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ne fut troublé que par les sanglots de la comtesse et la voix grave du moine qui prononça les paroles de l'absolution. Jeanne de Foix se leva calme est résignée. — Suivez-moi , cria en même temps le seigneur de Castelnau-Brétenous; c'est ici la chambre de la comtesse. — Ils arrivent, dit le moine ; préparez votre ame à comparaître devant Dieu. Castelnau, Macé de Guervadan et Olivier-le-Roux entrèrent, suivis d'un apothicaire de Toulouse, nommé Cabanelli. — Pierre de Valsi a dû vous faire connaître les ordres du roi, notre seigneur, dit Castelnau en s'approchant de la comtesse. — Vous voulez m'assassiner ! — Il faut que le dernier des Armagnacs, que vous portez dans votre sein, périsse ! Telle est la volonté de notre maître. — Que vous a fait mon enfant ? mon enfant qui n'a pas encore vu le jour! s'écria la comtesse d'une voix déchirante. — Il est du sang des Armagnacs ! et c'est un crime que Louis XI doit punir de mort. — Maître Cabanelli, avez-vous apporté le poison ? Tout sera fait selon votre bon plaisir, répondit l'apothicaire ; et je veux que tous les enfans de la rue Boulbone jettent de la boue à mon enseigne, sur laquelle j'ai fait peindre le grand Hippocrate, si la comtesse ne meurt pas à l'instant. Olivier-le-Roux posa une petite coupe d'or sur une table, et Cabanelli y versa le poison. — Grâce pour mon enfant ! s'écria la comtesse en se roulant aux genoux de ses bourreaux. — Il n'y a pas de grâce pour les ennemis du roi de France ! dit Olivier-le-Roux en présentant la coupe d'or à la comtesse qui la repoussa. — Mon Dieu, mon Dieu ! s'écria-t-elle, mourir

empoisonnée avant d'avoir donné le jour au dernier

héritier des Armagnacs !..... Tar les plaies du Sauveur, ayez pitié d une pauvre mère qui embrasse vos genoux l..... — Saisissez la veuve du comte d'Armagnac ? dit Castelnau de Brétenous. . Olivier-le-Roux et Macé de Guervadan étreignirent fortement les deux bras de la comtesse, et Castelnau, ne pouvant lui ouvrir la bouche, eut recours à la lame de son poignard pour lui desserrer les dents. — A vous maintenant, maître Cabanelli, s'écria-til en s'adressant à l'apothicaire. Faites-lui avaler le poison, et qu'il ne s'en perde pas une seule goutte. Quelques instans après, les quatre bourreaux, assis sur de vieux fauteuils, contemplaient leur malheureuse victime, qui se débattait contre les douleurs de la mort la plus cruelle. Le visage de la comtesse était verdâtre, ses yeux sanglans sortaient de leur orbite ; ses dents craquaient affreusement; tous ses nerfs étaient raides , et le cadavre se rapetissait à mesure que le poison brûlant le dévorait. Enfin, des soupirs étouffés sortirent de sa poitrine : c'était le râle de la mort.Toutà-coup la comtesse se leva par un dernier effort, les cheveux hérissés, comme pour maudire ses bourreaux ; mais elle retomba en poussant un cri douloureux. Pars, ame chrétienne ! dit Pierre de Valsi, qui n'avait cessé de prier. Et la comtesse expira (1).

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vanne. Nous aurons bon logis, bonne table, bon feu, et de plus, la plus gentille batelière qui ait jamais vendu du vin de Bordeaux de Nantes à Quimper.

A ces mots, le hardi cavalier ralentit le pas de son coursier et s'arrêta quelques instans après.

— Henriette ! s'écria-t-il, en frappant à coups redoublés à une petite porte.

On ne répondit pas, et les compagnons du sire de La Renaudie commençaient à douter de la sincérité de leur chef, lorsqu'à la lueur de la lune, ils aperçurent une enseigne ornée d'un dauphin, et ces mots écrits à l'entour : HOTELLERIE DU DAUPIIIN DE FRANCE.

