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soit de la rédaction pélagiemie ', soit du texte traditionnel 2, soit du Chronicon Albeldense 3. Arrivé au règne d'Alphonse III, c'est naturellement Sampiro qui lui procure l'appoint nécessaire et lui permet de grossir la courte relation de l'Anonyme de 924, contenue dans l'œuvre du Moine de Silos 4.

Tandis que Lucas de Tuy exploite principalement ce dernier auteur, Rodrigue, de Pélage à Ordono Ier, utilise surtout l'œuvre du Pseudo-Alphonse ; il s'attache à elle, en respecte l'ordonnance, et la paraphrase juste assez pour que la copie ne soit pas littérale, — ce en quoi ses procédés diffèrent de ceux de Lucas de Tuy et se rapprochent de ceux du Moine de Silos. Au reste, très éclectique, il ne suit pas exclusivement telle version du Pseudo-Alphonse ; sans doute, il accorde à B ses préférences 5, mais il se sert également de la rédaction A 6,

Nous laissons à M. G. Cirot le soin de résoudre ce problème, ainsi que d'établir, d'une façon plus générale, si Lucas de Tuy et Rodrigue de Tolède ont vraiment connu et employé ladite Chronique.

1. Cf. les mentions de sépulture d'Alphonse Ier, Fruela, Silo et Mauregato; cf. aussi, p. 73,1. 42-43, la mention du transfert à Oviedo de l'évêché de Lugo des Asturies; p. 74, 1. 27-28, l'indication des fils de Bermude Ier ; p. 74, 1. 38-44, les détails concernant le reliquaire d'Oviedo ; p. 77, 1. 39-40, l'énumération des enfants nés du mariage d'Ordofio Ier avec la reine Nufla.

2. Cf. par exemple, p. 72, 1. 14-16, la comparaison de l'Église avec la lune qui décroît et croît de nouveau (voir G. Cirot, dans Bulletin Hispanique, XIII, p. 388, n. 4.2) ; p. 74, 1. 24, l'emploi des mots: « reminiscens ordinem diaconi supra se olim impositum. r

3. Comparer surtout, p. 74, 1. 31-36 et Chron. Albeldense, ch. 58; p. 77, 1. 20-21 et Chron. Albeldense, ch. 59.

4. Selon M. G. Cirot, loc. cit., p. 400, n. 30.3, Lucas de Tuy, aux pp. 78-79 (règne d'Alphonse III), « fond et résume tant bien que mal « le contenu des paragraphes 30-32, 39-40, 42-46 et 59 » de la Chronique léonaise.

5. Il suffit de rapprocher les deux textes pour constater cette préférence donnée par Rodrigue de Tolède à la rédaction B.

6". Voici quelques exemples d'emprunts. Rodrigue de Tolède, IV, 5 : « Iste [Fafila] dignum memoria nil egit »; Pseudo-Alphonse, éd. A, ch. 12 : « nihil historiae dignum egit. » — Rodrigue, IV, 5:

de la rédaction interpolée par Pélage ', voire du Moine de Silos 2, ou du Chronicon Albeldense 3. A compter de l'avènement d'Alphonse III, c'est sur Sampiro, revu par Pélage, qu'il fonde son exposé 4, le texte retouché de Sampiro étant d'ailleurs partiellement bouleversé, abrégé par endroits et surtout accru d'emprunts caractéristiques faits à l'Anonyme de 924 transcrit par le Moine de Silos 5.

« qui [Adefonsus I] ...plurima bella gessit, et civitates multas oecu« patas ab eis christianae potentiae redonavit » ; A, ch. 13 : « praelia t gessit, atque plurimas civitates ab eis olim oppressas cepit. » — Rodrigue, IV, 12 : « Caste, sobrie, immaculate ac pie regni gubernacula « dirigendo, amabilis Deo et hominibus [Adefonsus II] » ; A ch. 22: « Caste, sobrie, inmaculate, pie ac gloriose regni gubernacula gerens, « amabilis Deo et hominibus. » Remarquer, d'autre part, que, avec A, ch. 8, Rodrigue, IV, 1, fait d'Oppas un archevêque de Séville, et non de Tolède.

1. Voir, notamment IV, 3 : De translatione arcae et reliquiarum et sacrorum librorum in Asturias. Voir aussi les autres passages signalés à propos de Lucas de Tuy.

2. Confronter par exemple Rodrigue de Tolède, IV, 4 et Moine de Silos, ch. 25 (exécution du comte Julien et des fils de Witiza; cf. sur ce point Chronique léonaise, II, ch. 6) ; Rodrigue, IV, 5 et Silos, ch. 26 (restauration des sièges épiscopaux à l'époque d'Alphonse Ier) ; Rodrigue, IV, 6 et Silos, ch. 27 (prohibition du mariage des prêtres prononcée par Fruela) : des expressions fort voisines se retrouvent des deux côtés. Voir également, pour la légende des anges orfèvres, Rodrigue, IV, 9 et Silos, ch. 29.

3. Exemples. Rodrigue de Tolède, IV, 1 : « Hic Pelagius (ut est « dictum) fugiens a facte Vitirae qui eum voluerat excaecare » ; Citron. Albeldense, ch. 50 : « Iste [Pelagius] a Vitizane rege de Toleto expul« sus. » — Rodrigue, IV, 7: « et in Pravia ad regni solium [Silo] « sublevatur » ; Chron. Albeld., ch. 55 : « Iste dum regnum accepit « in Pravia solium firinavit. » Comparer aussi Rodrigue, IV, 8 et Chron. Albeld., ch. 58 (déposition d'Alphonse II ; cf. sur ce point Chronique léonaise, II, ch. 17).

