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Ses souvenirs littéraires n'ont fait que suggérer ou des crimes à son imagination pervertie, ou des citations horribles. Il jouait depuis son enfance VIncendie de Troie.

Dans un de ses accès de fureur égoïste contre le sort, il s'écria : « Heureux Priam, qui a pu voir de ses yeux son empire et sa patrie périr à la fois. » Dans une autre circonstance, entendant citer un vers du Bellérophon, d'Euripide, qui signifiait:

Moi mort, puissent la terre et le feu se confondre!

« Oh non ! dit-il, mais bien moi vivant! (') Dicente quodam in sermone communi:

imo, inquit, èfxoO ÇôvToç, » et Suétone ajoute: « Planeque ita fecit. » Il l'accuse d'avoir incendié Rome, d'avoir, à la lueur des flammes, chanté « aXoxriv Ilii, la prise d'Ilion » avec le costume du Théâtre. Il voulait rebâtir Rome et l'appeler Néropolis.

A ses derniers moments, près de mourir, il ne cessait de répéter des citations classiques; suivant Dion Cassius (2), il se rappelait ce vers qu'un tragique avait mis dans la bouche d'Œdipe:

Epouse et père veulent que je meure misérablement.

Quand il lui venait quelque honte de sa lâcheté à mourir, il se disait en grec: « Où upérai Népiovt, upéuet. N^çeiv Seï èv toïç totouTotç.'Aye, eyeipe aamov.BEt il ne parvenait pas à se donner du cœur. Enfin, il entendit le bruit des cavaliers qui accouraient vers sa retraite. A cet instant

(') Renan, ibid. 144. Lib. LXI1I;28.

décisif, dont il ne se cache pas l'horreur, c'est un vers de Y Iliade Q) qui s'offre à son esprit:

"Imtwv jx'iI»xirctoSwv àaipl Xtutoç oûorra pâXXei

Le pas des lourds chevaux me frappe les oreilles.

Ce serait en vérité à faire prendre le grec en horreur! Rappelons-nous pourtant que cette langue servait aussi aux ennemis de Néron pour marquer ses crimes d'une dote d'infamie. On trouva souvent, dit Suétone, des affiches qui portaient ces mots:

Nepwv, 'Opérnjç, 'AXxjjwiûov, piTpoxTOvoi.

Néron, Oreste, Alcméon, meurtriers de leur mère. Ou encore:

Neôvujxi?ov NÉpwv iSi'avTs jxtlTÉp' àitoiTeivev.

Néron a tué sa jeune femme, il a tué sa mère.

Légère expiation de tant de crimes!

Galba, Othon, Vespasien laissent surprendre dans leur vie quelques traces d'hellénisme, mais ils n'en firent point, comme Néron, usage pour le crime et la folie. Domitien décora d'une citation grecque le traité qu'il dédia à un de ses amis, sur l'art de soigner la chevelure: « Quamvis libello quem de cura capillorum ad amicum edidit, hoc etiam, simul illum seque consolans,inseruerit,oi^ôp$çô)çxâY<»>xaXoo-Tep.eYao-Te... » Une autre fois, comme on le pressait de se marier, il répondit: xoù où ya^aai OéXetç ;. Ce peu d'hellénisme de Domitien peut être compensé par celui d'une corneille fatidique. Quelques mois avant la mort de cet empereur, du haut du Capitole, elle dit en grec: « lorat uavTa xaXûç. »

N'oublions pas qu'il institua un concours quinquennal en l'honneur de Jupiter Capitolin; entre autres exercices, récompensés d'un grand nombrede couronnes,

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on distinguait un concours pour la prose grecque et pour la prose latine (1).

Mais ce fut surtout avec les Antonins, avec Marc-Aurèle, que triompha l'hellénisme. On peut dire à sa louange que l'Empire lui dut ses meilleurs princes, comme il lui dttt les seuls hommes de talent, historiens, poëtes et philosophes qui, dans leur faiblesse même, relèvent la décadence des mœurs et des esprits.

m.

Même avant l'invasion des barbares, l'étude du grec avait subi un grave déchet. Le christianisme en avait diminué l'importance. A mesure que la doctrine nouvelle augmentait ses progrès, l'esprit prenant une autre direction, c'était autre part que se portait la curiosité. Les chrétiens, qui sortaient des rangs les plus infimes de la société romaine, n'avaient nul goût des lettres grecques; ils ignoraient absolument le monde hellénique. Ceux qui venaient au christianisme en partant des régions supérieures faisaient vite le sacrifice d'études qui leur semblaient trop frivoles et même dangereuses. Les fondateurs de la religion nouvelle se donnaient pour des pêcheurs, pour des ignorants : ils ne comptaient ni sur l'éloquence ni sur la rhétorique pour se faire écouter, ils méprisaient ces moyens humains, non in persuasibilibus humanis, comme dit Saint Paul.

Cet apôtre lui-même et quelques-uns des premiers docteurs du christianisme n'étaient pourtant pas étrangers à la culture des Grecs (2). Saint Paul, en prêchant

(') Voir Suétone. Vie de Domitien. — Egger. Mémoires de Philologie étude du Grec et du latin par les Grecs, p. 270.

(*) Voici ce qu'en dit Saint Jérôme, dans une de ses lettres du liv. II, qui commence ainsi : «Sebesium nostrum suis monitis profecisse... (D. Hieronymi Stridoniensis Epist. Selectœ, et in libros très distributoe opera D. Petri Casinii Theologi, Parisiis, 1588.) Sed et Paulus Apostolus Epimenidis poette abusus versiculo est, scribens ad Titum (Tit. I) : KpîjTeç ael ij/eCoTai,

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tique qui prend le dessus, et toute l'autorité passe aux traditions judaïques. S. Justin, Eusèbe, S. Clément d'Alexandrie, Origène deviennent bientôt des étrangers pour les chrétiens d'Italie.

Le triomphe définitif de la religion chrétienne, la translation de l'EmpireàConstantinople firent une autre révolution bien plus décisive dans les rapports du monde hellénique avec le monde latin. Il semblerait au premier abord que Constantinople dût prendre une grande autorité sur lui. Elle s'élevait au moment même où l'Italie tombait. Rome semblait entrer dans sa décadence. Quoiqu'elle gardât la suprématie religieuse, il est bien vrai que de ce moment commençait sa chute politique. Des malheurs sans nombre vinrent fondre sur elle; prise et reprise parles barbares, elle finit par demeurer en leurs mains, elle échappa à l'influence grecque; et il ne resta plus en Italie après le triomphe d'Odoacre qu'une vaine ombre du pouvoir impérial à Ravenne. Cette séparation violente faite par les armes rendait plus sensible une séparation morale que la différence des esprits et la divergence des opinions religieuses « avaient préparée depuis longtemps.

Entre le Christianisme de Rome et celui de Constantinople, il y eut bientôt une distance marquée. En * Italie, les esprits plus graves, plus sérieux, moins instruits, conservaient les traditions et la foi, sinon exemptes d'erreurs, au moins d'erreurs profondes. Le vieil esprit romain, si constant dans les principes qu'il avait une fois adoptés, était moins accessible que l'esprit des Grecs aux nouveautés périlleuses. Il se mêla toujours chez ceux-ci une grande légèreté à beaucoup de subtilité philosophique. Les chrétiens de Constantinople ont toujours eu beaucoup d'indulgence pour les philosophes, que leur langue avait produits avec tant d'éclat. Ils ne redoutaient pas la libre discussion,

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