémité. L'ordre de l'attaque fut changé; le duc de la Rochefoucauld se porta vers la porte Angoumoisine, et, pendant la nuit, les divers régimens prirent leurs positions. La ville sut attaquée sur tous les points, et pendant trois jours, le canon des Frondeurs ne cessa de battre les remparts. Le conseil de guerre, nommé par les habitans, voyant

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que les munitions commençaient à manquer, envoya un gentilhomme nommé de Châteauchenel, vers le comte d'Harcourt, général de l'armée royale, pour l'informer de l'état de la place. Le comte d'Harcourt se mit aussitôt en marche; mais il fut devancé par le prince de Condé, qui se hâta de visiter tous les postes, et résolut d'attaquer la place du côté de la tour de Lusignan. Les Frondeurs livrèrent plusieurs assauts terribles, et sans l'arrivée de l'armée royale, qui parut le lendemain sur la rive droite de la Charente, les habitans de Cognac n'auraient pu résister à l'armée des princes. Le comte d'Harcourt fit partir de Blénac, qui, 3lUl # de sa vie, parvint à entrer dans la place. e combat devint général et acharné. Les assiégés

firent une sortie, renversèrent les barricades, culbutèrent les Frondeurs, de concert avec les régimens du comte d'Harcourt, et rentrèrent triomphans dans la place, aux cris de vive le roi !

Le lendemain, le prince de Condé leva le siége, et se retira après avoir perdu une grande partie de son armée (1).

(1) A la droite de la porte Saint-Martin, on voit les ravages des boulets autourd'une embrasure par laquelle se défendaient les habitans. (Notes de M. Marvaud. )

« Les habitans de Cognac, dit M. Marvaud, pour perpétuer le souvenir de leur délivrance et de leur courage, décidèrent qu'on ferait tous les ans, le 15 novembre, une procession à laquelle assisteraient tous les corps de la ville. Pour les récompenser, le roi, qui était encore à Poitiers, accorda des titres de noblesse au maire Cyvadier, et à ceux qui lui succèderaient, et l'exemption de plusieurs autres. Le sieur de Fontenelles fut nommé immédiatement après pour remplir les fonctions de lieutenant du roi dans la ville et dans le château. Les Frondeurs avaient tiré contre la ville et sur divers points quatre cent sept coups de canon. Les traces des projectiles existent encore (1) :

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