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cousin, mais gouverné comme un enfant. En 1474, âgé peut-être de quarante ans, il était confié aux soins de l'un des serviteurs de la duchesse'.

Pierre de Villandrando, issu du second mariage de Rodrigue, fut l'héritier des biens, titres et honneurs que son père avait possédés en Espagne. Il fut comte de Ribadeo pendant plus d'un demi-siècle. A défaut de postérité, sa succession passa à son neveu don Diego Gomez de Sarmiento, fils de Marina de Villandrando, sa sæur du même lit que lui?. Pour être plus sûr que le privilège du jour des Rois ne périrait point à sa mort, il le fit passer de son vivant sur la tête de cc neveu. Un acte royal qui nous a été conservé autorisa cette substitution en 15123.

Mais ce sont là « choses d'Espagne », comme on dit de l'autre côté des Pyrénées. Pour nous autres Français, l'intérêt du sujet cesse au moment où le souvenir de Rodrigue s'effaça dans l'armée française, et cet oubli remonte à la mort de Jean de Salazar.

Louis XI, à son avènement, avait destitué le capitaine Martin Henriquez de son commandement pour le donner à Salazar*. Ce commandement, on ne l'a pas oublié, était celui de la compagnie régulière où entra en 1445

1 « Charles de Villandrando, cousin de Mgr le duc, mis sous le gouvernement de Jehan Cheval, fourrier de Madame la duchesse, au lieu de seu Pierre Marne, 14 avril 1474. » Notice d'un registre aujourd'hui detruit de la chambre des comples de Bourbonnais, dans le ms. français 22299 de la Bibliothèque nationale.

· Josef Pellizer, Informe del origen, etc.: le P. Anselme, Histoire généalogique de la maison de France, I, 304.

Ci après, Pièces justificatives, no LxxxvI. * Allocation de 120 livres tournois ordonnée par Louis XI, en 1461 :

l'élite conservée des Rodrigais. Salazar eut soin d'entretenir dans ce corps la tradition de son origine, en y réservant un certain nombre de places à ceux des gentilshommes castillans qui seraient désireux d'apprendre la guerre comme on la faisait en France. Sur les états de deux inspections passées par des détachements de la compagnie, dans l'Orléanais en 1470 et près d'Amiens en 1475, figurent des noms appartenant aux premières maisons de la Castille : Aloncillo Barrera, Fernan de Sotomayor, Rodrigue de Fonseca'. Ces jeunes gens issus de la grandesse trouvaient de l'honneur à venir chez nous endosser le hoquelon violet, qui était la livrée du capitaine leur compatriote’, et à porter l'insigne français de la croix blanche sous lequel un autre compatriole, le fameux Rodrigue, avait accompli tant de prouesses. Cela finit après la réunion de l'Aragon et de la Castille, qui fit succéder l'hostilité aux relations si longtemps amicales de l'Espagne et de la France. La compagnie n'étant plus composée que de Francais, et d'ailleurs l'esprit du temps portant la jeunesse militaire

Pour consideration de ce que nous avons osté et démis nostre amné et féal chevalier don Martin Henriequez de Castelia de la charge et retenue de xl lances fournies que nostre feu seigneur et pere lui avoit baillé. » Ms. Gaigniers, 375, fol. 78, à la Bibliothèque nationale.

Cabinet des Titres de la Bibliothèque nationale, dossier Salazar, • Tous lesquelz hommes d'armes estoient vestus et habillés de boquelous de camelot violet à grans croix blanches, et avoient belles chais. nes d'or autour du col, et en leurs testes cramiznolles de velours noir à grosses houppes de fil d'or de Chippre dessus; et tous leurs chevaulx estoient courers de grosses campanes d'argent. Et au regart de Sallezart, pour différence de ses gens, il estoit monté sur un beau coursier à une moult belle boussure, toute couverte de tranchoirs d'argent, dessus chacun desquelz y avoit une grosse cainpane d'argent doré. » Chronique scandaleuse, à l'an 146).

206 VIE DE RODRIGUE DE VILLANDRANDO. à s'instruire dans les traductions de Quinte-Curce et de Tile-Live plutôt que par les récits des vieux soldats, Salazar fut impuissant à prolonger la durée d'une célébrité devenue contestable. Il emporta avec lui dans la tombe” la mémoire des actions qui pouvaient recommander à la postérité le nom de son maître ; et voilà comment il se fait que le dernier mot de la France du quinzième siècle sur le grand condottiere a été ce jugement dédaigneux que nous trouvons dans une épître de Robert Gaguin? :

«Les Espagnols font grand bruit des exploits, ou plutôt des déprédations heureuses, de leur Rodrigue de Ribadeo, ce partisan que la précédente génération a vu promener le ravage dans presque toute l'Aquitaine : mais n'est-il pas évident que de tels exemples sont pour valoir à ceux qui les donnent le déshonneur plutôt qu'un glorieux renom? »

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1 Il mourut à la fin de 1479, d'après son épitaphe qu'on lisait autrefois dans l'église du prieuré de Macheret, en Champagne : « Cy gist Jehan de Salazard, natif du pays d'Espaigne, en son vivant chevalier, conseiller et chambellan du roy nostre sire, et capiteyne de cent lances de son ordonnance, et seigneur de Montaignes, Saint Just, Marcilly, Las, Lauzac, et d'Issoldum, qui trespassa à Troyes, le douziesme jour de novembre l'an de grace MccccLxxix. Dieu par sa grace de ses péchés pardon lui face. Amen. » Cabinet des Titres de la Bibliothèque nationale, dossier Salazar.

