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C'est là du vrai style comique. La gaieté y sort de la situation, et non de l'esprit du personnage. C'est la bonne manière, c'est partout celle de M. Andrieux.

On retrouve dans La matinée du jour de l'an, et surtout dans le prologue des deux frères, hommage rendu par l'amitié à la mémoire de Collin d'Harleville, cette grâce spirituelle, ce mélange de gaieté et de sentiment qui caractérisent la touche de notre auteur. Les mêmes qualités se font remarquer dans les poésies légères qui composent le troisième volume de ses œuvres. Parmi les poëtes français, trois ont particulièrement excellé dans l'art de conter: La Fontaine, par un ton d'ingénuité et de bonhomie qui contraste plaisamment avec la licence de ses sujets; Voltaire, par l'originalité des saillies, par la piquante singularité des rapprochemens, par les traits d'une raison profonde, cachée sous un badinage toujours spirituel; M. Andrieux, par une exquise urbanité, par un abandon aimable, par une sensibilité douce qui se mêle à la gaieté sans l'altérer, et qui sourit sans cesser d'être touchante. Telles sont les qualités qui répandent tant de charme sur Julien et Gallus, sur Cécile et Térence, sur Une promenade de Fénélon, petit chef-d'œuvre de grâce, de naturel et de sentiment. C'est là qu'on trouve ces vers si dignes du vertueux prélat qui les a inspirés :

Ses regards, animés d'une flamme céleste,
Relèvent de ses traits la majesté modeste;

Sa taille est haute et noble; un bâton à la main,

Seul, sans faste et sans crainte, il poursuit son chemin,
Contemple la nature, et jouit de Dieu même.

Il visite souvent les villageois qu'il aime,
Et chez ces bonnes gens, de le voir tout joyeux,
Vient sans être attendu, s'assied au milieu d'eux,

Écoute le récit des peines qu'il soulage,
Joue avec les enfans, et goûte le laitage.

Le saint archevêque entre un jour dans la chaumière où pleure une pauvre famille; ils ont perdu la vache qui les nourrissait........ Its lui exposent leur chagring Fénelon écoutait cette plainte naïve;

Mais, pendant l'entretien, bientôt le soir arrivé : 2
Quand on est occupé de sujets importans,
On ne s'aperçoit pas de la fuite du tems.
promet, en partant, de revoir la famille.
Ah! monseigneur, lui dit la plus petite fille,
Si vous vouliez pour nous la demander à Dieu,'
Nous la retrouverions... »

Ce trait est d'une naïveté délicieuse.

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Il reprend son chemin, il reprend ses pensées,
Achève en son esprit des pages commencées :
Il'inatche; mais déjà l'ombre èroft, le jour fuit;
Ce reste de clarté qui devance la nuit,

છે.

Guide encore ses pas à travers les prairies,

Et du calme du soir nourrit ses rêveries.

Tout-à-coup, à ses yeux un objet s'est montré;
Il regarde... Il croit voir... Il distingue... en un pré,
Seule, errante et sins guide... une vache... C'est celle
Bout on lui fit tantôt un portrait si fidèle.

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ls l'auront dès ce soir, dit-il, et, par mes soins,
Elle leur coûtera quelques larmes de moins.

E

Un ton plus enjoué, une gaieté plus piquante dis tinguent le Procès du sénat de Capoue, Socrate et Glau con, l'Alchimiste et ses enfans, le Doyen de Badajoz, et surtout le Meunier de Sanssouci, que l'opinion gé

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nérale s'accorde à regarder comme le meilleur des contes de M. Andrieux, mais auquel, par une prédilection plutôt sentie que raisonnée, je préférerais encore la Promenade de Fénélon. Des poésies fugitives, quelques pièces en prose terminent ce recueil. Il n'est rien, dans tout ce qu'a fait M. Andrieux, qui ne mérite d'être lu. Partout on trouvera de la grâce, de la finesse et de l'élégance.

