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dique, M. le baron de Vitinghoff (V. ci-dessus, T. II, p. 196), doit nous adresser des renseignemens du même genre sur les principaux établissemens de bienfaisance, d'instruction et d'utilité publique en Russie.

Nous désirons faire connaître peu à peu les nations civilisées les unes aux autres, sous les divers rapports qui intéressent et qui honorent le plus l'humanité. C'est un moyen d'exciter par de no

bles exemples une émulation salutaire, et d'introduire une sorte d'enseignement mutuel entre les peuples, pour favoriser la marche et les progrès de la CIVILISATION, c'est-à-dire d'un développement plus libre et plus complet des facultés humaines et des institutions sociales, rapportées à la conservation et à l'amélioration physique, morale et intellectuelle de l'homme considéré individuellement, et de l'espèce en général. Nous sommes arrivés à l'époque où des communications fréquentes et intimes entre les hommes de bien et les hommes éclairés de tous les pays sont réclamées par l'état général des lumières, et par les besoins des peuples, pour rapprocher les nations long-tems divisées, pour faire transporter des unes chez les autres les institutions, les établissemens, les lois, les coutumes, qui peuvent réciproquement leur être utiles et améliorer la condition des différentes classes de citoyens. Notre REVUE est spécialement consacrée à devenir un point commun et central où puissent aboutir ces communications philanthropiques, qui tourneront également au profit des gouvernemens, des nations et des particuliers, à mesure qu'elles auront une direction mieux déterminée et une plus grande activité. M. A. JULLien.

NOTICE

SUR PARGA ET SUR ALI PACHA (1).

N. B. Cet article est traduit presqu'en entier de la Revue d'Edimbourg, no LXIV. Quoique la Revue Encyclopédique ne soit point dans l'usage d'emprunter des articles aux journaux étrangers, ses éditeurs ont cru pouvoir admettre ici une excep

(1) Les trois ouvrages publiés à Londres, en 1819, d'où l'on a

tion à cette régle. L'importance du sujet, l'intérêt des faits historiques, en général peu connus, que l'auteur de l'article a développés, la réputation méritée du recueil littéraire dans lequel on les a puisés ; enfin, l'avantage de connaître le jugement impartial des Anglais sur un acte politique, qui tend à compromettre leur gloire nationale, ont paru offrir des motifs suffisans pour justifier cette exception.

PARGA, que le général Vaudoncourt suppose, d'après de simples probabilités, devoir être l'ancienne Ephyra, est située sur la côte de l'Épire, au pied des montagnes de l'Albanie, et contenait une population de cinq

mille ames. On n'a trouvé dans son étroite enceinte aucune trace des arts de la Grèce; mais on y a déterré quelques pièces de monnaie du Bas-Empire, et l'on voit encore, à l'endroit connu sous le nom de l'Ancienne Parga, les vestiges d'antiques édifices. Lors du déclin de la puissance romaine, la nouvelle ville fut bâtie sur un rocher baigné de trois côtés par la mer, et défendu du côté de la terre par une montagne à pic, sur le haut de laquelle est placée la citadelle, qui passe pour imprenable; elle commande une immense étendue de pays. D'un côté, on découvre tout le territoire de Parga et les montagnes de l'Albanie qui la bornent de l'est à l'ouest; dans la direction sud, J'œil

tiré les renseignemens dont se compose cette NOTICE, sont les suivans:

1. Histoire de Suli et de Parga, contenant la chronologie de ces deux pays, ainsi que leurs guerres contre Ali Pacha;

2. Série de pièces authentiques, historiques et politiques, commençant à l'année 1401, et finissant à l'année 1818, présentées au parlement d'Angleterre, en faveur des citoyens de Parga;

3. Evénemens arrivés à Parga et dans les Iles Ioniennes, avec une série de lettres et autres pièces justificatives; par le lieutenant-colonel C. P. DE BOSSET.

parcourt une partie de la mer Ionienne; à gauche, on voit l'île de Sainte-Maure, et le fameux promontoire de Leucade plus loin,

Jam medio apparet fluctu nemorosa Zacynthus

Dulichiumque Sameque et Neritos ardua saxis;

ainsi que les sombres montagnes de la Céphalonie; à droite, à la distance de douze milles, sont les îles de Paros et d'Antiparos. Le pays est extrêmement fertile et salubre, et abonde en sources, en ruisseaux; et d'innombrables bosquets d'orangers, d'oliviers, de cèdres et de cyprès embellissent ses vallées et ses collines. Ses habitans étaient agriculteurs et guerriers; sans cette dernière condition, ils n'auraient pu jouir d'aucune indépendance: car, de toutes parts, ils étaient entourés de voisins ambitieux et sans foi; et les hautes montagnes qui les séparent des tribus d'Albanie et de la frontière turque, furent pendant quatre cents ans le théâtre de guerres continuelles.

