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d'Alexandre ('), ne dit presque rien de l'éducation du héros:

Eîx« SiSâaxaXov xaXàv, Tovjxbv 'Apurtvzù.rp
K' aÙTivov Tôv AiâviSa, itoùxav x' oî Suô Ta Oeàei.

Elle n'ajoute rien aux détails que nous avons déjà fait connaître. Là s'achève ce que nous pouvons dire sùr la légende d'Aristote, telle qu'elle s'offre à nous dans les ouvrages grecs écrits au début et presque à la fin du moyen âge. Il nous faut arriver aux romans et aux fabliaux français.

Le nom d'Aristote n'a jamais été inconnu dans l'Europe occidentale, et surtout dans la France. Il y fut porté par les traducteurs latins de ses œuvres, comme Boèce et Aventinus, ou conservé par les citations de Cicéron, de Victorinus, etc. Parmi les savants, il existait très-anciennement un recueil d'axiomes tirés des ouvrages physiques et métaphysiques d'Aristote, qui donnaient une idée succincte de toute sa doctrine (*). Il n'entre pas dans mon plan de rechercher ce que les philosophes du douzième et du treizième siècle ont pensé d'Aristote; je m'occupe de traditions 'qui n'ont rien à démêler avec la science et l'érudition, puisqu'elles sont nées précisément de leurs contraires; il n'est pas inutile toutefois de résumer en quelques mots l'histoire d'Aristote dans les écoles du moyen âge.

(1) 'Irropia eU ô-oi'av -xepiéxïtixi h pi'oç xal f, àvSpafaOiW Tos itepiêoiyrou paa(XÉwç 'AXeÇâvSpou Toù Maxeoôvoç, utoù Twv OaujxaaToiv paaiXÉwv 4»iXiintou xal 'OXujxitiâSoç, veOxrrl TuWJeîaa, xai J«t' eitiaeXei'aç SiopOwOeïaa; Venise. 1778. — On attribue le poëme à Démétrios Zénos. M. Sathas ne parle pas de cet auteur dans sa «fciXoXofi'a NeoeXXijvix^.

(2) Amablc Jourdain, Recherches critiques sur l'âge et l'origine des traductions latines d Aristote, etc., nouvelle éd., 1843, ch. I, p. 21.

Depuis Roscelin jusqu'à Albert le Grand, c'est-à-dire dans la première époque de la philosophie dite scholastique, Aristote n'est connu que comme dialecticien. Sa dialectique fait délirer Abélard dans ses raisonnements sur l'Écriture sainte. Aristote est le maître des sophistes; c'est lui qui inspire les nouveaux sophistes Pierre Lombard, Pierre de Poitiers, Gilbert de la Porée. Gauthier de Saint-Victor s'exprime ainsi sur leur compte: « Uno spiritu Aristotelico afflati, duo ineffabilia Trinitatis et Incarnationis scholastica levitate tractarunt, multas haereses olim vomuisse... » Au poëme de VAntiClaudien, Aristote figure dans l'un des tableaux qui ornent le palais de la nature, sous cet aspect:

Illic arma parât logico, logicaeque palestram
Pingit Aristoteles.

Depuis 1230 ou 1240, dit Jourdain, la réputation du philosophe s'est tellement accrue par l'introduction de ses ouvrages philosophiques, qu'on oublie ses premiers titres pour ne plus parler que de ses travaux sur la nature, ce qui le fait appeler Princepsphilosophorum.

Plus la réputation d'Aristote s'accroît dans les écoles, plus elle doit se répandre même parmi ceux qui, sans faire les études scholastiques, participent un peu au mouvemeut intellectuel des écoles. Il était difficile qu'il n'en fût pas ainsi, quand l'Église s'inquiéta de l'influence du Stagirite dans l'enseignement de la théologie. Son nom se trouva bientôt mêlé à des excommunications retentissantes. La condamnation des erreurs d'Amaury amena celle de certains écrits du précepteur d'Alexandre. Une première interdiction frappa quelques ouvrages du philosophe grec.Des historiens,comme César d'Heisterbach, comme Guillaume le Breton, enregistrent la sentence du Concile de Paris, qui condamme au feu les livres de David de Dinant et de petits traités de métaphysique nouvellement apportés de Constantinople, et traduits en latin. En 1215, nouvelle prohibition des traités de la métaphysique d'Aristote, édictée par Robert de Courçon. « Non legantur libri Aristotelis de metaphysica et naturali philosophia ('). » Les autres ouvrages autorisés étaient sans relâche lus, maniés, commentés et appris. Pour être bachelier, il fallait avoir assisté aux leçons sur l'Organon, ou traité de logique; pour la licence, ou y joignait la physique; pour la maîtrise, la morale. Il n'y avait pas de nom qui retentît plus souvent dans la rue du Feurre ou du Fouarre, vico degli Strami. Dans ces écoles de philosophie, ouvertes sur le terrain du fief de Garlande, les quatre nations de la Faculté des arts rebattaient sans cesse les arguments empruntés à Aristo te. La science y consistait à connaître les règles épineuses de la logique, à débrouiller les hypothèses d'une métaphysique entortillée. On se hasardait même à expliquer la politique. On a beaucoup reproduit au XIIIe siècle le nepl 'Eppïjvetaç. Le syllogisme était là dans son empire naturel. Il y paraît sous les formes les plus bizarres et les plus compliquées. On y demande : « Quid est syllogismus contraria? deceptionis? Quid est syllogismus infirmus? Quid est syllogismus fatuus? Quid est syllogismus diversivus?» On y connaît un syllogisme lingiosus, un autre falsigraphicus, ou mieux pseudographicus, un autre ostensivus. Bene syllogizare était le comble de la science. Dante, qui a vu dans Paris le docteur Siger se livrer à cette brillante escrime, caractérise son talent et sa science par ce mot seul, sillogizzô.

Tous ces caprices de la pensée philosophique n'étaient pas sans inspirer quelque défiance aux gardiens sévères

(') Jourdain, 192.

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