— Henriette, répéta le sire de La Renaudie, au nom du bon Dieu ou du diable, ouvrez-nous la porte !

— ll est minuit passé, messeigneurs, répondit une voix de jeune fille.

— Minuit passé, Henriette, et le sire de La Renaudie n'a pas encore soupé.

Un quart d'heure après, les chevaux des cinq voyageurs étaient dans l'écurie de l'hôtellerie du dauphin de France, et les gentilshommes, assis en cercle autour d'une table ronde, dévoraient les restes d'un souper réchauffé. Le vin de Bordeaux remplissait les tasses d'étain , et la jeune Henriette échangeait quelques paroles avec La Renaudie qu'elle connaissait depuis trois 8lIlS.

— Maintenant, mes cousins, s'écria le gentilhomme périgourdin, nous n'avons plus faim, ni soif.

— Ventre plein vaut autant que joie et richesses, répliqua Mazères; j'ai soupé comme le cuisinier du cardinal de Lorraine ; mais je n'ai pas fermé l'œil depuis mon départ de Paris; aussi me permettrezvous de réciter le sonnet de Clément Marot qui commense par ce vers :

Quel doux sommeil clot ma paupière.

— Laisse les sonnets et les ballades d'amour aux courtisans du duc de Guise , s'écria La Renaudie. Ne sais-tu pas quelque chanson huguenote ?

Une, sire de La Renaudie, et si bien faite, que maître Clément Marot, s'il vivait encore, ne la désavouerait pas.

— Chante donc, car on m'a dit que tu as la voix aussi douce que celle d'un gondolier de Venise.

- Cela n'est pas étonnant, ajouta Castelnau. On m'a dit qu'une sorcière a nourri, pendant trois ans, Mazères avec des œufs de rossignol. - Mazères ne fit que rire de la plaisanterie de Castelnau; il se leva subitement, s'appuya sur son arquebuse et chanta d'une voix forte :

Mes amis, si j'étais papiste,
J'irais à Rome dès demain,
Suborner le sénat romain,
Faire du pape un calviniste.
Vivent Coligni, Châtillon ,
Les défenseurs des hérétiques ;
Ils préparent aux catholiques
Longues vêpres en carrillon.
Si j'attrape
Prêtre ou pape,
Qu'à l'instant,
Chacun torde
Une corde
Au patient.

A la fière maison de Guise Déclarons une guerre à mort ; Mes amis, purgeons l'église D'hypocrites chamarrés d'or. Chassons les princes de Lorraine, Ils veulent régner dans Paris ; Sauvons le roi, sauvons la reine, Sauvons Valois et le pays.

Si j'attrape

Prêtre ou pape,

Qu'à l'instant,

Chacun torde

Une corde

Au patient.

