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accommodement en lui offrant cinq cents vieux écus d'or pour lui, et deux cents autres écus pour son beaufrère et lieutenant le bâtard de Bourbon ; enfin que le sénéchal deBeaucaire et Jean de Carmaing se tiendraient prêts avec les milices du pays, dans le cas où les propositions pacifiques seraient repoussées1.

Rodrigue prit l'argent voté par les Étals et consentit à évacuer immédiatement l'Albigeois, mais en laissant garnison dans les châteaux que lui avait livrés Bobert Dauphin, et en opérant sa retraite par un chemin qui n'était pas celui d'un homme décidé à quitter de sitôt le Languedoc. On dirait qu'il lui revint mémoire d'anciennes créances qu'il avait sur le roi, et que son intention fut, avant d'aller plus loin, de s'adjuger des garanties par la saisie d'un gage. C'est sur le château de Cabrières, qui faisait partie du douaire de la reine, qu'il porta ses vues\

Pour des batteurs d'estrade rien n'était au-dessus de cette forteresse; car elle commandait les chemins suivis pour se rendre du centre de la France aux foires de Pézenas et deMontagnac, c'est-à-dire au seul des grands marchés du royaume qui continuât d'être fréquenté pendantees années de désolation. L'un des beaux exploits de Valette fut d'avoir enlevé par surprise le château de Cabrières en 14505; mais la surveillance avait redou

1 Vaissete, Histoire de Languedoc, t. IV, p. -485. * Ci-après, Pièces justificatives, Xlvii.

5 Vaissete, t. IV, p. 476. Une ordonnance de paiement sur le trésor royal, en date du 18 septembre 1426, représente le château de Cabrières comme une « très notable place; mesmement qu'il est fort envié d'aucuns, de leur voulenté desraisonnable tendans à l'avoir en leurs mains par blé à la suite de cet évènement. Sept sergents, installés là comme des colons militaires, gardaient chacun une partie de l'enceinte sous le commandement d'un vaillant capitaine, appelé Jean de Loupiac, et avec le concours d'une garnison qui ne montait pas à moins de quatre cents hommes, tous combattants d'élite1.

Rodrigue rôda pendant deux mois et demi autour de la place, sans parvenir à tromper la vigilance d'aucun de ses défenseurs. Il ne réussit qu'à répandre la terreur dans les environs et jusque dans Béziers. Cette ville, persuadée que c'était à elle qu'il en voulait, se mit sous la tutelle d'une sorte de dictateur qu'elle chargea de diriger les opérations de son comité de défense'. L'approche du roi qui s'avança jusqu'à Clermont, et celle de l'armée provinciale amenée par le sénéchal de Beaucaire, mirent fin à toutes les menaces.

Les compagnies évincées du Bas-Languedoc se retrouveront tout à l'heure dans le Berri. Avant de les y suivre, il est bon d'indiquer ce que fit une autre bande de Rodrigais, attachée à l'escorte qui ramena Robert Dauphin dans son diocèse.

Plusieurs mois s'écoulèrent entre la soumission d'Albi et le retour de l'évêque restauré, parce que, Bernard de Casilhac s'étant enfermé dans le château de

emblée ou autrement; et s'en sont vantez, ainsi que nous en sommes informez; et s'ils l'avoient, grans inconveniens et dommaiges en pourroient avenir. » Cabinet des titres de lu Bibliothèque nationale, dossier Loupiac.

1 Quittance de Maurigon de Loupiac, frère et lieutenant de Jean de Loupiac, chargé dela procuration des sept sergents duchâteau defiabrières pour toucher leurs gages échus (27 avril 1434). Cabinet des titres, l. c,

s Ci-après, Pièces justificatives. Xi.vi.

Cordes avec une forte garnison, Robert Dauphin ne voulut se montrer que lorsqu'il serait en mesure de chasser de là son compétiteur. Ses amis embauchèrent à son service bon nombre d'aventuriers parmi lesquels un corps d'Écossais, et ce détachement des compagnies du castillan, dont on vient de parler. Tout cela, joint à quelques escouades de la retenue du roi, forma une petite armée dont les sénéchaux du Languedoc prirent le commandement.

Vu l'intervention des autorités de la province, on aurait pu croire que les choses se passeraient avec une certaine décence; mais, loin que la présence de ces hauts personnages imposât aux routiers la moindre retenue, c'est au contraire le dérèglement des routiers qui gagna les officiers du roi et leur suite.

