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chair humaine recouverte de sa peau, et qu'il nomme zoagène. I} a vu aussi, près du Château de l'Epomeus, et dans les vallées de Sinigaglia et de Negreponte, des rochers couverts de cette substance singulière. Soumise à la distillation, elle donne les produits ordinaires des matières animales; en la faisant bouillir, on en obtient une gélatine qu'on peut employer au collage du papier.

Le même savant, ayant condensé dernièrement, au moyen d'un appareil convenable, les vapeurs qui sortaient du cratère du Vésuve, il en obtint une assez grande quantité d'eau qui, sans donner aucun indice d'acide, avait néanmoins un goût de graisse, et une odeur assez forte de matières animales brûlées.

TOSCANE ET LOMBARDIE. Machines à préparer le chanvre et le lin. Le grand-duc de Toscane avait fait remettre à la Société Economico-Agraire des Georgofiles de Florence, une des machines de M. Christian, de Paris, destinée à la préraration du chanvre et du lin, et dont on avait déjà annoncé l'utilité, sur différens points du royame de Naples, de l'État de l'Église et de l'Allemagne. La Société, ayant examiné cette machine dans tous ses détails, en a confirmé l'efficacité par son suffrage: il lui a paru que les principaux avantages du nouvel instrument, sont de présenter une moindre longueur que les anciens, de ne porter aucun préjudice à la santé, de ne point dépendre de l'influence des diverses saisons, d'économiser la main-d'œuvre, de fournir une substance supérieure en qualité et en quantité, susceptible d'ailleurs d'être blanchie plus facilement et plus promptement, d'obtenir des fils beaucoup plus tenaces, enfin, d'opérer de manière à ce que la partie ligneuse, écrasée par la machine, fournisse une substance nutritive que ne dédaignent ni les chevaux ni les boeufs. Mais, lorsqu'on a eu mis en œuvre cette nouvelle machine, en Lombardie on a trouvé que les résultats n'étaient pas conformes à ceux qu'on avait annoncés. Entre autres inconvéniens, elle n'écrase pas les parties résineuses du chanvre; elle affaiblit les fibreuses; et, ce qui est pis encore, elle ne résiste pas long-tems aux altérations produites par l'humidité et la sécheresse; enfin, le parallélisme de ses essieux s'altère très facilement par l'usage. La Bibliothèque italienne (no XLIX, pag. 152) contient un résumé des observations présentées par un savant, qui avait été chargé d'examiner la machine en question. On s'occupe aussi, à Milan,

de connaître et d'employer la machine de Hill, dont on se sert, dit-on, avec succès, en Irlande. On attend impatiemment le résultat de ces nouveaux essais.

- M. Davy

Essais de M. Davy sur les papyrus d'Herculanum. ayant imaginé une nouvelle méthode de dérouler les papyrus d'Herculanum, proposa d'abord son projet à S. A. R. le prince de Galles, aujourd'hui roi d'Angleterre. Mais celui-ci ayant perdu sept volumes de ces papyrus, par les procédés de M. Sickler, refusa d'exposer les autres au même danger. Cependant il recommanda M. Davy au roi de Naples, pour qu'il pat tenter quelques essais sur les papyrus d'Herculanum. M. Davy obtint d'abord un fragment grec, très facile à ouvrir. Par le moyen de son gaz, il commença à détacher les feuilles du papyrus, et à rendre plus visibles les caractères grecs. On répéta le même essai sur un morceau de papyrus latin plus compact, et le résultat en fut in

sensible.

Il renouvela ensuite ses épreuves sur quelques morceaux de papyrus inutiles, et il' crut s'apercevoir que, outre le charbon, il y avait du tuf, et que l'encre employée par les anciens ne renfermait aucune partie métallique ou minérale, et qu'elle était un mélange de charbon très divisé, autrement dit noir de fumée, et d'une autre substance végétale, ce que Pline avait indiqué. Alors il fit continuer le déploiement de deux papyrus, avec l'appareil usité à Naples. Il observa que les feuilles ne se détachaient pas aisément, et il humecta avec un pinceau imbibé dans l'éther sulfurique, la superficie du papyrus. Ce fluide, pénétrant ses parties intérieures avec beaucoup de célérité, détachait plusieurs feuilles à la fois, ce qui empêchait l'effet de l'opération. Au lieu de la colle ordinaire, M. Davy voulut employer une colle plus tenace; il essaya d'abord une dissolution de résine et de gomme d'olivier, puis une dissolution de clore et de iode, faite dans l'éther, mais il n'eut aucun succès.

