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de la fin du vme au début du Xe siècle, mirent aux prises Chrétiens et Infidèles. Néanmoins, ces deux compilations présentent des défauts qu'il serait puéril de vouloir cacher.

a) Les années de l'hégire chevauchant d'ordinaire sur deux années chrétiennes, il est impossible de dater certains faits avec une entière certitude ; le doute est parfois d'autant plus grand que les Arabes opérèrent contre les Chrétiens non seulement au printemps ou en été, mais même à l'entrée de l'hiver'.

b) Soit que les sources originales aient été infidèlement transcrites, soit que les compilateurs successifs aient pratiqué des coupures malheureuses, Ibn Adhari et Ibn el-Athîr nous ont transmis quelques mentions pratiquement inutilisables; dépouillées de toute indication de lieu, elles ne peuvent être localisées et s'appliqueraient à la marche d'Espagne, ou à la Navarre, aussi bien qu'au royaume des Asturies. Ces mentions vagues sont d'ailleurs peu nombreuses 2.

c) Pour désigner les territoires soumis aux rois asturiens, les Arabes n'ont guère employé que des termes très généraux; ils se servent soit de la double expression « Alava et Castille », soit du terme « Galice », suivant qu'ils ont en vue la partie orientale ou la partie occidentale de ces territoires. Mais il est rare qu'ils indiquent plus exactement le théâtre des opérations et nomment les endroits où se produisirent les rencontres3.

1. Ibn el-Athir, trad. Fagnan, Annales, a. 208, p. 198, où il est question des mois d'octobre-novembre, et a. 210, pp. 200-201, où il est question de fin décembre.

2. Ibn Adhari, trad. Fagnan, II, a. 180, pp. 110-111 ; a. 194, pp. 117118 ; a. 196, pp. 118-119 ; a. 224, p. 139 ; a. 247, p. 159. Ibn el-Athîr, trad. Fagnan, Annales, a. 180, pp. 154-155; a. 194, pp. 174-175 (d'après cet auteur, les expéditions de 224 et 247 auraient été dirigées, l'une contre 1' « Alava », l'autre contre Barcelone).

3. Voir cependant des précisions chez Ibn Adhari, trad. Fagnan, II, a. 179, pp. 102-104 '- a- 2°°. PP 121-122 ; a. 208, p. 133 ; a. 210, p. 135 ; a. 231, p. 144 ; a. 251, pp. 160-163 ; a- 253. P- I&3 *• 264, p. 169 ; a. 268, p. 172. Comparer Ibn el-Athîr, trad. Fagnan, Annales, a. 178, p. 150 ; a. 179, p. 151 ; a. 210, p. 200 ; a. 224, p. 211 ; a. 231,

Autant dire que, très souvent, nous ne savons pas sur quels points se porta l'effort ennemi. D'ailleurs, quand les textes arabes citent des noms de villes ou de villages, ils les déforment de telle sorte que toute identification devient précaire '. — Notons encore que si les historiens arabes s'inquiètent peu de la topographie des régions dévastées, ils n'ont pas davantage coutume de décrire les opérations 2: communément, ils se bornent à signaler, en quelques phrases monotones, des razzias, pillages, incendies ou massacres, sans apporter la moindre précision.

d) Enfin, quelle que soit la valeur du Bayân et du Kâmil, il n'en est pas moins vrai que les témoignages anciens sur lesquels reposent ces ouvrages, étaient à leur manière tout aussi incomplets et tout aussi partiaux que les témoignages mis en œuvre par les chroniqueurs chrétiens. Comment, du reste, en serait-il autrement puisque, à Cordoue comme à Oviedo, l'histoire était écrite sous les yeux du monarque ? Désireux de ne pas déplaire à leurs maîtres, les historiens arabes ont donc omis, par principe, certaines catégories de faits, et non les moins intéressants. Évitant, par exemple, de trop parler des rebelles qui, soit en Aragon, soit en Portugal, parvinrent à constituer de petits états autonomes, ils laissent dans l'ombre les relations que les rois asturiens entretinrent avec ces adversaires des Omeyyades 3. D'autre part, lorsqu'ils retracent les luttes des émirs contre les rois des Asturies, ils ont soin de ne pas dire toute la vérité 4. Ainsi, le Bayân et le Kâmil

p. 222; a. 237, p. 230; a. 248, p. 241 ; a. 251, p. 242 ; a. 252, pp. 242243! a- 253. P- 243! a. 268, pp. 258-259.

1. Tel est le cas pour les noms de lieu mentionnés par Ibn Adhari à l'année 251.

2. Quelques indications de ce genre chez Ibn Adhari, aux années 179, 180, 200, 231, 249, 251 ; cf. Ibn el-Athîr, mêmes années, sauf 249.

3. Voir ci-dessous, 2e Partie, ch. III.

4. Voir ci-dessous, 2e Partie, ch. II et III. Remarquer toutefois

racontent longuement les campagnes d'Hichâm Ier et d'ElHakam contre Alphonse II, parce que ce dernier prince eut à subir de très rudes assauts; mais, en revanche, lorsque les Asturiens, prenant l'offensive, inaugurèrent le temps des conquêtes, soudain les textes arabes gardent un silence impressionnant: nul écho des campagnes d'Alphonse III en Portugal, de la prise de Porto et de Coïmbre, de l'établissement d'une marche en ces régions ; nul écho de la campagne de 881, qui mena Alphonse III jusqu'aux portes de Mérida; nulle trace non plus des expéditions de 878 ou de 883, au cours desquelles les Musulmans éprouvèrent tant d'insuccès '. Bref, si nous n'avions que les sources arabes, nous ne pourrions même pas nous douter que le dernier roi des Asturies résista victorieusement aux attaques, étendit au loin ses possessions, et consolida à tout jamais la situation des Chrétiens 2.

qu'Ibn el-Athîr a plus tendance qu'Ibn Adhari à accuser les pertes des Musulmans; cf., trad. Fagnan, Annales, a. 178, 240, 264.

