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* Les faiblesses et les besoins du roi augmentoient avec ses coupables habitudes ; une cabale, née dans les foyers de l'intrigue, saisit habilement cette circonstance pour s'emparer de la volonté du monarque par des voies dignes de l'immoralité de ses auteurs ; ces hommes pervers et corrompus avoient déterré, dans les égoûts de la volupté, une de ces filles prostituées que sa taille, sa fraîcheur, sa physionomie radieuse, son air de vierge, l'ensemble de ses charmes et surtout ses talens pour le plaisir, firent juger propre à jouer le rôle de maîtresse favorite. Ils ne doutèrent pas que Louis XV, une fois subjugué, ne se déterminât à lui sacrifier un ministre dont elle ne cesseroit de lui demander l'éloignement. Le duc d'Aiguillon, ennemi personnel du duc de Choiseuil, étoit à la tête de cette cabale ; le Bel, premier valet de chambre du roi et le confident de ses plaisirs, en fut le principal agent; enfin le comte du Barry, homme perdu d'honneur, de dettes et de débauches, fut chargé du fil de l'intrigue; il eut soin de parer l'idole devant laquelle on vouloit faire courber la puissance du monarque.

- Toutes les batteries de cette odieuse intrigue une fois dressées, le vaiet de chambre le Bel n'eut pas de peine à faire naître au roi le désir de voir la plus ravissante personne qu'il eût, disoit-il, encore vue. La Lange, ainsi se nommoit la fameuse comtesse du Barry, successivement entretenue par Radix de Sainte-Foy, le comte d'Archambal et le comte du Barry, n'eut pas plutôt été produite, que Louis XV en devint éperduement amoureux. Cette courtisane, bien dressée par ses introducteurs, ne fit, par ses refus enfantins, qu'irriter la passion du roi. Le monarque laissa à le Bel le maître des arrangemens; mais, à tout prix, disoit-il, il lui falloit cette délicieuse créature. Les arrangemens furent bientôt faits : le roué du Barry (on nommoit ainsi le comte à Versailles) maria la Lange avec son frère qu'on fit voyager aussitôt après la célébration. La jeune comtesse du Barry passa ensuite dans les bras de Louis XV, qui, dans la ferveur de son enthousiasme, lui fit donner un logement à la cour, la déclara maîtresse en titre, et lui en prodigua les avantages et les criminels honneurs.' I. 174-176.

The Duke de Choiseul, as we have before stated, considered himself powerful enough to set this new favourite at defiance. One scene, however, of dishevelled hair and imploring tears, was enough for his defeat--and would have sufficed as well for the greatest minister that ever lived. . .

• Le Roi voulant être tranquille dans son intérieur, et vivre en paix avec sa maîtresse, il signa sans hésiter la lettre de cachet apportée par le duc de la Vrillière, et que madame du Barry présenta elle-même. Le ministre disgracié n'avoit que deux heures pour sortir de Versailles.' I. 181.

After this great victory, the court of the Countess du Barry became numerous and brilliant-unum bonum turpitudo, unum

malum honestas. The Chancellor of France, and the Ministers of War and Finance, regularly met to transact business with the King in the apartment of the mistress; and the Court, says the Abbé Georgel, soon witnessed the splendid fortune of those who preferred the advantages of favour to those of public opinion.

The Parc aux Cerfs was an abominable establishment in the Park at Versailles, under the management of Le Bel, the King's first valet de chambre. Into this infamous sink 'of wickedjiess were allured, by every nefarious art, girls of the tenderest age, to be debauched by Louis le bicn-aimé. Their numbers amounted at times to more than an hundred, many of them purchased of their parents: Their children by the King were regularly provided for; and they themselves, when they became too old for the father of his people, were married off, with good fortunes, into the provinces. The whole thing seems to have been conducted with as much regularity, and in as business-like a manner as any department of the State. It is horrible such things should be-but right they should be known when they are, or when they have been—that men may see what those arbitary monarchs often are upon whoin their affections, their blood, and their wealth is lavished-and that they may learn, by such pictures, the dignity, and the necessity of being free.

Such was the morality of the Court during the reign of Louis XVth. The ideas which they entertained of civil Government and of the rights of Kings and subjects, are equally worthy of observation.

. C'est dans ces circonstances que le chancelier Maupeou envoya son fameux édit au parlement de Paris : en voici l'esprit et la substance.

