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instant le spirituel et le temporel, et ne cessent pas de revenir sur ce qu'ils ont déjà dit '. — Ces évêques fugitifs se plaignent de n'avoir pu demeurer à la tête de leurs églises : néanmoins, ils songent à restaurer tous les sièges épiscopaux, même ceux que ni les Wisigoths, ni les Suèves n'avaient pu relever (c. 5). — Ce n'est pas tout. On voit encore ces évêques brouillons se référer au « livre d'Idace » (c. 5), soit à la Division de Wamba revue et complétée par Pelage a; on les voit invoquer hors de propos l'autorité de Charlemagne, lequel aurait déclaré les Asturies assez vastes pour subvenir aux besoins de vingt évêques, ou même de trente (c. 6) 3 j motiver l'érection d'Oviedo, en rappelant l'histoire de Carthagène et de Tolède (c. 7) 4 ; justifier l'abandon de leurs sièges, en citant l'exemple d'évêques résidant auprès du Pape, et continuant, malgré tout, à administrer leurs diocèses (c. 7). On voit également les pères du premier concile comparer à Babylone, Rome et Jérusalem, capitales successives du monde antique, Tolède et Oviedo, capitales successives de l'Espagne (c. 9) 5 ; et, pour finir, raconter la

1. Il est traité des droits d'Oviedo aux canons 1, 4, 5, 7 et 9 ; des rentes promises, aux canons 4, 6, 7 et 10, le mélange des deux questions portées à l'ordre du jour du concile étant particulièrement sensible aux canons 4 et 7.

2. Malgré l'argumentation de M. A. Blâzquez, La Hitaciôn de Wamba (Madrid, 1907, in-8°, 95 pp.), il faut, pour le Liber Itacii, en revenir à la doctrine si judicieuse et si probante de Florez, Esp. Sagr., IV, pp. 195 et suiv.

3. Le passage mérite qu'on le cite : « Asturiarum enim patria tanto « terrarum spatio est distenta, ut non solum viginti episcopis in ea « singulae mansiones possint attribui, verum etiam (sicut praedictus « magnus rex Carolus per Teodulphum episcopum nobis significavit) « triginta praesulibus ad vitae subsidia valeant impendi singula « loca » (Esp. Sagr., XXXVII, pp. 297-298).

4. Le début du canon 7, qui manque dans la copie tolédane, est à noter : « Ne igitur cuiquam videatur dissonum et quasi rationi con« trarium » (Ibid., p. 298).

5. Ici encore les évêques veulent convaincre les incrédules : « Adhuc

révolte d'un certain Mahmoud, dans le but de montrer quels dangers avait courus l'église naissante d'Oviedo (c. 11) '.

D) Le second concile est aussi déconcertant que le premier, duquel il dérive de la façon la moins douteuse 2. Les Pères de 821 avaient une vague teinture de l'histoire universelle: ceux de l'an 900 ignorent l'histoire de leur temps "». Us siègent à l'époque où Alphonse III, parvenu à l'apogée de sa puissance, avait conquis le Portugal jusqu'au Mondego et repeuplait les plaines léonaises jusqu'au Duero. Cela ne les empêche pas de répéter les doléances de leurs prédécesseurs, d'affirmer, eux aussi, qu'ils ont été chassés de leurs sièges et contraints de se réfugier dans les Asturies 4. Bien mieux, oubliant presque l'objet propre de leur assemblée, — soit l'érection d'Oviedo en métropole, — ils ne s'inquiètent guère plus que des rentes qui leur sont attribuées, l'interpolateur de Sampiro ayant biffé tous les passages concernant les droits

« etiam, ut omnes invidos et refragatores Oveto metropolitanae « translationis leviter convincamus, alia exempla adducimus » (Ibid., p. 299).

1. Dozy, Recherches, 3e éd., I, pp. 124-125 et xxiv-xxv, a considéré comme authentique le passage relatif à Mahmoûd et bâti tout un roman auquel sont mêlés les Maragatos, que le concile désignerait sous le nom de falsi christiani. L'erreur de Dozy ne supporte pas l'examen, et Noguera, Ensayo cronolôgico, p. 450, avait bien vu qu'il s'agit de Mahmoûd de Mérida, mais que le faussaire, empruntant au PseudoAlphonse, ch. 22, le nom de Mahmoûd, a transposé et déformé les faits. Cf. la réfutation implicite qui se trouve dans le diplôme apocryphe du 27 mars 832 (Cat., n° 14).

