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The following little anecdote is every way characteristic. " Un soir il parloit avec Barras de sm ascendant sur les peuples italiens, qui avoient voulu le faire duc de Milan et roi d'Italie. Mais je ne pense, dit-il, à rien de semblable dans aucun pays. Vous faites bien de n'y pas songer en France, ” répondit Barras ; “ car, si le directoire vous envoyoit demain au Temple, il n'y auroit pas quatre personnes qui s'y opposassent." Bonaparte étoit assis sur un canapé à côté de Barras ; à ces paroles il s'élança vers la cheminée, n'étant pas maître de son irritation ; puis, reprenant cette espèce de calme apparent dont les hommes les plus passionnés parmi les habitans du Midi sont capables, il déclara qu'il vouloit être chargé d'une expédition militaire. Le directoire lui proposa la descente en Angleterre ; il alla visiter les côtes ; et reconnoissant bientôt que cette expedition étoit insensée, il revint décidé à tenter la conquête de l'Egypte.' II. 207, 208.

We must add a few miscellaneous passages, to develop a little farther this extraordinary character. Mad. de S. had a long conversation with him on the state of Switzerland, in which he seemed quite insensible to any feelings of generosity. .

• Cette conversation,' however, she adds, .me fit cependant concevoir l'agrément qu'on peut lui trouver quand il prend l'air bonhomme, et parle comme d'une chose simple de lui-même et de ses projets. Cet art, le plus redoutable de tous, a captivé beaucoup de gens. A cette même époque, je revis encore quelquefois Bonaparte en société, et il me parut toujours profondément occupé des rapports qu'il vouloit établir entre lui et les autres hommes, les tenant à distance ou les rapprochant de lui, suivant qu'il croyoit se les attacher plus sûrement. Quand il se trouvoit avec les directeurs surtout, il craig. noit d'avoir l'air d'un général sous les ordres de son gouvernement, et il essayoit tour à tour dans ses manières, avec cette sorte de supérieurs, la dignité ou la familiarité; mais il manquoit le ton vrai de l'une et de l'autre. C'est un homme qui ne sauroit être naturel que dans le commandement.' II. 211, 212.

• Quelques personnes ont cru que Bonaparte avoit une grande in-. struction sur tous les sujets, parce qu'il a fait à cet égard, comme à tant d'autres, usage de son charlatanisme. Mais comme il a peu lu dans sa vie, il ne sait que ce qu'il a recueilli par la conversation. Le hasard peut faire qu'il vous dise, sur un sujet quelconque, une chose très-détaillée et même très-savante, s'il a rencontré quelqu'un qui l'en ait informé la veille ; mais, l'instant d'après, on découvre qu'il ne sait pas ce que tous les gens instruits ont appris dès leur enfance.'. II. 248, 249.

The following remark relates rather to the French nation than their ruler. We quote it for its exquisite truth rather than its severity.

Sa conversation avec le Mufti dans la pyramide de Chéops devoit enchanter les Parisiens, parce qu'elle réunissoit les deux choses

qui les captivent: un certain genre de grandeur, et de la moquerie tout ensemble. Les François sont bien aises d'être émus, et de rire de ce qu'ils sont émuls ; le charlatanisme leur plaît, et ils aident volontiers à se tromper eux-mêmes, pourvu qu'il leur soit permis, tout en se conduisant commes des dupes, de montrer par quelques bon mots que pourtant ils ne le sont pas.' II. 228.

On his return from Egypt it was understood by everybody that he was to subvert the existing constitution. But he passed five weeks at Paris in a quiet and apparently undecided way-and, with all this study, acted his part very badly after all. Nothing can be more curious than the following passage. When he had at last determined to put down the Directory,

Il se rendit à la barre du conseil des anciens, et voulut les entraîner en leur parlant avec chaleur et avec noblesse ; mais il ne sait pas s'exprimer dans le langage soutenu; ce n'est que dans la conversation familière que son esprit mordant et décidé se montre à son avantage : d'ailleurs, comme il n'a d'enthousiasme véritable sur aucun sujet, il n'est éloquent que dans l'injure, et rien ne lui étoit plus difficile que de s'astreindre, en improvisant, au genre de respect qu'il faut pour une assemblée qu'on veut convaincre. Il essaya de dire au conseil des anciens : Je suis le dieu de la guerre et de la fortune, suivezmoi. Mais il se servoit de ces paroles pompeuses par embarras, à la place de celles qu'il auroit aimé leur dire : Vous êtes tous des misérables, et je vous ferai fusiller si vous ne m'obéissez pas.

