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puis les a découpés en fragments d'inégale étendue ; ces fragments, il les a ensuite accolés, sans les modifier sensiblement d'habitude, en tout cas, sans s'inquiéter ni des redites, ni des inconséquences qui devaient fatalement résulter de tels procédés d'assemblage. Il a donc composé un centon, riche de variantes de pure forme, presque entièrement dépourvu de renseignements nouveaux, mais instructif quand même, car il nous montre : 1° quelles étaient les sources dont pouvait disposer un érudit du xne siècle ; 2° que ces sources n'étaient autres, à très peu de chose près, que celles dont on dispose actuellement.

A) De l'avènement de Pélage à la mort de Ramire Ier (liv. II, ch. 2-23), c'est la rédaction B du Pseudo-Alphonse qui sert de base à l'exposé de la Chronique léonaise '. Cette rédaction B a été transcrite d'après un manuscrit très voisin de ceux qui nous sont parvenus; toutefois, quelques mots ont été supprimés 2, quelques passages ont apparemment subi des retouches 3, certaines leçons enfin rappellent davan

1. Garcia Villada, op. cit., pp. 140-141. — M. G. Cirot avait connu trop tard notre édition pour pouvoir en faire état (cf. loc. cit., p. 439); d'où il résulte: i° qu'une bonne partie de ce qu'il considère comme original aurait dû être imprimé en italique, d'après le système adopté par l'éditeur; 2° que certaines mentions, considérées comme provenant soit du Chron. Albeldense (Chronique léonaise, liv. II, ch. 10 et 11), soit du Moine de Silos (ibid., ch. 4, 5, 6, 7, 9, 11, 19, 20, 22 et 23), proviennent en réalité de la rédaction B du Pseudo-Alphonse.

2. Comparer, par exemple, B, ch. 12 et 15 et Chronique léonaise, liv. II, ch. 8 et 10.

3. Voir Chronique léonaise, liv. II, ch. 9, au début : « Aldefonsus, « Petri Cantabriensis ducis filius, supradicti Pelagii gener, ab universo « populo electus. » Ce passage n'est pas original, comme le pense le P. Garcia Villada, d'après M. G. Cirot ; c'est un mélange du PseudoAlphonse, réd. B, ch. 1 1 (ou du Moine de Silos, ch. 26) et ch. 13. Voir aussi le passage concernant la ville de Clunia, citée sans commentaire par B, ch. 13, et dont la Chronique léonaise, liv. II, ch. 9, dit: « Clnniam, de qua Orosius ad Augustinum scribit in Cronica. » Comparer également le début du ch. 18 de B et du ch. 14 de la Chronique léonaise, le texte de cette dernière donnant d'ailleurs un sens meilleur, etc.

tage celles de la rédaction A '. — Comme sources accessoires, le compilateur emploie le Chronicon Albeldense (voir liv. II, ch. 11 et 17), le Moine de Silos (voir liv. II, ch. 6 et 13), peutêtre même Pélage d'Oviedo 2.

B) Le récit du règne d'Ordoño Ier (liv. II, ch. 24-29), coïncide à peu près intégralement avec celui que donne le Moine de Silos 3 ; toutefois le texte de ce dernier est, en maints endroits, haché de phrases prises ailleurs. Ce mélange d'éléments divers est surtout sensible au début (ch. 24) : là voisinent, accouplés tant bien que mal, des phrases ou des lambeaux de phrases qui viennent en droite ligne du PseudoAlphonse, du Moine de Silos et des Annales Compostellani *. On remarquera d'autre part, que si les ch. 26 et 27 présentent une réelle cohérence, en dépit de leur constitution intime 5, il n'en va pas de même du ch. 29: bien que la mort d'Ordono ait

1. Cf. notamment, au ch. 18, les mots : « quia audacter ingressi « sunt, audatius et deleta sunt ; uno namque tempore, » qui se retrouvent chez le Pseudo-Alphonse, réd. A, ch. 22, et non pas dans la rédaction B.

2. Contrairement à l'opinion de M. G. Cirot (Bulletin Hispanique, XVIII, p. 21) et du P. Garcia Villada (op. cit., p. 141), nous serions assez porté à supposer que le compilateur a connu la rédaction du Pseudo-Alphonse interpolée par Pelage (réd. C). De toutes manières, il appelle, lui aussi, Bertinalda, la femme supposée d'Alphonse II (Chronique léonaise, II, ch. 20), et donne, toujours comme la rédaction C, le nom de la femme d'Ordoño Ier, ainsi que le nom des enfants de ce dernier roi (ibid., ch. 24).

