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vions dater avec certitude tous les documents apocryphes qui nous sont parvenus ', l'enchaînement des faits apparaîtrait plus nettement, et les contradictions de détail qu'il serait facile de relever dans la documentation existante tomberaient sans doute d'elles-mêmes. Résignons-nous à ignorer beaucoup ; mais renonçons aussi, et très fermement, à considérer comme réhabilités les textes étudiés ci-dessus 2.

rappellerons également que Pelage paraît s'être inspiré de ce document pour rédiger le texte qui forme le ch. 9 de Sampiro, et pour rédiger aussi une notice qui figure en tête du Liber Chronicorum (Études, p. 71 ; Revue Hispanique, XLVI, p. 366). — A signaler encore un autre rapprochement. De même que, d'après les actes sortis du scriptorium de Pelage, les évêques du royaume auraient cherché un refuge à Oviedo et reçu, en terre asturienne, des semblants de bénéfices, de même, d'après un diplôme apocryphe d'Ordono II pour Compostelle, 29 janvier 915 (Lôpez Ferreiro, Hist. de la iglesia de Santiago, II, app. n° xxxvn, pp. 82-85), divers évêques se seraient réfugiés, lors de l'invasion, sur le diocèse d'Iria et ils y auraient reçu « decaneas « unde tolerationem habuissent, quousque Dominus... restituisset eis « hereditatem avorum et proavorum suorum » (loc. cit., p. 82).

1. Il importerait de collationner avec le plus grand soin tous les textes communs à YOvetensis, au Libro gôtico et au Liber Chronicorum. En l'état actuel, nous ne possédons qu'un indice chronologique; le premier concile d'Oviedo, celui de 821, est cité dans la bulle d'Urbain II du 4 avril 1099, où on lit, d'après l'édition du P. Fita (Bol. de la R. Acad. de la Hist., XXIV, p. 550) : « sicut etiam Alfonsi regis « temporibus, era videlicet octingentesima quinquagessima nona [Matritensis 1513, fol. 70 r : noningentesima nona], in episcoporum « concilio definitum et eiusdem regis cirografo roboratum vetera « Ovetensis ecclesie monimenta significant. »

2. Dom H. Leclercq, dans sa traduction de Hefele, Histoire des Conciles, IV, 2e partie (Paris, 1911, in-8°), p. 1360, s'est un peu trop pressé de tenir pour acquises les affirmations de Dozy et les suggestions du P. Fita.

LES FAITS

CHAPITRE PREMIER

LA FONDATION DU ROYAUME ASTURIEN (718-757)

Sept ans après l'entrée des Arabes en Espagne et la chute de la monarchie wisigothique, un royaume chrétien naissait dans les Asturies auprès d'une bourgade, Cangas de Onis. Moins d'un demi-siècle plus tard, les rois asturiens dominaient tout le pays compris entre la mer et les monts Cantabriques; de plus, ils occupaient à l'Ouest la Galice septentrionale, à l'Est l'Alava, la Bureba, la Rioja, et ils s'étaient provisoirement avancés au Sud jusqu'au Duero. Dans quelles conditions cet état avait-il été fondé ? Pourquoi se développa-t-il si vite?

I. — La Conquête De La « Galice » Par Les Arabes.

Inaugurée le 19 juillet 711, la conquête de l'Espagne se poursuivit pendant quatre années consécutives *. Ayant cul

1. Dans le très bref résumé qu'on va lire, nous suivrons moins la doctrine ingénieuse, mais fragile à l'extrême, de M. E. Saavedra, Estudio sobre la invasion de los Arabes en Espana (Madrid, 1892, in-8°), que les récits de Dozy, Hist. des Musulmans d'Espagne, II, pp. 32-38, Fournel, Les Berbers, I (Paris, 1875, in-4°), pp. 241-255