Fier des bruyans applaudissemens de ses convives, Mazères reprit sa place sous le manteau de la cheminée ; La Renaudie le serra affectueusement dans ses bras : — Bien, très bien, Mazères, s'écria-t-il; si Calvin était ici, il te choisirait pour son successeur. Maintenant, messeigneurs, ajouta-t-il en déroulant mystérieusement plusieurs feuilles de papier, si vous ne dormez pas, je vais vous lire quelques pamphlets composés contre les Guises par un des beaux esprits de la basoche. — Commencez, commencez, s'écrièrent les gentilshommes. La Renaudie s'approcha de la table et lut : « Bons habitans de Paris, vous êtes couards ou » manchots, puisque vous supportez la tyrannique do» mination des Guises. Chassez ces ambitieux qui se » disent issus du noble sang de Charlemagne, et n'as» pirent à rien moins, qu'à usurper le trône de France; » qu'ils reviennent dans leur Lorraine , boire leur » bierre et manger leur lard fumé; que le cardinal, » enfermé dans une cage de fer, soit envoyé au pape » qui le fera pendre si bon lui semble. » La Renaudie tourna quelques feuillets et lut à haute voix : « Discours pour prouver comme quoi madame la » reine est une hypocrite et l'ame damnée des princes » de Lorraine. » Catherine, cette louve que tous les diables de » l'enfer nous ont envoyée de Florence, n'a pas versé une larme à la mort d'Henri ll, notre sire et son époux. Elle a violé la coutume suivant laquelle les reines de France, advenant le décès de leurs maris, ne départent de la chambre de quatre jours, et ne voient clarté de soleil , ni de lune que leurs maris ne soient enterrés. Elle a suivi le jeune roi au Louvre, où les Guises retiennent François Il prisonnier; elle a confié au duc le soin de ce qui regarde la milice; au cardinal de Lorraine la charge des affaires civiles, et s'est réservé la surintendance générale du gouvernement. Monseigneur le connétable de Montmorency a été mal accueilli à Saint-Germain; repoussé par les courtisans, il s'est écrié : • » — Quant à ce qu'il plait à votre majesté me retenir de son conseil, je la supplie aussi m'en excuser, d'autant que deux choses ne me le peuvent permettre : l'une, d'être soumis à ceux auxquels j'ai toujours commandé; l'autre, qu'étant plein de jours et quasi radotant, ce dit-on, mon conseil lui pourrait de peu ou rien servir. » — C'est une lâcheté! s'écria Castelnau ; jeter ainsi en disgrace le plus noble et le plus pauvre des sires du sang. — Nous nous vengerons l dit Mazères... —C'est pour cela que nous allons à Nantes, répliqua le sire de La Renaudie. Le fier gentilhomme avait à peine prononcé ces dernières paroles, lorsque la porte s'entr'ouvrit subitement. — Qui vient interrompre la conversation de cinq gentilshommes, s'écria La Renaudie ? — C'est Jean le palfrenier. — Q'uy a-t-il donc ?

— Ne m'avez-vous pas dit de seller vos chevaux au point du jour ?

— Bien, bien, Jean, répondit La Renaudie.... En selle, mes cousins, ajouta-t-il en se tournant vers ses compagnons de voyage, il est temps de partir; c'est demain que les états-généraux doivent s'assembler dans la bonne ville de Nantes, vous ne voudriez pas arriver les derniers.

— Non, non...

—Venez donc, et ne perdez pas la langue en chemin.

II. AssEMBLÉE DEs ÉTATs-GÉNÉRAUx A NANTEs. 1560.

La Renaudie investi de pleins pouvoirs par le prince de Condé, qui n'avait pas osé se mettre ouvertement à la tête de la conspiration contre les Guises, mais qui était reconnu par tous les conjurés sous le nom de capitaine muet, réunit les principaux chefs dès le lendemain de son arrivée à Nantes. Ils hésitaient encore à lever l'étendard de la révolte, et pourtant d'immenses ramifications leur assuraient déja la victoire. La Renaudie, homme de génie, d'audace, de courage, doué de toutes les qualités qui caractérisent un chef de parti, triompha bientôt de leur hésitation par les emportemens de sa fougueuse éloquence. — Vous voulez donc courber lâchement la tête sous le joug que les princes de Lorraine imposent à la France ! vous reculez au moment de renverser ces fiers usurpateurs qui monteront sur le trône pour y faire asseoir avec eux l'abominable tribunal de l'Inquisition. — Nous ne craignons pas les Guises, répondit Castelnau; mais nous pensons qu'il est prudent de ne pas se jeter tête baissée au milieu des périls d'une guerre désastreuse; les princes de Lorrraine sont si puissans ! — Oui, les princes de Lorraine sont puissans, s'écria la Renaudie; ils n'ont qu'à franchir un degré de plus pour arriver au trône. Mais nous sommes plus puissans que les loups-cerviers de la Lorraine. Tous les protestans de France, et même les catholiques qui détestent leur tyrannie, se réuniront à nous; tout semble nous promettre un succès complet et assuré. La conjuration a déja fait de rapides progrès dans les provinces; elle compte de nombreux partisans dans la capitale. — Qui sera notre chef? s'écria un vieil huguenot, membre du tiers-état... —Vous le connaîtrez plus tard, répondit La Renaudie. Qu'il vous suffise maintenant de savoir que le capitaine muet, dont je suis le lieutenant, est un des princes du sang. — Nous jurons de lui obéir, s'écrièrent tous les membres des états présens à l'assemblée. — Que le ciel punisse les traîtres, dit La Renaudie. Demain, dans la grande assemblée, je vous ferai connaître des projets qui doivent nous mettre à l'abri de la tyrannie des Guises et des bûchers de l'Inquisition. « Le lendemain, 1" février 1560, se tint secrètement, dans la ville de Nantes, une assemblée des principaux conjurés, la plupart nobles, plusieurs bourgeois venus de toutes les provinces de France, et prétendant représenter les états-généraux par extréme nécessité. On MosAiQUE DU MIDI. — 5° Année.