• Au roi seul appartient le droit exclusif de faire des lois ; il est, par son essence, le seul et suprême législateur de son royaume ; les cours de parlement n'ont été créées que pour rendre, au nom du roi, la justice aux sujets de l'Etat ; les rois n'ont confié l'enregistrement des lois aux cours souveraines de justice, que pour en conserver le dépôt, les publier et les faire connoître au peuple: et, néanmoins, le souverain pouvant être mal entouré ou mal conseillé, et donner en conséquence des lois qui pourroient être préjudiciables au trône et à la nation, a bien voulu permettre, et même il a invité les parlemens où se trouve nécessairement un grand foyer de lumières et beaucoup d'expérience, à faire, s'il y a lieu, avant l'enregistrement, des représentations et des observations motivées sur les inconvéniens qu'entraîneroit l'exécution de la loi présentée. Ces représentations faites, si le législateur persiste, il permet encore d'itératives remontrances; mais alors si le souverain ne croit pas devoir retirer sa loi, il ne reste plus aux parlemens que la voie de l'enregistrement et de l'obéissance aux lettres de jussion : une résistance plus prolongée deviendroit dés. obéissance et encourroit la forfaiture ou privation de l'office. L'édit exigeoit en outre que les remontrances ne fussent rendues publiques, par la voie de l'impression, qu'après l'enregistrement : ce que le roi vouloit bien autoriser comme un monument du zèle du parlement pour l'intérêt de l'Etat.' I. 202–204.

• Une loi’ (says the Abbé) si sage et si paternelle fut rejettée par les chambres assemblées du parlement de Paris !' The wisdom and paternity of this law amount to this, that after the Parliament has said to the King three times, Pray don't rob and plunder your people, ' robbery and plunder then become legitimate. The Chancellor is to call out in taxing, as a clergyman does in marrying, This is the third and last time of asking;' and then the money must be paid. If a man neglects any opportunity of rebelling against such doctrines as these, he must be the weakest, or the most cowardly of human beings. Ought such governments to exist one moment beyond that in which they are caught in an attitude fit for their destruction ?

One of the most entertaining parts of the Abbé's book, is the narrative of his embassy at Vienna, and the portraits he draws of the principal characters of that Court. We shall give those of the Prince de Kaunitz, and the Emperor Joseph. After a panegyric upon the talents of Kaunitz for business, he gives the following description of his habits and private life.

• Les plus belles médailles ont toujours un revers. Ce grand homme avoit de grandes singularités et de grandes manies : il vouloit que pour lui le temps s'écoulât sans être obligé d'en mesurer les intervalles. Il n'avoit donc ni pendules ni montres ; ses fantaisies régloi. ent sa journée : couché tous les jours à minuit, il se faisoit lire les gazettes pour s'endormir ; à son réveil il faisoit appeler ses premiers commis, et sans sortir de son lit, il écoutoit les dépêches et dictoit le sommaire des réponses à faire. Ce travail fini, il faisoit préparer. une calèche pour ailer à la promenade, ou des chevaux pour se rendre au manége ; il avoit la prétention d'exceller à manier un cheval. On alloit le voir maneuvrer, et cette curiosité le flattoit beaucoup; ses promenades ou ses exercices étoient prolongés tant qu'il n'éprou. voit ni ennui ni satiété, et sans calculer le temps qu'il y employoit. A son retour commençoit la toilette dont la longueur et les minutieux détails forment l'ombre du portrait que nous avons tracé de l'homme d'Etat. Sa toilette terminée, il demandoit à dîner, souvent à quatre, cinq ou six heures du soir. La compagnie invitée jouoit au salon, incertaine du moment de se mettre à table. A son apparition, le jeu finissoit, et les convives, dans une attitude respectueuse, se rendoient avec lui à la salle à manger. Sa table étoit toujours très-bien servie, malgré son extrême sobriété ; il avoit ses mets à part, et tels qu'ils les croyoit convenir à son tempérament et à son estoinac, lors même

qu'il alloit dîner chez les autres. Personne ne sortoit de sa table sans avoir reçu des marques particulières de son attention. Avant la fin du dîner, eût-il à ses côtés les femmes du plus haut rang, il étaloit devant lui un petit miroir de poche, une boîte de cure-dents, et se nettoyoit la bouche et les dents. Une manie aussi contraire à la bienséance ne faisoit plus de sensation, on s'y étoit habitué. Le prince ne se gênoit pas davantage quand il avoit l'honneur de dîner chez l'impératrice a Schonbrunn. Marie-Thérèse supportoit avec indulgence les petitesses d'un ministre qui lui avoit rendu et lui rendoit encore les services les plus essentiels. Plus d'une fois il a manqué à l'heure fixée du dîner de la souveraine qui l'attendoit, et ne lui faisoit pas de reproches lors de son arrivée tardive. Cette tolérance, portée aussi loin, avoit fait soupçonner des affections qui n'auroient pu s'allier avec la haute piété de l'impératrice et la sévérité de ses mœurs ; mais cette calomnie, dénuée de vraisemblance, n'a eu que peu de partisans. “Les personnes les mieux instruites et les plus clairvoyantes, n'ont vu, dans d'aussi grands égards, qu'un excès de bonté et de complaisance pour des singularités si puériles et tellement hors de toute mesure qu'elles ne pouvoient plus être consîdérées comme un manque de respect. I. 336–338.