·Après tout cela, il imagina de placer un papyrus dans un tuyau de cuivre percé aux deux extrémités; il le fit traverser par un courant de gaz ammoniaque; mais l'opération ne réussit pas davantage. On obtint presque le même résultat, en appliquant un peu d'éther muriatique sur d'autres papyrus qui n'étaient que peu carbonisés. Quoiqu'on parvînt à détacher leurs feuilles, on trou

vait les lettres effacées, par l'effet du tems ou du feu qui avaient altéré l'encre. M. Davy humecta une feuille, au moyen d'un pinceau, avec un mélange de clore, de iode et d'éther sulfurique, espérant de la jaunir, et, par-là, de rendre visibles les lettres; son attente fut trompée. Le clore fut encore employé, sans plus de succès.

Tous ces essais et d'autres ayant été infructueux, on reprit l'ancienne méthode, qu'on a continuée tant que M. Davy a séjourné à Naples. On a ajouté, tout au plus, l'emploi d'un peu d'éther avec l'air chaud. Enfin, des vingt-six papyrus que M. Davy avait choisis lui-même, pour faire son opération, il finit par abandonner le déroulement de vingt-deux aux artistes ordinaires du pays. On dit qu'il est parti de Naples, très mécontent. On peut consulter une note très détaillée sur les opérations de ce célèbre chimiste anglais, dans la Bibliothèque italienne ( no 52, pag. 115). Nous en avons extrait la substance.

TURIN. Enseignement mutuel. Les écoles d'enseignement mutuel se naturalisent peu à peu dans le Piémont. On parle du prochain établissement d'une École normale centrale, moyen reconnu pour le plus puissant, même pour le seul propre à écarter le danger des innovations, des déviations, etc., qui nuisent aux progrès des bonnes méthodes, et conséquemment au succès de la chose en grand. Il est aussi question de quelques améliorations préparées dans l'École de Raconis : lorsqu'elles auront été effectuées, nous nous empresserons d'en faire connaître les résultats.

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De la célébrité d'Alfieri chez les Italiens. Des étrangers, voyageant dans l'Italie, ont été surpris de voir que le mérite d'Alfieri ne fût pas aussi généralement reconnu qu'ils le pensaient. On croyait partout ailleurs que l'Italie, malgré le nombre prodigieux de pièces tragiques dont elle se faisait gloire, manquait d'un poëte vraiment tragique jusqu'à l'époque d'Alfieri; et qu'enfin celui-ci seul l'a élevée au niveau des autres nations qui l'avaient devancée dans cette carrière. On parlait de lui comme d'un poëte qui méritait d'être placé à côté de Shakespeare, de P. Corneille, de Schiller ; mais, à en croire ces voyageurs qui ne font ici que généraliser des accidens particuliers, les Italiens, depuis quelque tems, reviennent de ce prestige, et Alfieri n'est

à leurs yeux qu'un écrivain médiocre, un poëte incorrect et bizarre, et même un auteur dangereux sous le rapport de la politique et de la religion.

Nous nous faisons un devoir de démentir ou de rectifier une opinion, qui, circulant de plus en plus dans la république des lettres, ferait beaucoup de tort à la fois, et aux Italiens qu'elle outrage, et aux voyageurs qui la débitent. Nous pouvons assurer tous ceux que de tels récits auront pu surprendre ou scandaliser, que si quelques opinions défavorables au talent et à l'esprit d'Alfieri, ont paru de tems en tems chez les Italiens, elles ont donné l'occasion de soumettre à un nouvel examen ses tragédies et sa manière de penser; et cet examen répété n'a servi qu'à faire sentir davantage la force de son caractère et l'originalité de ses productions.