protesta de n'attenter aucune chose contre la majesté du roi, princes du sang, ni état légitime du royaume ; puis on lut les avis des docteurs en droit et en théologie, et certaines informations qui avaient été prises contre les Guises, afin de donner une apparence plus légale à tout ce qui se tramait. Les Guises furent accusés de tendre non seulement à l'extermination de ceux de la religion, mais à la ruine de la noblesse et à la destruction de la maison royale. Tous les assistans prétèrent serment à La Renaudie, comme lieutenant du capitaine muet, et reçurent son propre serment, après quoi, il déclara le chef duquel il avait charge et montra ses pouvoirs. Le plan d'exécution fut aussitôt arrêté. On convint qu'avant toutes choses, un grand nombre de personnes, non suspectes et sans armes de guerre, se rendraient à Blois, où était la cour, comme pour présenter au roi une requête en faveur de la liberté de conscience; que cinq cents gentilshommes à cheval, et mille soldats à pied, bien armés et équipés, paraîtraient subitement le 10 mars aux portes de Blois, qui leur seraient ouvertes par les premiers arrivés; que le capitaine muet se déclarerait alors; qu'on s'emparerait des personnes du duc de Guise et du cardinal de Lorraine, « afin de les faire punir par justice; que les deux Guises » pris, s'il y avait résistance, on fournirait des gens et » argent, en sorte que force demeurerait au chef, jus» qu'à ce qu'il eût fait établir un gouvernement légi» time (1). » La Renaudie, transporté de joie en entendant les cris d'enthousiasme de tous les membres de l'assemblée, s'écria : — Messeigneurs et messieurs, que notre cri de raliement soit désormais : vive le roi / mort aux Guises ! — Vive le roil mort aux Guises ! s'écrièrent tous les assistans. Le jour même, La Renaudie partit pour annoncer au capltaine muet le résultat de l'assemblée de Nantes.

III.

PÉTRONILLE LA FOLLE.

« De Nantes, La Renaudie alla trouver le capitaine » muet; ensuite il vint à Paris pour acheminer plus » aisément les affaires. Il y rencontra plusieurs des » conjurés qui n'attendaient que le signal pour prendre » les armes contre les Guises : il les convoqua en as» semblée dans une petite maison de la rue Saint-Jac» ques-la-Boucherie. — Février finit, intrépides défenseurs de la liberté de conscience, leur dit-il , et plus heureux que le Christ, le capitaine muet n'a pas encore reconnu un seul traître parmi ses soldats. — Vous logez dans la maison d'un perfide, répliqua un gentilhomme de la Touraine : méfiez-vous de l'avocat d'Avenelle, et quittez le faubourg SaintGermain. — D Avenelle est dévoué comme nous aux nouvelles croyances, répondit La Renaudie, et je ne me méfie pas plus de mon hôte que de Calvin lui-même, le sublime docteur des églises réformées.

