Imágenes de página
PDF
ePub

vient un mystère renfermé dans les Cours; les guerres se multiplient; un nouveau monde est découvert; des vaisseaux flottent, pour la première fois, sur des mers inconnues; les sectes religieuses font couler des flots.

de sang;

tout change en Europe. Des nations. marchent à pas lents vers la liberté, et de grandes révolutions éclatent; mais, plus les intérêts se compliquént, plus le génie de Muller fait d'efforts pour saisir l'ensemble des événéméns, les lier les uns aux autres, et n'en former qu'un seul corps.

Le plan de son ouvrage est hardiment conçu dans la division de ses livres, il s'est plutôt assujetti à l'ordre des événemens, qu'à l'ordre chronologique ; seulement, il est à regretter qu'il ait divisé ses livres en une múltitude de chapitres qui ne paraissent point assez liés entre eux; ce qui gêne la marche de l'histoire, où tout doit paraître fondu d'un seul jet. Si Muller avait évité ée défaut et trouvé l'art de mettre, dans les détails, la liaison qu'il a mise dans l'ensemble, son ouvrage serait l'un des plus beaux sortis de la main des hommes; d'autant mieux qu'il renferme les autres qualités qu'on exige dans l'histoire, dont la principale est la connaissance du cœur humain.

Cette connaissance l'a conduit à observer qu'il existe chez les nations, comme chez les individus, des passions qui les agitent, font leur gloire ou les perdent ; que, parmi ces passions, il en est toujours une dominante: ainsi, dans Sparte, ce fut l'amour de la guerre ; dans Rome, celui de la patrie; comme dans Socrate, l'amour de la vertu ; dans César, l'ambition. Un peuple et un individu sont toujours sous l'influence de la passion qui les domine, et leurs actions diversement combinées avec les circonstances, n'en sont que les

conséquences nécessaires. Aussi, Muller dessine avec une vérité frappante le caractère des nations, les portraits des grands hommes, et les fait agir selon leurs différentes passions. Ceux de Pisistrate, de Périclès, de César, d'Attila, de Mahomet, de Philippe II, offrent des beautés remarquables.

Le pinceau de cet historien est plein d'énergie; ses couleurs sont tour à tour sombres ou brillantes. La description qu'il fait des pays où se sont élevés des peuples célèbres, repose agréablement l'esprit. Pour donner une idée de sa manière, je citerai le passage suivant: «La nature est morte dans les déserts de l'Arabie: le ciel y est d'airain; rien n'y tempère l'ardeur des rayons du soleil. Du haut des collines que les vents ont dépouillées de toute végétation, on découvre de vastes plaines, où le voyageur fatigué cherche en vain un ombrage qui le rafraîchisse, et, un objet sur lequel son œil puisse se reposer; un espace immense le sépare de tout être vivant. De loin en loin, au pied de quelques bosquets de palmiers isolés, on voit couler un ruisseau qui va se perdre dans les sables. L'Arabe seul connaît ces lieux de repos, lui seul les habite; accoutumé à une vie simple et frugale, il y trouve abondamment de quoi satisfaire à ses besoins. C'est là qu'il conduit les esclaves et les trésors enlevés aux caravanes, assez imprudentes pour refuser de payer les droits d'escorte aux guerriers du grand Emir du désert. »

1

Le flambeau de la philosophie éclaire toujours Muller sur la route des siècles. Son génie pénétrant et méditatif pèse les opinions humaines au poids de la raison mûrie par l'expérience. « L'homme, dit-il, dérobe la foudre au ciel, arrache des continens à la

mer, s'élève dans les airs, mesure l'espace qui sépare les astres de la terre, calcule les orbites des comètes, dissout les élémens, dirige l'esprit des nations, décide de leur sort, embrasse d'un coup-d'œil le passé, agit sur l'avenir: mais, il ne peut résoudre le grand problème de son existence. »

Le point de vue élevé sous lequel Muller a envisagé l'immensité de son sujet, lui a fait découvrir que l'histoire s'entretenait à peine de la législation fondamentale des peuples. Convaincu que c'était dans cette source haute et profonde, qu'il fallait rechercher les causes de leur misère ou de leur prospérité, il s'est appliqué à faire connaître avec détail leurs diverses constitutions; travail pour lequel il a fallu d'immenses recherches et des méditations laborieuses. C'est sous ce rapport nouveau qu'il a considéré l'histoire générale. Laissons parler l'auteur, appréciant l'avenir par le passé: « L'incendie que nous avons vu consumer plusieurs États, a pris naissance dans l'intérieur de leur constitution politique; non-seulement les piliers visibles de ces États, les armées permanentes et les finances, ont cédé à la violence de la flamme; tout a été dévoré, tout a été détruit, jusqu'aux antiques fondemens de la société ; la religion, les mœurs, les habitudes......

