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par les divers degrés de la domesticité militaire qu'il prit rang comme homme-d'armes dans une compagnie.

Personne n'ignore que les compagnies furent les corps de troupes dont se composaient alors les armées; mais, la composition de ces corps eux-mêmes étant moins généralement connue, quelques explications sur ce point sont nécessaires pour l'intelligence de ce qui suivra.

Il n'y avait rien de réglé, même approximativement, quant à l'effectif des compagnies. Cette expression a désigné indistinctement ce qui serait pour nous une brigade, un régiment, un escadron, voire même une compagnie dans la rigueur du terme. Mais, quel qu'ait été le nombre des hommes, pour toutes les compagnies l'organisation fut la même. Elles étaient formées de combattants à cheval, auxquels s'ajoutaient d'ordinaire un tiers ou un quart de fantassins. Ceux-ci maniaient l'arc ou l'arbalète, l'arbalète de préférence à l'arc dans les compagnies françaises. Les cavaliers étaient de deux sortes : les uns appelés hommes-d'armes, parce qu'ils étaient armés de pied en cap; les autres, moins bien montés et plus légèrement équipés, étaient tenus pour les servants ou satellites des premiers. Chaque hommed'armes en menait deux, trois, quatre à sa suite, selon ses facultés. Maîtres et servants, groupés ensemble, constituaient autant d'unités désignées sous le nom de lances, parce que la lance, une longue lance de quatorze pieds, était l'instrument distinctif de l'hommed'armes. Celui-ci représentait le chevalier des anciens lemps, et même, dans plus d'un esprit, persistait l'opinion qu'on ne pouvait pas être un homme-d'armes ac

compli, à moins qu'on ne fût chevalier. Mais, en dépit du préjugé, le plus grand nombre des lances étaient tenues dans les compagnies par des écuyers ou soidisant tels, et il n'était pas rare de voir de ces écuyers commander à des hommes-d'armes chevaliers.

Les compagnies n'étaient pas permanentes. Elles étaient formées pour le besoin du moment, celles-ci avec de la noblesse, d'après le principe que la noblesse devait le service militaire en cas d'agression de la puissance dont elle relevait; celles-là, en plus grand nombre, avec des mercenaires de toutes les provinces du royaume, et même de tous les pays étrangers.

En temps de guerre, surtout lorsque la guerre se prolongeait, beaucoup de ces corps de mercenaires n'attendaient point qu'on les formât. Ils se formaient d'eux-mêmes et se soumettaient à des chefs de leur choix, ou qui s'étaient imposés à eux par leur énergie. Les engagements contractés ne mettaient pas le sort de tous les hommes à la merci d'un seul. On le voit par les attributions administratives des capitaines dans les armées royales. Quoiqu'ils se fussent loués eux et leur compagnie, ils ne disposaient point de la solde du corps entier. Ils étaient payés seulement pour eux, leur porteétendard, leur trompette et une petite escouade placée sous leur commandement direct. Les sommes allouées aux autres étaient touchées par des officiers subalternes ou chefs de chambre, qui avaient à leur charge les hommes-d'armes de leur chambrée; et chaque hommed'armes, à son tour, avait à la sienne son escorte de suivants.

L'effectif des chambrées ne fut pas moins variable que celui du corps entier. Telle se composait de cinq à dix hommes, telle de douze à quinze, telle de vingt.

Les gens de pied étaient administrés à part, d'une façon analogue. Lorsqu'ils étaient en nombre suffisant, ils avaient à leur tête un capitaine subordonné au capitaine de la compagnie. Leurs officiers subalternes s'appelaient connetables.

La compagnie de l'Isle-Adam fut, dès les premières prises d'armes, employée dans l'Orléanais et en Picardie; puis elle alla au secours d'Harfleur assiégé par les Anglais. Rendue maîtresse de Paris sans coup férir, pendant la nuit du 29 mai 1418, mais bientôt après surprise à son tour par un corps d'armée armagnac, elle eut à soutenir dans les rues une bataille sanglante dont l'avantage lui resta. Elle fut cantonnée ensuite à Pontoise et lieux circonvoisins, d'où elle se livra pendant un an à une guerre d'extermination. Enfin, ayant perdu Pontoise, elle suivit à la réduction de la France centrale son capitaine, que les événements avaient élevé à la dignité de maréchal du royaume.

