Imágenes de página
PDF

généalogies dont la plus notoire est celle de Nufio Nufiez, fils de Nuno Belidez, et l'un des deux légendaires « juges » de Castille *. Souhaitons que l'on se décide à oublier définitivement ces élucubrations 2.

Deux mots encore. Rodrigue de Tolède applique à Diego Rodriguez le surnom de Porcelos et à Nuno Nunez celui de Rasura 3. Pourquoi? Diego Rodriguez était-il originaire du village de Porcelis ? Le vocable Porcelos dérive-t-il de procella, « tempête », ou de porcellus, « jeune porc » ? D'un autre côté, pourquoi le surnom de Rasura? Ne serait-ce point parce que Nufio Nufiez était chauve ? On a gravement débattu jadis ces questions d'érudition bouffonne 4.

On a également débattu une autre question, d'ailleurs très importante, celle de savoir si les comtes de Castille, même les premiers, ont été ou non indépendants des rois

texte remanié on sait : i° que Rodrigue, comte de Castille, était fils de Fruela (le frère d'Alphonse Ier) ; 2° qu'il s'était marié avec une certaine Sancha; 3° qu'il eut au moins deux fils, Diego et Sancho, et qu'il avait au moins deux frères, Gonzalvo et Sigerico (mentionnés dans la fausse inscription de Lara; Hiibner, Inscr. Hisp. Christ., p. roi, n° 62"). De même, quand on parcourt tel document produit par Argaiz (cf. Berganza, Antigùedades, I, p. 129), on apprend que le comte Diego était marié, lui aussi, avec une certaine Sancha (d'autres la nomment Assura), qu'il eut deux fils, Fernando et Diego Diaz, et une fille, Sula Diaz, mariée à Nuno Belquides.

1. Rodrigue de Tolède, De rebus Hispaniae, V, 1-2. — Sans parler de la généalogie du Cartulaire noir de l'église d'Auch (voir Cartulaires du chapitre de l'église Sainte-Marie d'Auch, publ. par G. Lacave La Plagne Barris, Paris-Auch, 1899, in-8°, p. 6), un autre texte de ce genre, — la célèbre généalogie du Codex de Meyâ, — a servi à M. de Jaurgain, La Vasconie, I, pp. 133-134, 195-196 et II, pp. 5-7, à démontrer que Rodrigue était fils de Semen-Garcia, comte d'Alava. Gardons-nous de discuter.

2. Bon nombre d'entre elles ont malheureusement passé dans l'ouvrage de M. Fernândez de Béthencourt, Hist. genealàgica, I, pp. 172, 438 et 439.

3. Rodrigue de Tolède, De rebus Hispaniae, V, 1 et 25.

4. Cf. Florez, F.sp. Sagr., XXVI, pp. 58-59.

d'Oviedo, en fait, sinon en droit '. Nous n'avons pas à parler ici de ce que fut le comté de Castille au temps de Fernan Gonzalez et de ses successeurs : à l'époque de Rodrigue, de Diego Rodriguez et de Nuno Nuftez, rien n'autorise à croire que la Castille jouissait d'une autonomie nettement marquée, et que ses comtes eussent déjà des allures de souverains ; si tels documents diplomatiques mentionnent, à la date, le « règne » du comte de Castille 2, il serait téméraire de tirer de ces mentions un argument quelconque en faveur d'un problématique dualisme, qui aurait existé dès le IXe siècle.

1. Par exemple, le P. L. Serrano, liecerro gôtico de Cardeiia, p. xxix, soutient encore de la façon la plus catégorique que le comté de Castille jouissait d'une entière indépendance.

2. La formule: « regnante illo rege et illo comite », que l'on trouve dans la plupart des actes mentionnés ci-dessus, n'a pas de valeur probante ; car cette formule, fréquente dans les actes aragonais ou castillans, comporte parfois la mention de personnages, tels que comtes de villes, qui n'ont certainement jamais joui d'aucune indépendance politique (cf. la formule contenue dans l'acte du Ier mars 899, ci-dessus, p. 344, et beaucoup d'exemples postérieurs qu'il serait facile d'accumuler). Quant aux actes ne mentionnant que le » règne » du comte de Castille, celui du roi d'Oviedo étant passé sous silence (Llorente, Noticias, III. n°8 8, pp. 80-82 et 9, pp. 88-89), ils n'entraînent pas non plus la conviction, ces actes ne nous étant connus que par des copies de cartulaires. Au surplus, la question posée ici n'a vraiment d'intérêt que pour les Xe et xie siècles, c'est-à-dire pour l'époque de Fernan Gonzalez et de ses successeurs.

v:n

SUR QUELQUES FONDATIONS DE MONASTÈRES

I. Par suite de mauvaises lectures ou d'interprétations inexactes, on a quelquefois attribué de fausses dates à certaines fondations ou restaurations. Bon nombre de ces erreurs sont corrigées aujourd'hui; d'autres subsistent peut-être encore *. De toutes manières, les plus notables concernaient:

1° Divers monastères de la région castillane (voir ci-dessus, pp. 339-340);

20 San Salvador de Sobrado, fondé en 952 (Florez, Esp. Sagr., XIX, p. 32), et non en 922, ou même en 782, comme certains auteurs l'ont prétendu;

3° San Juan del Poyo qui, d'après Sandoval, Cinco Obispos, p. 160 et Huerta, Anales de Galicia, II, p. 299, aurait été restauré sous le règne de Bermude Ier 2, ce qui n'est rien moins que prouvé (cf. Florez, loc. cit., p. 31);

4° San Salvador de Lerez, dont le plus ancien document, soit un diplôme d'Ordono II, est, non pas du 17 août 886, mais postérieur à 915 (Florez, Esp. Sagr., XVII, pp. 62-65 et XIX, p. 30);

1. Voir, par exemple, ci-dessus, p. 255, n. 2.

2. M. Lôpez Ferreiro, Hist. de la iglesia de Santiago, II, p. 271, répète encore, au sujet de San Juan del Poyo, la légende de sainte Trahamunda. Nous nous bornons à enregistrer le fait.

