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du monastère de Samos'.et de documents de teneur douteuse2, il existe une masse imposante de textes nettement apocryphes. Attribués à Pélage, Alphonse Ier, Alphonse II et Ramire Ier; relatifs aux monastères de Santillana, Santa Maria de Covadonga, San Pedro de Villanueva, San Cipriano de Calogo et Lorvâo 3, certains de ces faux constituent de grossières supercheries et n'ont trompé que des érudits crédules. D'autres, au contraire, forgés ou récrits au XIe et au xne siècle, ont égaré la plupart des savants; à cette catégorie appartiennent l'unique diplôme d'Alphonse II pour Valpuesta 4; tous les diplômes d'Alphonse II, Ordono Ier et Alphonse III pour Oviedo5 ;plusieurs actes des mêmes princes (et de Ramire Ier), pour Iria-Compostelle 6; tous les diplômes d'Alphonse II et d'Alphonse III pour Lugo ou pour Braga7; tous les diplômes d'Alphonse III pour Mondonedo 8. Quelle que soit leur ancienneté relative, les actes qui viennent d'être énu

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mérés en dernier lieu, ne sauraient être employés, même partiellement '.

Les chartes privées.

Les chartes privées sont trop rares pour permettre l'étude de la condition des biens et des personnes 2 ; elles n'apportent que par hasard des données chronologiques vraiment utiles 3; en fait, ces chartes qui sont, en très grande majorité, des donations ou des contrats de vente 4, ne nous serviront guère qu'à marquer, dans la mesure du possible, les progrès de la colonisation et le développement des établissements religieux, des monastères en particulier. D'ailleurs, même à ce point de vue restreint, elles ne fournissent pas toujours les informations précises que l'on serait tenté de leur demander.

Beaucoup de dates ont été mal transcrites par les compilateurs de cartulaires, ou mal interprétées par les éditeurs modernes 5 ; or, si maintes corrections semblent légitimes, il

1. Les faussaires ont eu parfois à leur disposition des actes authentiques. Mais jusqu'à quel point ont-ils respecté les originaux qu'ils avaient sous les yeux ? Il est impossible de le dire, tout criterium faisant défaut ; et l'on n'est même pas sûr qu'ils aient reproduit avec exactitude les souscriptions que portaient les modèles employés.

2. En chiffres ronds, on n'a guère qu'une centaine de chartes privées, dont une dizaine remonterait, du moins en apparence, au vin0 siècle, et vingt environ à la première moitié du ix0.

3. Ces chartes ne portent pas toutes mention du prince régnant; de plus, le hasard veut qu'il n'y en ait pour ainsi dire pas dont les dates coïncident avec les changements de règne.

4. Remarquer toutefois que ces chartes offrent infiniment plus de variété que les diplômes royaux. Citons, à titre d'exemples, l'acte du 13 décembre 863 (Bol. de la R. Acad. de la Hist., LXXIII, 1918, pp. 421-422), qui mentionne une sentence rendue par le tribunal du comte, et un véritable mandement (Esp. Sagr., XXXIV, p. 432), adressé, vers 878, par l'évêque de Leon Mauro à un certain Betoti.

5. Dans certains cartulaires, comme celui de Santo Toribio de Liébana, les erreurs de date sont, en quelque sorte, de règle. Pour certains

est des cas — heureusement assez rares, — devant lesquels la critique hésite et le doute subsiste '. — En outre, ces chartes, dont les dates sont parfois incertaines, se répartissent géographiquement de façon très inégale. Le tiers environ de celles que nous connaissons, intéresse la Galice et le Portugal 2; un groupe assez compact provient de la Vieille-Castille3; un autre groupe, déjà moins important, concerne des possessions de l'église de Leon 4. En revanche, pour les Asturies proprement dites, soit pour la région qui fut le centre même du royaume, on possède à peine six documents 5, tandis que

groupes de documents, par exemple, pour ceux qui proviennent de San Millan de la Cogolla, les erreurs d'interprétation ont été fréquentes (voir Appendice VII). Même dans les recueils publiés de nos jours, telles erreurs de transcription ont été méconnues ; comparer, notamment, Portugaliae Monumenta Historica. Dipl. et chartae, n° v, pp. 3-4 et Tailhan, Bibliothèques, p. 317, n. 3.