· Épitre adressée de Burgos au docteur François Ferrebout, Thesaurus anecdotorum, t. I, col. 1838.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

Vie de Rodrigue de Villandrando, par Hernando del Pulgar, tilre VII de l'ou

vrage intitulé : Los claros varones de Castilla, dirigido a la muy alta reyna doña Isabel, reyna de Castilla, Alcala de Henares, 1524. Une nouvelle édition a été donnée en 1775, à la suite du Centon epistolario del bachiller Fernan Gomes de Cibdareal, Madrid, in-4.

Don Rodrigo de Villandrando, conde de Ribadeo, fué fijo de un escudero fijodalgo natural de la villa de Valladolid, hombre de buen corpo, bien compuesto en sus miembros é de muy recia fuerza. Las faciones del rostro tenia fermosas é la catadura feroce.

Seyendo de pocos dias, su gran corazon é su buena constelacion le llevaron mozo é pobre é solo al reyno de Francia, en el tiempo que en aquellas partes avia grandes guerras é divisiones é compañias de gente de armas. É como en aquellos tiempos de guerras concurian en aquel reyno hombres estrangeros de todas partes, este caballero por ser dispuesto para los trabajos de la guerra falló luego capitan que le rescibió en su compañia, en la qual aprobó tanbien, seyendo mozo, é despues en las cosas que hombre mancebo deve facer, que gañó por las armas estimacion de hombre valiente y esforzado; é su capitan le reputava por hombre singular entre todos los otros de su capitania. Acaesció algunas veces que estando las batallas en el campo, quando algun hombre de armas de la parte contraria, confiando en sus fuerzas, queria facer armas é demandaba batalla uno por uno, este caballero se esmeraba entre todos los otros de su parte, é presentes las batallas de la un parte é de la otra, salia á pelear con el contrario, é le vencia, é derribaba é traía sus armas é despojo à su capitan; é esta vitoria que algunas veces ovó, le dió onra. Laqual, así como le pusó en

gran estimacion de algunos, así le traxó en odio y embidia de otros. Laqual cresció tanto que, por ser estrangero, fué constrenido de se apartar de su capitan, é como quier que le fue grave de sofrir; pero como veemos muchas veces que los infortunios de presente son causa de la prosperidad futura, segun que los casos de la providencia las suele rodear, este caballero veyendose solo de parientes, desfavorescido de compañeros, sin arrimo de capitan, pobre de dinero é sin amigos é en tierra agena, no tovó otro refugio sinó á su buen seso é grand esfuerzo; é con otro é otros dos que se llegaron á él, se avanturaba con buena destreza é grund osadia á facer saltos en la tierra de los contrarios en lugares peligrosos, é facia les guerra, é tomaba alguna prese con que se podia sustener.

Esto fizó muchas veces é con tanta sagacidad é esfuerzo que siempre salia en salvo; é como la fama de su valentia é de las presas que tomaba se divulgó por la tierra, allegaronse á el algunos hombres; é cresciendo do dia en dia el corazon con las hazañas, y las hazañas con la gente, y la gente con el interese, allegaronse á él muchas mas gentes, fasta que alcanzó á ser capitan una vez de mill hombres, é despues de grado acresentó en grado su capitania fasta ser capitan de diez mil hombres; é su poder fué de los mayores que tenia ninguno de los otros capitanes del rey de Francia á quien sirvia, é con aquel su grand poder, rubó, quemó, destruyó, derribó, despobló villas é lugares é pueblos de Borgoña é de Francia, en tiempo que aquel honorable reyno padescia guerras crueles que duraron por espacio de cinquenta años.

Andava lo mas del tiempo en el campo é ponia grand diligencia en la guarda de los reales para que su gente no rescibiese daño. Era hombre ayrado en los lugares que convenía serlo, é mostraba tan gran ferocidad con la ira, que todos le avian miedo.

Tenia dos singulares condiciones : la una que facia guardar la justicia entre la gente que tenia é no consentia fuerza, ni robo, ni otro crimen; é si alguno lo cometia, el por sus manos lo púria. É con esto todas las gentes de su hueste, aunque eran muchas é de diversas naciones é tenian officio de robar, le temian y estaban en paz é no osaban cometer fuerza ni crimen uno contra vtro. Facia assimismo repartir las prezas ygualmente segun que cada uno lo debia aver; é de tal manera dividia lo robado por justicia, que facia durar los robadores en concordia. Era assimismo hombre de verdad, é el seguro que dava á qualquier villa, lugar o provincia, o qualquier pacto que ponia con ellos, guardabalo estrechamente;

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