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de ces diverses régions tombèrent aux mains des Infidèles, qui y mirent des garnisons; bien plus, bon nombre d'habitants, non contents de se soumettre aux vainqueurs, abjurèrent le Christianisme. Mais ces faits, nous ne les connaissons par aucun témoignage direct ; nous les induisons d'événements postérieurs '; en sorte que nous ne savons ni à quelle date exacte, ni dans quelles circonstances les Musulmans établirent leur domination dans les différentes zones de la « Galice a.

* *

Presque au lendemain de la défaite de Rodrigue, il y eut des Wisigoths qui, fuyant devant les armées ennemies, gagnèrent les portions montagneuses du Nord et du NordOuest de la Péninsule *. Nous avons vu incidemment que Târik, vers la fin de l'année 711, trouva Tolède abandonnée, ses habitants étant allés se concentrer dans Amaya 3. De même, soit avant, soit pendant le siège de Mérida (713), une partie de la population réussit à quitter la place et à se réfugier en « Galice 4 ». Et c'est également en « Galice » que se reti

< litis Roderici r, est une des supercheries les plus éhontées qui soient (voir le texte dans Brito, op. cit., fol. 287 v-288 r, Sandoval, op. cit., pp. 87-89, ou Huerta, Anales de Galicia, II, escr. vi, pp. 389-390). r. A savoir des conquêtes effectuées par Alphonse Ier vers 741-754.

2. Sur l'attitude des Chrétiens au cour" de l'invasion, voir A. Cotarelo y Valledor, Los Crislianos espanoles ante la invasion musulmana. Santiago, 1919, in-16, 40 pp. (Extr. de El Eco Franciscano).

3. Ci-dessus, p. 108. Cf. Ibn Adhari, trad. Fagnan, II, p. 18 ; Ibn el-Athlr, trad. Fagnan, Annales, p. 45 et Noweyri, trad. de Slane, loc. cit., p. 349.

4. Akhbâr madjmoûa, éd. Lafuente y Alcântara, trad. p. 30 ; trad. Dozy, Recherches, 3e éd., I, p. 55 : « Les habitants conclurent alors « un traité, en vertu duquel les propriétés des chrétiens qui avaient « péri le jour de l'embuscade et de ceux qui s'étaient réfugiés en Galice < appartiendraient aux musulmans », etc. Cf. Ibn Adhari, trad. Fagnan, II, p. 23 ; Ibn el-Athîr, trad. Fagnan, Annales, p. 48 ; Mak

rèrent, dit-on, plusieurs gouverneurs de villes '. Il serait toutefois bien téméraire d'affirmer que cet exode fut considérable : la masse, qu'elle fût urbaine ou rurale, n'avait rien à perdre à un changement de régime 2 ; et ceux qui émigrèrent, ce furent, à n'en pas douter, des patriciens et dignitaires de la monarchie déchue, soit, au total, une minorité 3. Constituées par d'étroites vallées transversales communiquant malaisément entre elles, peu accessibles du côté de la Galice, défendues à l'Est par l'épais massif des Pics d'Europe, séparées des plaines du Leon par une haute et compacte chaîne de montagnes, les Asturies d'Oviedo forment une sorte de citadelle naturelle. C'est là, et principalement dans les districts voisins de la Liébana 4, que se rassemblèrent la plupart des nobles wisigoths qui s'étaient volontairement exilés 5,

kari, I, p. 171 (trad. Gayangos, Mohammedan dynasties, I, p. 285 et trad. Lafuente y Alcântara, op. cit., pp. 188-189).

1. Akhbâr madjmoûa, éd. Lafuente y Alcântara, trad. p. 27; trad. Dozy, Recherches, 3e éd., I, p. 51 : « Moghîth trouva le chrétien [le « gouverneur de Cordoue] étendu sur son bouclier. Ce fut le seul « prince chrétien qui fût fait prisonnier; tous les autres conclurent « des traités ou se retirèrent en Galice. » Cf. Ibn Adhari, trad. Fagnan, II, p. 16; Makkari, I, p. 166 (trad. Gayangos, Mohammedan dynasties, I, p. 280 et trad. Lafuente y Alcântara, op. cit., p. 182). — Aux textes cités ici et dans les deux précédentes notes, joindre Ibn Khaldoun, IV, p. 118, qui signale de son côté cet exode vers la « Galice ».

2. Voir Dozy, Hist. des Musulmans d'Espagne, II, pp. 22-30.

3. Herculano, Hist. de Portugal, III (5e éd.), p. 173 ; F. de Cârdenas, Ensayo sobre la historia de la propiedad territorial en Espana, I (Madrid, 1873, in-8°), pp. 185, 186, 204 et 205.

