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PRÉFACE

Ce livre est le remaniement de plusieurs articles que je publiai, il y a plus de trente ans, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes. Je fis connaissance avec le personnage qui en est le sujet pendant que je recueillais les matériaux de mon édition des procès de Jeanne d'Arc. Sans avoir été l'un des compagnons d'armes de la Pucelle, Rodrigue de Villandrando faisait parler de lui dans le temps qu'elle parut. Je le trouvai tant de fois mentionné avant et après les événements de 1429, que je me persuadai qu'un homme dont le nom revenait si souvent avait rempli un rôle important. Je profitai de la correspondance et des déplacements auxquels m'obligeait la préparation de mon grand travail pour me renseigner, par la même occasion, sur ce Rodrigue. En peu de temps j'eus réuni assez de matériaux pour voir se former un ensemble qui me parut suceptible d'être mis en œuvre. Je croyais alors avoir épuisé la matière. Lorsque ma notice eut vu le jour, je m'aperçus combien j'étais loin de compte. Comme il arrive à ceux qui ne sont pas rompus aux pratiques de l'érudition, j'avais négligé des sources de première importance. D'autres, auxquelles je m'étais adressé, avaient été de ma part l'objet d'un mauvais emploi. Et puis le sujet s'étendait bien au delà des limites où s'étaient renfermées mes recherches. Cet étranger a laissé des traces dans une infinité de lieux où je ne soupçonnais pas qu'il fût allé. J'en acquis la preuve par le nombre de textes nouveaux qui me furent signalés depuis. Je tins registre de tout ce qui se présentait, et c'est à l'aide de ce supplément d'informations que je reviens sur un récit qui est devenu inexact dans un trop grand nombre de ses parties. Je confesse sans regret et sans honte l'insuffisance de mon premier travail, d'abord parce que, lorsqu'il parut, il était tout ce que j'avais pu faire de mieux : ensuite parce que, tel qu'il fut, il répandit la connaissance d'un nom à peu près ignoré, et que c'est grâce à ce que l'attention avait été éveillée sur lui qu'eurent lieu les découvertes dont je profite aujourd'hui.

A la façon dont on comprend actuellement les recherches historiques, il faut renoncer à la prétention de les faire complètes, surtout si le sujet que l'on traite appartient aux siècles avancés du moyen âge. La difficulté tient à la dispersion des documents non moins qu'à leur abondance. Aussi serait-on mal fondé à donner comme définitive une composition, si laborieusement préparée qu'elle ait été, dont les matériaux appartiennent à l'immense répertoire de cette époque. L'ambition en pareille matière doit être de se borner à proposer des essais, que les chercheurs futurs auront à corriger ou à augmenter au hasard des pièces qui leur tomberont sous la main.

Quoique doublé de volume et presque entièrement refait dans les parties conservées de la première édition, le présent ouvrage ne vise donc pas à être autre chose qu'un essai. Nul doute que d'autres documents ne s'ajoutent encore à ceux qui ont permis de l'amener au point où il est. Tous nos dépôts d'archives ne sont pas encore in· ventoriés; plus d'une chronique manuscrite du quinzième siècle reste à publier, et il me semble difficile que l'Espagne ne fournisse rien de plus que ce que j'ai pu en obtenir. Quelles que soient cependant les découvertes à venir, je crois pouvoir affirmer d'avance qu'elles ne changeront ni la physionomie du personnage ni le caractère de ses actions. L'intérêt de sa vie est de montrer jusqu'à quel point les institutions militaires furent confuses dans la France du moyen âge, et combien de maux l'on eut à souffrir avant qu'il sortît de là un commencement de régularité. Non seulement Rodrigue de Villandrando vit ce changement s'accomplir au cours de sa carrière, mais on peut dire qu'il fut l'un de ceux qui contribuèrent le plus à l'amener. Enabusant au delà de toute mesure d'une force désordonnée qui détruisait le pays pour arriver à le défendre, il fit naître l'idée de fonder sur une armée permanente la sécurité du dedans et du dehors : il fut comme ces fléaux qui, par leurs ravages, ont suscité la découverte des principes de la salubrité. Sinistre recommandation, il faut en convenir, si elle était la seule qui s'attachât au nom de ce capitaine; mais l'équité veut que l'on ait égard à ce que, étranger comme il était, il s'attacha avec une fidélité inébranlable à la cause de la France, quand la cause de la France était désespérée. En tenant compte de sa constance, et de la part considérable qu'il eut dans maints combats glorieux et décisifs, et surtout de ce que, par des démonstrations incessantes, il déconcerta pendant de longues années les plans d'attaque de l'ennemi,

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