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nécessaire dans le texte, ou par des notes marginales. La manière prompte et décisive dont il me parla làdessus me donnoit assurément lieu de croire qu'il n'étoit pas le premier auteur de cet expédient, et qu'il en avoit entendu parler à d'autres cardinaux; car je vis en plusieurs endroits qu'il étoit déjà instruit de notre affaire. Je lui répondis deux choses, 1° votre soumission entière pour le saint siège, votre amour pour la vérité, votre zèle pour la religion, afin qu'il comprît par là que vous entriez sans peine dans cet expédient, si le saint Père vous le proposoit, etc. 2o Je lui fis remarquer que, quand il disoit suspendre le jugement du livre, c'étoit une chose tout-à-fait différente que de dire suspendre le livre, et là-dessus j'ajoutai tout ce que je pus de plus fort pour lui faire bien sentir de quelle conséquence il étoit pour vous, pour votre doctrine, pour l'honneur de l'Église, pour la gloire du saint siège, pour la réputation des examinateurs, que le livre fût conservé intact, sans flétrissure, sans la moindre note; que, quand on n'en retrancheroit qu'une virgule, vos parties ne manqueroient pas de dire que tout le quiétisme et toutes les erreurs de Molinos ou de Mme Guyon étoient dans cette virgule retranchée.

Le second cardinal, plus accoutumé aux affaires contentieuses, m'écouta fort tranquillement, et ne se manifesta que pour favoriser le pur amour de la bonté de Dieu en elle-même et pour elle-même, sans le motif de notre béatitude, et pour témoigner quelque éloignement de l'opinion contraire, et ensuite deux petits mots pour témoigner aussi que vous ne vouliez point détruire l'espérance en aucun état le

plus parfait, ni empêcher les actes et la pratique des vertus. Il eut grand plaisir que je lui donnasse tous vos ouvrages. Ce dernier est d'une grande autorité auprès du Pape, et en grande réputation de piété sincère. Je savois que M. l'abbé Bossuet l'avoit vu; il étoit important de l'informer de la vérité.

Voici le mois de novembre : les premiers jours en seront occupés aux fêtes et aux chapelles. Les cardinaux reviennent, et les congrégations du Saint-Office devant le Pape vont recommencer. On m'a donné cet avis aujourd'hui, qu'il ne s'en tiendroit plus qu'une par semaine sur notre affaire, et toujours devant le Pape. On ajoute que ces premiers jours on a déjà voulu entrer dans quelque projet de décision; qu'on a déjà vu aussi quelque diversité dans les sentimens des cardinaux ; que par là on comprend que bien des gens qui jusqu'ici n'avoient dit mot sur votre affaire commencent à y prendre beaucoup d'intérêt; que cette affaire n'est plus regardée comme votre affaire particulière, ni comme une affaire de France, mais plutôt comme l'affaire de toute l'Église. Combien de fois l'ai-je dit à nos cardinaux ! Il y avoit encore quelque chose de plus; mais celui qui m'a parlé ne pouvoit pas m'en dire davantage, en général seulement que notre affaire ne se tournoit pas mal, sans néanmoins marquer rien de précis. Ces avis me viennent par des voies secrètes, et ceux qui parlent ainsi ont toute leur liaison avec des personnes du parti opposé aux Jésuites, mais qui ont assurément de grandes entrées chez plusieurs cardinaux et même auprès du Pape. Votre Réponse à la Relation a rassuré bien des gens qui vous paroissoient trop timides. L'auteur du Mé

moire (le cardinal de Bouillon) est un de ceux-là. Il croyoit avoir raison de tant craindre, tant qu'on pouvoit douter si votre livre étoit ou n'étoit pas l'apologie de Me Guyon. A présent, ces deux choses lui paroissent entièrement séparées l'une de l'autre, et là-dessus on dit qu'on ne croit pas qu'il soit possible que Dieu laisse périr un homme de bien dans une si terrible persécution. L'innocence reconnue attire toujours les voeux en faveur de l'opprimé.

