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AVANT-PROPOS

L'histoire du royaume asturien est strictement nationale et n'intéresse que la Péninsule; elle est, d'autre part, fort obscure, et le sera toujours, faute de documents ; elle est enf1n, dans son indigence, d'une extrême monotonie, et ne comporte guère que des récits de batailles ou de révoltes. Si l'on songe qu'elle embrasse une période de deux siècles, et qu'elle a été fréquemment traitée, on se demandera sans doute : pourquoi de nouvelles Recherches sur une matière aussi rebattue, aussi vaste et aussi pauvre?

Dégrossie par les grands érudits des xvIe, XVIIe et xvme siècles, trop délaissée au x1Xe, l'histoire du haut moyen âge asturo-léonais (718-1037) est presque entièrement à refaire, malgré les travaux auxquels elle a donné lieu '. Bon nombre de questions ont été négligées, ou effleurées à peine ; d'autres n'ont plus été abordées depuis Florez ou Risco ; trop souvent

1. On trouvera la liste de ces travaux (arrêtée à la fin de 1917) dans l'excellent répertoire de B. Sânchez Alonso, Fuentes de la historia espanola, I (Madrid, 1919, in-8°), pp. 39-41 (cf. pp. 36-39).

REVUE HISPANIQUE. I

aussi, naguère comme jadis, on s'est hâté de construire avant d'avoir soumis les matériaux à de sévères épreuves de résistance. L'édifice devant être rebâti, il nous a paru logique de le reprendre à la base : l'histoire du royaume asturien marque en effet le point de départ d'une évolution plusieurs fois séculaire, et commande une phase essentielle du développement politique de l'Espagne.

A cette raison d'ordre spéculatif s'en ajoute une autre, d'ordre pratique, mais décisive. S'il est vrai que l'Espagne médiévale soit trè? imparfaitement connue, il faut bien convenir que toute tentative d'investigation méthodique se heurte à des difficultés presque insurmontables. Enfouis dans des collections particulières du Maghreb, de l'Egypte ou de l'Orient, des ouvrages arabes qui, selon les experts, auraient une importance considérable, demeurent inaccessibles; gardés dans des dépôts privés dont la porte reste obstinément close ou ne s'entr'ouvre qu'à regret, une foule de documents latins fort précieux échappe au commun des chercheurs. Ceux-ci doivent, en règle générale, se borner aux ressources que leur offrent soit les recueils imprimés, soit les dépôts publics: autant avouer que plus d'un sujet est, en quelque sorte, frappé d'interdit. Par exception, on pouvait réunir presque toutes les pièces concernant l'histoire du royaume asturien ; et tel est le second motif pour lequel nous avons étudié cette histoire, si ingrate qu'elle fût.

Les présentes Recherches se divisent en deux parties: l'une, consacrée à l'examen des sources ; l'autre, à l'exposé des faits, quelques discussions et notes complémentaires étant rejetées en appendice. La place accordée à la première partie semblera peut-être excessive ; elle le serait, si la valeur de tous les textes, tant latins qu'arabes, avait été déterminée avec précision *. Mais, en l'état actuel, s'abstenir de critiquer

i. Pour les sources narratives, nous rappellerons ici, une fois pour

les sources, — au moins, les plus importantes d'entre elles \ — c'eût été risquer d'utiliser, à côté de témoignages essentiels, des témoignages médiocres ou franchement mauvais; c'eût été encombrer, une fois de plus, l'histoire asturienne de faits controuvés ou par trop douteux; c'eût été, enfin, méconnaître l'unique moyen de renouveler, dans la mesure du possible, une matière sur laquelle on ne saurait guère apporter d'inédit.

Quant à l'exposé des faits, il ne nous appartient pas d'en noter les caractéristiques 2. Tout au plus nous sera-t-il permis d'en marquer l'orientation et les tendances, en reproduisant ces quelques paroles de Fustel de Coulanges3 : « Il y a « deux sortes d'esprits: ceux qui sont enclins à croire et « ceux qui penchent toujours vers le doute. Il y a aussi deux « écoles d'érudits : ceux qui pensent que tout a été dit et qu'à « moins de trouver des documents nouveaux, il n'y a plus « qu'à se tenir aux derniers travaux des modernes; et il y a

toutes, les guides généraux de R. Ballester y Castell, Las fuentes narrativas de la historia de Espana durante la edad media. Palma de Mallorca, 1908, in-8°; F. Pons Boigues, Ensayo bio-bibliogrâfico sobre los historiadores y geôgrafos arâbigo-espanoles. Madrid, 1898, in-4°, et C. Brockelmann, Geschichte der arabischen Littcratur. Weimar, puis Berlin, 1898-1902, 2 vol. in-8°.

1. Il va sans dire que nous laissons de côté les fausses chroniques, notamment les élucubrations de Faustino de Borbon (Cartas para ilustrar la historia de la Espana arabe. Madrid, 1796, in-40) > 'a Chronique d'Alphonse, abbé de Sahagun (mentionnée par Pellicer, Berganza, Escalona, etc.) ; le Chronicon Ovetense (texte dans Ferreras, Historia de Espana, XVI, 1727, app., pp. 59-66), qu'a vainement tenté de réhabiliter Juan Menéndez Pidal, dans Revista de Archivas, X (1904), p. 285; la Chronique de Diego Martin Idiaquez (texte et critique dans M. C. Vigil, Colecciôn histôrico-diplomâtica del Ayuntamiento de Oviedo. Oviedo, 1889, gr. in-40, PP- 289-291), etc.

2. Une simple remarque : si ce travail avait paru à sa date, soit vers 1911 (cf. Revue Hispanique, XXIII, 1910, p. 238, n. 7), peut-être aurait-il semblé, sur certains points, plus original.

3. Fustel de Coulanges, Questions historiques (Paris, 1893, in-8°), p. 403.

« ceux que les plus beaux travaux de l'érudition moderne « ne satisfont pas pleinement, qui doutent de la parole du « maître, chez qui la conviction n'entre pas aisément et qui « d'instinct croient qu'il y a toujours à chercher. »

LES SOURCES

CHAPITRE PREMIER

LES SOURCES NARRATIVES LATINES DES IXe-XIe SIÈCLES

Aussi rares que brefs, les plus anciens textes narratifs que l'on possède sont : 1° la Chronique dite d'Alphonse III ou de Sébastien de Salamanque ; 2° la Chronique dite d'Albelda ou de San Millan ; 30 la Chronique attribuée à Sampiro; 40 quelques annales ; 50 une vie de saint. — Sauf erreur, il faut renoncer à effectuer, dans ce domaine, de fructueuses découvertes, certaines chroniques paraissant à tout jamais perdues ', et d'autres n'ayant existé que par hypothèse 2.

I. — La Chronique Dite D'alphonse III.

Englobant l'histoire des derniers rois wisigoths, de Wamba à Rodrigue (672-711), et celle des rois asturiens, de Pélage

1. Par exemple, l'Epitome temporum qu'avait écrit l'auteur de la Continuatio hispana a. 7^4.

2. Par exemple, la source d'où dériveraient partiellement la Chronique dite d'Alphonse III et le Chronicon Albeldense; par exemple aussi, les sources écrites que Sampiro aurait peut-être utilisées, d'après Amador de los Rios, Historia critica de la li leratura espanola, II (Madrid, 1862, in-8), p. 150, texte et note 2.

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