. Le 19 brumaire, il arriva dans le conseil des cinq cents, les brais croisés, avec un air très-sombre, et suivi de deux grands grenadiers qui protégeoient sa petite stature. Les députés appelés jacobins poussèrent des hurlemens en le voyant entrer dans la salle ; son frère Lucien, bien heureusement pour lui, étoit alors président ; il agitoit en vain la sonnette pour rétablir l'ordre ; les cris de traître et d'usurpateur se faisoient entendre de toutes parts; et l'un des députés, compatriote de Bonaparte, le corse Aréna, s'approcha de ce général et le secoua fortement par le collet de son habit. On a supposé, mais sans fondement, qu'il avoit un poignard pour le tuer. Son action cependant effraya Bonaparte, et il dit aux grenadiers qui étoient à côté de lui, en laissant tomber sa tête sur l'épaule do l'un d'eux : Tirez-moi d'ici ! Les grenadiers l'enlevèrent du milieu des députés qui l'entouroient, ils le portérent hors de la salle en plein air ; et, dès qu'il y fut, sa présence d'esprit lui revint. Il monta à cheval à l'instant même ; et, parcourant les rangs de ses grenadiers, il les détermina bientôt à ce qu'il vouloit d'eux. Dans cette circonstance, comme dans beaucoup d'autres, on a remarqué que Bonaparte pouvoit se troubler quand un autre danger que celui de la guerre étoit en face de lui, et quelques personnes en ont conclu bien ridiculement qu'il manquoit de courage. Certes on ne peut nier son audace; mais, comme il n'est rien, pas même brave, d'une façon généreuse, il s'ensuit qu'il ne s'expose jamais que quand cela peut être utile. Il seroit très-faché d'être tué, parce que c'est un revers, et qu'il veut en tout du succès ; il en seroit aussi

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. de

fâché, parce que la mort déplaît à son imagination : mais il n'hésite pas à hasarder sa vie, lorsque, suivant sa manière de voir, la partie vaut le risque de l'enjeu, s'il est permis de s'exprimer ainsi.' II. p. 240-242.

Although he failed thus strangely in the theatrical part of the business, the substantial part was effectually done. He sent in a column of grenadiers with fixed bayonets at one end of the hall, and made them advance steadily to the other; driving the unhappy senators, in their fine classical draperies, before them, and forcing them to leap out of the windows, and scamper through the gardens in these strange habiliments. Colone! Pride's purge itself was not half so rough in its operation.

There was now an end, not only of liberty, but of republican tyranny; and the empire of the sword in the hand of one man, was substantially established. It is melancholy to think, but history shows it to be true, that the most abject servitude is usually established at the close of a long, and even generous struggle for freedom ; partly, no doubt, because despotism of fers an image of repose to those who are worn ont with contention, but chiefly because that military force to which all parties had in their extremity appealed, naturally lends itself to the bad ambition of a fortunate commander. This it was which inade the fortune of Bonaparte. His answer to all remonstrances was-- Voulez vous que je vous livre aux Jacobins ?' But his true answer was, that the army was at his devotion, and that he defied the opinion of the nation.

He began by setting up the Consulate : But from the very first, says Mad. de S., assumed the airs and the tone of royalty. . Il prit les Tuileries pour sa demeure, et ce fut un coup de partie que le choix de cette habitation. On avoit vu là le roi de France, les habitudes monarchiques y étoient encore présentes à tous les yeux, et il suffisoit, pour ainsi dire, de laisser faire les murs pour tout rétablir. Vers les derniers jours du dernier siècle, je vis entrer le premier consul dans le palais bâti par les rois ; et quoique Bonaparte fût bien loin encore de la magnificence qu'il a développée depuis, l'on voyoit déjà dans tout ce qui l'entouroit un empressement de se faire courtisan à l'orientale, qui dut lui persuader que gouverner la terre étoit chose bien facile. Quand sa voiture fut arrivée dans la courr des Tuileries, ses valets ouvrirent la portière et précipitèrent le marchepied avec une violence qui sembloit dire que les choses physiques elles-mêmes étoient insolentes quand elles retardoient un instant la marche de leur maître. Lui ne regardoit ni ne remercioit personne, comme s'il avoit craint qu'on pût le croire sensible aux hommages même qu'il exigeoit. En montant l'escalier au milieu de la foule qui se pressoit pour le suivre, ses yeux ne se portoient ni sur ancun objet, ni sur aucune personne en particulier ; il y avoit quelque chose de vagle et d'insouciant dans sa physionomie, et ses regards n'ex primoient que ce qu'il lui convient toujours de montrer, l'indifférence pour le sort, et le dédain pour les hommes.' II. 258, 259.

He had some reason, indeed, to despise men, from the specimens he had mostly about him: For his adherents were chiefly deserters from the royalist or the republican party ;-the first willing to transfer their servility to a new dynasty,—the latter to take the names and emoluments of republican offices from the hand of a plebeian usurper. For a while he thought it prudent to dissemble with each ; and, with that utter contempt of truth which belonged to his scorn of mankind, held, in the same day, the most edifying discourses of citizenship and equality to one set of hearers, and of the sacred rights of sovereigns to another. He extended the same unprincipled dissimulation to the subject of religion. To the prelates with whom he arranged his celebrated Concordat, he spoke in the most serious manner of the truth and the awfulness of the Gospel; and to Cabanis and the philosophers, he said, the same evening-> Savez vous ce que

c'est la Concordat ? C'est la Vaccine de la Religion dans cin• quante ans il n'y aura plus en France !' He resolved, however, to profit by it while it lasted; and had the blasphemous audacity to put this, among other things, into the national catechism, approved of by the whole Gallican church :- Qu. • Que doit-on penser de ceux qui manqueroient à leur devoir

envers l'Empereur Napoleon ? Answer. Qu'ils resisteroient à • l'ordre etabli de Dieu lui-même-et se rendroient dignes de la damnation eternelle !

