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pose de morceaux de dates diverses, tel d'entre eux remontant au vme siècle, tel autre au xe, l'ensemble ayant été recueilli par un auteur anonyme du XIe. En fait, ces différents morceaux se groupent de façon à former deux parties: l'une, qui va jusqu'à l'avènement d'Hichâm Ier, constitue, malgré des lacunes et des erreurs, un document de premier ordre et renferme une série de narrations assez développées, dont les plus importantes concernent l'invasion de l'Espagne, l'arrivée de Baldj dans la Péninsule, les guerres civiles qui suivirent, la venue de l'Omeyyade Abd er-Rahmân Ier, le gouvernement de Yoûsof et le règne dudit Abd er-Rahmân. L'autre partie, qui s'étend d'Hichâm Ier à Abd er-Rahmân III inclus (961), n'est qu'un banal recueil d'anecdotes et de pièces de vers.

En cet ouvrage disparate, une certaine place a été réservée à l'histoire des rapports entre « Galiciens » et Infidèles. Sans doute, l'Akhbâr madjmoûa ignore comment fut conquise la « Galice » (soit tout le Nord-Ouest de la Péninsule), et cette ignorance surprend d'autant plus que, relativement à la conquête, il nous a transmis le récit le plus digne de foi * ; mais il sait en revanche qu'à l'approche des envahisseurs il y eut des Wisigoths qui allèrent « en Galice » chercher un refuge et un asile 2. — Il mentionne, d'autre part, l'insurrection de Pélage 3 ; à vrai dire, il la ramène à des proportions minimes, puisque, selon lui, Pélage n'aurait commandé qu'à un groupe de trois cents hommes, et que ce groupe, déjà fort restreint,

Emilio Lafuente y Alcântara. Madrid, 1867, gr. in-8°. (Coleccion de obras ardbigas... que publica la R. Academia de la Historia, I). Pour la partie relative a la conquête de l'Espagne, consulter également la traduction de Dozy, Recherches, 3e éd., I, pp. 40-57. — Sur cet ouvrage, voir Dozy, Introduction au Bayân, pp. 10-12 et la préface de Lafuente y Alcântara, pp. vi-vm.

1. Dozy, Recherches, 3e éd., I, p. 39.

2. Ajbar Machmuâ, trad. Lafuente, pp. 27 et 30.

3. Ibid., pp. 38-39.

aurait été bientôt décimé, au sens littéral du terme. — Enfin, en signalant d'abord la révolte des Berbères installés « en Galice », lesquels massacrèrent les Arabes de la région ', puis la famine qui, ravageant la Péninsule, obligea les Berbères à fuir les territoires où ils cantonnaient 2, il complète les chroniques latines, et il aide à comprendre l'expansion soudaine du royaume des Asturies à l'époque d'Alphonse Ier. L'Akhbâr madjmoûa projette donc quelque lumière sur l'époque si obscure des origines, mais il s'en tient là ; et, dans la deuxième partie, c'est à peine s'il déclare qu'El-Hakam combattit les Infidèles 3, et relate une anecdote suspecte, montrant ce prince se portant au secours de Musulmans de la frontière *.

Les indications que fournit Y Akhbâr madjmoûa sont, à notre gré, trop rapides et trop fragmentaires. Peut-être, si toutes les œuvres composées en Espagne ou sur l'Espagne aux IXe et Xe siècles nous étaient parvenues, serions-nous mieux informés, et devrions-nous préférer d'autres témoignages. Mais présentement tel n'est pas le cas, et pour les temps antérieurs à la fondation de l'émirat de Cordoue (756), en vain chercherait-on, soit dans les premiers monuments de l'historiographie hispano-arabe, soit dans les écrits des xie et XIIe siècles, des traditions plus pures ou plus instructives.

