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le Roy,

fait faire délivrance desdis vins, non obstant que en Bretaigne on ne fait l'obéyssance qu'on doibt , ne qu'on a fait du temps passé.

Item, après que les ambassadeurs dont dessus est faite mencion eurent esté et vacquié par pluiseurs journées en l'ostel du Roy, où ils furent reçeus assés honnourablement, et qu'ils eurent bien au long remoustré tout l'estat et les articles pour quoy ilz estoient là envoyés de par les seigneurs dessusdiz, et aussy que

les responces sur yceulx articles, tant de bouche comme par escript, leur eurent esté bailliées de

par prinrent congié et s'en retournèrent devers les dessusdiz seigneurs.

Toutefois le Roy n'estoit point bien content, ne joieux des assamblées que les dessusdiz seigueurs faisoient en son absence. Car de jour en jour en y avoit des plus grans de son hostel et de ceulx de son privé conseil, qui lui disoient et rapportoient que lesdictes assamblées n'estoient point pour son bien, et que yceulx seigneurs se efforçoient de attraire de leur party les nobles hommes de son royaume avec les gens d'église et le commun peuple, pour faire tous ensamble nouvelles ordonnances, et baillier gouvernement en royaume

de
par

les Trois Estas, ce qui seroit et pourroit estre à son grand préjudice, par ce que, se ainsy estoit, comme ilz disoient, il n'auroit nulle auctorité, si non par les mains de ceulz qui auroient ledit

gouvernement. A quoy le Roy dessusdit respondoit, qu'il ne pourroit nullement croire que yceulz dessusdiz seigneurs voussissent ce faire contre luy, ne sa majesté royalle, et par espécial que le duc de Bourgongne se volsist entremettre, ne consentir d'aulcune chose estre

faite à son préjudice, considéré la paix et réunion

que nagaires ilz avoient fait l'un contre l'autre. Et disoit oultre, que se il povoit estre certainement adverti qu'ils voulsissent traictier ou faire aulcune chose contre luy, ne sadicte majesté, il lairoit toutes aultres besongnes pour ceulx courre sus et leur feroit [comme] aux Anglois ses anciens ennemis.

DE L'AN MCCCCXLI.

(Du 1'r avril 1442 au 21 avril 1443.]

CHAPITRE CCLXVI.

Comment le roy de France fist grande assamblée de gens d'armes, avec

lesquels ala tenir la journée de Tartas, à laquelle journée les Anglois ne comparurent point.

Au commencement de cest an, le roy de France fist un très grand mandement par toutes les parties et par tous les pays où il estoit obéy, pour continuer son entreprinse qu'il avoit encommencié, et assambler gens de guerre, sur intencion d’aler tenir la journée de Tartas, de laquelle en aultre lieu est faite mencion. Car il avoit entreprins et voulenté de у

avoir la plus grosse armée que oncques il y euyt eu pour nulz de ses aultres affaires durant son règne. Et aussi la besongne luy touchoit moult grandement. Car se il eust

pays de

par di

délaissié ycelle journée sans y bailler souscours, il estoit en péril et en adventure de perdre ès Guienne et de Gascongne très grand partie des signouries à luy obéissans, et avec ce les pobles d'yceulx pays. Lesquelles gens de guerre, avec pluiseurs aultres grans seigneurs, se commencèrent fort à mectre sus très diligamment et en très grand multitude. Et se assamblèrent en pluiseurs et divers pays de très grosses compaignies, lesquelles, par la délibéracion de son couseil, il fist tirer devers la cité de Toulouse vers chemins. Et entretant, la journée qui avoit esté prinse au premier jour de may fu ralongié, à la requeste des capitaines anglois qui avoient faite ladicte composicion de Tartas, jusques au jour de saint JehanBaptiste prochainement ensievant. Lequel temps durant, le Roy fist ses préparacions, et en fin se parti, en très noble et puissant appareil, pour aler audit lieu de Toulouse, où toute sa dessusdicte assamblée se faisoit comme dict est ci-dessus. Et pour vray, quand le Roy de France fut yluecq venu et que tous les grans seigneurs et capitaines qu'il avoit mandés furent assamblés ensamble, il fut trouvé qu'il povoit bien avoir le nombre de quatre vins mil chevaulx, avec très grand nombre de charios et de charettes menans artilleries, vivres et aultres engiens et habillemens de quand aux seigneurs et capitaines, il y en avoit moult largement. Entre lesquelz y estoit le Daulphin, premier filz du Roy, le conte de Richemont, connestable de France, messire Charles d'Angou, le conte d'Eu, le conte de Fois, le visconte de Limaigne, filz au conte