Il serait inutile, et probablement peu facile, de connaître l'histoire de ce petit établissement, avant son alliance avec Venise. En 1401, les Parganiotes prêtèrent serment de fidélité à cette orgueilleuse république, et continuèrent à jouir d'une entière et honorable indépendance jusqu'à l'anéantissement du pouvoir politique de Venise, en 1797. Depuis le règne de Mahomet II, Venise était non-seulement le grand rempart de la chrétienté contre la puissance toujours croissante des Turcs, mais elle exerçait aussi une autorité presque sans bornes sur les rives orientales de l'Adriatique, et sur les villes maritimes et insulaires de la Grèce. Les Vénitiens devaient cette dénomination beaucoup plus à leur politique qu'à leurs armes; car, profitant des dissensions qui éclatent toujours parmi des États petits

et divisés, ils s'offraient tantôt à l'un, tantôt à l'autre, sous le caractère imposant de médiateurs ou d'alliés ; et, formant des traités de paix et d'alliance, ces généreux protecteurs se changeaient bientôt en maîtres absolus et en oppresseurs tyranniques.

Cependant, ils se conduisirent différemment avec Parga la valeur reconnue de ses habitans, l'intérêt qu'avaient les Vénitiens à conserver un allié fidèle et dévoué, dans un pays où leurs possessions étaient sans cesse menacées, leur fit observer fidèlement les conditions qu'ils avaient tant de fois violées sans scrupule avec d'autres. Le 21 mars 1401, le traité d'alliance fut approuvé et juré entre les deux États. On convint que les Vénitiens maintiendraient un corps de troupes italiennes ou esclavonnes dans les murs de Parga, pour protéger ce petit pays; mais, afin de prévenir les dangers d'une pareille protection, on stipula solennellement que les Parganiotes se gouverneraient eux-mêmes librement, selon les constitutions et les lois de leurs ancêtres, et qu'ils éliraient leurs juges et leurs magistrats; qu'ils ne seraient point obligés de servir sur terre ou sur mer, dans la milice ou à bord des galères de Venise; qu'ils ne s'engageraient dans aucune autre guerre que celles qui auraient pour but de défendre leur propre territoire et les établissemens vénitiens dans l'Albanie; qu'ils ne paieraient ni taxes, ni douanes pour l'exportation ou l'importation de leurs marchandises, et seulement moitié des impôts ordinaires, lorsqu'ils feraient le commerce dans les ports de Venise. Ce traité fut confirmé, avec la même solennité, en août 1447, et observé, à la mutuelle satisfaction des deux parties, jusqu'à la fin de ce siècle. En 1500, malgré le secours des Vénitiens, Parga fut prise et brûlée

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par les Turcs; ce malheureux événement se renouvela en 1560. Dans cette dernière occasion, les habitans furent massacrés ou dispersés, et tout le territoire fut ravagé par le fer et par le feu. Les Parganiotes qui survécurent à ce désastre, se réfugièrent parmi les tribus errantes des montagnes voisines; mais, peu à peu, ils se hasardèrent à retourner dans leurs anciennes possessions; et, après plusieurs années, ils vinrent enfin rebâtir leurs maisons et leurs temples, dans le lieu même où avaient succombé leurs ancêtres. Ils envoyèrent alors des députés à Venise, pour lui demander des secours et le renouvellement de leur ancienne alliance. Ils priaient le sénat de les aider à fortifier leur ville, et de leur prêter une somme d'argent, pour que les plus pauvres citoyens pussent se construire des demeures. Le sénat fut non-seulement juste, mais généreux il se chargea de faire toute la dépense des fortifications, et, au lieu d'un prêt de son trésor, il envoya, comme dons volontaires, les matériaux nécessaires à la construction des maisons. Lorsque les principaux articles de la négociation furent accordés, on dressa une nouvelle charte qui ratifiait et confirmait tous les anciens traités, et qui fut signée le 5 février 1571. On la renouvela ensuite à plusieurs reprises; elle fut toujours religieusement suivie, non-seulement à la lettre, mais dans l'esprit qui l'avait dictée, jusqu'à l'extinction totale de la puissance de Venise, renversée par le concours des vues ambitieuses du général en chef Bonaparte et de l'Autriche, en 1797.

Pour expliquer l'intérêt qui engageait Venise à remplir avec tant de fidélité ses engagemens envers les Parganiotes, il serait peut-être nécessaire de considérer la nature des possessions vénitiennes à l'est de l'Adria

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