Of Joseph the Second, whom he had good opportunities of studying, he remarks, that he was a despiser of literature, not the slave of mistresses or favourites-minute and exact in the regulation of his time. He hated his mother, but treated her with respect; complaining of her absurd conduct in many respects, and disliking, above all, those habits of espionage which she established in Vienna.

" Dans l'ordre général des choses d'ici-bas, disoit-il, la royauté " est un métier : dès que la Providence m'a créé' et placé pour ce “ métier, elle doit m'avoir donné tout ce qui est nécessaire pour m'en 66 bien acquitter. Il faut à un souverain des bras auxiliaires ; mais sa “ tête seule, dépôt de l'intelligence qui a dû lui être donnée d'en “ haut, doit les employer et les diriger.' ”. I. 322.

Trusting to this tête seule, depôt de l'intelligence qui a lui étre donnée d'en haut, he made war against the Turks; and to make his victories of the tête seule more sure, dismissed all his generals of any reputation, and commanded the army himself. His tête seule was the only thing he brought away from this campaign!having lost baggage, artillery, and the greater part of his army. « Allez, mon cher Laudon (ecrivit il); allez reparer mes sottises, « je vous donne carte blanche.' His loss of the Low Countries, and the folly by which it was occasioned, is well remembered; and he had nearly lost Hungary in the same manner. There existed in Hungary an iron crown, about the size and value of an horse shoe, with which all the first kings of that country had been crowned. The immense importance of this rusty relic to the male, female, lay, ecclesiastical, civil and military old women of Hungary, may easily be imagined; and, this political toy the philosophical Emperor, a great despiser of prejudices and associations, transported to Vienna. To avert a civil war, and at the earnest intercession of his best and wisest friends, the royal carbonate of iron was restored to the afflicted Hungarians, who submitted, after this, with the usual cheerfulness, to the usual abuses of power.

An accident happened to the Abbé, during his residence at Vienna, of so very singular a nature, that we cannot avoid giving it to our readers.

• En rentrant un soir à l'hôtel, le suisse me remit un billet bien cacheté à mon adresse; je l'ouvre et je lis en lettres moulées...... Trouvez-vous ce soir entre onze heures et minuit à tel lieu sur le rempart; on vous y révélera des choses de la plus haute importance. ..... Un billet anonyme ainsi conçu avec toutes les formes de mystère, l'heure indue de ce rendez-vous, tout pouvoit paroître dangereux et suspect : mais je ne me connoissois point d'ennemis ; et ne voulant pas avoir à me reprocher d'avoir manqué une occasion peut-être unique pour le bien du service du roi, je me décidai à me trouver au lieu désigné. Cependant je pris, à tout événement, des précautions de prudence en plaçant à une certaine distance, et sans pouvoir être vues, deux personnes sûres qui pourroient venir à mon secours à un cri convenu. Je trouvai au rendez-vous un homme en manteau et masqué. Il me remit des papiers en me disant à voix basse et contrefaite:...“ Vous m'avez inspiré de la confiance ; je veux en conséquence concourir au succès de l'ambassade de M. le prince de Rohan: ces papiers vous diront les services essentiels que je puis vous rendre: si vous les agréez, revenez demain à la même heure, à tel autre endroit (il l'indique), et apportez-moi mille ducats." Rentré à l'hôtel de France, je m'empressai d'examiner les papiers qui venoient de m'être remis ; leur contenu me causa la plus agréable surprise. Je vis que nous avions le pouvoir de nous procurer deux fois la semaine toutes les découvertes du cabinet secret de Vienne, le mieux servi de l'Europe. Ce cabinet secret avoit, au dernier degré, l'art de déchiffrer en peu de temps les dépêches des ambassadeurs et des cours qui correspondoient avec sa cour. J'en eu la preuve par le déchiffrement de nos propres dépêches et de celles de notre cour, même celles qui étoient écrites avec le chiffre le plus compliqué et le plus récent; que ce même cabinet avoit trouvé le moyen de se procurer les dépêches de plusieurs cours de l'Europe, de leurs envoyés et de leurs agens, par l'infidélité et l'audace des directeurs et maîtres de postes des frontières soudoyés. A cet effet, on m'avoit remis des copies de dépêches du comte de Vergennes, notre ambassadeur à Stockholm, du marquis de Pont à Berlin, des dépêches secrètes du roi de Prusse à ses agens secrets à Vienne et à Paris, agens auxquels seuls il confioit la vraie VOL. XXX. NO. 60.

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