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retour, fût occupée parles Rodrigais, qui lui mirent la main dessus. Nouvelle prison, nouvelle rançon; mais cette fois il eut affaire à un maître qui n'acceptait pus les payements en nature. Il n'obtint sa liberté que pour une grosse somme de florins du Rbin, en bonnes pièces bien sonnantes et bien trébuchantes 1.

La fortification de Bordeaux, du côté des champs, était percée de huit portes, précédées chacune d'une barbacane entre deux ponts-levis. Trois de ces portes débouchaient dans la direction de Saint-Seurin*. Du haut des tours dont elles étaient flanquées, les Anglais plongeaient sur les quartiers de l'ennemi, qui, de son côté, usait de tous les artifices pour se rendre impénéIrable dans ses retranchements. De part et d'autre on se montrait également attentif à se garder, mais, tandis que les uns multipliaient les sorties, les autres aftichaient la résolution de se tenir enfermés.

L'étude constante des capitaines assiégeants fut d'inventer des stratagèmes et de commander des manœuvres feintes, en vue d'attirer les Anglais dans la campagne. Ils y réussirent une fois, avec un succès dont ils purent se réjouir comme d'une victoire en bataille rangée.

Ayant avisé combien les vignes qui entouraient la ville étaient hautes et commodes pour se cacher, ils y envoyèrent pendant la nuit un fort parti de leurs gens. Le lendemain matin, le reste des bandes sortit de SaintSeurin et feignit de battre en retraite d ins la direction

1 M. Jimenez de la Espatla, Andanças é viaje» de Pcro Tafur, p. 239. * Léo Drouyn, Bordeaux vers l150, description topographique.

de l'embuscade. Alors les Anglais de se précipiter hors de Bordeaux par toutes les portes et de disputer de vitesse entre eux à qui enfoncerait le premier l'arrièregarde ennemie. Mais, au lieu de chasser, ils furent chassés eux-mêmes; car à un signal convenu les traits commencèrent à pleuvoir sur eux, en même temps que les censés fuyards, recevant dans leurs rangs ceux de l'embuscade, firent volte-face et repoussèrent les Anglais jusque dans leurs redoutes. Ceux-ci rentrèrent huit cents de moins qu'ils n'étaient sortis1.

Les semaines s'écoulèrent sans que l'armée qui s'employait si bien pour le roi fût mieux payée par lui qu'elle n'avait été outillée pour les opérations du siège. L'année courante et celle d'avant ayant été très mauvaises, la disette, quand vint le milieu de l'été, fut universelle. Bordeaux en souffrit beaucoup : on y consommait plus de millet que de blé2. Les Français euxmêmes, malgré l'étendue de pays qu'ils avaient à leur disposition pour se refaire, virent le moment où ils ne renouvelleraient plus leurs approvisionnements. Pour comble d'embarras, un nouveau ban de routiers amené sur le Bordelais vint augmenter le nombre des bouches.

Rodrigue, en quittant la Bourgogne, s'était séparé du bâtard de Bourbon. Celui-ci, toujours en butte à l'indi

1 Monstrelet, 1. II, ch. ccxxxvm; Chronique Martinienne, 2" vol., fol. 285.

* « Emit tres currus seu cadrigas milii, dando pro qualibet cadriga seu curru xxxvi francos monete burdegalensis, ad distribuendum pauperibus. » Enquête pour la canonisation de l'archevêque Peyre Berland, Archives historiques de la Gironde, t. III, p. 446.

gnation de Charles VII, se transporta en Languedoc. Plusieurs petites bandes insoumises, par-dessus lesquelles avait passé, sans les atteindre, la proscription naguère édictée contre les Rodrigais, erraient dans la province. Leurs capitaines firent alliance avec le bâtard de Bourbon, et tous ensemble s'étant établis dans le bourg de Sainte-Gavelle, voisin de Toulouse, trouvèrent moyen de vivre pendant plusieurs mois aux dépens de cetle capitale1. A la fin ils vendirent leur retraite, moyennant un patis avantageux*. L'une des conditions du traité était qu'ils iraient rejoindre l'armée de Guienne. Par ordre du roi, Poton de Xaintrailles vint exprès à Toulouse pour les emmener et veiller à ce qu'ils suivissent leur chemin sans s'écarter \

Dans un mémoire adressé par la noblesse de Guienne au gouvernement anglais, on porte à 14 000 chevaux la force qui se trouva réunie, après leur jonction, sous l'étendard du roi de France*. Tant de cavalerie com

1 Miguel del Verms, Chroniques béarnaises, p. 596.

* Vaissete, Histoire de Languedoc, t. IV, p. 489.