Dès que ses tragédies parurent en Italie, la forme neuve et presque rude dans laquelle elles se présentèrent, étonna les uns, épouvanta les autres. Dégouté de cette richesse insignifiante, en laquelle la langue italienne, après le treizième siècle, a souvent dégénéré, Alfieri s'était étudié à puiser son style dans la manière du Dante et de ses contemporains. Il voulait plutôt dire que parler. De-là, ce style qui, privé d'ornemens oisifs ou même utiles, ne sert qu'à la pensée, de laquelle seule il tire tout son intérêt. Une foule de pédans crièrent à l'innovation, au scandale ; mais de véritables connaisseurs aperçurent, sous cette forme inusitée, un fond de mérite réel et extraordinaire. L'abbé Cesarotti, et surtout le comte Calzabigi, furent les premiers qui, en exhortant le poëte à corriger quelques imperfections de style, amenèrent les Italiens à reconnaître son génie et sa supériorité. Depuis ce tems-là, on n'a pas cessé de réimprimer et de relire les tragédies d'Alfieri; et pendant qu'il s'efforçait de les perfectionner de plus en plus, les Italiens n'ont cessé de les apprendre par cœur, de les jouer, de les admirer.

Alfieri mourut en 1803, au milieu de ses triomphes et de sa gloire. Mais, quelques-uns de ses ennemis cachés qui n'avaient pas osé l'attaquer de son vivant, se permirent de verser le fiel de l'envie sur ses cendres, honorées des larmes de tout ce qu'il y avait d'hommes distingués en Italie. Le premier qui se soit élevé contre le Sophocle italien, a été l'avocat Pio. Carmignani. Il eut

l'air de ne vouloir qu'examiner le système dramatique d'Alfieri : style, versification, sujet, caractere, catastrophe, dialogue, incidens, etc., tout fut analysé. Son travail ne paraissait que purement littéraire; mais on alla jusqu'à soupçonner que son but secret était tout-à-fait politique. On crut, et peut-être avec assez de raison, que des prosélytes du gouvernement de ce tems-là, avaient conçu le projet de décréditer les tragédies d'Alfieri, dont les impressions n'étaient pas favorables à leurs maximes. On usa de la même manœuvre à l'égard des Animaux parlans de l'abbé Casti, ouvrage qui, s'il n'a pas le mérite des tragédies d'Alfieri, tendait de même à éclairer les peuples sur ce qui devrait les intéresser le plus.

M. de Coureil, quoique étranger, ne put contenir sa juste indignation; il répondit à M. Carmignani; et si sa réponse ne fut pas complète sous tous les rapports, elle prouva du moins que M. de Coureil était encore plus Italien que M. Carmignani. Il est vrai cependant que le Mémoire de ce professeur obtint un prix du gouvernement, et la faveur des amis du déspotisme; mais, ce ne sont pas ces accidens qui constituent la véritable gloire des ouvrages et des auteurs. Le mépris fit justice de ces critiques amères dirigées contre Alfieri, et la renommée de notre poëte n'a fait que s'accroître de jour en jour.

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En 1817, M. Marré, professeur de droit commercial à l'Université de Gênes, a voulu tirer de l'oubli où elle était tombée, la critique de M. Carmignani ; ce qui lui a fourni le sujet d'un long ouvrage en deux volumes. Il pouvait se dispenser de cette réfutation; mais, ce qui la rend intéressante, c'est l'analyse étendue et judicieuse qu'il a faite des tragédies d'Alfieri.

On ignorait ou l'on avait oublié que M. le marquis Falletti de Barolo avait fait réimprimer, en 1809, un écrit en français, imprimé d'abord à Paris, sur la personne et les œuvres du comte Alfieri. M. le comte Galeani Napione de Cocconato, connu déjà en Italie par diverses productions, a cherché dernièrement à exhumer les opinions du marquis Falletti de Barolo, qu'il a même outrées. Il a adressé deux longues lettres au docteur Francesco Benedetti, tuscan, qui en a enrichi le journal du Genio ou du Saggiatore. Ces deux écrivains, piémontais comme V. Alfieri, ont attaqué, sans aucun ménagement, non-seulement le système

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