C'est dans ces campagnes que Villandrando établit sa réputation de hardi combattant par son étude à bien faire et à rechercher les actions d'éclat. Il était toujours le premier à se proposer pour les postes dangereux el les commissions difficiles. Plus d'une fois, lorsqu'on était en présence dans l'attente de la bataille et qu'un champion du parti ennemi venait devant les rangs

! Tous ces détails sont extraits de la volumineuse collection des Titres scellés, aux manuscrits de la Bibliothèque nationale:

appeler qui osât se mesurer avec lui, on vit le castillan accepter le défi, vaincre son adversaire et en rapporter les dépouilles à son capitaine, qui l'honorait publiquement de ses éloges et de ses caresses.

Mais, si ces actes de valeur trouvaient leur récompense dans l'approbation des vrais soldats, pour d'autres ils furent un sujet d'envie. Les chefs subalternes craignirent d'être supplantés, à la longue, par ce jeune homme dont les exploits effaçaient les leurs. Ils cabalèrent contre lui, répandirent sur son compte des bruits que paraissait justifier son origine étrangère', et obtinrent enfin son exclusion de la compagnie : cela, lorsqu'il venait de s'acquitter, peut-être avec peu de succès, de la garde d'une petite forteresse du Gâtinais, où l'Isle-Adam l'avait posté”.

Selon toute apparence, cette disgrâce se place à la fin de 1419 ou au commencement de 1420, dans un moment où la défection entama les troupes du parti bourguignon, à propos de la question, qui se posait déjà, d'exclure de la succession à la couronne le dauphin, qui fut depuis Charles VII. La chose fut trouvée si excessive, même parmi les exécuteurs des vengeances bourguignonnes, que plusieurs d'entre eux désertèrent plutôt que d'avoir à y souscrire. Le gouvernement qui se couvrait du nom de Charles VI fut on ne peut plus alarmé. Il menaça de sévir avec la dernière rigueur contre les transfuges. Tous les Castillans devinrent suspects, parce que leur roi s'était déclaré pour le dauphin, et qu'on savait qu'il avait fait voter par ses cortès l'armement d'une flotte destinée à soutenir la cause du prince déshérité. La preuve que les craintes des Bourguignons à l'égard des Espagnols n'étaient pas sans fondement est dans ce fait, consigné par le religieux de Saint-Denis, que plusieurs arbalétriers de cette nation furent suppliciés à Saint-Denis même, pour avoir abandonné leur compagnie dans l'intention de passer aux Armagnacs.

1 Hernando del Pulgar. ? Livre des trahisons de la France.

La fidélité de Rodrigue aurait-elle été ébranlée ? Un trait de lui, que nous raconterons tout à l'heure, rend inadmissible un pareil soupçon. Mais il est possible que, dans sa franchise, il ait désapprouvé tout haut le parti vers lequel il voyait ses amis incliner. Il n'en falJut pas davantage aux jaloux pour le représenter comme un traître.

Rendu à sa liberté par une injustice, il se tourna vers le parti pour lequel s'était prononcée la politique de son pays. Mais ce parti, il résolut de le servir à sa façon et à son heure, après qu'il se serait créé à luimême une situation qui le mît désormais au-dessus des intrigues et à couvert des avanies. Il avait assez bonne opinion de lui pour se considérer comme le champion de la Castille, député pour le salut de la France. Il tint à ne se présenter que lorsqu'il aurait une suite avec laquelle il aurait fait ses preuves et qui lui permeltrait de poser ses conditions. Bref, il songea, de soldat per

Fernan Perez de Guzman, Cronica del rey d. Juan el II, p. 157 el 174.

• Livre XL, ch, xu (. VI, p. 376).

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