buté les troupes du roi Rodrigue, l'armée d'invasion, que commandait le Berbère Târik ben Ziyâd, se porta sur Ecija, où s'étaient ralliés les débris des contingents chrétiens. Victorieux de nouveau, Târik résolut de frapper un coup décisif, et tandis qu'il envoyait des détachements à Cordoue, Malaga et Grenade, il marcha en personne sur Tolède. Mais les Tolédans, à l'approche de l'ennemi, quittèrent leur ville et se refugièrent fort loin au Nord, dans la petite forteresse d'Amaya. Târik ne se tint pas pour satisfait; Guadalajara prise, il franchit les monts, traversa la Vieille-Castille, alla piller Amaya, puis revint à Tolède, vers la fin de l'année 711. Cette incursion, poussée jusqu'aux pieds de la chaîne cantabrique, peut être considérée comme le prélude de la conquête du NordOuest, laquelle devait être accomplie par Moûsa.

Jaloux des succès de son lieutenant Târik, le gouverneur de l'Afrique, Moûsa ben Noçayr, débarquait à Algéziras au mois de juin 712. Il commença par enlever Medinasidonia, Carmona et Séville. Cela fait, il assiégea Mérida. Mérida s'étant enfin rendue le 30 juin 713, Moûsa songea à rejoindre Târik et se dirigea sur Tolède. La mauvaise saison approchant, Moûsa hiverna dans l'ancienne capitale des rois wisigoths et ne se remit en campagne qu'au printemps de 714. A cette époque, deux vastes contrées n'avaient pas encore été soumises: c'étaient, d'une part, l'Aragon et la Catalogne; d'autre part, le Leon, les Asturies, la Galice et le Portugal. Moûsa attaqua d'abord Saragosse et ravagea l'Aragon ; puis, au lieu d'obéir à un ordre du khalife qui le rappelait auprès de lui, il se lança dans une dernière aventure, la conquête de la « Galice' ».

et Aug. Muller, Der Istam im Morgen-und Abendland, I (Berlin, 1885, in-8°), pp. 425-429. Cf. l'esquisse donnée par M. F. Codera, Estudios criticos de historia arabe espanola (Zaragoza, 1903, in-16. Colecciôn de estudios arabes, VII), pp. 96-98.

1. Ibn el-Athîr, trad. Fagnan, Annales, pp. 48-49 : « Moûsa alla

Si les historiens arabes nous ont conté avec quelques détails certains épisodes, tels que les sièges de Cordoue et Mérida, par contre ils ont presque complètement passé sous silence les opérations militaires qui se déroulèrent dans le NordOuest, et le peu qu'ils en disent ne mérite pas grande créance '. A s'en rapporter à la tradition la moins suspecte, Moûsa, semant sur son passage la mort et la ruine, aurait atteint le cœur même de la région asturienne, le « rocher de Pelage a »; puis, quittant sans encombre ce pays escarpé, il serait entré à Lugo, mais, loin de pouvoir continuer sa route, se serait

t conquérir Saragosse et les villes qui en dépendent; puis il pénétra « dans le pays des Francs... Il revint alors sur ses pas, et rencontra t un messager que lui envoyait le khalife El-Welîd avec l'ordre de quitt ter l'Espagne et de venir le trouver; mais, mécontent de cet ordre, « il différa de répondre à l'envoyé et attaqua l'ennemi par un autre « point... » La suite du récit montre qu'il s'agit de la « Galice ». Cf. Noweyri, trad. de Slane, dans Ibn Khaldoun, Hist. des Berbères, I (Alger, 1852, in-8°), pp. 351-352. — Comparer Makkari, I, p. 174 (trad. Gayangos, Mohammedan dynasties, I, p. 291 et trad. Lafuente y Alcântara, Ajbar Machmuâ, pp. 192-193). D'après Makkari, Moûsa aurait su gagner à sa cause Moghîth, l'envoyé d'El-Welîd, et se serait fait accompagner par lui « en Galice » ; ce qu'attesterait indirectement le Fatho-l-Andaluçi, trad., p. 15, où l'on voit qu'en 713 Moghîth aurait conduit des expéditions en ces parages.

