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Quant voyons advenir telz cas,
Qui nous fait fort cryer hélas !

rues,

Hélas ! sans plus vous dire hélas !
Comment pevent penser créatures,
Qui bien advisent noz figures.
Et ont sens et entendement,
Et nous voyent nudz par

les
Aux gelées et aux froidures,
Nostre povre vie quérant,
Car nous n'avons plus rien vaillant,
Comme aucuns vueillent lengagez.
Ilz s'en sont très mal informez.
Car s'ilz pensoient bien en Rodiguez',
Et Escoçois en leurs complisses,
Et ès yvers qui sont passez,
Et autres voyes fort oblicques
Dont tous estatz nous sont relicques
Comme chascuni nous a plusmé.
Iz seroient bien héréticques
S'ilz pensoient bien en leurs vies,
Qu'il nous feust rien deinouré.
Telz langaiges ne sont que gas :
Si nous taisons de dire hélas !

O très saincte mère l'Eglise,
Et vous très noble roy de France,
Conseilliers, qui à vostre guise

1. Allusion au fameux routier Rodrigo de Villandrado.

2. Ceci peut s'appliquer surtout à l'année 1409, qu'on appela l'année du grand hiver. (Voyez notre tome I, page 165.)

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Mettez tout le pays en ballence,
Advocatz de belle loquence,
Bourgeois, marchans, gens de mestiez,
Gens d'armes, qui tout exillez,
Pour Dieu et pour sa doulce Mère,
A chascun de vous endroit soy,
Vous plaise penser aucun poy
En ceste complaincte amère,
Et si vous, bien y advisez,
Nous cuidons que appercevrez
Et que vous voirrez par voz yeulx,
Le feu bien près de voz hosteulx,

Qui les vous pourroit bien brusler,
Si garde de près n'y prenez.
Désormais, si nous nous taisons,
Autres lettres vous envoyrons
Closes; dedans veoir vous pourrez
Noz faites et noz conclusions,
Et les fins à quoy nous tendons.
S'il vous plaist vous les ouvrerez,
Noz requestes vous conclurez,
Et Dieu du tout ordonnera
A la fin, ou quant luy plaira.
Mais Dieu vous y doint si bien faire
Que acquérir vous puissiez sa gloyre,
Et qu'en ce ayez telz regars
Que plus ne vous crions hélas!

Amen par sa grâce. (Chronique de Monstrelet. Édit. de Vérard (sans date ), t. I, feuillet 296).

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Le morceau suivant est tiré d'une chronique universelle abrégée, commençant à la création du monde et s'arrêtant à l'année 1431. C'est un volume in-4. pap. de 511 feuillets, d'une écriture cursive de la première moitié du quinzième siècle. Il appartient à la Bibliothèque impériale où il est conservé sous la cote Cordeliers 16. Les récits de cette chronique se développent à partir du règne de Philippe de Valois ; elle donne alors, principalement pour ce qui regarde la Flandre et le Hainaut, des détails qu'on ne trouve pas ailleurs. Nous en extrayons tout ce qui se rapporte à la partie du règne de Charles VI, embrassée par Monstrelet dans son premier livre, c'est-à-dire l'espace compris entre les années 1400 et 1422 (ce qui comprend les folios 328 à 430 du manuscrit en question). L'auteur, qui nous est inconnu, se montre en plusieurs endroits Bourguignon assez passionné;

quant à sa diction, que nous reproduisons scrupuleusement, elle est picarde. Ainsi qu'on va le voir, notre manuscrit n'a rien pour

les années 1401 et 1402.

L'AN MIL IIII.

Fu la fille au roy de France renvoyé d'Engleterre en France, laquelle fu depuis mariée à l'aisné filz du duc d'Orléans, qui estoit son cousin germain, et en eubt ung ensfant qui gaires ne vesquy, et ossy ne fist elle depuis que elle l'ot porté. Et fu commune renummée que elle n'eubt oncques parfaicte joye depuis son retour d'Engleterre.

