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De vous ne de voz officiers.
Manger ilz ont noz goretous
Et noz brebis et noz moutons,
Et de noz bledz fait voz garniers.
Puis fault aux sergens leur glene,
Au portier du blé pour sa peine.
Et puis fault pour chascun vaisseau
Qui est mis dedans le chasteau,
Cinq soulz pour vostre cappitaine,
Et ung ou deux boisseaulx d'avoine.
Dont il fait souvent grant amas.
Ne luy chaull, se cryons hélas !

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Hélas! encore y a il plus,
Qui moult souvent le cuer nous trouble,
Quant le Roy mect une avde sus,
Il convient que le coup nous double.
Vous nous en mettez en grand trouble.
Car il convient souventeffois
Que nous les payons par deux fois.
Et quant gens d'armes au pays viennent,
Qui bien vous servir se peinent,
Pour ce que vous les soustenez,
Noz beutz et noz vaches c'mmainent,
Et les tuent et les détiennent.
Et s'il est que les en gardez,
Il faut qu'aiez pour voz peines
Et de l'argent et des avoines.
Et les mettent en ung grant tas.
Nous povons bien crier hélas !

Hélas !

gens

d'armes et de traict,

-

Vous avez le forment deffaict
Et mis en consummacion.
Tourmentez nous avez de fait.
Le complaindre peu nous vauldroit
Se plus avant en dision.
Chascun sçait bien si nous menton.
Mais je croy, que veuillez ou von,
Que avant que soit longue saison
Passée, dire vous os
Que vous nous voirrez en repos,
O l'aide de voz destinées,
Et des neiges et de gelées,
Qui ont esté en mains yvers,
Maintz en cherront trestous envers
Trestous mors la gueule bayée,
Avant que l'année soit passée,
Se Dieu n'y employe sa grâce.
Ainsi luy plaise qu'il le face
Comme il fist aux Egiptiens.
Jà piecà en l'ancien temps
Quant il les repeust de la manne
Qu'il leur fist du ciel descendre,
De Pharaon les délivra,
Ainsi que de nous il fera,
S'il luy plaist, ains Pâques fleuries,
Si vous ne menez meilleures vies.
Et puis après ne dirons pas
Que nous faciez crier hélas !

Hélas ! advocatz emparlez,
Maintes fois nous avez brouillez
Et maintenus en plaidoier,

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Dont bien garder vous nous poviez,
Se la voulenté en eussiez.
Mais ce n'estoit que voz envies,
Tant que eussiez les bources garnies,
De nous mettre à nul accord;
Aincois, par voyes subtives,
Par voz ars et par voz praticques,
Nous faisiez du droit le tort.
Bien estes causes, les plusieurs,
De partie de noz douleurs,
De noz pertes et de noz gas.
Bien en pourriez crier hélas !

Hélas ! bourgois qui de noz rentes,
De noz labeurs et de noz plantes
Avez vescu au temps passé,
Vous voyez noz chières dolentes
Et les poux qui nous cheent des temples,
De langueur et de povreté,
Mains jours nous avez abuzé
Et recueilliz en vostre hostel,
Quant voz rentes vous doubloient,
Mais quant vous nous voyez en debte
Et que n'avons, ne vin ne blé,
Plus ne faictes compte de nous.
Pour ce, souvent nous faictes vous
Braire, et crier hault et bas :
Que ferons nous chétifz, hélas !

Hélas! marchans, vous nous avez
Par maintes fois revisetez,
Et voz denrées seurvendues;

Mais quant de nous acheptiez
Vous le nous mesprisiez.
Foy est bien en vous perdue.
Vous avez loyaulté deçeue.
En vous avez commis usure,
Larrecin et parjurement.
Mais celluy qui rendra droicture
A toute humaine créature,
Vous rendra vostre payement
Par son droicturier jugement.
Et maudirez tous ces amas
Quant crier vous fauldra hélas !

Hélas ! vous autres de mestiers,
Mareschaulx et cordouenniers,
Et les tanneux de peaux velues,
Vous nous avez esté moult chiers.
Vos parolles nous ont deçeues.
Pis nous avez faict que usuriers,

,
Car, pour néant, par chascun jour,
Vous avez eu nostre labour,
Marchant avant la cueillecte.
Bien en pourrez avoir mal tour,
Si n'en faictes aulcun retour
Avant que jugement s'y mette.
Alors saison ne sera pas
Que vous faulsist crier hélas !

Hélas! vous sçavez tous comment
Nous perdismes nostre froment,
Que entan nous semasmes ès terres,
Pour la gelée dure et grant

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Qui les mist à confondement.
Et puis vous sçavez tous quelz guerres,
Quelz meschiefs, et quelles rappines
Nous feirent toutes ses vermines
Qui vindrent aux saisons nouvelles.
N'y demoura, ne pois ne febves,
Dont ne tatassent des premiers
Ratz et souris, et verminiers;
Et les espiz en emportoient,
Des blez qui demourez estoient.
Et par moult diverses manières
Ils les mettoient en leurs tesnières
Et en firent de grans amas
Dont maint en ont crié hélas !

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Hélas ! avons cryé assez
Pour Dieu que vous nous pardonnez,
Et que vous pensez en vous mesmes
Si nous vous disons vérité.
Tout nostre fait veoir vous povez
Ainsi que nous faisons nous mesmes.
Courroux, mal talent et ataines,
Nous regardent tous chascun heure.
Beuf, ne pourceau ne nous demeure,
Ne brebis, ne noz povres vaches,
De quoy faisions noz laitages,
Qui nostre vie soubstenoit,
Et de la fain nous guarissoit.
Mais la mort et le divers temps
Les a fait demourer ès champs,
Et mortes les trouvons par les teltz.
C'est ce que bien, souventes foys,

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