1. Sur les documents dont on dispose et la façon dont on s'en est servi, voir Appendice III.

2. Ibn el-Athîr, loc. cit. « ...tuant et pillant tout, détruisant les églises « et brisant les cloches. Il parvint ainsi jusqu'au rocher de Belây, « sur l'Océan, lieu élevé et dont la situation est forte. » Cf. Noweyri, loc. cit. — Comparer Makkari, loc. cit., qui paraphrase Ibn el-Athîr: Moûsa, parvenu « â los âsperos pasajes del Norte » (nous citons d'après la traduction de Lafuente y Alcântara), aurait enlevé Vizeu (sic) et Lugo ; de cette place, il aurait envoyé des soldats chargés d'explorer les Asturies, et ces soldats seraient arrivés jusqu'au rocher de Pelage. Toutes les églises auraient été brûlées, toutes les cloches brisées. Les Chrétiens auraient fait leur soumission: « prestaron obe« diencia, se avinieron â la paz y al pago del tributo personal. » Bien plus, les Arabes, non contents de s'installer dans les forteresses existantes, en auraient construit de nouvelles aux points stratégiques les plus importants.

vu soudain obligé de battre en retraite, sur un nouvel et impérieux rappel d'El-Welîd. Ainsi aurait pris fin la campagne de 714, au moment où Târik, qui arrivait d'Aragon, amenait à son chef des renforts '.

Bien que les textes ne mentionnent pas d'autres expéditions, il est certain que les Musulmans ne s'en tinrent pas là. Au début du vine siècle, des contingents berbères et arabes occupèrent la ligne du Duero ; ils occupèrent aussi la voie romaine qui menait d'Astorga vers Bordeaux en passant par Leon et le Nord de la Castille, ainsi que les routes qui conduisaient d'Astorga dans la Galice proprement dite 2. Toutes les places

1. Ibn el-Athîr, loc. cit. « Alors un second messager d'El-Welîd « vint insister sur l'urgence de son départ, et saisit même la bride « de sa mule pour le faire partir. Cela eut lieu dans la ville de Loukk, « en Galice, d'où il partit par le col dit Feddj Moûsa; il fut rejoint « par Târik, venant de la Frontière supérieure (Aragon) ; il se fit « accompagner de ce chef, et tous deux partirent ensemble. » Cf. Noweyri, loc. cit., et Makkari, I, p. 175 (trad. Gayangos, Mohammedan dynasties, I, pp. 291-292 et trad. Lafuente y Alcântara, Ajbar Machmuâ, p. 193). — M. Saavedra, Estudio, p. 119, a bien montré que, selon toute apparence, Moûsa ne fut pas atteint par deux messagers du khalife, mais par un seul (qui serait Moghîth), lequel, à deux reprises, aurait signifié à Moûsa l'ordre de retourner en Orient.

2. Aux termes d'une note annalistique découverte, paraît-il, dans une traduction de Râzi et reproduite par Brito, Monarchia lusytana, II (Lisboa, 1609, in-fol.), fol. 283 v (cf. Sandoval, Cinco Obispos, Pamplona, 1615, in-fol., p. 85), Abd el-Azîz, fils de Moûsa et son successeur dans le gouvernement de l'Espagne arabe, aurait, en 716, occupé pacifiquement Lisbonne, pillé Coïmbre, et rasé les villes de Porto, Braga, Tuy, Lugo et Orense: « Era DCCLIIII. Abdelaziz « cepit Olixbonam pacifice, diripuit Colimbriam et totam regionem, « quam tradidit Mahameth Alhamar Ibentarif; deinde Portucale, « Bracham, Tudim, Luccum, Auriam vero depopulavit usque ad « solum. » Utilisée par maints auteurs, cette note est sans valeur aucune : le personnage au nom étrange qu'Abd el-Azîz aurait mis ea possession de Coïmbre, se retrouve dans une charte forgée au monastère de Lorvào ; or, cette charte dont la suscription est ainsi rédigée: « Alboacem Iben Mahumet Alhamar Iben Tarif, bellator fortis, vin« citor Hispaniarum, dominator caballariae Gothorum et magna»

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