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aussy ceulx qui les sievroient de main en main, par très bonne ordonnance. Et quand tout fut prest, on cominença à drécier les eschielles et à monter ainsy qu'il avoit esté advisé. Et fut requis au seigneur de Saveuses qu'il demourast au pied des eschielles pour faire tenir les ordonnances et pour faire monter ceulx qui ad ce estoient commis. Lequel le fist bien et à point. Car audit lieu n'y avoit homme qui bien ne se volsist conduire par son conseil. Et quand lesdiz messires Gauwain Quiéret, Robert de Miraumont et les aultres, furent dedens, en la plus grand partie, ilz prinrent aulcuns de ceulx du guet, auxquelz ils firent samblant de les mettre à mort se ilz faisoient aulcune noise. Et tost après, yceulx alèrent rompre une posterne et ouvrir pour ledit seigneur de Saveuses et aultres qui les avoient sievys, jusques à deux cens ou environ, qui y entrèrent et commencèrent à cryer à haulte voix : Ville gaigniée! Duquel cry toute la ville fut estourmie. Et tout en haste cryèrent à l'arme en pluiseurs lieux. Et entretant les dessusdiz Bourguignons se tirèrent ou marchié, lequel ilz gagnièrent, non obstant que ceulx de dedens se fussent assamblés, en petit nombre, pour le garder. Si firent peu de résistence. A laquelle fut navré le dessusdit messire Gauwain Quiéret. Et des dessusdiz deffendeurs en furent mors deux tant seulement, et les aultres se mirent de toutes pars à fuyr vers le chastel, et aussy vers la ville bas.

En après ledit conte d'Estampes, qui les dessusdiz sievoit de près à puissance, fut adverti de celle prinse par pluiseurs messages que yeulx envoièrent devers luy; si se hasta le plus tost qu'il pot de y venir. Et

quand il fut dedens, il fut ordonné qu'on envoieroit certain nombre de gens devant le chastel, pour garder la saillie de ceulx qui estoient dedens. Mais desjà ilz avoient bouté le feu tout au travers de la rue qui estoit devant ledit chastel, par lequel furent arses moult de belles maisons et la plus grand partie des chevaulx des gens

d'armes qui là estoient logiés, lesquelx en grand nombre s'estoient retrais ou chastel dessusdit. Et avec ce, quand le peuple, dont il y avoit grand multilude qui s'estoient retrais en la basse ville, veyrent et perceurent que leur ville estoit ainsy prinse et qu'il n'y avoit point de rescousse, ilz s'en yssirent hors et s'en alèrent à Thionville et aultres lieux , moult desconfcrtés, en habandonnant tous leurs biens.

Et ce meisme jour vint audit lieu de Luxembourg ledit duc de Bourgongne. Après laquelle venue se commencèrent ses gens à logier par ordonnance par ladicte ville. Lesquelx, tantost après, furent tous pris et ravis et butinés par ceulx qui avoient conquise ladicte ville. Et avoit esté ordonné, à faire ycelle entreprinse, que tous lesdiz biens seroient partis et butinés équallement, et que chascun seloncq son estat en auroit sa porcion, sans y faire aulcune fraude. Laquelle ordonnance ne fut point entretenue. Mais en furent fraudés la plus grand partie des compagnons, par espécial du moyen et mendre estat. Et en y eut peu qui y eussent prouffit, sinon aulcuns des chiefz de l'armée, et ceulx qui avoient conduict la besongne. Et aussi aultres qui furent commis à butiner, et qui eurent le gouvernement d’yceulx biens. Pour laquelle fraude on y eut pluiseurs qui s'en complaindirent l'un à l'autre, disant

qu'on leur moustroit malvais exemple de eulx une aultre fois adverturer leurs corps pour gagnier ce où ilz n'avoient point de prousfit. Nientmains, pour quelque plainte qu'ilz en feyssent, n'en peurent avoir aultre chose. Ains furent constrains assés rigoreusement, tant par