With the actual tyranny of the sword began the more pitiful persecution of the slavish journals - the wanton and merciless infliction of exile on women and men of letters - and the perpetual, restless, insatiable interference in the whole life and conversation of every one of the slightest note or importance. The following passages are written, perhaps, with more bitterness than any other in the book ; but they appear to us to be suka stantially just.

* Bonaparte, lorsqu'il disposoit d'un million d'hommes armés, n'en attachoit pas moins d'importance à l'art de guider l'esprit public par les gazettes; il dictoit souvent lui-même des articles de journauk qu'on pouvoit reconnoître aux saccades violentes du style ; on voyoit qu'il auroit, voulu mettre dans ce qu'il écrivoit, des coups au lieu che mots. Il a dans tout son être un fond de vulgarité que le gigantesque de son ambition même ne sauroit toujours cacher. Ce n'est pas qu'il ne sache très-bien, un jour donné, se montrer avec beaucoup de convenance ; mais il n'est à son aise que •lans le mépris rnur les autres, et, dès-qu'il peut y rentrer, il s'y complait. Toutefois ce n'étoit pas uniquement par goût qu'il se livroit à faire servir, dans ses fiotes du Moniteur, le cynisme de la révolution au maintien de sa

puissance. Il ne permettoit qu'à lui d'être jacobin en France. II. p. 264.

• Je fus la première femme que Bonaparte exila ; mais bientôt après il en bannit un grand nombre, d'opinions opposées. D'où venoit ce luxe en fait de méchanceté, si ce n'est d'une sorte de haine contre tous les étres indépendans ? Et comine les femmes, d'une part, ne pouvoient servir en rien ses desseins politiques, et que, de l'autre, elles étoient moins accessibles que les hommes aux craintes et aux espérances dont le pouvoir est dispensateur, elles lui donnoient de l'humeur comme des rebelles, et il se plaisoit à leur dire des choses blessantes et vulgaires. Il haïssoit autant l'esprit de chevalerie qu'il recherchoit l'etiquette : c'étoit faire un mauvais choix parmi les anciennes moeurs. Il lui restoit aussi de ses premières habitudes pendant la révolution, une certaine antipathie jacobine contre la société brillante de Paris, sur laquelle les femmes exerçoient beaucoup d'ascendant ; il redoutoit en elles l'art de la plaisanterie, qui, l'on doit en convenir, appartient particulièrement aux Françoises. Si · Bonaparte avoit voulu s'en tenir au superbe rôle de grand général et de preinier magistrat de la république, il auroit plané de toute la hauteur du génie au-dessus des petits traits acérés de l'esprit de salon. Mais quand il avoit le dessein de se faire un roi parvenu, un bourgeois gentilhomme sur le trône, il s'exposoit précisément à la moquerie du bon ton, et il ne pouvoit la comprimer, comme il l'a fait, que par l'espionnage et la terreur.' II. 306, 30.

ill avoit plus que tout autre le secret de faire naître ce froid isolement qui ne lui présentoit les hommes qu'un à un, et jamais révinis. Il ne vouloit pas qu'un seul individu de son temps existât par lui-même, qu'on se mariât, qu'on eût de la fortune, qu'on choisît un séjour, qu'on exercât un talent, qu'une résolution quelconque se prit sans sa permission ; et, chose singulière, il entroit kuus les moindres détails des relations de chaque individu, de manière à réunir l'empire du conquérant à une inquisition de commiérage, s'il est permis de s'exprimer ainsi, et de tenir entre ses mains les fils les plus déliés comme les chaînes les plus fortes. II. 310, 311.

The thin mask of the Consulate was soon thrown off-and the Emperor appeared in his proper habits. The following reinarks, though not all applicable to the same period, appear to us to be admirable.

• Bonaparte avoit lu l'histoire d'une manière confuse: peu accoutumé à l'étude, il se rendoit beaucoup moins compte de ce qu'il avoit appris dans les livres, que de ce qu'il avoit recueilli par l'observation des hommes. Il n'en étoit pas moins resté dans sa tête un certain respect pour Attila et pour Charlemagne, pour les lois féodales et pour le despotisme de l'Orient, qu'il appliquoit à tort et à travers, ne se troinpant jamais, toutef is, sur ce qui servoit instantanément à son pouvoir; mais du reste, citant, blâmant, louant et raisonnant comme le hasard le conduisoit ; il parloit ainsi des heures entières avec d'autant plus d'avantage, que personne ne l'interrompoit, si ce n'est par les applaudissemens involontaires qui échappent toujours dans des occa

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