guerre. Et

1. Le 24 juin.

d'Ermignach ', le seigneur de Labreth, le conte de Comminges, les deux mareschaulx de France, qui avec le dessusdit connestable faisoient l'avant garde, c'est assavoir le seigneur de Lohiac et de Jaloingnes, le seigneur de Cotigni, admiral de France, le seigneur de Vilars, le seigneur de Mongascon, le seigneur de Saint Priach, le seigneur de Calenton, le seigneur de Saint Vallier, le seigneur de Widemont; et pluiseurs aultres grans seigneurs, capitaines et vieus routiers de guerre, fleur de droites gens d'armes, qui par très long temps avoient sievy la guerre, comme La Hire, Pothon de Sainte-Treille, Anthoine de Chabennes, Olivier de Cotigni, le seigneur de Blan ville et son frère messire Robert, Blanchefort, Pennesach, Floquet, Joachim Rohault, Pierre Renauld, Mathelin de Lescouan, Dimenche de Court et moult d'aultres nobles hommes de grand renom. Et lors, le Roy venu audit lieu de Toulouse, fut adverti par pluiseurs seigneurs du pays et des marches de Gascongne, que les Anglois n'estoient point puissans d’assés pour comparoitre à ladicte journée contre luy. Et pour ce, après qu'il eut eu conseil avec les plus saiges de sa compaignie, se disposa de aler audit lieu de Tartas, à tout une partie de ses gens, adfin qu'il peust estre pourveu et furni de vivres plus habondamment. Si se parti dudit lieu de Toulouse, à tout environ seize mille chevaulx. Desquels estoient la plus grand partie des seigneurs et capitaines dessus nommez. Et ala logier à deux lieues près de Tartas, à

1. Il s'agit de Jean, fils de Jean IV, comte d'Armagnac, et qui lui succéda en 1450, sous le nom de Jean V. Du vivant de son père, il portait le titre de comte de Lomagne.

une petite ville fermée nommée Millien, qui estoit au seigneur de Labreth. Laquelle tenoit le conte de Fois. Et ses gens se logèrent assés près tout à l'environ d’ycelle ville. Et lendemain, qu'il estoit le jour prins entre les deux parties, ala le Roy lui mettre en bataille devant ladicte ville de Tartas, et y fut depuis le matin jusques entre X et X1 heures devant nonne. A laquelle heure vinrent devant luy les dessusdiz seigneurs de Cognac et Angerot de Saint-Per, lesquelxavoient ycelle ville en garde comme dessus est déclairié. Et amenèrent avec eulx le cadet Charles de Labreth, qui estoit demeuré en hostaige. Si apportoient les clefz de de la ville, lesquelles ils rendirent et mirent ès mains du Roy. Et avec ce fist, ledit seigneur de Cognac, sairement au Roy. Et le dessusdit Angerot de Saint-Per s'en ala en la cité de Acques '. Et adonc, le dessusdit seigneur de Labreth entra dedens sa ville de Tartas. Et le Roy s'en ala au giste à Cognac, qui est une petite ville assise assés près environ deux lieues dudit lieu de Tartas, et là sousjourna le jour de saint Jehan et lendemain tout le jour.

CHAPITRE CCLXVII.

Comment le roy de France, après la journée de Tartas, s’ala logier de

vant Sainte-Sevère, chief du pays de Gascongne. Si le conquist ville et chastel, et aultres places pluiseurs oudit pays.

En après, le mercredi ensievant de la journée de Tartas, dont ci devant est faite mencion, le Roy et toute son armée s'en alèrent devant Saincte-Sevère, où

1. Dax (Landes).

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