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qui naist en la mer de G-resce, et flote sur la mer. Teile est la vertu de celle piere que se tu la mes en une autre piere et le portes avoiques toi nul ost ne toi pora contrester, mais fuira hastivement devant toi. Bien doient entendre totes gens que ce ne puet estre» et ceftainne chose est que se Aristotles conneust une telle piere que il la feist avoir à Alixandre ; et bien savons par le ystoire que sovent fut dur menez en bataille, et que ses annemis ne fuirent pas, et por chou entendons que Aristotles ne fist mies tout cest livre en la maniere que il vint a nos, car en nul autre livre que il feist nos ne trovames onques fausetez aperte. Le dis-je por sa opinion del mont, car il dist et prueve que le mont onques ne comencha, et tot ne soit ce mie voirs que bien le savons par nostre foi qui nos est monstrée par révélation de Dieu, non porquant ce nest pas impossible; car bien poist-il estre se dieus le vosist, si comme sains Agustins recherche el liuvre de la Citée Deu.

«Par les avant dittes choses entendons nos que quant quest bien dit et solonc raison en cest liure, Aristotles dit ou escrit, mais quant qu'est faus ou desordeneement dit fu la coulpe des translateurs ('). » Victor Le Clerc, qui cite aussi en partie ce passage, ajoute à la fin: « On voit que déjà l'autorité d'Aristote ne suffisait plus pour couvrir ce que la raison se refusait à croire, et qu'un

(') Fol. 131, v°. Nous ne croyons pas devoir oublier les détails qui suivent, ils jettent un jour sur le sort des livres avant l'imprimerie. Ce manuscrit, que Colbert a recueilli plus tard dans sa bibliothèque, qu'il a fait relier avec soin et qui porte sur ses armes une couleuvre ondulante, avait appartenu, comme on le voit au verso du feuillet 45 et à la lin du Livre des secrets, d'abord à un charpentier du nom de Jean Lasne, « charpentier demorant au Maignil Scellieres ».

On lit ensuite au-dessous, dans l'écriture du même temps, quinzième ou seizième siècle : « Ce présent livre appartient à Pierre Acquary, munier, demorant au Molin avant du Maignil Scellieres. Celuy ou celle qui trouvera le présent livre et qui le rendra au dit Acquary, voullantiers paira du vin, faulte de ne le rendre au dit Acquary le grand diable les puisse emporter. Joseph Marye. (Pierre Acquary). »

homme du treizième siècle, un moine, un traducteur, ne se laissait pas imposer par ce grand nom. » Nous ajouterons que, malgré ces tentatives trop rares d'indépendance, la raison des hommes du moyen âge n'en était pas moins soumise à une sorte de pouvoir fatal qui lui imposait l'erreur, parce qu'elle n'était pas encore éclairée des rayons de la véritable science.

Déjà dans le douzième siècle la grande réputation d'Aristote était arrivée à la foule par un poëme français de deux mille deux cents vers. Pierre de Vernon en était l'auteur. Roquefort le nomme les Enseignements d'Aristote, parce que l'auteur suppose qu'il est tiré des lettres écrites par ce philosophe à Alexandre le Grand:

Aristotle mult epistles feseit

De moralitez, car il desireit

Ke chescun bon fust en dreit de sei *

Et en dreit des autres en bone foi.

Le philosophe imaginaire donne au roi de fort bons conseils. Il l'engage à être doux, tempérant, modeste, à bien gouverner son peuple. Il prend soin du corps de son élève comme de son âme; il lui parle des différentes maladies dont il peut être attaqué, de la manière de les guérir. Il lui recommande surtout d'être généreux. Il l'invite à remplir ses devoirs de religion, à honorer les savants, à éviter la société des hommes pervers, à être généreux après la victoire, àrendre à tous la justice. Ce que doit ambitionner un souverain, dit-il, c'est l'amour de son peuple; s'il ne l'a pas, malheur à lui! La pluie, en petite quantité, ranime la verdure, nourrit les plantes, les arbres, les fruits, et embellit la nature: tel est l'effet du règne d'un bon prince; mais trop de pluie engendre de grands maux; les espérances du laboureur et du marchand sont détruites, les tonnerres se mêlent à la pluie, la foudre tombe:

En rivières fait crestieues sovent (crues d'eau)
Les ruisseaux s'en enflent ensement,
Et mult aviennent, les mers frémissent
Par qui mut vivanz périssent.

Tout cet enseignement finit par de belles sentences sur la religion chrétienne, sur Jésus-Christ, sur les vertus théologales ! S'il y a quelque invraisemblance à rapprocher ainsi des noms si divers, c'est au moins une morale édifiante et une orthodoxie au-dessus de tout reproche (').