» Dans cet état de choses, il ne sera pas sans intérêt de considérer d'abord les constitutions en elles-mêmes, d'examiner ensuite la condition où se trouvent leurs bases sacrées, d'apprécier les secours que l'on peut attendre du système politique de l'Europe, pour en remonter les ressorts affaiblis; enfin, de tirer quelques leçons de ces recherches, et de voir ce que nous avons à craindre ou à espérer. »

TOME VII.

A. MÉTRAL.

[ocr errors]

COURS ANALYTIque de LittéraTURE GÉNÉRALE, par M. LEMERCIER, de l'Académie française (1).

( SECOND ET DERNIER ARTICLE. Voy. ci-dessus, T. V, p. 315—328.)

M. LEMERCIER, après avoir employé un volume à l'analyse des vingt-cinq règles de la tragédie, en consacre un second aux règles de la comédie, lesquelles, à l'en croire, ne s'élèvent pas à moins de vingt-deux. On sent bien que la plupart des règles établies pour un genre, sont également communes à l'autre ; par exemple, les règles sur les unités, sur la vraisemblance nécessaire dans les incidens, etc. C'était un écueil pour l'auteur qui avait à craindre de se répéter : il a su l'éviter; et, ce qui était plus difficile encore, il a trouvé moyen d'intéresser toujours le lecteur par les applications ingénieuses qu'il fait de ses principes, par des exemples nombreux et toujours choisis avec goût.

M. Lemercier regarde comme indispensable l'observation de ces règles si nombreuses. " L'omission de quelques-uns des préceptes qui s'y rattachent, dit-il (tom. 1, pag. 179), imprime aux ouvrages de ce genre les défauts qui les rejettent dans la classe inférieure, où bientôt ils tombent dans l'oubli, quelle qu'ait été leur vogue éphémère; car, en cet art, ainsi que l'a dit le sévère Boileau :

Il n'est point de degré du médiocre au pire.

Aussi Voltaire disait-il gaîment « qu'un bel ouvrage dramatique était l'œuvre du démon. »

(1) Paris, 1815. 4 vol. in-4°. Nepveu, libraire, passage du Panorama, no 26. Prix, 20 fr.

Ici je trouve, je l'avouerai, l'auteur un peu trop rigoureux; et, dans la suite de cet article, on verra bien que j'ai, sur l'art dramatique, des principes qui different un peu des siens. Certes, je ne crois pas toutes les règles de cet art fausses ou arbitraires : il en est d'indispensables et dont la justesse ne peut même être l'objet d'un doute ; j'en ai indiqué quelques-unes de cette espèce dans mon premier article. Mais je soutiens, en même tems, qu'on les a multipliées sans nécessité; que la plupart seraient, pour le génie, des entraves cruelles, si le génie connaissait des entraves; qu'il est quelquefois avantageux de s'y astreindre, et le plus souvent de les dédaigner.

J'ai déjà dit, dans ce premier article (page 322), dans l'Athénée où M. Lemercier professait avec que, tant d'éclat, on ne l'entendit point sans un grand étonnement recommander une si entière soumission aux lois d'Aristote, et même à des lois peut-être plus rigoureuses, qui lui paraissaient découler de celles du maître. Je reviens pour un moment sur cet objet. L'opinion générale était que M. Lemercier se faisait gloire d'être, en littérature, un véritable indépendant, même un audacieux novateur. On opposait, je ne sais pourquoi, ses ouvrages à ses principes; on disait qu'en sa qualité de professeur, il croyait devoir émettre des doctrines pour lesquelles, comme auteur, il montrait un souverain mépris. Dans une de ses leçons, il s'est empressé de répondre à ce singulier reproche. « J'ai commenté devant vous, dit-il (tome II, pag. 54), la saine et antique doctrine; mais les gens trompés, qui revenaient avec peine des fausses impressions qu'on leur avait données contre moi, m'ont loué du développement de mes principes constans, comme d'une solen

[ocr errors]
« AnteriorContinuar »