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par les tables généthliaques : ainsi il trouva qu'il aurait un fils qui lui succéderait au trône. Dans l'empire de Constantinople, ce n'était peut-être pas un des moins grands efforts de l'astrologie de découvrir que le fils remplacerait son père dans la dignité d'empereur. « THv ■yàp èpaaTr,ç aoçi'aç uavroSairi)ç, xal aùTfjç SîjTa xfjç àTOppr^ou, Vj Si' ètoosùv fxavTetjeTai là. èaéfxeva, xal rapt Tûv àaTépwv èa^oXaxei xivYjaetç, xal Ty]v èx ToÔtidv àïTOTeXeap.aTix^v èuirorifArjV fxeTYipyeTo xal evpiaxev il»ç eijei uaîSa Tov ^aaiXeiaç SiaSoyov('). «

Léon avait composé ses Oracles au moyen de figures qui les accompagnaient. C'étaient, par exemple, un bœuf, un ours, un aigle, une tête d'homme dans un bassin, un lion portant sur le dos la lettre X, un renard; des accouplements bizarres de noms et de symboles. Atfiia avec un serpent, MeTavoi'a avec un aigle, Movap^i'a avec une licorne, "E-itap^iç avec une tête, Suy^uaiç avec un homme tenant une rose d'une main, une faulx de l'autre, donnent encore aujourd'hui au lecteur de ces Oracles, publiés par Lambecius, une impresssion qui trouble le bon sens et étonne la raison.

Les Grecs ont eu longtemps une foi vive et constante dans l'infaillibilité de ces rêveries. Il ne faut pas en être surpris: ils ont eu tous les genres de superstition. Au treizième siècle, Isaac II, entouré d'astrologues qui étaient ses parasites, s'était persuadé qu'aveugle, accablé de la goutte, courbé sous les infirmités qui, chez lui, avaient devancé la vieillesse, il recouvrerait la vue, la santé, la jeunesse même, et deviendrait monarque universel. « Il se préparait, dit Lebeau, par des folies à ces merveilleux événements. Entre plusieurs extravagances, il fit transporter de l'hippodrome dans son palais la figure du sanglier de Calydon; c'était, selon les astrologues, un talisman dans lequel était

(') Basil, édit. p. 143.

renfermé le foyer des séditions du peuple, fort semblable à ce furieux animal ('). »

Au moins les habitants de Tralles durent-ils a ce travers de l'esprit un redoublement de courage quand, vers 1280, ils furent assiégés par les Turcs. Pressés par la faim, obligés de se nourrir des aliments les plus immondes, et même de chair humaine, n'ayant pour étancher leur soif que le sang qu'ils tiraient des veines des chevaux, décimés par la peste, ils espéraient moins dans le secours que devait leur amener Andronic, que dans les promesses décevantes d'une inscription en style d'oracle gravée sur un marbre qui, prétendait-on, avait été découvert quand on avait creusé les fondations de la ville. « Cette inscription annonçait à la nouvelle Tralles les plus heureuses destinées pendant tout le règne de son second fondateur; elle prédisait encore que les barbares viendraient l'attaquer après sa restauration, mais qu'elle triompherait de tous leurs efforts (*). »

Michel Paléologue lui-même, malgré ses lumières, prêtait l'oreille à toutes sortes de prédictions frivoles. C'est ainsi qu'il condamna à perdre la vue un malheureux grammairien, citoyen honnête et tranquille, parce qu'un charlatan lui avait fait craindre qu'il ne lui succédât à l'empire (3).

On conservait donc soigneusement dans la bibliothèque du palais les Oracles de Léon. Ce livre était regardé avec la vénération qu'on avait jadis pour les compositions des sibylles. On y lisait l'avenir, ou plutôt on accommodait les événements accomplis au sens indécis et vague de ces vers assez obscurs pour permettre toutes les illusions.

(') Lebeau, liv. XC1V.

(*) Lebeau, liv. CI. ,

(») Lebeau, CI.

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La fin de la prédiction corrigeait heureusement le début qui n'annonçait que désastres.

Il est facile de comprendre quelle sorte d'empire eurent sur les esprits ces rêveries prophétiques de Léon le Sage. Nous voyons par les extraits qui précèdent qu'on les répétait dans le peuple. On peut croire qu'elles étaient d'âge en âge imitées, rajeunies, amplifiées par l'imagination populaire. Nous trouvons quelque chose de semblable dans notre histoire. Les prophéties de Merlin, les révélations de sainte Brigitte, les centuries de Nostradamus, n'ont cessé, même de nos jours, d'être reprises et répandues. On s'en prévaut encore pour agir sur l'esprit naïf et crédule des campagnards. Tout est bon à qui sait s'en servir.

Jean Meursius, dans son glossaire grec-barbare, cite quelquefois une paraphrase en langue vulgaire des vaticinations de l'empereur Léon. Il cite encore une explication des prophéties de Constantinople. Ces oracles auraient été trouvés, à ce que dit le texte cité par Meursius, sur une colonne de marbre : eOpéOirj dç T^v KwvoravrivouTOXiv tlç fxtav xoXovav p.apaapiTixïjv. Il ajoute: Cœterum explicatio Ma asservatur intégra in Bibliotheca Vaticana.

Je ne sais pas ce que peut être cette explication conservée à la Bibliothèque du Vatican, mais je crois avoir rencontré dans notre Bibliothèque nationale de Paris une composition qui rappelle celle-ci et certainement doit lui ressembler.

En étudiant le manuscrit grec 929, j'ai lu au bas de la page 403 la rubrique suivante : Amy^a Xéljeœv Aiovwç Too o-ixpioTàTou. Ce titre général est suivi de cinq morceaux, un peu différents par le style et par la langue, mais se ressemblant par l'inspiration qui les a dictés. Ce sont les plaintes d'un cœur ulcéré par les malheurs de sa patrie ou attristé par les vices du siècle. Constantinople envahie par les étrangers, un prince latin assis sur le trône de Constantin, l'empire déchiré par les barbares, la vigne du Seigneur dévastée, le mal triomphant sous les traits de l'Antechrist, telles sont les idées générales de ces morceaux. On peut, sans hardiesse, assurer que, s'ils sont tous de la même main, cette main fut celle d'un moine.

La première pièce, qui est de beaucoup la plus importante, se rattache plus étroitement que les autres aux Énigmes de l'empereur Léon. Le procédé de l'auteur consiste à citer un texte qui est celui du Philosophe; puis il l'interprète, et il cherche dans les événements accomplis le sens et la vérification de l'oracle. Ce n'est certainement pas le style de l'empereur Léon qu'on retrouve dans ce morceau. C'est une transformation populaire, une version vulgaire des vers échappés à sa plume.

Outre les difficultés indéchiffrables d'une prophétie, d'autres difficultés abondent, provenant de la langue elle-même et surtout des allégories sous lesquelles la pensée est comme étouffée.

On comprend pourtant qu'il s'agit de retrouver dans les prédictions de l'empereur une annonce formelle des progrès faits sans relâche par les Hongrois, les Tchèques, les Alains, les Y laques, les Coumans et les Turcs. Ces derniers peuples surtout sont représentés sous l'emblème du renard. Leurs progrès sont dépeints; en vain, de la Serbie, des princes s'opposent à leur marche, ils n'en continuent pas moins d'envahir le monde : l'Épire aussi bien que la Judée. Il serait inutile, je pense, de chercher à comprendre tous les détails de ces vers souvent baroques; ce qu'on peut y voir, c'est que le monde, sous la figure d'une vieille femme, se laisse conduire aux abîmes.

S'il faut se régler sur la date énoncée dans le texte,

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