1. Ainsi, les actes du 24 avril 785 (Esp. Sagr., XL, pp. 367-368), du 29 avril 787 (Huerta, Anales de Galicia, II, pp. 294-295), du 28 décembre 787 (ibid., escr. xv, pp. 401-402), n'auraient-ils pas été vieillis d'un siècle ?— Nous verrons ailleurs que l'acte du 25 janvier 842 (Esp. Sagr., XL, app. xvm, pp. 381-383), soulève des difficultés : la date est certainement fautive, mais il est impossible de proposer une correction paléographiquement satisfaisante.

2. Presque tous ces actes, — environ vingt-cinq pour la Galice et treize pour le Portugal, y compris les documents mal datés ou faux, — ont été publiés par Huerta, Anales de Galicia, II (Santiago, [1736], in-fol.), Risco, Esp. Sagr., XL (1796), Lôpez Ferreiro, Historia de la iglesia de Santiago, II (Santiago, 1899, in-8), etaufasc. 1 (1868) des Port. Mon. Hist. Dipl. et chartae.

3. Environ vingt-six, dont on trouvera le texte dans Berganza, Antigûedades de Espana, II (1721); Llorente, Noticias histôricas de las tres provincias vascongadas, III (Madrid, 1807, pet. in-4°); Revue Hispanique, VII (1900), pp. 273 et suiv.; L. Serrano, Becerro gôtico de Cardena. Silos-Madrid, 1910, in-8°. Voir aussi Sota, Chronica de los principes de Asturias y Cantabria (Madrid, 1681, in-fol.), pp. 434, 450 et 450-451.

4. Voir Risco, Esp. Sagr., XXXIV (1784), pp. 154, 427, 429 et 432, et surtout Garcia Villada, Catalogo de los côdices y documentos de Leôn, p. 77, n°» 50-60 et p. 161, n"» 1326, 1327 et 1329.

5. Quatre de ces documents nous sont intégralement parvenus:

l'on n'en compte pas moins de quinze pour le seul district de Liébana ', dont le rôle politique fut nul et dont l'étendue était minime. — Enfin, quoique les chartes privées soient en majeure partie authentiques, il ne faudrait cependant pas croire qu'il n'existe parmi elles ni documents apocryphes, ni documents suspects 2 ; bien au contraire les plus intéressantes de ces chartes seraient presque toutes à rejeter. Tel est le cas, par exemple, de quatre chartes de Lugo (ier février 745, 15 mai 747, 28 février 757 et vers 760, 5 juin), pleines de détails curieux qu'ont utilisés trop d'historiens de l'histoire politique, et surtout trop d'historiens du droit 3. Tel est également le cas de l'unique charte relative au monastère de San Vicente d'Oviedo (25 novembre 781), laquelle renferme un double récit de la fondation même de la ville d'Oviedo 4. Tel est encore le cas de la charte presque célèbre

voir Risco, Esp. Sagr., XXXVII (1789), p. 309 et 319 ; Vigil, Asturias monumental, epigrdfica y diplomâtica (Oviedo, 1887, 2 vol. in-4°), Texte, p. 357, et P[ablo] R[odriguez], Diploma de Ramiro I, p. 314. Deux autres de ces documents ne sont connus que par des analyses: Yepes, Coronica gênerai de la orden de San Benito, IV, fol. 158 r, et Vigil, op. cit., p. 551. — Joindre à ces six documents deux chartes concernant les Asturies de Santillana; cf. M. Serrano y Sanz, Cartulario de la iglesia de Santa Maria del Puerto (Santona), dans Bol. de la R. Acad. de la Hist., LXXIII (1918) et suiv. (voir au tome cité, p. 421), et Ed. Jusué, Libro de régla 0 cartulario de la antigua abadia de Santillana del Mar (Madrid, 1912, gr. in-8°), p. 3.