1. Comparer aussi le récit de la campagne de 882 que donnent, d'une part, le Chron. Albeldense, ch. 66-70, d'autre part, Ibn Adhari, trad. Fagnan, II, p. 172 et Ibn el-Athîr, trad. Fagnan, Annales, pp. 258-259. Les trois récits se complètent ; mais les historiens arabes tournent court, au moment où ils auraient dû enregistrer les victoires chrétiennes.

2. Outre les chroniques et compilations citées dans ce chapitre, il resterait encore à signaler, sinon à étudier, les histoires des rois chrétiens d'Espagne que nous ont laissées: 1° Ibn Khakloun, IV, pp. 179-185 (cf. Dozy, Recherches, 3e éd., I, app. m, pp. x-xx1v, texte, et pp. 89-116, commentaire et traduction) ; 2° Ibn el-Khatîb, Ilam, ms. d'Alger, fol. 185 r. et suiv. ; ms. de Madrid, fol. 283 v-291 v. Nous croyons inutile d'examiner ces textes, curieux en tant que manifestations érudites, mais dépourvus d'autorité. — Quant à l'Historia Arabum de Rodrigue de Tolède (Schott, Hispaniae illustratae, II, pp. 162-186I, il suff1ra de noter que, pour la période envisagée ici, elle repose sur une tradition très voisine de celle qu'a utilisée Ibn el-Athîr.

CHAPITRE IV

LES DOCUMENTS DIPLOMATIQUES ET CONCILIAIRES

En dehors des sources narratives, les documents dont on dispose sont : 1° des pièces d'archives, — diplômes royaux, chartes privées, lettre d'Alphonse III à Saint-Martin de Tours; 2° des actes de conciles. Mentionnons aussi, pour mémoire, quelques inscriptions '.

I. — Les Documents D'archives.

Les diplômes royaux.

Nous ne reviendrons pas longuement sur les diplômes royaux, auxquels nous avons consacré un travail spécial 2. Toutefois, certains points seront rappelés ici.

A) Des soixante-huit documents dont on a soit le texte,

1. Voir Aem. Hiibner, Inscriptiones Hispaniae Christianae. Berolini, 1871, in-4°; Supplementum, 1900, in-4°.

2. Voir notre Etude sur les actes des rois asturiens (71R-9IO), dans Revue Hispanique, XLVI (1919), pp. 1-192. — L'abréviation Cat., que nous emploierons ci-dessous, renvoie au Catalogue d'actes qui occupe les pp. 109-168 de cette Étude.

soit des analyses suffisamment explicites, dix-neuf au plus sont authentiques '. Or, à l'exception d'un jugement2, tous ces actes sont des actes gracieux, et généralement des donations pieuses, donc des textes empreints d'une grande banalité. D'autre part, hormis deux diplômes émanés l'un de Silo (23 août 775), l'autre d'Ordono Ier (28 juin 860) 3, tous ces diplômes ont été octroyés par le dernier roi des Asturies, et sont circonscrits entre les dates extrêmes de 867 et 909 4. Ajoutons que la majorité de ces actes ne concerne, directement ou non, que quatre établissements, soit l'église d'IriaCompostelle, celle de Leon, celle d'Astorga et le monastère de Sahagun 5.

B) Abstraction faite de documents interpolés, dont les plus notoires intéressent l'église d'Orense et le monastère de Santo Adriano de Tunon 6 ; de documents suspects, parmi lesquels on rangera notamment tous ceux qui proviennent

1. Étude, p. 4. — Sept d'entre eux nous sont parvenus sous forme d'originaux : nous en avions signalé cinq (ibid., p. 5) ; le P. Garcia Villada, Caldlogo de los côdices y documentes de Leôn, p. 73, n° 2 et p. 119, n° 807, a retrouvé ceux des diplômes des 10 juillet 875 et 3 avril 905.

2. Cat., n° 37 (6 juin 878).

3. Cat., n08 5 et 26.

4. Étude, p. 4.

5. Pour Iria-Compostelle, voir Cat., nos 30 (20 janvier 867), 31 (15 avril 869), 32 (14 février 874), 44 (885), 45 (24 juin 886), 48 (25 juillet 893), 52 (25 novembre 895) et 58 (30 décembre 899) ; pour Léon, n0' 5 (23 août 775), 26 (28 juin 860) et 34 (10 juillet 875) ; pour Astorga, n0' 37 (6 juin 878) et 50 (29 janvier ou 2 février 895); pour Sahagun, n01 60 (22 octobre 904), 61 (30 novembre 904), 64. (30 novembre 905) et 68 (28 avril 909). — A part ces quatre séries, on ne trouve qu'un diplôme pour le monastère de San Cosme y San Damian, près Leon (n° 63; 3 avril 905), et un autre diplôme que nous a transmis le Tttmbo de Celanova (n° 66; 22 septembre? 907).

6. Cat., n°» 46 (28 août 886) et 47 (24 janvier 891) ; voir aussi n° 40 (9 août 883).

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