L'AN MIL IIIIC III.

Le XXVIIe jour d’ayril moru le duc Phelippe de Bourgogne en la ville de Hal. Lequel duc fu en son tamps tenu pour l'un des sages princes de France, et par son sens il tint grant tamps le royaume en paix, combien que le duc d'Orléans luy fist mainte paine et voloit tousjours estre le maistre. Mais ledit de Bourgogne l'en garda bien, tant par le sens de luy, comme par sa puissance, laquelle il luy moustra pluiseurs fois en son tamps, tant en la ville de Paris, où ils firent de grandes assamblées, comme ailleurs, mais oncques horion n'en fu donné. Après laquelle mort, vesqui la contesse Marguerite sa femme, environ ung an et non plus. Lesqueix trespassés laissèrent six de leurs enffans vivans, c'est assavoir troix filz et troix filles. L'aisné des filz fu Johan, conte de Nevers, lequel fu duc de Bourgonyne, conte de Flandres, d'Artoix et de Bourgongne, Palatin, seigneur de Salins et de Malines, deux foix per et doien des pers de France. Le second fu Anthoine, qui fu duc de Brabant et de Lembourc et seigneur d'Anvers. Et le tierch, fu Phelippe, auquel ses frères donnèrent les contés de Nevers et de Retheloix. Et les trois filles estoient mariées, l'une au duc d'Osteriche, et la seconde au conte de Savoie, et la tierche, au conte de Haynau. Et fu ledit duc Phelippe de Bourgongne menez et enterrez aux Chartroux emprès Digon, lesquelx Char

troux il avoit en son temps fondés ; et y fist faire une moult noble église et grande. Et la duchesse, s'espeuse, su enterrée à SaintPierre de Lille, emprès le conte Loys, son père.

L'AN MIL IIII V.

Fu mis le siège devant le chastel de Merk emprès Calaix, par le conte de Saint-Pol. Et au moix de may su ledit conte combalu des Engloix, et furent toutes ses gens pris et descon(fis, et y fut la desconffiture moult grande des gens de Picardie. Mais ledit conte s'en suy et saulva hors de la bataille, bien hastivement, et laissa ses gens prendre et tuer en icelle. Et y furent pluiseurs grans engiens perdus et menez en Engleterre.

En cel an, par le commandement et ordonnance du duc Loys d'Orléans fu secrètement menez hors de Paris Lovs, ainsné filz du roy de France, lequel estoit duc de Guyenne et daulphin de Viennoix, et avoit espousée l’ainsnée fille du duc Johan de Bourgongne. Et estoient conduiseurs dudit duc de Guyenne, Loys, duc de Bavière, frère de la royne et oncle dudit enffant, et Édouart de Bar, marquis du Pont, filz au duc de Bar. Et estoit ledit enffant menez en ung chariot couvert, et ceulx qui le menoient tous en armez. Car il savoient le duc de Bourgongne estre sur les camps à grant puissance pour venir à Paris,

Quant le duc de Bourgonyne sçcult celle emprise et ce département, il fu en moult grant doubtance. Car il savoit bien la mauvaise volenté du duc d'Orléans, qui tousjours croissoit de mal en pis en toutes manières, tousjours tendant à la couronne de France. I), meu de loiaulté et preudommie, chevaulça à force et course de chevaulx après ledit duc de Guyenne son beau-filz, et passa parmy Paris sans repaistre. Et se hasta tant de chevaulcliier que il le ractaint ainchois que il venist à Meleun, où on le menoit pour celle nuit. Et pour ce que il estoit bien près de ladicte ville, ossy tost que il eubt ractaint le chariot ouquel il estoit, il meismes sacqua une espée et trencha les trais de ce chariot, et puis rebouta sadicte espée, et alla parler audit duc de Guyenne. Et après ce que

il l'eubt salué, il lui demanda où on le menoit; et il respondy que il ne savoit. Et lors lui demanda ledit duc de Bourgogne se il vol

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