(1) Henry Martia, Histoire de France, tome xI. 17

— Que Dieu nous préserve de Guise et de la langue des méchans ! ajouta Mazères qui n'avait pas quitté La Renaudie depuis son départ de Nantes. Le lieutenant du capitaine muet pour mettre fin à cette discussion qui pouvait devenir très violente, raconta aux conjurés les nouveaux projets du chef de la conspiration ; l'assemblée se sépara sans avoir pris aucune détermination, et La Renaudie, après avoir vidé quelques pots de vin de Surène avec ses compagnons, se dirigea vers le foubourg Saint-Germain. Il était à quelques pas de la maison de l'avocat d'Avenelle lorsqu'il se vit accosté par une jeune fille vêtue en bohémienne. — Arrière, sille de Bohême ! cria La Renaudie. — Arrière, Monseigneur !... Prétendez-vous donc me repousser comme une fille de truand ? — Ramasse ce carolus, dit La Renaudie en jetant la pièce de monnaie, et cours payer un festin de noces aux godelureaux de la cour des miracles. — Où allez-vous, Seigneur ? Chez l'avocat d'Avenelle. — Votre hôte vous vendra aux princes de Lorraine. — D'Avenelle est mon ami. — Judas lscariote ne vendit-il pas le Christ, son maître, pour la somme de trente deniers ? — Arrière, Bohémienne! dit La Renaudie impatienté, et cours à Jérusalem chercher un Judas Iscariote. En même tems, il souleva le lourd marteau d'une porte basse à l'extrémité du faubourg Saint-Germain. — Soyez le bien venu, seigneur de La Renaudie, dit d'Avenelle qui sempressa d'ouvrir au lieutenant du capitaine muet. — Ventre affamé n'a point d'oreilles, répondit La Renaudie; soupons d'abord , et puis nous parlerons d'affaires ; j'ai d'importantes nouvelles à vous communiquer. La table était mise auprès d'un bon feu ; d'Avenelle n'avait rien épargné pour régaler son hôte ; pendant tout le temps que dura le repas, l'avocat et La Renaudie n'échangèrent pas une parole : sur un geste d'Avenelle, on ferma la porte; les deux commensaux se rapprochèrent du foyer et s'entretinrent à voix basse jusqu'à minuit. - Le beffroi de Saint-Germain vient de frapper onze coups, dit d'Avenelle. - Vous avez envie de dormir ici comme à l'audience, répliqua La Renaudie : au revoir; nous partirons au point du jour; vous m'avez promis avec serment de conspirer de tout votre pouvoir au triomphe de la réforme et à la ruine des princes de Lorraine. « — Seigneur La Renaudie, je jure d'employer ma » personne et mes biens pour une chose tant sainte et équitable. D'Avenelle était protestant; il désirait le succès de la conspiration; mais bientôt la grandeur du péril le fit réfléchir, et, soit peur, soit cupidité, soit peut-être même scrupule de conscience, il résolut de révéler tout au secrétaire du duc de Guise. Il attendit le départ de La Renaudie pour mettre à exécution son exécrable projet. Déterminé à sacrifier ses coreligionnaires, il sortit de sa maison par une rue très obscure et se dirigea vers le palais qu'occupaient les princes de Lorraine.