3. Voir Garcia Villada, op. cit., pp. 145-149.

4. La mention: « Populavit Rudericus comes Amayam mandate t Ordonii regis » n'est nullement du crû du compilateur, comme le pense le P. Garcia Villada, op. cit., p. 145. Mais, d'autre part, il n'est guère vraisemblable que ce soient les Annales Compostellani qui aient emprunté cette mention (et deux autres encore) à la Chronique léonaise, ainsi que le suppose M. G. Cirot, Bulletin Hispanique, XXI, p. 94 et p. 95.

5. Les ch. 25 et 28 sont entièrement copiés dans le Moine de Silos, ch. 35 et 38 ; les ch. 26 et 27 renferment quelques brefs extraits du Pseudo-Alphonse et du Chron. Albeldense.

été mentionnée au chapitre précédent, elle est ici mentionnée une seconde fois; de plus, tant après la première mention qu'après la seconde, des faits, comme oubliés, ont pris place:; évidemment, le compilateur n'a pas eu le temps ou le goût de parachever le travail de marqueterie auquel il s'est livré2.

C) Le règne d'Alphonse III est raconté à deux reprises, comme chez le Moine de Silos. Le premier récit occupe les ch. 30-32 et dérive, — abstraction faite de la proposition initialeJ, — des ch. 39-41 du chroniqueur précité. Depuis l'avènement d'Alphonse jusqu'à son ultime pèlerinage à Compostelle (ch. 39-46), le second récit reproduit celui de Sampiro, mais contient quelques-unes des interpolations de Pelage * ; ensuite, et au mépris de la chronologie la plus élémentaire, ce second récit se continue (ch. 47) par la reproduction d'une note tirée des Annales Compostellani et relative à l'année 874 (lire 882); puis (ch. 48-58), par la transcription, plus ou moins littérale, des ch. 64-75 de la Chronique d'Albelda, concernant les événements de 881-8835. Un dernier emprunt (ch. 59) au Moine de Silos et au texte interpolé de Sampiro, et le règne d'Alphonse III s'achève.

Au demeurant, que nous apporte la Chronique léonaise en fait d'informations dont la provenance nous échappe? Très peu de chose à coup sûr 6 : elle signale l'interrègne qui

1. Après la première mention de la mort d'Ordofio est notée, d'après le Pseudo-Alphonse, ch. 26, la prise de Coria et de Talamanca ; après la seconde mention, sont citées, d'après le Chron. Albeldense, ch.60, l'expédition des Normands de 859-860, et la tentative faite par les Arabes pour attaquer par mer le royaume des Asturies.

2. Cf. G. Cirot, dans Bulletin Hispanique, XIII, p. 407, n. 47.2.

3. Cette proposition est tirée de Sampiro, ch. 1.

4. Cf. G. Cirot, dans Bulletin Hispanique, XIII, p. 403, n. 39.1.

. 5. Noter qu'en plus de variantes de détail, la dernière phrase e->t modifiée. Cf. G. Cirot, loc. cit., p. 410, n. 58.1. . 6. Nous ne tenons compte ni de certaines dates fautives (liv. II, ch. 9, 20), ni d'une mention relative à Charlemagne (liv. II, ch. 13), ni d'autres détails sans importance.

suivit la mort de Rodrigue ' ; elle donne le nom des enfants d'Alphonse Ier et attribue faussement à ce prince la paternité d'Aurelio, lequel serait un bâtard 2 ; elle indique le nombre des années écoulées depuis l'entrée des Wisigoths en Espagne jusqu'à la mort dudit Alphonse 3 ; elle fixe la date de mort du comte Rodrigue ♦, retarde d'un mois la fin d'Ordono Ier 5, dit quand mourut le comte Diego et furent repeuplés le monastère de Cardena et le château de Granos 6.

III. — Lucas De Tuy Et Rodrigue De Tolède.

Vers 1236, Lucas de Tuy terminait son Chronicon mundi7; le 31 mars 1243, Rodrigue de Tolède achevait son De rebus

1. Chronique léonaise, liv. II, ch. 2 : « ...et sibi Pelagium principem « elegerunt era DCCLVI. Vacaverat (ms. voccaverat) enim per IIII. « annos regnum Gotorum ab era scilicet DCCLII. » Cf. ch. 1 :« Mortuo ■ vero Roderico rege Gotorum vacavit terra regni Gotorum IIII. « annis. »

2. Chronique léonaise, liv. II, ch. 7 : « ex qua [Ermesinda] genuit 1 Froilanum, Wimeranem et Adosindam, et ex concubina Aurelium, « et Maurecatum ex serva. » Aurelio, d'après le Pseudo-Alphonse, ch. 17, était le neveu d'Alphonse Ier, étant fils de Fruela, frère de ce prince; voir le double tableau généalogique dressé par M. G. Cirot, dans Bulletin Hispanique, XIII, p. 394, note.