sairement comme aultrement, de rendre ou rapporter, ou délivrer ce qu'ilz avoient trouvé, en la main desdiz butiniers. A laquelle assamblée et besongne estoit le seigneur de Humières, qui exerçoit l'office de mareschal. Auquel office il avoit esté commis de par le seigneur de Blanmont, le mareschal de Bourgongne. Aussy estoient avec ledit duc de Bourgongne, des marches de Picardie, le conte d'Estampes dessusdit, le seigneur de Croy, conte de Porcien, Walerant de Moreul, messire Simon de Lalaing Gui de Roy, messire Robert de Saveuses, son frère Hue de Hames, Hue de Longueval, le seigneur de Bosqueaulx, messire Anthoine de Wissoch, et moult d'aultres nobles hommes. Et des marches de Bourgongne, le seigneur de Ternant, messire Pierre de Baufremont, seigneur de Chargni, le seigneur de Brasy, Charles de Rochefort, Philebert de Vandre, Jehan de Vandre, Philebert Dyancourt, et aulcuns aultres chevaliers et escuyers en grand nonibre. Et quand est au conte du Clicq, il se retraist avec ses gens dedens le chastel. Mais depuis se embla de nuit secrètement, et s'en ala, tout de pied, à Thionville. Lequel chastel de Luxembourg se détint depuis ladicte prinse environ trois sepmaines. Durant lequel temps, de ceulx de dedens fut occis, par trait qui le féri en la teste, messire Jehan, bastard de Dampierre. Et ledit seigneur de Saveuses, à une saillie que avoient fait aulcuns dudit chastel, fut navré très grief

ment d'un vireton en la poitrine, dont il fut en péril de mort. Mais par la diligence des cyrurgiens dudit duc de Bourgongne tourna depuis à garison. En la fin des quelles trois sepmaines, le dessusdit conte de Clicq, fist traictié avec les commis du dessusdit duc de Bourgongne, moyennant que ses gens qui estoient oudit chastel de Luxembourg, s’en yroient sauves leurs vies, et si n'emporteroient riens de leurs biens. Et avec ce rendi ladicte ville de Thionville, et s'en retourna en son pays d'Alemaigne, à grand perte, honte et confusion, de lui et de ses gens. Et par ainsy, ycelui duc de Bourgongne eut plaine obéyssance de ladicte duchée de Luxembourg et des appertenances, en peu de temps et à petite perte de ses gens. Auquel lieu ala Ja duchesse, sa femme, et avec elle la duchesse de Luxembourg, aultre fois nommée. Laquelle avoit fait, ou fist traictié avec ledit duc, par condicion qu'il joyroit de ladicte duchée toute sa vie durant et y auroit tout tel droit qu'elle y avoit, et il ly en renderoit pour chascun la somme de ... o francz monnoie de France.

Ouquel temps, ledit duc de Bourgongne avoit fait publier, luy estant en la ville de Luxembourg, que nul de quelque estat qu'il fust, ne prenist débat, ou feyst aulcune extorcion aux seigneurs du pays, ne à leurs gens, qui estoient en sa compaignie, des marches d'A

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1. Le vireton était un trait de bois dur fortement armé d'un fer pointu, et qu'on pouvait décocher avec une grande force de l'arbalète.

2. La somme est en blanc dans le mss. 8346. Vérard met : « Dix mille francz. »

lemaigne et de ladicte duchée. Laquelle publicacion fut enfrainte par ung sien archier de corps, nommé le petit Escocois, qui prinst débat à messire Pierre Bernard, et de fait le féri aulcunement. Pour lequel fait, ledit duc le fist prendre, et nonobstant pluiseurs prières d'aulcuns grans seigneurs de son hostel, et aussy dudit messire Bernard qui luy pria pour le dessusdit sauver la vie, le fist pendre, jà fust que moult l’eust amé paravant que bien fust content de son service. Mais il le fist, principalement adfin de baillier exemple à tous aultres, qu'ilz ne fussent si osés de rompre, ne enfraindre ses édictz et ordonnances.

En oultre, après que ledit duc de Bourgongne eust là esté par aucun temps, et qu'il eut commis à la garde et gouvernement d’ycelle ville et du pays de Luxembourg, ung sien filz inlégitisme, nommé Cornille, et avec lui, pour le conduire, Philebert de Vauldre, et aulcuns autres gentilz hommes, et avec ce, que grand nombre des habitans de ladicte ville de Luxembourg furent retournés en ycelle ville en leurs lieux par sa grace et licence, et qu'on leur eut vendu aulcune

partie de leurs biens et par especial leurs maisons, par certain apointement fait avec eulx, se parti de là, et avec luy toutes ses gens d'armes, et s'en retourna ou pays de Brabant. Et les Picars et aultres retournèrent chascun en leurs lieux.

En cest an, ala de vie à trespas messire Loys de Luxembourg, archevesque de Rouen; ou pays d'Angleterre. Lequel se disoit grand chancelier de France pour Henri d'Angleterre et chief de son conseil ou royaume de France en tant qu'il touchoit les villes et cités qui estoient obéyssans à yceluy roy. Et tres

le roy

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