On ferait un volume des erreurs du moyen âge sur l'antiquité. Les hommes les plus érudits de ce temps brouillent et confondent les temps et les lieux. Auteurs imaginaires, traités qui n'ont jamais existé, fables grossières sur les noms les plus illustres du moyen âge, tout se rencontre dans leurs compositions. Alart de Cambrai compose-t-il (*) un poëme sur les moralités des philosophes, voici avec quelle critique il enregistre les noms des vingt autorités dont il s'appuiera dans son écrit: « Tulle paraît en tête de la liste; Salomon vient ensuite, escorté de Sénèque, de Térence, de Lucain, de Perse, de Boëce,de Cicéron, qu'il a le malheur de croire différent de Tulle. » Diogène est nommé « bons clercs, cortois » ; on lui donne cet éloge : « C'est cil en qui n'ot nule faute de clergie soutil et haute. » L'énumération se poursuit : Horace, Juvénal, Ovide, Salluste, Isidore, Aristote, Caton, Platon, Virgile, Macrobe, sont pêle-mêle assemblés. « Voilà les vingt noms entre lesquels on voit qu'il n'y a point de place pour Maron, qu'on l'accuse d'avoir distingué de Virgile. » Saint Paul intervient entre Sénèque et Aristote.

(') Hist. litt. de laFr., t. XIII, p. 125. (*) T. XXIII, p. 243. Hist. litt. de la F,:

Virgile a eu la meilleure part aux éloges étranges de ces étranges historiens de l'antiquité. Les Oracles sibyllins de sa quatrième églogue lui valurent de bonne heure la réputation d'avoir été un précurseur de JésusChrist et d'être révéré comme un prophète. Dans quelques légendes il a sa place auprès de saint Paul:

Dont sains Pols qui vit ses escriz,
Qui molt ama lui et ses diz,
Dist de li, a cuer irascu:
«- Quel grasce j'eusse rendu
A Deu, se tu fusses vescuz
Tant que je fusse à toi venuz! »

Inutile de raconter ici les merveilles qu'on attribuait à sa science de la magie. Un professeur italien, M. Comparetti, les a rassemblées en deux gros volumes, On ne saurait imaginer rien de plus fou que sa mouche d'airain, dont les autres mouches ne pouvaient s'approcher sans s'exposer à périr. Il avait, dit-on, fabriqué un cheval d'airain dont la vue guérissait les chevaux malades. Bâtir une grande ville sur un œuf, jeter un immense pont dans l'air sans l'appuyer nulle part, entourer un jardin d'un épais nuage qui lui forme une clôture infranchissable, ce sont pour lui des jeux. lla su fabriquer deux cierges inextinguibles, une tète parlante. « Cette tête, qui prononçait des oracles, consultée par lui-même à l'instant où il partait pour un voyage, répondit: « Garde bien ta tête. » Il crut qu'il s'agissait de veiller sur son ouvrage ; mais on lui recommandait sa propre tête, qui fut atteinte en route d'un coup de soleil dont il mourut. » C'est bien le cas de répéter avec Bossuet que la sagesse humaine est toujours courte par quelque endroit, comme le jour où Virgile se laissa prendre et pendre dans un panier par les filles de l'empereur, sujet d'un fabliau populaire. Ces petits échecs subis par sa grande science n'ont pas empêché la gloire de ses merveilleux faits de se répandre d'âge en âge, et la nature a voulu contribuer, elle aussi, à honorer un aussi grand homme, car « il a un chastel devers la Sezile » et son tombeau « fors de Rome »:

Encor i sont li os de lui,

C'on garde miez que les atrui.

Quand on les soloit remuer,

Por li en grant honor lever,

Si enfloit la mers maintenant,

Et venoit au chastel corant,

Et com plus le levoit en haut

Tant cressoitplus la mers en haut(').

Hippocrate n'a pas échappé à ces transformations romanesques. Sa science tient également de la magie, on en fait un des sages de Tolède (*); on le fait venir à Rome, où sa haute prudhomie ne tient pas contre les ruses d'une femme. Ce grand médecin tombe malade d'amour; comme Virgile, dont on raconte la même aventure, il se laisse imprudemment hisser dans la corbeille aux jugés. Il y demeure tout un jour exposé aux quolibets de la populace, jusqu'à ce que l'empereur Auguste fasse cesser cette avanie, non sans rire avec tous ses barons de la déconvenue du célèbre médecin. Hippocrate (3), Tolède, Auguste et Rome, tout se brouille et

(i) Ms. ancien 7856, 3, 3, nouveau 1822, f° 174 v°, 1" colonne, Des mer veilles que Virgile fist par astronemie.

(2) Dans le roman de Maugis d'Aigremont un messager de Tolède appelle dans cette ville Maugis et son précepteur:

A tant es un message de Toulette la cit
Venus est en la sale por saluer Baudri;
Puis lui a dit: « Biau sire entendes à mes dis;
Li sage Goulias, Afarès et Landris
Vos mandent qu'à Toulete soiez ains quinze diz
Que trové ont soz terre en un cellier voltis
Un livre de grant pris come je le vos plevis,
lue li sage Ipocras i ot depostet mis. »

(3) La fille d'Hippocrate a longtemps passé pour une sorte d'oracle dans l'Ile de Cos (Lango), qui avait été la patrie de son père. Voir là dessus le

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