4. Voir notamment aux ch. 17-18 les deux lettres du pape Jean et l'abrégé des actes du concile d'Oviedo.

5. Comme le Moine de Silos, ch. 40-41, Rodrigue de Tolède, IV, 15, mentionne la victoire remportée par Alphonse III sur les bords du Duero, et IV, 16, la construction de l'église de Compostelle, du monastère de Sahagun et du château de Gozon.

Abstraction faite des changements de style, qu'ajoutent nos deux historiens aux documents des ixe, xe-xie et XIIe siècles? Des précisions, qui ont juste la valeur de pures conjectures ' ; quelques noms propres, inconnus et suspects 2 ; des données chronologiques en discordance avec celles que fournissent les plus anciennes chroniques3; des indications généalogiques, qui paraissent être autant d'erreurs 4; enfin tout un stock de légendes : les unes, très brèves, relatives à la conquête de Leon par Pélage5, au tribut des cent vierges subi par Mauregato 6, au rôle de la reine Chimène dans la conspiration de l'infant Garcia 7; d'autres, très complaisamment rapportées, concernant l'histoire de Bernardo del Carpio8, les rapports fabuleux d'Alphonse II avec Charlemagne 9, ou

1. Exemples. Lucas de Tuy, p. 73, 1. 43-44 : « Perquisivit [Froila] « etiam diligenter sacros ecclesiae Christi canones »; p. 74, 1. 18: « Et quia Mauregatus erat affabilis et benignus », etc.

2. Lucas de Tuy, p. 74,1. 27, appelle Nunilo et Rodrigue de Tolède, IV, 7, Imilo la femme de Bermude ; tous deux parlent d'une sœur d'Alphonse II, Chimène, mariée au comte Sanche, et mère de Bernardo del Carpio ; Lucas, p. 79, 1. 21 et Rodrigue, IV, 15, disent que la femme d'Alphonse III se nommait Amulina ou Amelina et'changea son nom en celui de Chimène, etc.

3. Voir le tableau comparatif dressé par M. G. Cirot, Mariana historien (Bordeaux-Paris, 1904, in-8°), p. 310, note. Corriger deux légers lapsus : Ordono Ier monta sur le trône, d'après Lucas de Tuy, p. 77, en 848 (non pas en 850) et d'après Rodrigue, IV, 14, en 828 {non pas en 826).

4. Ainsi, le roi Bermude devient dans Lucas de Tuy, p. 73, 1. 34 et 55-56 (cf. p. 74, 1. 22), le fils de Wimara, le fils adoptif de Fruela et le petit-fils d'Alphonse Ier. Comparer Rodrigue de Tolède, IV, 6 et 7. Cf. G. Cirot, dans Bulletin Hispanique XIII, p. 390, n. 7.2 et p. 393, n. 16.2.

5. Rodrigue de Tolède, IV, 4.

6. Lucas de Tuy, p. 74, 1. 19-20 ; Rodrigue de Tolède, IV, 7.

7. Lucas de Tuy, p. 80, 1. 20-28 ; Rodrigue de Tolède, IV, 19.

8. Lucas de Tuy, pp. 75-80, passim; Rodrigue de Tolède, IV, 9. 9. Lucas de Tuy, loc. cit.; Rodrigue de Tolède, IV, 10-11 (avec réplique au Pseudo-Turpin).

la bataille de Clavijo *. Il va sans dire que, pour des raisons de méthode, ou de bon sens, rien de tout cela ne saurait être pris en considération par la critique.

1. Lucas de Tuy, p. 76,1. 27-p. 77,1.19 ; Rodrigue de Tolède, IV, 13.

CHAPITRE III
Les Sources Arabes

Les sources arabes sont de deux sortes : i° des chroniques, reposant sur la tradition orale et retraçant à grands traits l'histoire de longues périodes ; 2° des compilations, de nature complexe, où l'on trouve à la fois les traditions que rapportent les chroniques et de très importants vestiges de documents écrits. Parmi les textes de la première catégorie, le principal est VAkhbâr madjmoûa parmi ceux de la seconde, le Bayân d'Ibn Adhari et le Kâmil d'Ibn el-Athîr l'emportent en intérêt sur tous les autres '.

I. — Les Chroniques. La chronique que l'on appelle VAkhbâr madjmoûa 2 se com

1. Au seuil de ce chapitre, nous devons prévenir le lecteur : i° que, sauf avis contraire, les ouvrages arabes qui ont été traduits (notamment avec correspondance de la traduction au texte), seront cités d'après les traductions existantes; 2° que l'orthographe des noms propres est celle que M. Fagnan a adoptée dans ses traductions d'Ibn el-Athîr et d'Ibn Adhari, moins les esprits doux et les esprits rudes; 3° que malgré le secours de la belle Introduction que Dozy a placée en tête du Bayân d'Ibn Adhari, on ne pouvait qu'effleurer à cette place un sujet dont la moindre parcelle exigerait une monographie.

2. Ajbar Machmuâ (Colecciôn de tradiciones). Crônica anônima del siglo XI, dada â luz por primera vez, traducida y anotada por

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