4. Voir M. Sainz, La cuna de la Reconquista espanola, dans Razôn y Fé, LI (1918), pp. 141-149 et 292-305.

5. Pseudo-Alphonse, ch. 8: « Gothi vero partim gladio, partim « fame perierunt. Sed qui ex semine regio remanserunt, quidam « ex illis Franciam petierunt; maxima vero pars in hanc patriam « Asturiensium intraverunt. » Le P. Tailhan, Anonyme de Cordoue, p. 190, n. 4, considérait les mots « ex semine regio » comme interpolés, parce qu'on les rencontre de nouveau, quelques lignes plus bas, accolés au nom de Fafila, père de Pelage ; mais la tradition manuscrite ne confirme en aucune manière l'opinion du P. Tailhan.

et il faut reconnaître qu'ils n'auraient pu trouver dans la Péninsule asile d'apparence plus sûre. Il n'y avait en ces parages ni villes, ni terres, ni richesses particulièrement susceptibles de tenter les Arabes : le pays était agricole et minier. Il n'y avait aucune large voie de communication reliant les Asturies au reste de l'Espagne : à l'inverse du Haut-Aragon, de la Navarre ou de la Galice, le pays était demeuré hors du réseau des grandes routes. Il y avait là enfin une population qui, de tout temps, avait combattu l'envahisseur: les Romains d'abord, les Wisigoths ensuite n'avaient que péniblement imposé leur autorité aux tribus indociles des Astures Transmontani '.

Doit-on croire cependant que, grâce à leur positiou géographique, à leur pauvreté relative, à leur isolement et à la nature belliqueuse des indigènes, les Asturies d'Oviedo échappèrent de façon complète à la domination des Infidèles 2? Sans doute, on s'imagine assez mal les nouveaux maîtres de l'Espagne entreprenant la conquête de cette région 3; et cependant, il semble bien que, pendant plusieurs années, les Asturies aient été sous la dépendance plus ou moins effective des Arabes. Traditions chrétiennes et traditions musulmanes s'accordent à cet égard, d'ailleurs sans fournir les détails

1. Sur les Asturies à l'époque romaine, voir l'étude, d'ailleurs assez hâtive, de Francesco P. Garofalo, De Asturia, Barcelona, 1900, gr. in-8°, 42 pp. — Sur les Asturies à l'époque wisigothique, Risco, Esp. Sagr., XXXVII, pp. 50-55.

2. Telle est par exemple, la thèse défendue, après Jovellanos, par M. J. Somoza, Gijôn en la historia generai de Asturias (Gijon, 1908, 2 vol. in-8°), II, pp. 445-447 et 475-478. On lit même, p. 477, cette affirmation tranchante, et imprimée en italique: « los ârabes, « no hollaron en ningun tiempo el suelo de la Asturias transmontana. »

3. Ne pas oublier cependant que les généraux arabes avaient fait, dans l'Afrique du Nord, l'apprentissage de la guerre de montagnes, et que les Berbères, — lesquels formaient la presque totalité des effectifs, — étaient habitués à vivre dans des pays pauvres, montagneux et de climat rude.

«EVUE HISPANIQUE. 8

que l'on désirerait posséder *. On sait seulement que le pays était administré par un gouverneur ; et l'histoire, ou mieux la légende, veut même que ce gouverneur ait résidé tout au Nord, sur les bords de l'Océan, à Gijon 2.

II. PELAGE ET COVADONGA.

En 718, les nobles qui s'étaient groupés dans les Asturies, décidèrent de secouer le joug et de se donner un roi. Leur choix se porta sur l'un d'entre eux, Pélage 3, qui fut régulièrement

1. Voir les textes latins cités à la note suivante et les textes arabes cités plus bas, p. 124, n. 1. — La plupart des historiens ont admis, du moins en principe, le fait de la domination arabe dans les Asturies; toutefois, il est bien évident que les Infidèles n'occupèrent pas le territoire asturien tout entier, et les explications que donnent à ce propos certains érudits (dont Risco, Esp. Sagr., XXXVII, pp. 58 et 60) sont presque superflues.