En terminant cet article, je n'ai pas la prétention de porter un jugement sur le talent de M. Andrieux. Ce travail demanderait une plume exercée, des connaissances étendues en littérature: c'est dire assez que je ne dois point l'entreprendre. Je me bornerai à rendre compte de l'impression que m'a laissée la lecture de ses ouvrages. Deux caractères m'ont particulièrement frappé en lui. L'un est cette simplicité élégante, ce ton aisé, cette politesse naturelle que les Grecs désignaient sous le nom d'atticisme, et les Latins sous le nom d'urbanité. Cette qualité pourrait à juste titre lui faire donner le nom de Térence français : c'est la manière facile et pure, c'est la délicatesse sans apprêt, c'est la finesse sans recherche, c'est le bon goût de style du poëte romain. L'autre caractère est cette aménité, ces sentimens aimables, qui, sans enlever au style sa sève ni sa gaieté, lui communiquent une teinte affectueuse, qui rend la gaieté plus agréable et plus douce encore. Personne, mieux que M. Andrieux, n'a su donner de l'esprit à la bonté. Un écrivain a dit : « Les grandes pensées viennent du cœur. » Chez l'auteur des Étourdis, c'est aussi du cœur que semblent partir les saillies heureuses et les traits ingénieux.

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- Considéré comme poëte comique, M. Andrieux a-t-il

contribué aux progrès de son art? A-t-il brillé par des qualités originales? A-t-il marché avec indépendance sur la trace des grands modèles? L'affirmative ne me paraît pas douteuse. C'est surtout dans l'art du dialogue que ce gracieux écrivain me semble s'être frayé des routes nouvelles. D'autres, avant lui, avaient possédé, et plus éminemment peut-être, le talent de l'intrigue dramatique ; d'autres avaient approfondi la science des effets scéniques; d'autres avaient plus fortement tracé des caractères, ( quoique M. Andrieux ait réussi mieux qu'aucun de ses devanciers dans la peinture des caractères estimables) mais son comique lui appartient. Ce n'est point le comique de Molière, et pourtant c'est un comique franc et vrai comme le sien. Molière provoque, le rire par la force des situations dramatiques, combinée avec le caractère des personnages; de-là naissent ces contrastes vivement prononcés, qui forcent la nature à se révéler elle-même, et permettent au poëte de prendre le cœur humain sur le fait. Chez M. Andrieux, la gaieté est le plus souvent l'expression du contentement de l'ame: elle nait de l'expression piquante et naïve des sentimens aimables. Cette espèce de gaieté est moins vive que la première, mais elle est plus douce: elle a quelque ressemblance avec le plaisir que donne la vue d'une bonne action. Aussi, n'est-il guère d'écrivain plus agréable à lire : il ne fatigue jamais: ce n'est point un livre que vous avez devant les yeux; c'est un ami qui s'entretient avec vous et dont la conversation ne peut vous lasser; car il a beaucoup d'esprit, un très bon cœur, et s'exprime toujours avec infiniment de grâce. Pour moi, je me promets bien de causer souvent avec lui. ST. A.-BERVILLE.

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STORIA DELLA SCULTURA, dal suo risorgimento in Italia, sino al secolo XIX, per servire di continuazione alle opere di Winckelmann e di d'Agincourt; HISTOIRE DE LA SCULPTURE, depuis sa renaissance en Italie, jusqu'au dix-neuvième siècle, etc.; par M. le Comte CICOGNARA.

(CINQUIÈME ET DERNIER ARTICLE. Voy. ci-dessus p. 113-137.)

J'ARRIVE maintenant à la partie de la discussion qui me concerne personnellement. Un semblable travail est pénible pour qui n'aime point à parler de soi. Mais, en défendant ma propre cause, j'aurai l'avantage de contribuer à maintenir dans son intégrité l'histoire de l'art.

M Cicognara me dépouille, dans son second et son troisième volume, aussi largement et avec autant de sécurité que dans le premier.

J'aidit, dans mes Recherches sur l' Artstataire, qu'après Raphaël et Michel-Ange, le mode de l'instruction des artistes changea; qu'ils crurent alors pouvoir atteindre à la perfection des formes et à l'énergie de l'expres→ sion, sans s'attacher à l'étude du vrai, et que ce fut là une des causes de leurs égaremens (pag. 44). M. C. a traduit ce paragraphe mot à mot, à la page 327 de son tome II; et il forme de ce passage la conclusion du chapitre où il traite des contemporains et des imitateurs de Michel-Ange. In conclusione dopo Michelangelo, i metodi d'istruzione etc. On juge bien, d'après cela. que mon idée n'est pas étrangère au contenu de ce chapitre.

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