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passa en une ville nommé Héli', où il y a une abbey de noirs moisnes, dedens laquelle il fut enterré assés sollempnellement. Et tenoit ycelle signourie en commande, dont il avoit des grans prousfis. Et au regard de ses biens, après que son testament fut en parti acompli, le roy d'Angleterre en eut la plus grand partie.

Item, en ce temps dessusdit, furent mis pluiseurs ambassadeurs sus, d'entre les deux rois de France et d'Angleterre. Lesquelx très souvent aloient d'un pays en aultre pour trouver moyens de paix entre les deux royauines, ou du mains ralongier les trêves. Et pour lors, le roy de France se tenoit à Tours en Touraine. Ouquel lieu se tinrent pluiseurs grans consaulz et moult d'assamblées sur ceste matère. Aux quelles estoient mandés et convoquiés très souvent les trois Estas de son royaume. Toutefois, nonobstant lesdictes assamblées, se mouvoient continuellement les deux parties, et menoient grosse et forte guerre les ungz aux aultres.

1. Ély, comte de Cambridge.

JAAN

DE L'AN MCCCCXLIV.

[Du 12 avril 1444 au 28 mars 1445.]

CHAPITRE CCLXXVII.

Comment aulcuns des gens du Daulfin se tirèrent vers le pays de Bour

gongne, lesquelz furent rués jus par le marescheal de Bourgongne et les siens.

Au commencement de cest an, le Daulfin de Vienois, premier filz du Roy, retourna devers son père qui estoit à Tours en Touraine. Et avoit ledit Daulfin esté moult grand espace de temps ou pays de Languedoc, tant pour le fait du conte d’Armignac, comme pour aultres affaires. Auquel retour, moult de

gens

de son armée se tirèrent sur les marches de Bourgongne, où ilz firent de très grans desrois, comme aultre fois avoient fait. Si s'en alèrent logier à ung groz village nommé Espoise'. Auquel lieu leur vint coure sus le seigneur de Blanmont, mareschal de Bourgongne, acompaignié de pluiseurs nobles du pays, et y eut dur rencontre entre eulx. Mais enfin, par la diligence et vaillance dudit mareschal et d'aulcuns aultres seigneurs de sa compaignie, furent yceulx François tournés à desconfiture, et en y eut très grand nombre,

1. Époisses (Côte-d'Or).

que mors que pris. Et brief ensievant en furent

portées les nouvelles audit Daulfin, et luy fut dit comment ses gens avoient estés rués jus ou pays de Bourgongue. Lequel Daulfin jura lors ung grand sairement, qu'il s'en yroit en personne oudit pays, pour les contrevengier. Et d'aultre part, le duc de Bourgongne fut adverti de ce que le Daulsin avoit dit et juré. Si dist pareillement qu'il yroit aidier à garder son pays. Et par ainsi

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eut aulcun commencement de rigueur entre ces deux princes. Mais assés briefz après, par le moyen d'aulcuns notables et saiges personnes d'un costé et d'aultre, furent les choses rapaisiés, et ledit Daulfin rafraindi son yre et son courous.

CHAPITRE CCLXXVIII.

Comment unes trièves furent faites et dounées entre les rois de France

et d'Angleterre et tous leurs parens, amis, et aliés et subgetz.

Item, durant le temps dessusdit, se continuèrent à Tours en Touraine les assamblées et traictiés d'entre les deux royaumes de France et d'Angleterre. Ouquel lieu estoient pluiseurs princes et grans seigneurs du royaume de France en personne. Et ceulx qui point n'y estoient, avoient envoyé grans et notables ambassadeurs, ayant povoir souffisant de par les seigneurs qui les avoient envoyés. Entre lesquelz y estoit de par le duc de Bourgongne, messire Jehan de Croy, bailly de Haynau, le prieur de Vergy, maistre Oudart Caprel et aultres nobles hommes. Et aussy y estoient ceulz des bonnes villes en grand nombre. Et pareillement, de la partie du roy d'Angleterre y estoient, à tout povoir

souffisant, messire Guillaume de Laboulle, conte de Suffort, maistre Adam Mollaine, garde du privé seel du roy d'Agletetre et doyen de Salsebéry, messire Robert de Roos, Thomas Hoos et aultres. Lesquelz, tous ensamble, par diverses journées se assamblèrent l'un avec l'autre. Et furent faites pluiseurs ouvertures entre ycelles parties pour venir et conclure à paix généralle. Mais finablement, pour les grandes difficultés qui lors estoient entre ycelles parties, ne povoient venir ne eulx accorder à ladicte paix générale. Mais sur espérance de y parvenir et traictier de ladicte paix, prinrent unes trièves et abstinence de guerre jusques à certain temps entre les dessusdictes parties. Lesquelles s'entretinrent assez seurement. Dont du contenu la teneur s'ensieut :

Charles, duc d'Orliens et de Valois, conte de Blois et de Beaumont, seigneur de Couci et d'Ast, Loys de Bourbon, conte de Vendosme et de Chartres, souverain maistre d'ostel de France, Pierre de Bresel', seigneur de la Varenne et de Bresesac, séneschal de Poi. tou et d'Avignon, Bertrand de Beauval, seigneur de Presegni', chevalier, consillier et chambellan de très exelent prince le roy de France, nostre très redoubté et souverain seigneur. A tous ceulz qui ces présentes lettres verront, salut. Comme nostre saint père la pape ayt très souventes fois prié et requis, et exorté par ses lettres et mesages, et meismement darainement par révérend père en Dieu l'évesque de Viese, son ambassadeur et mesage, le Roy nostre très redoubté

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i. Pierre de Brezé, seigneur de la Varenne et de Brissac. 2. Pressigny

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et souverain seigneur, de condescendre et vouloir entendre par moyen de longue triève ou aultrement à bonne paix, union et concorde avec très hault et très puissant prince son nepveu d'Angleterre; lequel pour ceste cause a depuis nagaires envoyé et transmis, à tout certain povoir, par devers nostre très redoubté et souverain seigneur, ses sollempnelz ambassadeurs et mesages, c'est assavoir Guillaume de Laboulle, conte de Suffort, grand maistre d'ostel dudit très hault prince, nepveu d’ycelui très redoubté et souverain seigneur, maistre Adam Melainne, garde de son privé seel, docteur en loix, doyen de Salsebéry, messire Robert Roos, mestre Thomas Hoos, chevaliers, Richard Androne, secrétaire dudit très hault et puissant prince nepveu d’ycelui très redoubté et souverain seigneur, docteur en loix, et Jehan Wembloch, escuyer. De laquelle chose le Roy nostre très redoubté seigneur, pour révérence de Dieu, pour la pitié aussy qu'il a tousjours eu et a des grans dommages et afflictions

que

le povre peuple d'une partie et d'aultre a eu longuement et a encore à souffrir et porter à l'occasion de ladicte guerre, et pour éviter l'effucion du sang humain, s'est libéralement condescendu pour besongnier en ceste matère avec lesdiz ambassadeurs de son dict nepveu, et, sur tout, communiquier, traictier et apoinctier avec eulz, luy ait pleu nous commettre et dépecher de sa part et nous baillier ses lettres de povoir, dont la teneur s'ensieut.

« Charles duc d'Orliens, etc., sçavoir faisons que après ce que pour traictier à ladicte paix et trève nous avons assamblé par pluiseurs journées en ceste ville de Tours avec yceulx ambassadeurs d'Angleterre, nous, à

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