Un seul valet portant une petite lanterne pour le guider dans les rues tortueuses du vieux Paris. — Voici le palais des princes de Lorraine, dit le valet, en s'arrêtant après une demie-heure de marche forcée. — C'est bien, maître Jacques , attends-moi ici, répondit Avenelle. Comme il franchissait le grand escalier qui conduisait au perron, il fut arrêté par une jeune fille qui lui dit d'une voix presque menaçante : — Avocat d'Avenelle , où vas-tu ? — Au palais de monseigneur de Guise, répondit d'Avenelle, qui ne put maîtriser un premier mouvement de crainte. — Je sais que tu vas trahir tes frères, et dénoncer le sire de La Renaudie. — Mes maitres, cria l'avocat d'Avenelle à quelques serviteurs du duc de Guise , chassez cette fille de Bohême. — Chassez la fille de Bohême, s'écria Pétronille la folle en riant aux éclats, et ouvrez les portes du palais au traître d'Avenelle. Elle disparut au même instant dans une des rues adjacentes, et l'avocat, introduit dans le palais, obtint aisément une audience du prince de Lorraine; il lui dévoila tous les secrets de la conspiration. Le duc de Guise qui se croyait tout puissant, fut effrayé quand il vit la grandeur du péril qui le menaçait : il promit à d'Avenelle honneurs et dignités. — Maître d'Avenelle, lui dit-il, vous sauvez la France de sa ruine; c'est à vous qu'il appartient de déjouer les projets des rebelles : demain vous partirez en poste pour Blois. — Nous sommes perdus ! s'écria le cardinal de Lorraine, si nous n'appelons promptement toutes les garnisons et tous les fidèles sujets au secours du roi. - Ces préparatifs jetteraient l'allarme parmi les conjurés , répondit le duc François ; organisons nos moyens de défense le plus mystérieusement possible : la personne du roi ne serait pas en sûreté dans la ville de Blois dont les habitans sont dévoués aux rebelles nous le conduirons au château d'Amboise, où il nous sera plus facile de braver les bandes indisciplinées du capitaine muet, L'allarme fut grande à la cour de France ; la reinemère et les Guises avaient tout à craindre de l'audace des réformés ; l'amiral de Coligni et le prince de Condé furent mandés par Catherine de Médicis sous divers prétextes, mais leurs dénégations énergiques effrayèrent les Guises qui prirent le parti de temporiser. Cependant La Renaudie et les autres chefs de la conjuration eurent avis que leurs projets avaient été dévoilés : leurs bandes étaient réunies dans les environs de Blois, et ils pouvaient commencer l'attaque; instruits du départ du roi pour le château d'Amboise, ils changèrent de détermination; sur le soir, leurs gens commencèrent à filer par petites bandes vers la Loire. — Allez, mes amis! leur dit l'intrépide La Renaudie; si nous pouvons gagner sains et saufs les portes d'Amboise et nous y réunir, le succès de la conjuratio est assuré. — Dieu veuille que nous ne soyons pas une seconde fois victimes d'un traître, dit Castelnau.

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— Nous sommes tous dévoués à notre sainte cause, ajouta le sire de Lignères. — Tous, excepté lui, dit à voix basse La Renaudie : mes amis, ayez l'œil sur Lignères. A ces mots, il embrassa ses frères d'armes qu'il ne devait plus revoir. IV.

sIÈGE DU CHATEAU D'AMBoIsE.

Le sieur de Lignères ne tarda pas à justifier les soupçons de La Renaudie; ce perfide découvrit à la reine, mère tous les moyens d'exécution, les dépots d'armes et les lieux de rendez-vous assignés par les principaux conjurés : la noblesse de la cour, les gardes du roi, les gentilshommes dévoués aux princes de Lorraine, se mirent aussitôt en campagne. Les conjurés qui ne s'attendaient pas à une attaque si subite furent saisis et arrêtés. Les compagnies du baron de Castelnau Chalosse eurent le bonheur d'échapper à leur poursuite, et s'emparèrent du château de Noisay. Castelnau se vit bientôt assailli par le duc de Nemours ; hors d'état de résister à ses nombreux ennemis, il envoya prévenir l'intrépide La Renaudie qui accourut à marche forcée, et ordonna à ses fantassins de se jeter sur Ambcise à

travers les forêts qui bordaient la rive méridionale de la Loire. Le jour même de son arrivée, il apprit que Castelnau s'était laissé tromper par le duc de † et avait été enfermé dans les cachots d'Amboise par le duc de Guise. — Courage, mes bons amis! dit La Renaudie à ses fantassins; courez sur Amboise, et délivrez le pauvre Castelnau; ne souffrez pas quil soit immolé à la cruelle vengeance des princes de Lorraine. — Le roil où est le roi? s'écrièrent les milices méridionales. — Au château d'Amboise, mes maîtres; demain nous aurons une entrevue avec François II, notre seigneur, et nous obtiendrons de sa clémence royale la ratification de l'édit de liberté de conscience. — Vive le roi ! vive le sire de La Renaudie! s'écrièrent les fantassins. Ils partirent au commencement de la nuit; leur sort fut alors plus déplorable que celui des cavaliers commandés par Castelnau; taillés en pièces ou pris par des détachemens de cavalerie embusqués dans la forêt d'Amboise, ils furent faits prisonniers, et pendus pour la plupart aux créneaux du château. L'intrépide La Renaudie ne se laissa pas abattre par ce revers ; il mit tout en œuvre pour rallier les conjurés, et le i7

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