2. Le P. Fita, dans Bol. de la R. Acad. de la Hist., XXXVIII, p. 122, a cru que le texte de Sampiro avait « servi de source » au rédacteur du concile de 821. Cette opinion est infirmée par la comparaison des deux documents, et l'on observerait sans peine des traces de suppressions, par exemple en rapprochant du canon 5 du concile de 821 le ch. 10 de Sampiro.

3. Cf. Tailhan, Bibliothèques, p. 343, n. 1.

4. Sampiro, ch. 10: « Infestatione namque et incursione gentili « extra Asturiarum montes nonnulli praesulum a suis penitus sedibus « sunt expulsi ; nos vero in nostris nimium inquietati », etc.

BEVUE HISPANIQUE. • 7

d'Oviedo à la dignité métropolitaine \ Notons aussi que le roi, dotant in fine l'église d'Oviedo, lui donne exclusivement des biens sis en Galice, ou mieux qu'il confirme à ladite église les possessions galiciennes que lui avaient concédées les Vandales 2: il y a là une intention très clairement exprimée.

E) Que dire des documents annexés à ces deux conciles? Les bulles du pape Jean ont pu faire illusion, parce que certaines formules en sont correctes, et que le style rappelle celui de la chancellerie pontificale du IXe siècle. Mais, outre que l'une d'elles est manifestement interpolée3, et que toutes deux ont été successivement rapprochées du concile de 821 et celui de l'an 900 4, ces deux bulles tendent à prouver un

1. Il n'est plus dit qu'Oviedo succède à Lugo en tant que métropole, les églises suffragantes d'Oviedo ne sont plus énumérées, etc.

2. Sampiro, ch. 13 : « et sicut praedictam sedem haereditaverunt « nostri praecessores, et Vandali reges stabilierunt, ita nos eam stare « praecipimus et confirmamus. »

3. Voici le passage incriminé de la bulle Litleras devotionis (Sampiro, ch. 8) : « Nam nos... sedulas preces Domino fundimus, ut regnum « vestrum gubernet, vos salvos faciat, custodiat et protegat, et super « omnes inimicos vestros erigat. Ecclesiam autem beati Jacobi Apostoli « ab hispanis episcopis consecrari facite, et cum eis concilium celebrate. « Et nos quidem, gloriose rex, sicuti vos, a paganis jam constrin« gimus », etc. Il est manifeste que la phrase Ecclesiam celebrale a été glissée entre deux propositions qui, logiquement, se font suite. Trelles, Asturias ilustrada, I (Madrid, 1736, in-fol.), pp. 291-292, a traduit la bulle d'après le Libro gôtico ; or, dans sa traduction la susdite phrase ne se retrouve pas. Une vérification ne serait pas inutile.

4. Datées de juillet 821 (Quia igilur) et du 20 septembre 822 (Litleras devotionis), ces deux bulles se trouvent aux fol. 5 v et 6 du Libro gûtico (cf. Vigil, Asturias, p. 57, A 8a et A ga), et se trouvaient aussi dans l'Ovetensis (cf. Revue des Bibliothèques, XXIV, 1914, p. 213). Datées de 871, elles constituent les ch. 7 et 8 de Sampiro. — Il serait intéressant de savoir à quelle époque remonte 1' « original » de la bulle Litteras devotionis, signalé par Vigil, loc. cit. — Rappelons que l'église d'Oviedo aurait possédé une troisième bulle de Jean VIII (Vigil, op. cit., pp. 57-58, A 13), renfermant une délimitation du diocèse de ladite église fies paroisses galiciennes n'y sont pas oubliées);

fait extrêmement douteux en lui-même: savoir que, dès le IXe siècle, l'église asturienne se serait adressée au SaintSiège pour le règlement de questions d'ordre intérieur; or, on sait pertinemment que les relations de l'Espagne du NordOuest avec Rome n'ont commencé que beaucoup plus tard, sous l'influence des moines de Cluny '. — Quant à l'acte d'assignation de rentes, que l'on attribue à Alphonse III, il n'a de valeur que par rapport aux conciles, notamment au second, à l'appui duquel il vient 2 ; et il n'a d'intérêt qu'à un seul point de vue : c'est qu'il donne à l'évêque de Braga le titre d'archevêque 3. Lorsqu'il a été rédigé, les faussaires d'Oviedo, corrigeant leurs doctrines antérieures, ne prétendaient donc plus que leur église avait été l'unique métropole du royaume asturien.