Il fallut assiéger et prendre de vive force le château de Cordes. Les compagnons, comme les appelle le narrateur de qui nous tenons ces détails, les compagnons s'y précipitèrent avec la certitude que la rançon de Casilhac allait leur rapporter à chacun cent moutons d'or pour le moins. Quelle ne fut pas leur déconvenue! Casilhac s'était évadé. Quand ils en furent certains, ils passèrent sur le mobilier du château leur rage de se voir ainsi frustrés; puis, étant descendus dans la ville, ils accompagnèrent dans les rues, avec mille dérisions et blasphèmes, le sénéchal de Toulouse, qui s'était ridiculement accoutré des habits d'église du fugitif, sa tête coiffée d'un grand chapeau en guise de mitre.

Robert Dauphin, honteux de leurs comportements, fit sans eux son entrée dans Albi; mais des inquiétudes qu'il eut bientôt l'obligèrent de les appeler à son aide Introduits de nuit dans la ville, ils prirent domicile cbez les bourgeois en forçant les portes et en faisant, la plupart, sauter les maris par les fenêtres. Ils exigèrent ensuite là levée d'une forte contribution pour leur être distribuée : nonobstant quoi ils rançonnèrent chacun leur hôte au moment de leur départ1.

Voilà quel fut le cérémonial à l'usage des acolytes du comte Rodrigue pour introniser, au milieu de ses ouailles, un pasteur en Jésus-Christ. Ceux de la même église qui gratifièrent le Bcrri de leur visite étaient destinés par leur chef, ainsi qu'on va le voir, à des œuvres tout aussi peu orthodoxes, quoique de l'ordre purement temporel.

L'intention de Rodrigue en entrant dans le Berri était de traverser cette province et de traverser aussi la Touraine pour se rendre quelque part où il se disait • pressé d'arriver. On était dans les premiers jours de l'année 1437 qui, suivant l'usage de ce temps-là, avait commencé à Pâques, et Pâques en 1457 fut le 31 mars. Quoique le but du voyage demeurât le secret du capitaine, cependant tout le monde dans son camp savait l'itinéraire, de sorte que, divulgué au dehors et répété de bouche en bouche, on le sut à Tours lorsque la compagnie n'était encore qu'à La Châtre. Désespérés de cette nouvelle qui venait au moment le plus fâcheux, le roi ni le dauphin n'étant dans le pays, les habitants de Tours supplièrent la reine et la dauphine d'intercéder

1 Plaidoirie de Luillier, du 141 juillet 1438. Voy. ci-dessus, p. 127, note 1.

pour eux auprès du redoutable visiteur qu'ils ne connaissaient que trop, ayant eu deux fois déjà affaire à lui. Les dames écrivirent en effet. Leur lettre, portée à La Chaire, fut reçue du comte Rodrigue avec une courtoisie toute chevaleresque. 11 déclara au messager que, malgré l'importance de son dessein, il renonçait à passer par la Touraine pour l'honneur et révérence qu'il devait à de si grandes dames; que. d'ailleurs, il était bien aise de donner cette marque de déférence au dauphin, dont il se dit être le serviteur et l'obligé. A l'appui de ces paroles, il écrivit une aimable lettre en réponse à celle qu'il avait reçue '.

A quinze jours de là, il y eut à Tours une nouvelle alerte. On apprit que les routiers, au lieu de s'éloigner suivant la promesse de leur capitaine, étaient venus camper à Chàiillon-sur-Indre, à huit lieues de Loches. La reine et sa belle-fille écrivirent encore, et leur lettre remise cette fois, non plus à Rodrigue de Villandrando qui était absent, mais au bâtard de Bourbon, son remplaçant, amena la retraite définitive de la compagnie. Après trois jours d'hésitation et d'attente, elle rebroussa chemin tout d'une traite jusqu'au bourg de Déols, à côté de Chàteauroux; puis de là elle se mit en marche vers le Bourbonnais'.

Son passage fut signalé, comme à l'ordinaire, par des pilleries, par des rançonnements, par des incendies. Même il y eut quelque chose de plus. L'œuvre de malfaisance fut couronnée par un meurtre qui eut plus

1 Ci-après, Pièces justificatives, n° xnnt. » Ibid.

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