On assuroit que la réplique de M. de Meaux à votre Réponse à la Relation devoit arriver par ce courrier (2); nous le saurons bientôt. Cela convient parfaitement avec le temps destiné pour le jugement, qui est ce mois de novembre. Je vous ai déjà dit que j'avois prévenu tous nos cardinaux là-dessus, pour leur demander le temps que vous puissiez répondre aux nouvelles accusations qu'on projetoit contre vous. Un d'eux me dit agréablement Attendez à vous plaindre de ce livre, que nous sachions s'il peut vous faire grand mal. C'est être heureux aujourd'hui que de souffrir pour la justice. Je prie notre Seigneur qu'il vous donne la force et la vertu de son esprit pour soutenir la vérité.

(2) Cet écrit de Bossuet fut expédié par un courrier extraordinaire, qui arriva à Rome le 31 octobre.

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499.

DE FÉNELON A L'ABBÉ DE CHANTERAC.

Il lui envoie sa Réponse aux Remarques de Bossuet, et relève quelques endroits de ces Remarques. Il lui parle de la censure des docteurs, de l'accommodement que lui fait proposer l'évêque de Chartres, et de ses réponses aux traités latins de Bossuet.

:

A Cambrai, 7 novembre (1698.)

Je vous envoie, mon très-cher abbé, par un courrier exprès, ma Réponse au dernier ouvrage de M. de Meaux. Cet ouvrage est méprisé, et odieux à tous les honnêtes gens. Un homme indifférent, et qui ne me connoît pas, écrit de Paris à un autre homme éloigné de moi M. de Meaux est foible dans ce qu'il reprend et dans ce qu'il veut défendre; il ne prouve point, lorsqu'il devroit le mieux prouver; il rend obscur ce qui étoit clair; il dissimule les réponses qu'on lui a faites. J'espère que vous serez content de ma Réponse. Si on la trouve d'un ton un peu plus fort que mes autres écrits, c'est que je ne puis m'empêcher de montrer de l'horreur pour tant d'accusations horribles, et que certains lecteurs pensoient que ma modération venoit de crainte de mon adversaire. Du reste, on n'a qu'à comparer mes expressions aux siennes, on me trouvera bien patient par comparaison à son âcreté et à ses tours malins.

.....

Je vous envoie exemplaires tirés à la hâte, et vous pouvez bien juger, par les dates, que je n'ai employé que huit jours à faire ma Réponse. C'est n'avoir pas perdu un moment, et n'avoir pas été em

barrassé pour trouver mes réponses. Mais je ne pourrai publier cet ouvrage de cinq ou six jours, parce qu'il faut faire tirer les autres exemplaires, et tenir quelque ordre pour la distribution. A l'égard de Paris, j'y enverrai peu à peu un certain nombre d'exemplaires mais comme Paris croit ma Réponse peu nécessaire, et que le Roi paroît (par la saisie que Vous savez) supporter impatiemment mes grandes publications, je crois devoir me borner à faire glisser des présens à divers particuliers. La chose se répandra assez un peu plus tard par les libraires, qui réimpriment et qui font passer tout. Je vous dis tout ceci, afin que vous fassiez comprendre les avantages qu'on donne à mes parties contre moi, et qu'il ne peut revenir de Paris à Rome un cri public et soudain sur ma Réponse, comme les autres fois.

Il faut faire bien remarquer aux politiques romains trois endroits de l'ouvrage de M. de Meaux : 1° le reproche qu'il me fait des écrits répandus à Rome contre l'État et contre l'Église Gallicane, m'offrant au Pape contre les évêques. Il veut me faire dire quelque chose contre Rome pour en profiter, ou me rendre suspect à la cour par rapport aux quatre propositions de l'assemblée de 1682. Vous verrez que je tâche de ne donner aucune prise. On peut remarquer le venin de l'homme, et juger du reste : c'est ne garder aucune mesure avec Rome. 2o Il me reproche d'avoir dit que le Roi nous renvoyoit à Rome, quoique le Roi l'eût seulement permis. Vous voyez son aigreur sur ce que l'affaire est allée à Rome, et qu'il eût voulu s'en rendre maître en France. 3° Il dit qu'il n'a rien à me communiquer, que je n'ai d'autre

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