2. Pseudo-Alphonse, ch. 11 : « Per idem tempus in hac regione Astu« riensium, in civitate Gegione, praepositus Caldeorum erat nomine « Munnuza. » Chron. Albeldense, ch. 50 : « et in Legione civitate Sarra« cenorum jussa super Astures procurante Monnuza. » — Faut-il lire, dans ces deux textes, Gijon ou Leon ? La question a été fort débattue. Rationnellement, la leçon « Legione » serait préférable (et le P. Garcia Villada, Crônica de Alfonso III, p. 66, l'a adoptée); mais étant donné la marche des événements dans les chroniques latines, sinon dans la réalité, il faut accepter, quoique étrange, la leçon « Gegione », sous peine de rendre les textes inintelligibles. Cf. E. Saavedra, Pelayo (Madrid, 1906, in-8°, 32 pp.), pp. 22-23, et Revue Hispanique, XLVI (1919), pp. 334-335

3. Les meilleurs travaux à consulter sur Pelage et Covadonga sont ceux de Lafuente y Alcântara, Ajbar Machmuâ, pp. 228-232 ; Caveda, Examen crltico de la restauration de la monarquia visigoda en el siglo VIII (dans Memorias de la R. Acad. de la Hist., IX, 1879, n° 2, 107 pp.), PP- 39-90 ; Tailhan, Anonyme de Cordoue, pp. 189-192 ; E. Saavedra, Pelayo (cité à la note précédente) et Z. Garcia Villada, La batalla de Covadonga en la tradiciôn y en la leyenda, dans Razôn y Fé, L (1918), pp. 312-318 et 413-422 (partiellement reproduit dans La Lectura, 19181, pp. 291-300). On y joindra quelques pages dej. Somoza, Gijàn, II, passim, où l'on trouve des remarques intéressantes

élu et se fixa à Cangas de Onis ', soit dans la vallée moyenne du Sella, à la lisière de l'ancien territoire cantabre 2.

Pélage était un Goth: le fait n'est pas contestable 3. Il appartenait, sinon à une famille de sang royal, du moins à une famille noble, et selon la version la plus certaine, il avait eu pour père le duc Fafila * que les historiens ont sacré, sans

noyées dans un flot d'extravagances. Mais on ne citera que pour mémoire la brochure de P. Doenitz, Covadonga, die Wiege der spanischen Monarchie. Sangerhausen, 1902, in-40, 14 pp., l'ouvrage du général Burguete, Rectiftcaciones historiens. De Guadalete a Covadonga. Madrid, 1915, pet. in-8°, et une publication de circonstance, La Batalla y el Santuario de Covadonga. Oviedo, 1918, in-8°.

1. Pseudo-Alphonse, ch. 8 : « Maxima vero pars [Gothorum qui ex « semine regio remanserunt] in hanc patriam Asturiensium intra« verunt, sibique Pelagium... principem elegerunt. » Chron. Albeldense, ch. 50 : « Primus in Asturias Pelagius regnavit in Canicas. » — La date de l'élection (718) est facile à calculer : le Pseudo-Alphonse, ch. 11 et le Chron. Albeldense, ch. 50, nous apprennent en effet que Pelage mourut en 737, après un règne de dix-neuf ans. Cf. Risco, Esp. Sagr., XXXVII, pp. 61 et suiv., qui a minutieusement discuté les textes, et voir à l'Appendice IV une réfutation de M. Saavedra, lequel place l'événement en 714. —Quant aux circonstances qui accompagnèrent cette élection, elles demeurent inconnues ; il faut renoncer à interroger les traditions orales ou la toponomastique, et abandonner sans regret aux amateurs de récits dramatiques la légende de Pelage proclamé roi après la bataille de Covadonga, sur le champ appelé Repelao, et recevant au Campo de la Jura le serment de fidélité de ses sujets. Cf. les judicieuses observations de M. Saavedra, Pelayo, pp. 17-18.

2. Plusieurs siècles auparavant, les Romains s'étaient installés dans cette contrée, comme le prouvent les inscriptions, relativement nombreuses, trouvées aux environs soit de Corao, soit de Cangas de Onis. Voir Corp. Inscr. Lat., II, n08 2706-2714 (cf. Suppl., nos 57295732) et Suppl., n°« 5735-5738, 5742. 5744-5746, 5749. 575* 5757

3. Cf. la très longue démonstration de Caveda, Examen critico, pp. 41-48, et celle de M. Saavedra, Pelayo, pp. 25-27. — Rappelons que, pour certains auteurs, qui ne méritent pas qu'on s'y attarde, Pelage aurait été d'origine romaine, ou même cantabre.

4. Pseudo-Alphonse, ch. 8: « Pelagium, filium quondam Fafilani « ducis ex semine regio. » Nous n'oserions affirmer, comme on le fait d'ordinaire, que l'adjectif regius doit être nécessairement traduit ici par let mo royal. — D'après une autre tradition. Pelage serait fils

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