3 Quittance donnée par Poton de Xaintrailles, le 8 août 1438, à Toulouse, de la somme de 2000 écus d'or à lui o donnée, promise et accordée par les gens des trois Ëstaz de la seneschaucié, pour aider à vivre, conduire et soustenir, et faire plus toust et hastiveinent passer de toute ladicte seneschaucié certaine grant compaignie de gens d'armes et de traict dont le roy nostre sire m'avoit donné la charge soubz son estendart, pour faire guerre en Guienne. » Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, t. I, p. 404. On voit par une autre quittance du même jour que la sénéchaussée de Toulouse fournit en outre une provision de blé et de vin pour le voyage. Tardif, Monuments historiques, p. 456 , volume de l'Inventaire imprimé des Archives nationales.

* « Lodit de La Brit, dus hans a passais, ab grant companhe de roters, de qui a conde de xiiij tnili rosins, ab l'estandard deu rey ffranses, es viencut en Bordales et en las Lanes. » Collection Bréquigny, vol. Lxxxh, aux mss. de la Bibliothèque nationale.

posait une armée qu'un territoire épuisé n'était point en état de nourrir bien longtemps. En effet la nécessité de se séparer pour aller chercher leur vie ailleurs s'imposa bientôt aux capitaines, qui en prirent bravement leur parti. Le sire d'Albret, en vertu de ses pouvoirs et avec le concours des garnisons qui furent laissées dans les places qu'elles occupaient, se chargea de garder ce qu'on avait fait de conquêtes. Rodrigue, Poton de Xainlrailles, le bâtard de Bourbon et les autres, se mirent en devoir de vider le pays.

Ils s'éloignèrent, ne pouvant pas douter du résultat qu'aurait leur retraite. Il était trop évident qu'avec Bordeaux pour point d'appui les Anglais reprendraient le dessus dès qu'ils pourraient envoyer de nouvelles troupes en Guienne. C'est ce qui arriva effectivement l'année suivante. De toutes les places conquises, on ne conserva que Tarins, au bord des landes de Gascogne. Que de morts d'hommes, de violences commises et de souffrances infligées, pour peu de profit! Quel argument de plus pour les mécontents, qui imputaient au gouvernement le dessein d'éterniser la guerre, afin de procurer de l'occupation aux gens-d'armes!

Sur quelle contrée allait fondre la horde impitoyable qui avait saccagé le riche Bordelais? Longtemps on s'en préoccupa en France et hors de France, môme après que le danger n'existait plus.

La ville de Bâle, épouvantée par une courte apparition des Ecorcheurs du nord en Alsace, se persuada que, s'ils s'étaient retirés sans s'attaquer à elle, c'était afin d'aller se rallier avec leurs contingents du midi, et qu'ils reviendraient en nombre se saisir des passages du mont Jura, l'objet de leur convoitise ne pouvant être que le pillage de la cité opulente où la présence du concile faisait pour le moment affluer tous les biens. Or c'est plus de neuf mois après] que les compagnies avaient quitté la Guienne qu'on se livrait à ces appréhensions sur les bords du Rhin. Il n'est pas moins étrange que les magistrats de Besançon, interrogés par les Bâlois sur l'imminence du danger, aient rassuré leurs voisins en leur affirmant que Rodrigue et Xaintrailles étaient encore devant Bordeaux1.

Ces craintes avaient pris naissance à la cour de Bourgogne. Dès le temps de l'évacuation du Bordelais, le duc Philippe crut à une conjuration de tous les routiers contre ses Elats, si bien que, dans une correspondance active qu'il entretint à ce sujet avec le gouvernement de Charles VII, il sollicita l'appui de l'autorité royale. Sur ses instances, le roi enjoignit publiquement à Poton de Xaintrailles, Rodrigue, le bâtard de Bourbon et consorts, de respecter les possessions d'un prince qui était à la fois son allié, son vassal et son proche parent'.

Quels qu'aient été les projets antérieurs de ces capitaines, il est certain qu'en quittant la Guienne ils ne se dirigèrent point du côte de la Bourgogne. Tout au contraire; au lieu d'aller chercher l'un des passages de la Garonne, ils s'écoulèrent par le pays de Marsan pour gagner Condom et lieux circonvoisins où ils s'arrê

1 Ci-après, Pièces justificatives, Lxxv. » Ci-après, Pièces justificatives, n° ix.

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