La plus ancienne chronique qui traite de l'établissement des Arabes dans la Péninsule, — celle d'Ibn Habib (mort en 853) — contient une telle part de légendes qu'il n'y a pas lieu de s'y arrêter 5. La chronique de l'Egyptien Ibn Abd el

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Hakam (mort en 871), lequel a raconté la conquête de l'Afrique, puis celle de l'Espagne, n'est pas moins imprégnée de merveilleux '. La relation d'Ibn Abd Rabbihi (mort en 940) est sans valeur pour nous 2, et quant à celle d'Ibn el-Koûtiyya (mort en 977), elle contient maints renseignements curieux sur l'histoire intérieure de l'émirat 3, mais elle ne fait que d'insignifiantes allusions soit à l'occupation de la « Galice * »,

cum manuscriptorum orientalium Catalogi partis II volumen I (Oxonii, 1821, in-fol.), n° cxxvn, pp. 118-121. — Sur cet ouvrage, où le récit concernant l'Espagne ne s'arrête qu'en 889, voir Dozy, Introduction au Bayân, pp. 12-13 et Recherches, 3e éd., I, pp. 28-36.

1. Ibn Abd el-Hakam, Le Livre de la conquête de l'Egypte, du Magreb et de l'Espagne, édité par H. Massé. Le Caire, 1914 et suiv., in-4° (Publications de l'Institut français d'archéologie orientale). La partie relative à l'Espagne n'ayant pas encore paru, consulter: i° Ibn Abd el-Hakem's History of the conquest of Spain. Now edited for the first time, transi, i'rom the Arabie, with notes and introd. by J. H. Jones. Gottingen, 1858, in-8°, vi-81-28 pp. ; 2° Lafuente y Alcântara, Ajbar Machmuâ, app. n° 6, pp. 208-219, où se trouve une traduction du récit concernant la conquête de l'Espagne et l'histoire des gouverneurs jusqu'en 742. — Sur l'œuvre d'Ibn Abd el-Hakam, voir Dozy, Recherches, 3e éd., I, pp. 36-38.

2. Ibn Abd Rabbihi, El-Ikd el-ferid. Boulaq, 1293 [1873], 3 vol. pet. in-fol. Les chapitres traitant des Omeyyades d'Espagne, depuis Abd er-Rahmân I-1 jusqu'à Abd er-Rahmân III inclus, figurent au tome II, pp. 357 et suiv. — Sur cet ouvrage, « la plus ancienne « chronique de cour qui nous ait été conservée », voir Dozy, Introduction au Bayân, pp. 27-28.

3. Texte au tome II des Crônicas arabigas déjà citées, pp. 1-117. Consulter, à défaut de cette édition, les traductions partielles : i° de A. Cherbonneau, dans Journal Asiatique, 1853, Ier sem., pp. 458474 (règne d'El-Hakam) et 1856, 2e sem., pp. 428-482 (histoire de la conquête, etc., jusqu'au règne d'Hichâm inclus) : 2° de O. Houdas, dans Recueil de textes et de traductions publié par les Professeurs de l'École des Langues Orientales Vivantes à l'occasion du VIIIe Congrès international des Orientalistes, I (Paris, 1889, gr. in-8°), pp. 219280 (fragment déjà traduit par Cherbonneau en 1856). — Sur la chronique d'Ibn el-Koûtiyya, voir Dozy, Introduction au Bâyan, pp. 28-30 ; cf. Recherches, 3e éd., I, p. 39.

4. Voir ci-dessous. Appendice III.

soit aux guerres du 1Xe siècle '. — Si nous passions maintenant aux ouvrages qui sont ou contemporains de YAkhbâr madfmoûa, ou peu postérieurs à lui, nous constaterions très vite: 1° qu'ils reproduisent d'ordinaire les mêmes données que notre texte; 2° que, si d'aventure ils s'en séparent, ce n'est que pour consigner des légendes très douteuses ou amalgamer les traditions déjà contenues ailleurs. Donc, n'allons chercher un supplément d'information ni dans la Crônica del Moro Rasis, traduction médiocre d'un compendium rédigé au XIe siècle 2 ; ni dans le Fatho-l-A ndaluçi3, manuel informe rédigé en Afrique au xne siècle; ni dans la chronique faussement attribuée à Ibn Koteyba4, ni même chez Ibn Adhari ou Ibn el-Athîr. Nous n'y trouverions rien que YAkhbâr madjmoûa ne nous ait précédemment appris, qu'il s'agisse de l'émigration wisigothique lors de la conquête, ou qu'il s'agisse de la révolte de Pélage et des événements qui facilitèrent les

1. « Elhakam... fit à plusieurs reprises la guerre aux infidèles »; « Elhakam entreprit contre la Galice des expéditions qui le couvrirent « de gloire (203 et 204 de 1 "hégire =818-820). » Journal Asiatique, 1853, Ier sem., p. 460 et p. 469.