1. Voir les articles de M. Ed. Jusué, dans Bol. de la R. Acad. de la Hist., XLV (1904), pp. 409-421 ; XLVI (1905), pp. 69-76 et XLVIII (1906), pp. 131-139, et V. Vignau, Indice de los documentosde Sahagun (Madrid, 1874, in-8°), n°» 436-440, pp. 107-108.

2. Il existe même des faux ridicules, tels que l'acte d'Alboacem, gouverneur de Coïmbre (Huerta, op. cit., II, escr. vi, pp. 389-390), celui du comte Theodus, gouverneur de Coïmbre également (ibid., escr. xi, pp. 397-398), la charte de Juan de Montemayor du 27 décembre 850 (cf. R. Menéndez Pidal, La leyenda del Abad Don Juan de Montemayor. Dresden, 1903, in-8°, p. Lix).

3. Sur ces quatre chartes et d'autres actes qui leur sont apparentés, voir ci-dessous, Appendice V.

4. Texte dans Riscq, Esp, Sagr., XXXVII, app. vi, pp. 309-311.

de Quiza Gonteriquiz (26 février 788), qui, croyait-on naguère, nous révélait l'existence d'une dynastie de rois galiciens, mais dont on n'oserait sans doute plus invoquer le témoignage * ; — du fuero de Brafiosera, octroyé par le comte Nuùo Nufiez le 13 octobre 824, acte qui serait le plus ancien spécimen de carta-puebla, si la date d'une part, et, d'autre part, l'emploi de certaines expressions ne nous mettaient en défiance 2 ; — du « privilège de Monforte » (ixe siècle), qui est un faux manifeste, en liaison étroite avec l'histoire de l'église d'Oviedo \ etc., etc.

Cet acte, que Pelage n'a pas transcrit dans son Libro gàtico, mais dont il y a une copie du début du XIIe siècle (cf. Vigil, op. cit., p. 120, B ia), est très maladroitement rédigé. Au début, le prêtre Montano, s'adressant au prêtre Mâximo et à l'abbé Fromestano, rappelle que ceux-ci ont défriché l'emplacement d'Oviedo et bâti le monastère de San Vicente. Un peu plus loin, Fromestano certifie à son tour que, vingt ans auparavant, de concert avec son neveu Mâximo, il a en effet opéré et ce défrichement et cette fondation. Pareil acte n'a que la valeur, fort minime, d'une tradition de basse époque.

1. Sur cet acte, étudié par M. V. H. Friedel, La plus ancienne charte de la Bibliothèque de l'Université Compostellane, dans Revista de Archivos, 3a época, III (1899), pp. 585-600, et plusieurs fois utilisé par les historiens de la Galice, voir les remarques décisives de M. A. Martinez Salazar , (Losdocumentos mâs antiguos de Espana? dans Galicia histôrica (Santiago, 1901-03, in-8°, pp. 788-799).

2. Voir le texte donné par Llorente, Noticias, III, n° 6, pp. 29-30. L'acte aurait été octroyé sous Alphonse II par un certain « Monnio « Nunnez ». Or, un comte de Castille, nommé Nu no Nufiez, contemporain d'Alphonse III, apparaît dans les dernières années du ixe siècle (cf. ci-dessous, Appendice VII); le fuero de Brafiosera n'aurait-il donc pas été pour le moins antidaté? Remarquer, d'autre part, Vincipit du dispositif, où on lit des propositions telles que: « inter « ossibus et venationes facimus populacionem », « et adducimus ad * populando Valero et Felix... atque universa sua genealogia. » Remarquer aussi la formule comes qui fuerit in regno, qui est employée à deux reprises, l'expression habeant foro et les mentions de diverses redevances : montaticum, annubda, vigiliae, infurcion.Compa.iei les observations de M. F. Macho y Ortega, La Iglesia de Valpuesta en los siglos IX y X, dans Revista deArchivos, y época, XXXVI (1917)^. 384.

3. Texte dans Yepes, Coronica, IV, escr., xxix, fol. 448 v-449 r. —

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