Ces remarques étant faites, quelques observations complémentaires seront présentées.

1° Malgré leurs extravagances, les conciles d'Oviedo n'auraient-ils pas conservé le souvenir d'un fait exact ? En d'autres termes, un concile s'est-il réellement tenu dans le cours

mais, d'après Risco lui-même, Esp. Sagr., XXXIII, pp. 179-181, cet acte est un faux. C'est, à vrai dire, un faux très grossier, comme on peut s'en convaincre en lisant la traduction qu'en a donnée Trelles, Asturias ilustrada, I, pp. 293-296.

1. Masdeu, Hist. critica de Espana, XIII (1794), pp. 47-49, avait rejeté les bulles de Jean VIII, en concluant, p. 49, qu'elles sont « segu« ramente de invencion francesa ».

2. Cette notice est annoncée, au ch. 12 de Sampiro, par les mots: « Dationem istam in fine libri hujus invenies eam », que Risco, Esp. Sagr., XXXVII, p. 249, a considérés comme interpolés; ils correspondent cependant à la réalité, puisque ladite notice se trouve à la fin du Liber Chronicorum, où a pris également place la recension pelagienne de Sampiro.

3. On pourrait croire à un lapsus ; il n'en est rien, puisque l'acte se termine ainsi : « Et fiunt in sub uno duo archiepiscopi et sedecim « episcopi. » — On rappellera, sans insister, que parmi les évêques., ont été omis ceux de Lamego et de Lugo. .. -,

du IXe ou au début du Xe siècle ? Cette question restera sans réponse : à part les documents déjà signalés, on ne pourrait invoquer ici qu'une charte privée du XIe siècle, où on lit: « ut in diebus regis Domini Adephonsi et Xemenae reginae, « in era DCCCLXXXVI, cum Hermenegildus ipse praeponeret « cum consensu papae romensi Joannis in Ovetense sede « archiepiscopus, et omnes episcopi Ispaniae convenerunt ad « concilium Oveto' ». Or, cette charte, que l'on a tenté de défendre2, est plus que suspecte en raison de sa provenance, des dates qu'elle renferme et des rapports qui l'unissent à l'acte d'assignation de rentes3.

2° L'église d'Oviedo a-t-elle jamais eu rang de métropole? — Sous Alphonse II comme sous Alphonse III, l'autorité métropolitaine appartenait, historiquement parlant, à la seule église de Braga, l'ancienne capitale spirituelle de la Galice. Mais ces droits, — quel qu'en fût, au IXe siècle, le détenteur4, — ne s'étendaient pas à l'ensemble du royaume; celui-ci englobait en effet, au moment de sa plus grande ex

1. Texte dans Esp. Sagr., XXXVIII, app. xv1, pp. 305-306.

2. Voir la préface du t. XXXVIII de Y Esp. Sagr.

3. Le document en question, — « una escritura Gôtica » ,— était conservé aux archives du monastère de San Vicente d'Oviedo, lesquelles possédaient, d'autre part, la charte du 25 novembre 781 où est racontée la fondation de la ville d'Oviedo (cf. ci-dessus, p. 84). — Les dates sont inadmissibles: le second concile, tenu sous Alphonse III, est placé ici en 848, ce qui est absurde, et le document lui-même est daté de 1015, alors qu'il mentionne Ferdinand Ier (1037-1065). — Enfin, le monastère concédé à San Vicente n'est autre que San Julian de Box, soit celui que l'acte d'assignation de rentes avait attribué à l'évêque de Leon; bien mieux, notre charte fait allusion à l'acte susdit : « data fuit ipsa ecclesia in praestamine episcopo Legionensi, « quousque episcopatum super omnes sedes episcopales duravit in « Oveto. »

4. S'il faut en croire les faussaires galiciens des x1e-xne siècles, Alphonse II aurait érigé Lugo en métropole au lieu et place de Braga; d'où toute une série de diplômes apocryphes. Voir Étude sur les actes des rois asturiens, pp. 72 et suiv.

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