5° San Esteban de Rivas de Sil. restauré ou fondé par Ordono II, non en 909, mais vers 920 (ci-dessus, p. 335) ».

II. Sur la foi de documents manifestement faux, ou très suspects, on a coutume de placer soit au vin', soit au IXe, soit au début du Xe siècle, diverses fondations qui sont apparemment beaucoup plus tardives. Pour notre part, nous éliminerons les suivantes:

i° Santillana, qui aurait existé dès l'époque de Pélage (cf le diplôme apocryphe du 26 ou 27 février 718-737 ; Cat., n» 1) -;

20 Santa Maria de Covadonga, qui aurait été édifié et doté par Alphonse Ier (cf. les diplômes apocryphes du 31 octobre 740 et du 11 novembre 741 ; Cat., nM 2 et 3);

3° San Pedro de Villanueva, qu'aurait également fondé et doté Alphonse Ier (cf. le diplôme apocryphe du 21 février 746 ; Cat., n° 4);

4° San Esteban de Atan, qui devrait son existence à Odoario, évêque de Lugo (cf. la charte apocryphe du 15 mai 747; ci-dessus, p. 321), et qu'aurait ultérieurement doté, sous le règne d'Aurelio, l'archidiacre Damondo (cidessus, p. 325);

5° Santiago de Avezan, mentionné dans l'acte apocryphe du 28 février 757 (ci-dessus, p. 321);

6° San Martin de Escalada, que cite Sandoval, Cinco Obispos, pp. 101-102, d'après une charte du Ier août 763, laquelle n'est pas seulement mal datée (il y est fait mention

1. M. Murguia, Gilicia, p. 1018, s'obstine à placer en « 906 » la restauration de Rivas de Sil (cf. p. 1016, n. 1).

2. Le plus ancien document conservé dans le cartulaire de Santillana est du 28 mai 870 (cf. Ed. Jusuc, Libro de regla... de Santillana del Mar, n° III, pp. 3-5) ; encore le m mastère de « Sancta Juliana » n'est-il pas nommi avant le 7 juillet 933 ou 967 (ibid., Xiv, pp. 16-17).

de Rodrigue, comte de Castille), mais qui, de plus, est visiblement apocryphe;

7° Santa Maria de Obona, qu'aurait fondé Adelgastro, fils du roi Silo (cf. l'acte apocryphe du 17 janvier 780 ; Cat., pp. 166-167);

8° San Vicente de Oviedo, qui remonterait à l'époque de Fruela, vers 761, d'après l'acte éminemment suspect du 25 novembre 781 (ci-dessus, p. 84);

9° San Juan de Cillaperlata, qui, d'après Yepes, Coronica, III, fol. 309 v (cf. Berganza, Antigûedades, I, p. 113), remonterait au moins à l'année 790 ';

1o° San Vicente de Fistoles (ou Estanos), soi-disant fondé le Ier juillet 811 par la nonne Guduigia et l'abbé Sisnando (Sota, Chronica de los principes de Asturias, p. 450), puis soi-disant doté le 30 novembre 816 (ibid., pp. 434-435) et le 16 février 820 (ibid., pp. 450-451) 2;

11° Santa Maria de Aguilar de Campoo, dont la fondation se placerait vers 882 environ (cf. Yepes, Coronica, III, fol. 401 r), d'après une charte apocryphe du comte Osorio et de l'abbé Opila, février 852 (Sota, op. cit., escr. v1, pp. 629-630) 3;

12° Santa Maria de Yermo, qu'auraient fondé, puis donné à l'église d'Oviedo les évêques Severino et Ariulfo, par leur

1. L'acte qu'analyse sommairement Yepes, mentionne un roi nommé Alphonse ; il est donc mal daté, selon toute vraisemblance.

2. Ces trois actes étaient transcrits: 1° sur un parchemin unique que Sota, op. cit., p. 437, qualifie d' -; original », et qui était conservé aux archives d'Ona; 2° dans le cartulaire dit Libro de la Regla, fol. j2. On remarquera simplement que, de ces trois actes qui se commandent, celui de 811 porte à la date la mention suivante: « regnante catholicorege Adefonso in Oveto, vel in ecteras provincias. » La plus grande réserve s'impose évidemment.

3. La date est à elle seule édifiante : « regnante domno nostro Jesu « Christo et principe nostro domino Ordonius rex in Legione, et in « Galeçia, et in Asturiis, et in cunctis provinçiis Castellae. » Non moins édifiant est l'exposé, que remplit une histoire de chasse, dont on trouvera un résumé dans Yepes, Coronica, III, fol. 401 r et suiv.

« AnteriorContinuar »