2. P. de Gayangos, Memoria sobre la autenticidad de la Crônica denominada del Moro Rasis. Madrid, 1850, in-4°, 100 pp. (Memorias de la R. Academia de la Historia, VIII). Voir aux pp. 67-100 le texte de la partie historique, laquelle va de la conquête jusqu'à la mort d'El-Hakam II.— Sur le caractère de cette histoire, consulter Dozy, Introduction au Bayân, p. 25 (qui combat Gayangos, op. cit., pp. 2430), et Juan Menéndez Pidal, dans Revista de Archivos, 3a época, V (1901), p. 867.

3. Fatho-l-Andaluçi. Historia de la conquista de Espana. Côdice arâbigo del siglo XII dado a luz por primera vez, traducido y anotado por Joaquin de Gonzâlez. Argel, 1889, in-8°. Cette chronique, très brève, se poursuit, avec d'énormes lacunes, de la conquête jusqu'à l'époque des Almoravides.

4. Texte au tome II des Crônicas arâbigas, pp. 119-188. Des extraits ont été traduits par P. de Gayangos, Mohammedan dynasties, I, app. E, pp. L-xc et II, app. A, pp. m-vill. — Sur cet ouvrage, voir Dozy, Recherches, 3e éd., I, pp. 21-28.

entreprises d'Alphonse Ier '. Tout au plus découvririons-nous, à côté de redites, un ou deux récits, — très incertains du reste, — relatifs au fait essentiel que tait le Madjmoûa, soit la campagne de Moûsa en « Galice » 2.

II. — Les Compilations

Les chroniques dont il vient d'être parlé passent sous silence les expéditions que les émirs de Cordoue dirigèrent contre le royaume des Asturies après l'avènement d'Abd erRahmân Ier (756). Pour combler cette grave lacune, il faut recourir à diverses compilations, dont les principales sont les suivantes:

1° le tome III du Moctabis d'Ibn Hayyân (mort en 1075) s;

1. Si l'on étudiait en eux-mêmes les divers ouvrages mentionnés ci-dessus, il conviendrait d'en préciser les rapports mutuels. La Crônica del Moro Rasis est en relation avec YAkhbâr madjmoûa, comme l'a montré Gayangos dans les notes de son édition (il serait du reste facile de multiplier les rapprochements) ; le Fatho-l-Andaluçi offre des analogies certaines avec YAkhbâr madjmoûa. Notons, d'autre part, que ce dernier texte semble avoir été utilisé, directement ou non, par certains compilateurs, tels qu'Ibn Adhari et surtout Ibn el-Athîr; comparer, par exemple, Madjmoûa, texte, p. 5, 1. 1-p. 7, 1. 3 et Ibn el-Athîr, éd. Tornberg, IV, p. 443, 1. 5 d'en bas-p. 444, dernière ligne; Madjmoûa, texte, p. 9, 1. 8-p. 10, 1. 8 et Ibn el-Athîr, IV, p. 445, 1. 2 d'en bas-p. 446, 1. 10 ; Madjmoûa, texte, p. 15, 1. 6-p. 19, 1. 6 et Ibn el-Athîr, IV, p. 447, 1. i-p. 448, 1. 6 ; Madjmoûa, texte, p. 50,1. 14-p. 54, 1. 5 et Ibn el-Athîr, V, p. 376, dernière ligne, p. 377,1. 18, etc.

2. Voir ci-dessous, Appendice III.

3. Conservé à la Bodléienne et décrit par Nicoll, op. cit., n° cxxxvn, p. 128 ; la Bibliothèque Nationale de Madrid possède, sous le n° 5085, une copie moderne du ms. d'Oxford. Une analyse de ce dernier a été donnée par Gayangos, Mohammedan dynasties, II, pp. 438-459. — Sur l'œuvre considérable, mais presque entièrement perdue, d'Ibn Hayyân, voir Dozy, Introduction au Bayân, pp. 72-75 ; à compléter avec Pons Boigues, Ensayo, n° 114, pp. 152-154.

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