3. Chronique léonaise, liv. II, ch. 7 : texquo regnare ceperunt in Ys« pania Goti sunt anni CCCLII, menses III, dies V, reges XXXVI. »

4. Chronique léonaise, liv. II, ch. 24 : « et obiit era DCCCXI (sic) « 111° nonas octobris. » Sur cette mention, et celle qui est citée plus bas à la note 6, — elles procèdent évidemment d'un texte annalistique, — voir M. G. Cirot, dans Bulletin Hispanique, XXI, p. 101.

5. La Chronique léonaise, liv. II, ch. 28, dit : « sub die VI kalendas « iulii » ; il faut lire : « iunii ». Cf. Chron. Albeldense, ch. 60.

6. Chronique léonaise, liv. II, ch. 47 : « et interfectus est in Cor« nuta, era DCCCCXIII (sic), II kalendas februarii. In eodem anno « et in eadem era monasterium Caradigne et castellum de Grannos • populantur. » Au sujet du vocable Cornuta, M. G. Cirot, dans Bulletin Hispanique, XXI, p. 94, n. 1, écrit : « Je pense qu'il faut lire « Corunia et qu'il s'agit de Coruna del Conde,

7. Texte dans Schott, Hispaniae illustratae. IV (Francofurti,

REVUE HISPANIQUE. 4

Hispaniae l. — Il serait fastidieux de disséquer ces deux compilations, d'en isoler, chapitre par chapitre et phrase par phrase, les éléments constitutifs. C'est là d'ailleurs une tâche qui incombe aux éditeurs futurs. Toutefois, certaines observations générales doivent être présentées 2.

Lucas de Tuy travaille, dans une certaine mesure, comme l'auteur anonyme de la Chronique léonaise ; ainsi que celui-ci, il fait des extraits, et ces extraits, ordinairement très fidèles, il les juxtapose, en évitant cependant gaucheries et maladresses. C'est au Moine de Silos qu'il a le plus souvent recours, et il en transcrit de nombreux passages, avec ou sans modifications suivant les cas 3. Mais, soucieux d'être aussi complet que possible, il cherche à combler les lacunes de son guide, et, dans ce but, il copie des morceaux plus ou moins longs qui proviennent soit de la rédaction B du Pseudo-Alphonse 4,

1608, in-fol.), pp. 1-116. La partie relative aux rois asturiens occupe le début du livre IV, pp. 71-80.

1. Nous citerons d'après l'édition de Schott, op. cit., II (1603), pp. 25-148. Pour les rois asturiens, voir pp. 69-80. 2. Ces deux chroniques n'ont été jusqu'à présent l'objet d'aucune étude satisfaisante. Pour mémoire, nous mentionnerons le bref opuscule de V. de la Fuente, Elogio del Arzobispo D. Rodrigo Jimenez de Rada y juicio critico de sus escritos histôricos. Discurso. Madrid, 1862, in-8°, 103 pp., et les travaux préparatoires de M. Julio Puyol y Alonso, Antecedentes para una nueva ediciàn de la Crônica de Don Lucas de Tuy, dans Bol. de la R. Acad. de la Hist., LXIX (1916), pp. 21-32; cf. ibid., LXXI (1917), PP- 438-444.

3. Lucas de Tuy, p. 71, 1. 21-24, 42-51, 54"57. 58-60 ; p. 72, l.i-io, i8-33. 35-46 ; p. 72. 1- 52-P- 73. 1. 4 : P- 73. 1- 6-8. 15-19. 3°"33. 44'54: p. 74, 1. 29-30, 36-38, 44-47 ; p. 74, 1. 54-p. 75, 1. 9 ; P- 75. 1- n-14; P- 75. 1. 53-P' 76. 1. 10 ; P- 76- '• 15-16, 18-27 ; P- 77. 1- 21-25.25-34. 52-53. 56-59 ; p- 78,1. 4. 6-7, 10-19, 36-40 ; p- 78.1. 52-p. 79,1. 1;

p. 79, 1. 7, 15-16, 20-22 ; p. 80, 1. 5-17.

4. L'utilisation de la rédaction B commence p. 55, au règne de Wamba. Dans la portion du Chronicon mundi qui nous intéresse, voir par exemple, p. 71, 1. 26-42, 52-53 ; p. 73, 1. 8-9, 14-15, etc. La question se poserait de savoir si Lucas de Tuy a utilisé la rédaction B directement, ou à travers la transcription de la Chronique léonaise.

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